I.KTTRE PASTORALE SUR LA COMMUNION PASCALE
tic plus pur; avec cette croyance, il est impossible que nous soyons idolâtres. Nous ne servons pas les images; mais nous nous servons des images pour nous rendre plus attentifs au.\ pieu.x objets qui excitent notre foi. Quand vous dites que le peuple y allaclie sa confiance, vous jugez témérairement votre frère : il est soumis à l'Eglise, qui démêle si exactement ce qui appartient à l'original , d'avec ce qui appartient à la représenlation ; et puisqu'il est sourais à ses décrets, pourquoi ne vouloir pas croire qu'il y conforme ses intentions et ses sentiments? Si vous voyez quelquefois un cierge allumé devant l'image d'un saint, vous voulez croire que c'est pour servir l'image. Vous vous trompez; c'est pour dire que ce saint est la lumière du monde, et qu'il en faut ou suivre la doctrine, ou imiter les vertus. S'il arrive qu'on jette de l'encens devant des reliques, ou si vous voulez, devant quelque image, c'est pour dire que la doctrine et les exemples des saints sont la bonne odeur de Jésus-Christ, et qu'il faut, qu'à leur exemple, nous répandions devant Dieu et dans l'Eglise un parfum semblable. Lorsque vous en jugez autrement, vous jugez le serviteur d'autrui, contre le précepte de l'Apôtre'. Mais vous ne persuaderez jamais, ni à un Français que son langage vulgaire puisse signilier autre chose que ce que l'usage a voulu; ni aux enfants de l'Eglise que le langage des cérémonies puisse avoir une autre signilication que celle que les décrets et l'usage de l'Eglise y ont attachée. Et quand des particuliers n'auraient pas des intentions assez épurées, l'inPirmilé de l'un ne fait pas de préjudice à la foi de l'autre. Et quand il y aurait de l'abus dans la pratique de ces particuliers, n'est-ce pas assez que l'Eglise les en reprenne? Et quand on ne les reprendrait pas assez fortement, autre chose est ce qu'on approuve, autre chose ce qu'on tolère. Et quand on aurait tort de tolérer cet abus, je ne romprai pas l'unité pour cela; et pour m'éloigner d'une chose qui ne me peut faire aucun mal, je ne ra'irai pas plonger dans l'abime du schisme où je périrais. Saint Augustin avoue qu'il voyait beaucoup de pratiques superstitieuses qu'il ne pouvait approuver, « et qu'il n'osait pas toujours reprendre avec une » entière liberté, pour ne point scandaliser des per- » sonnes ou pieuses ou emportées et turbulentes^. » Il ne laissait pas d'être pur de ce qu'il y avait d'iniquité dans ces pratiques. « L'Eglise, poursuit le » même Père, au milieu de la paille et de l'ivraie » où elle se trouve, tolère beaucoup de choses : » mais ni elle n'approuve, ni elle ne fait ce qui est » contre la foi et les bonnes mœurs. » Ce que l'Eglise tolère n'est pas notre règle, mais ce qu'elle approuve; et ceux qui se servent de semblables choses pour vous aigrir contre nous, et empêcher un aussi grand bien que celui de la réunion, sont maudits de Dieu.
VII. fil justes reproches sur les cérémonies, sur le service en lançjue latine, et sur l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Que c'est les prétendus réformés qui sont charnels et grossiers , et 7ion pas nous, comme ils nous en accusent. — Pour ce qui est des cérémonies païennes et judaïques , dont celte Lettre emportée dit que notre culte est rempli;
I. Rom., XIV .4.-2. August., Episl. i.v al. cxix , ad Jan.. cap. XIX, «. al, tom. u, cal. 148.
où sont-elles? Est-ce le signe de la croix? L'avonsiious |)ris di'S Juifs et des païens, à qui la croix est folie et scandale? Est-ce l'huile que nous employons dans les sacrements, selon le lu'écepte de saint Jacques'? Est-ce l'eau bénite que nous prenons en mémoire de notre baptême , ou le pain bénit, reste précieux des agapes ou festins de charité des chrétiens, et symbole de notre union? Quand on aurait appliqué à de saints usages quelques-unes des cérêinonies inditVérentes ou des Juifs ou des païens, pour attacher les esprits à de plus saints objets, serait-ce un crime? Mais peut-être ([ue vous vous plaignez de ce que le prêtre parait à la messe, tantôt les mains élevées au ciel, selon que l'Apôtre le prescrit-, tantôt les mains jointes, pour témoigner plus d'ardeur quand les choses le demandent; ou de ce que, toutes les fois qu'il commence une nouvelle action, il se tourne vers le peuple pour lui donner et en recevoir le salut en signe de communion. Les ministres sont-ils choqués des habits sacrés que leurs frères les protestants d'Allemagne, et leurs frères, encore plus chers, les protestants d'Angleterre, ont retenus aussi bien que la plupart des cérémonies, et veulent-ils que ces choses, qui vous paraissent ou utiles ou indiflérentes dans les pays étrangers, ne vous inspirent de l'horreur, que lorsque vous les verrez pratiquer par vos concitoyens et dans l'Eglise catholique?
Ils ne songent en eiïet, qu'à répandre du venin sur tout ce que nous faisons. J'aurai d'autres occasions de vous instruire du service en langue vulgaire , et je l'ai déjà fait souvent de vive voix. Mais que veut dire cet emporté ministre par ces paroles: Ne vous accoutumez jamais à ce langage barbare , qui dérobe aux oreilles du peuple la religion, et qui ne laisse plus rien que pour les yeux? N'est-ce pas une visible calomnie d'imputer à l'Eglise catholique qu'elle veuille cacher au peuple les mystères, après que le saint concile de Trente a fait ce décret' : « Que de peur que les brebis ne demeurent sans » nourriture , et qu'il ne se trouve personne pour » rompre aux petits le pain qu'ils demandent, les » pasteurs leur expliqueront dans la célébration de » la messe, principalement les dimanches et les » fêtes, quelque chose de ce qu'on y lit , et quel- » qu'un des mystères de ce très-saint sacrifice? » Ce n'est donc pas l'intention de l'Eglise de vous cacher les mystères; mais au contraire de vous en exposer tous les jours quelque partie, avec tant de soin, qu'ils vous deviennent connus et familiers. Les livres qu'on vous a mis entre les mains vous expliquent tout; et ceux qui vous persuadent qu'on vous veut ôter la connaissance des adorables secrets de la religion, ne songent qu'à vous remplir d'aigreur et d'amertume contre vos frères.
Mais voici la grande plainte : c'est qu'on vous fait adorer du pain. Je vous ai déjà déclaré que je n'entre point dans les controverses : mais je vous dirai seulement que ce reproche est semblable à celui que nous font les sociniens , et que nous faisaient autrefois les disciples de Paul de Samosate. En niant la divinité de Jésus-Christ , ils nous accusent d'être idolâtres, et s'imaginent avoir un culte plus pur que le nôtre, à cause qu'ils ne rendent
1. Jac.,v. 14,15. —2. /. Tini..n.S. - :i. Concil. Trid., Sesa. XXII, cap. VIII.
LETTRE PASTORALE SUR LA COMMUNION PASCALE
pas les honneurs suprêmes à un homme. Mais pendant qu'ils se glorifient d'être plus spirituels que nous, et de rendre à la Divinité une adoration plus pure, ils sont en efTel charnels et grossiers, parce qu'ils ne suivent que leurs sens et un raisonnement humain , qui leur persuade qu'un homme ne peut pas être Dieu. On vous veut rendre spirituels de la même sorte : on se vante de purifier votre culte, en vous obligeant à croire qu'il n'y a sur la sainte table que le pain que vous y voyez, et que le corps de Jésus-Christ, que vous n'y voyez pas, n'y est pas aussi et n'y peut pas être. En cela que faites-vous autre chose que de suivre la chair et le sang? Que si à l'exemple du catholique vous vous éleviez audessus, si vous vous rendiez capables de croire que Jésus-Christ a pu se cacher lui-même sous la figure du pain, pour exercer notre foi; qui vous pourrait empêcher d'entendre aussi simplement ces paroles. Ceci est mon corps' , que ces paroles, le Verbe était Bien, et le Verbe a été fait chair^? On vous prêchait autrefois que c'était une action inhumaine et contraire à la piété, que de manger par la bouche du corps de la chair humaine, et encore la chair de son père. Ce titre d'anthropophages et de mangeurs de chair humaine que les ministres nous donnaient, nous faisait passer pour des brutaux dans l'esprit de leurs aveugles sectateurs; et il n'y avait violence qu'ils ne se crussent obligés de faire aux paroles de Jésus-Cbrist , plutôt que d'y reconnaître un sens si barbare. Maintenant qu'on s'est radouci, et qu'en faveur des luthériens on est demeuré d'accord que cette manducation de la chair de Notre Seigneur, qu'on trouvait si odieuse, n'a aucun venin; qu'elle n'a rien qui répugne à la piété, ni à l'honneur de Dieu, ni au bien des hommes; en sorte que les luthériens, qui la croient et la prati([uent aussi bien que nous, sont dignes de la sainte table et vrais membres de Jésus-Christ : qui vous oblige à violenter les paroles de Jésus-Christ, et d'y introduire par force une figure dont on ne trouve dans l'Ecriture aucun exemple? Mais si nous sommes des idolâtres, à cause que nous adorons Jésus- Christ dans l'Eucharistie; que seront les luthériens? Il n'est pas vrai, quoi que l'on vous dise, qu'ils n'adorent pas Jésus-Christ dans le sacrement de la Cène. Si vous les consultez, ils vous diront que n'y croyant Jésus-Christ que dans l'usage, ils ne l'y adorent aussi que dans l'usage, et que c'est pour l'y adorer dans l'usage qu'ils reçoivent à genoux ce saint sacrement. Mais quand ils ne lui rendraient aucune adoration extérieure, qui ne sait que ce n'est pas dans cet extérieur que consiste le service? L'acte de Foi, d'Espérance et de Charité rapporté à Jésus-Christ comme présent , n'est-ce pas une parfaite adoration qu'on lui rend? Et si c'est une idolâtrie que d'adorer Jésus-Christ dans le sacrement de la Cène, celui qui l'y adore intérieurement peutil s'exempter d'être idolâtre? Comment donc peut-il avoir part à la table de Jésus-Christ et à l'héritage céleste? Pesez, mes frères, pesez un raisonnement si solide et tout ensemble si intelligible; vous verrez qu'on pardonne tout aux luthériens, qu'on outre tout contre nous, et qu'on ne tâche qu'à vous inspirer une horreur injuste contre notre culte. VIII. Qu'on ne peut nous accuser d'idolâtrie ,