‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 371 sur 631 · Tliess., V. 23. — 2. Apoc, vm · texte numérisé non relu

Tliess., V. 23. — 2. Apoc, vm

LETTRE PASTORALE SUR LA COMMUNION PASCALE

sortir de leurs vains scrupules. Croiriez-vous faire injure à Dieu de baiser, comme nous faisons, le livre de l'Evangile , de vous lever par honneur, quand on le porte en cérémonie, et d'incliner la tète devant? Les ministres, direz-vous, ne nous ont point appris cela : je le sais, et la sécheresse de leurs dévotions ne porte pas à ces actions tendres et affectueuses, encore qu'elles témoignent et qu'elles excitent la dévotion et la ferveur intérieure. Mais cela, reprendrez-vous, n'est pas écrit. Quelle erreur que de vouloir que tout soit écrit jusque dans le moindre détail! N'est-ce pas assez pour la perfection de l'Ecriture sainte , que les fondements le soient? et l'Eglise, fidèle interprète des fondements de la foi que l'Ecriture contient, ne peut-elle pas être une garantie suffisante de tout le reste? Mais, mes frères, sans disputer, je vous demande : Est-il écrit quelque part qu'il soit bon de jurer sur l'Evangile? en faisait-on difficulté dans la nouvelle Réforme? Et en même temps, est-ce par l'encre, ou par le papier, ou par les lettres et les caraclères (|u'on jure? n'est-ce pas par la vérité éternelle que ces choses représentent? Comment traiteriez-vous ceux qui craindraient de faire ce serment, et comment appelleriez-vous ce vain scrupule? ne le traiteriez-vous pas de faiblesse et de crainte superstitieuse? Mais qu'est-ce que l'image de la croix, si ce n'est une autre manière d'écrire ce qui est écrit dans l'Evangile, et ce qui en est l'abrégé, que Jésus- Christ est notre Sauveur par la croix? Si cela n'est pas véritable, s'il n'est pas vrai que Jésus-Christ nous ait rachetés par la croix , qu'on cesse, comme disait un saint pape, de le prêcher et de l'écrire. Que si c'est véritablement un mystère de foi et de piété , pourquoi ne le pas écrire en toutes les manières dont il le peut être? Et pourquoi cette écriture des images ne serait-elle pas aussi vénérable , que celle qu'on fait sur le papier? le papier et les caractères ne sont-ils pas, aussi bien que les traits de la sculpture et de la peinture, des ouvrages de main d'homme? Mais qui ne voit qu'on regarde en toutes ces choses, non ce qu'elles sont, mais ce qu'elles signifient; et que ce n'est pas une moindre erreur et une moindre superstition de craindre que l'honneur qu'on rend à l'image se termine au marbre ou au métal, que de craindre qu'on s'arrête au papier et à l'encre, quand on touche l'Evangile pour jurer dessus?

Vous vous étonnerez, mes frères : je parle encore aux infirmes qui conservent de malheureux restes de leurs anciennes erreurs : vous vous étonnerez, dis-je, qu'on puisse vous traiter de superstitieux; et vous répondrez que du moins ce n'est pas là votre vice. Mais, dites-moi cependant, quelle est la crainte qui vous empêche de faire votre prière à Jésus-Christ à genoux devant son image, aussitôt que devant un pilier ou une muraille? car enfin , vous serez toujours devant quelque chose. Pourquoi donc ne pas choisir aussitôt une image de Jésus-Christ, qu'une paroi blanche? Cette image est-elle devenue incompatible avec nos dévotions, à cause qu'elle nous en représente le plus cher objet? Mais je vois, mes bien-aimés, ce que vous craignez : vous craignez que votre génullexion, au lieu d'aller à Jésus-Christ, n'aille au bois ou à l'ivoire; comme si cette génullexion allait par elle-même à

quelque chose, et que ce ne fût pas votre inlention qui la dirigeât où elle va. ^[ais ne savez-vous pas bien que votre intention est d'adresser vos vœux à Jésus-Christ même? Ou craignez-vous que Jésus- Christ ne le sache pas? ou craignez-vous que ce langage du corps ne lui signifie autre chose, que ce que toute l'Eglise et vous-même , qui vous conformez à ses intentions, avez dessein de signifier et de faire? Reconnaissez donc une bonne fois que c'est une grossière ignorance, une pitoyable faiblesse, et une véritable superstition, que de craindre d'honorer en effet le bois, quand vous avez intention d'honorer Jésus-Christ.

Mais vous craignez, dites-vous, de ne prendre pas assez à la lettre la défense du Décalogue. A la bonne heure : prenez-la donc entièrement à la lettre, et dites, qu'il est aussi peu permis de faire des images, parce qu'il est écrit : Tu n'en feras pas', que de se prosterner devant, à cause qu'il est écrit : Tu ne te prosterneras point devant elles'^. Entendez donc, mes chers frères, qu'il est défendu de faire des images et de se prosterner devant elles, dans l'esprit des païens, en croyant qu'elles sont remplies d'une vertu divine, ou que la divinité s'incorpore en elles, comme les païens le croyaient : en un mot, dans le dessein de les servir, d'y mettre comme eux sa confiance, et de leur dire avec eux : De'livrez-moi, parce que vous êtes mon Dieu^ : car c'était là le vrai caractère et le fond de l'idolâtrie , comme Isaïe nous l'apprend en ce lieu, et comme toute l'Ecriture l'enseigne. Et ne dites pas que si les païens eussent cru ces choses, ils auraient été grossiers au delà de toute mesure; car c'est aussi ce qu'ils étaient : et ce n'est pas en vain que ce saint prophète ajoute dans le passage que je viens de citer : Ils ne savent pas, ils n'entendent pas; ils n'ont point d'yeux, ils n'ont point de sens ni d'intelligence; ils ne font point de réflexion dans leur cœur, et ils ne connaissent ni ne sentent rien*. En est-ce assez pour vous faire voir que la grossièreté de l'idolâtrie allait en effet au delà de toutes bornes, et jusqu'à incorporer la divinité, qu'elle croyait corporelle, dans la matière? Lorsque dans la suite des temps les philosophes se sont élevés au-dessus de cette commune erreur du genre humain, il me serait aisé de vous faire voir qu'ils y retombaient toujours par quelque endroit ; et qu'en tout cas, comme l'Apôtre les en convainc^, ils confirmaient rimpiélé du culte public en y adhérant. Mais sans entrer dans ces discussions, et pour nous tenir à l'Ecriture, vous voyez ce qu'elle condamne, quand elle défend les images. Le Catéchisme de la nouvelle Réforme en demeure d'accord* : il dit, comme je l'ai remarqué ailleurs'', et il ne m'est point pénible de le répéter, puisqu'il vous est nécessaire de l'entendre; il vous dit, ce Catéchisme, que les images que Dieu défend dans le Décalogue, c'est celles où l'on croit représenter la Divinité, comme si elle était corporelle, et celles que l'on regarde comme si Dieu s'ij démontrait à nous. On ne peut dire que nous ayons cette croyance, sans une insupportable calomnie. On avoue que nous croyons de la nature divine et de la création, tout ce qu'on en peut croire

1. Exod., XX. 4. — 2. Ideyii, 5. — 3. /s., xliv. 17. — 4. Is., XLiv. 18, 19. —5. Rom., i. 32. — 6. Cat.desP. R. Dim. 23. —

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