‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 370 sur 631 · Cypi-., lib. de Un.Eccl., p · texte numérisé non relu

Cypi-., lib. de Un.Eccl., p

p. 73. - 3. Idem.

' 2. Ep. MI ad Anton.

on n'est pas dans l'Eglise, et qu'on en veut dresser une nouvelle.

Que ces faux pasteurs , qui se sont vantés d'être exlraordinairemenl envoyés pour dresser de nouveau l'Eglise tombée en ruine et désolation', écoutent saint Cyprien : qu'ils reconnaissent sur quelles maximes il fondait son épiscopat ; et puisqu'ils ne peuvent pas nous montrer une mission semblable à la sienne, qu'ils cessent d'imiter le langage d'un si grand évoque, et de s'en attribuer l'autorité.

IV. Combien les hérétiques abusent de ce passage de l'Evangile : Si deux ou trois s'assemblent en MON NOM, JE suis AU MILIEU d'eux. Explication de ce passage par saint Cyprien, et conviction des pasleurs sans mission. — Vous leur avez souvent ouï dire , que vous n'aviez pas besoin de vous mettre en peine où était l'Eglise, puisque Jésus-Christ avait prononcé , qu'e?) quelque lieu que se trouvent deux ou trois personnes assemblées en son nom, il y est au milieu d'elles'^. Il y a longtemps que les hérétiques et les schismatiques abusent de ce passage ; ils s'en servaient dès le temps de saint Cyprien , pour autoriser les assemblées qu'ils tenaient à part. Mais ce saint martyr, les confond par les paroles précédentes , où Jésus-Christ parle en cette manière : Si deux d'entre vous s'unissent ensemble sur la terre , mon Père qui est dans le ciel , leur accordera tout ce qu'ils demanderont ; où ce qui paraît d'abord, c'est que ces deux qui s'accordent, doivent être dans le corps, dans l'unité chrétienne, dans la commune fraternité. Si deux, dit-il, d'entre TOMs ; c'est-à-dire, comme l'entend saint Cyprien', si deux ou trois enfants de l'Eglise, deux ou trois qui soient ensemble dans la communion, s'assemblent au nom de Jésus-Christ, il sera au milieu d'eux, et écoutera leurs prières. Secondement, dit ce saint docteur, il est nécessaire que ces deux ou trois s'unissent. « Et, poursuit saint Cyprien, com- » ment peut-on s'unir avec quelqu'un, quand on » n'est pas uni avec le corps de l'Eglise, et avec » toute la fraternité ? Comment peuvent deux ou » trois être assemblés au nom de Jésus-Christ, s'il » est constant dans le même temps qu'ils sont sé- » parés de Jésus-Christ et de son Evangile? Car ce » n'est pas nous oui nous sommes séparés d'avec » EUX ; mais c'est eux qui se sont séparés d'avec » nous ; et puisque les hérésies et les schismes » sont toujours postérieurs à l'Eglise , pendant » qu'ils se sont formés des conventicules différents » et de diverses assemblées, ils ont quitlé le chef » et l'origine de la vérité. » Prêtez l'oreille, mes frères , à cette décision de saint Cyprien : c'est ceux qui viennent après, c'est ceux qui se séparent de l'Eglise qu'ils trouvent établie, c'est ceux qui se font de nouvelles assemblées, qui dès là sont incapables de s'assembler au nom de Jésus-Christ : et loin qu'il leur soit permis de justifier leur séparation et leurs nouvelles assemblées, en soutenant qu'ils y enseignent l'Evangile, et que Jésus-Christ est avec eux ; il est constant au contraire, selon la doctrine de saint Cyprien, qu'ils sont séparés de Jésus-Christ et de l'Evangile , dès qu'ils se séparent de l'Eglise, et qu'ils se reconnaissent obligés à en dresser une nouvelle.

1. Confes. de foi. art. xxxi. — 2. Mntth., xviii. la. — 3. Cyp., de Un. ErcL, p. 19S.

LETTRE PASTORALE SUR LA COMMUNION PASCALE

Et afin qu'on entende mieux de quelle Eglise ce saint martyr a voulu parler, c'est de l'Eglise qui reconnail à Rome le chef de sa communion, et dans la place de Pierre l'émincnt degré de la chaire sacerdotale ' ; qui y reconnaît la chaire de Pierre et l'Eglise principale , d'où iunite' sacerdotale a tiré son origine-; enfin , qui y reconnaît un pontife d'un sacerdoce si émincnt, que l'empereur, qui portail parmi ses titres celui de souverain pontife, « le 1) soutirait dans Rome avec plus d'impatience , qu'il » ne soutTrait dans les armées un césar qui lui dis- » putait l'empire'. »

Que ces faiseurs de lettres pastorales, qui se parent des lambeaux de saint Cyprien , ne prennentils sa doctrine tout entière? Puisqu'ils se servent des paroles de ce saint martyr pour vous exhorter au martyre, que ne vous disent-ils avec lui* : « Qu'il ne peut y avoir de martyr que dans l'Eglise ; 1) que lorsqu'on est séparé de son unité, c'est en » vain qu'on répand son sang pour la confession du » nom de Jésus-Christ ; que la tache du schisme » ne peut être lavée par le sang, ni ce crime expié 1) par le martyre : » que la charité ne peut être hors de l'Eglise, et qu'ainsi quelques tourments qu'on endure hors de son sein , on est de ceux dont saint Paul a dit : Quand je livrerais mon corps jusqu'à brûler, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien^. Si donc ces prétendus pasteurs veulent parler le langage et s'attribuer l'autorité des véritables pasteurs , qu'ils nous montrent l'origine de leur ministère; et que, comme saint Cyprien et les autres évoques orthodoxes, ils nous fassent voir qu'ils sont descendus de quelque apôtre : qu'ils nous fassent voir parmi eux la chaire éininente, où toutes les Eglises gardent l'unité, où reluit principalement la concorde et la succession de l'épiscopat. Ouvrez vous-mêmes, mes frères, les livres que vous appeliez votre Histoire ecclésiastique : c'est Bèze qui l'a composée. Ouvrez l'histoire de ces faux martyrs dont on voudrait vous faire augmenter le malheureux nombre; vous trouverez que les premiers qui ont dressé en France les églises que viuis appeliez réformées, étaient des laïques établis pasteurs par des laïques, et par conséquent toujours laïques , qui ont osé toutefois prendre la loi de Dieu en leur bouche , et administrer sans pouvoir les saints sacrements. Souvenezvous de Pierre le Clerc, cardeur de laine. Je ne le dis pas par mépris de la profession, ni pour ravilir un travail honnête; mais pour taxer l'ignorance, la présomption et le schisme d'un homme, qui sans avoir de prédécesseur ou de pasteur qui l'ordonne, sort tout à coup de la boutique pour présider dans l'Eglise. C'est lui qui a dressé l'Eglise prétendue réformée de Meaux, la première formée dans ce royaume en l'an 1546. C'est lui qui a érigé une chaire profane et sacrilège contre le successeur de saint Faron et de saint Saintin. Ceux qui ont fondé les autres Eglises, n'ont rien de plus relevé : tous laïques créés pasteurs par des laïques, contre tous les exemples de l'antiquité; contre la pratique universelle de l'Eglise chrétienne , où jamais on n'a vu de pasteur qui ne fut ordonné par d'autres pas-

1. Epist. LU ad Aninn., pag. 63. — 2. Episl. liv nunc Lv ad Corn., pag. se. — 3. Episl. lu. ad Anton., pag. 69.-4. Lili. de Unit. Eccl., pag. WS et scg. — 5. /. Cor., xm. 3.

leurs; contre l'autorité de l'Ecriture, où le Saint- Esprit ne nous prescrit ni ne nous montre que ce moyen de perpétuer le ministère ecclésiastique. Voilà, mes frères, l'origine du ministère sous lequel vous étiez. Que si un Luther, un Bucer, un Zwingle, un Pierre martyr, si d'autres prêtres et d'autres religieux, légitimement ordonnés dans l'Eglise catholique, se sont faits ministres des troupeaux errants , sans parler des autres raisons qui condamnent leur témérité, il a fallu , pour exercer ce ministère nouveau , apostasier de la foi de ceux qui les avaient consacrés. On les avait faits prêtres, en leur disant qu'on leur donnait le pouvoir de transformer par leur sainte bénédiction le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ, et de les offrir en sacrifice pour les vivants et pour les morts' : ils avaient été consacrés dans cette foi; mais il a fallu y renoncer pour exercer ce nouveau ministère. Ainsi ils portent sur leur front la marque d'innovation; et les troupeaux séparés reconnaissaient si peu l'ordination et la mission qu'ils avaient reçue dans l'Eglise, que cet imbécille évèque de Troyes^ (je ne le nomme pas ainsi de moi-même, c'est VHistoire ecclésiastique de Bèze qui nous en donne celte idée'), après avoir embrassé la Réformation prétendue, n'obtint qu'avec peine et avec beaucoup de prières qu'on lui permit d'être ministre : tant on croyait inutile tout ce qu'on avait reçu auparavant. Ainsi tous ces fondateurs des Eglises prétendues sont des gens sans autorité et sans mission. C'est de là que sont descendus ceux qui composent ces Lettres pastorales : et cependant, si Dieu le permet, ils feront les Cyprien et les Athanase. Mais leur erreur est manifeste; et quoiqu'ils tâchent de contrefaire le langage des saints évoques , puisqu'ils n'en ont ni la succession, ni l'autorité, ni la doctrine, vous ne les pouvez regarder que comme de faux apôtres et des ouvriers trompeurs, transformés, comme dit saint PauP, en apôtres de Jésus-Christ.

V. Que lesprétendues Lettres pastorales sont pleines d'excès et d'une aigreur insupportable contre nous. Emportement de la Lettre qui a pour titre : A ceux ql:i gémissent sous la captivité de Babylone. Calomnie insupportable sur les litanies et sur la prière des saints. — Aussi ne voyez-vous, dans les écrits qu'ils vous adressent , qu'un zèle amer, des sentiments outrés, et un abus manifeste de la parole de Dieu. L'auteur de la Lettre aux prolestants tombés par la crainte des tourments, traite ceux qui se sont rendus, comme il parle, avant le combat, c'est-à-dire, sans être tourmentés, comme des gens pour qui il n'y a point de miséricorde; et leur appliquant un passage de saint Paul, par où il ne leur laisse que le désespoir, il ne daigne même pas les exhorter à la pénitence.

Un autre imprime une Lettre avec ce titre : ^1 nos frères, qui gémissent sous la captivité de Babylone, et renouvelle parce seul titre toutes les applications aussi vaines qu'injurieuses de l'Apocalypse, qu'on n'a cessé de vous faire pour vous rendre l'Eglise odieuse. Tout y est digne d'un commencement si emporté. Il ne vous parle que de l'horreur que vous devez avoir pour le papisme : alin de vous

1. Pontif. de Ord. Sacerd.— 2. Antoine Caracciol.— 3. Hist. Eccl. de Bèze, liv. ii et iv. — 4. //. Cor., xi. 13.

LETTRE PASTORALE SUR LA COMMUNION PASCALE

Conscrrcr, comme il parle, danit relie juste horreur pour le papifime, et telle qu'il mirile : n'oubliez pas , poursiiil-il , à vous en mettre continuellement dans l'esprit toutes les laidexirs ; et ne les re.fiardez pas à trarers ces adoucissements, comme les docteurs du mensonge les font regarder aujourd'hui. Vous entendez bien ce langage. Vous reconnaissez co même esprit qui a fait dire aux niinistros, (|ue l'Exposition de la doctrine catholique que j'ai publiée, encore qu'elle soit tirée mot à mol du saint concile de Trente, et que pour cette raison tant d'évèques, tant de cardinaux, tant de docteurs, tout le clergé de France, le Pape môme, et enlin toute l'Eglise l'ait approuvée, n'était pas noire doctrine véritable, mais un adoucissement trompeur, où toute l'Eglise et le Pape même était entré de concert avec moi pour vous surprendre. Quel prodige ne peut-on pas croire, quand on croit de telles choses? Mais ceux qui vous séduisaient n'avaient que ce moyen de conserver l'horreur qu'ils vous inspiraient pour nous dès le commencement de la rél'ormalion prétendue. S'ils ne vous eussent déguisé nos sentiments, il n'y eiit pas eu moyen de pousser jusqu'au schisme celte horreur qu'ils vous donnaient de l'Eglise. Une haine si violente ne peut être entretenue qu'en continuant les mêmes calomnies; et quand ils vous exhortent à rejeter les adoucissements du papisme pour en considérer sans cesse toutes les laideurs, si vous entendez leur langage, c'est-àdire qu'il faut juger de nos sentiments, non par la profession publique que nous faisons, mais par ce que nos ennemis déclarés nous imputent, et ne connaître notre religion que dans leurs calomnies. Sans cela ne voyez-vous pas qu'ils n'oseraient dire, comme fait cet auteur emporté, que notre religion fiU la religion du démon; une religion de brutaux, toute pleine d'idolâtrie et de cérémonies judaïques et païennes?

Ouvrez les yeux, mes chers frères : reconnaissez la malignité et le zèle amer de ceux qui dés le commencement vous ont voulu faire les martyrs du schisme. Je ne prétends pas ici entrer dans des controverses : mais en quelle conscience peut-on vous écrire, qu'on vous fait dire dans une langue barbare des litanies à l'honneur des créatures et au déshonneur du Créateur ? Lisez-les ces litanies , puisque vous les avez entre les mains, non-seulement dans la langue latine , que ces emportés veulent appeler barbare , mais encore dans la langue française. Est-ce dire des litanies au déshonneur du Créateur, que de dire d'abord : Seigneur, ayez pitié de nous : Christ , ayez pitié de nous : Christ , écoutez-nous: Christ, exaucez- nous : Père éternel , qui clés Dieu: Fils rédempteur du monde, qui êtes Dieu; ,'iaint-Esprit , qui êtes Dieu, ayez pitié de nous : Sainte Trinité , qui êtes im seul Dieu , ayez pitié de nous? Après avoir posé co fimdemont de notre espérance , est-ce parler à l'honneur de la créature et au déshonneur du Créateur, que do dire : Sainte Marie, priez pour nous : Sainte Mère de Dieu , priez pour nous : Saints Anges , priez pour nous : Saint Pierre, priez pour nous : et le reste? Celte manière de nommer les saints dans les litanies , ne les met-elle pas visiblement, comme l'ont enseigné lous nos docteurs, plutôt au rang de ceux qui prient, qu'au rang de ceux qui sont priés? Mais

quelque utiles que nous paraissent leurs prières, ce n'est pas là que s'arrêtent nos dévotions. Nous revenons aussitôt après à Jésus-Christ, que nous conjurons par tous ses mystères, et par lous les noms qu'il a pris pour nous assurer de ses bontés, de nous délivrer de lous les maux, dont le plus grand et le plus terrible est la mort dans le péché. Nous continuons la Litanie en priant Dieu de bénir tous les enfants de l'Eglise, et de les combler de ses grâces, dont on fait un pieux dénombrement. Enfin on invoque par trois fois l'Agneau qui ôle les péchés du monde; et après un psaume admirable, et plusieurs autres prières adressées à Dieu , le pontife lui expose les vœux de son peuple, qu'il le jirie d'écouter favorablement pour l'amour de son Fils Jésus-Christ Noire Seigneur. Voilà ces litanies qu'on chante A l'honneur des créatures et au déshonneur du Créateur. Est-ce donc s'éloigner de Dieu, est-ce faire injure au Créateur, que de commencer par lui , de linir par lui, et au milieu de se joindre à la troupe de ses amis, afin de le prier en leur compagnie? Qu'a-t-on à dire après celle prière. Priez pour nous? N'esl-elle pas de mot à mot de saint Paul' en plusieurs endroits? En est-elle plus injurieuse envers le Créateur, quand on l'adresse dans le même esprit aux saints qui vivent avec lui? Laissons à part celte chicane, s'ils nous entendent ou non : chicane, dis-je encore une fois, puisqu'on ne peut pas dire des saints anges qu'ils ne nous entendent pas, eux dont il est écrit expressément qu'ils présentent à Dieu nos prières^. Cette raison n'empêche donc pas qu'on ne leur dise. Anges saints, priez pour nous; et il en faudrait venir à cette chicane, de distinguer les âmes bienheureuses d'avec les saints anges , avec lesquels elles sont unies par les mêmes lumières, par les mêmes grâces et par une élernellc société. Mais laissons encore une fois celte chicane ; pour décider la question si nos litanies sont au déshonneur du Créateur, n'estce pas assez qu'il soit clairement révélé de Dieu , que celle prière , Priez Dieu pour nous , n'éloigne pas de Dieu? Mais la chose n'esl-elle pas évidente par elle-même? A-t-on le cœur éloigné de Dieu, où met-on sa dernière fin , où met-on son cœur et sa confiance, quand on dit, Priez Dieu pour 7wus , si ce n'est en Dieu ? Mais par qui demandons-nous que les saints prient, si ce n'est par Jésus-Christ? Le concile de Trente et toutes les prières de l'Eglise ne font-elles pas foi que les saints mêmes ne sont écoulés, et ne peuvent rien oblenir pour nous, que par Jésus-Christ ? Ainsi démonsiralivement la prièn; que nous leur faisons de prier pour nous, loin d'affaiblir noire confiance envers Dieu et envers le Sauveur, la présuppose tout enlière, aillant qu'une semblable invitation que nous faisons à nos frères qui sont sur la terre.

VI. Calomnies du même auteur sur les images. Que les accusations qu'on nous fait sur ce sujet viennent d'ignorance et d'une crainte superstitieuse. — Mais on veut que nos images, et l'ijonncur que nous leur rendons, fassent horreur. Encore une fois, mes frères, ne disputons pas, ne nous jetons pas sur la controverse; mais permettez que je parle en simplicité et avec une cordialité fraternelle et paternelle , à ceux qui n'ont pas encore eir la force do

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