Mallh., XXVI. 2fi — 2. Joan., i
sans blasphémer contre Jésus-Christ et contre les promesses données à l'Eglise. Passage remarquable de M. Claude. — Entin si c'est une idolâtrie que d'adorer Jésus-Christ dans le Irês-saint sacrement, où sont les vrais adorateurs depuis tant de siècles? Ne vous y trompez pas , mes frères ; l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est aussi ancienne que l'Eglise. Mais pour ne vous dire que les choses dont on convient parmi vous, elle y est du moins établie et constamment décidée depuis Bérenger, c'est-à-dire il y a plus de six cents ans. L'enfer a-t-il prévalu durant tant de siècles? et ce qui devait toujours subsister jusqu'à la fin du monde , selon la parole de Jésus-Christ , a-t-il souffert une interruption si considérable?
Et de peur que vous ne croyiez que je vous veuille jeter dans une importune discussion de l'histoire des siècles passés; où étaient les vrais adorateurs, quand Zwingle et Calvin sont venus au monde? Car, pour Luther, il est constant que s'il a changé quelque chose dans l'adoration , ce n'a été que bien tard. En tout cas où étaient-ils, ces adorateurs véritables, dans les commencements de Luther et du nouvel Evangile? Vous en revenez à ces sept mille inconnus au prophète Elle, qui n'avaient point fiéchi le genou devant Baal. Mais enfin, ces sept mille se seront du moins déclarés, quand ils auront vu paraître les réformateurs. J'ai pressé M. Claude d'en nommer un seul qui, se joignant à ces réformateurs prétendus, leur ait dit : J'ai toujours cru comme vous; jamais je n'ai adhéré à la foi romaine, ni à la messe, ni à la présence réelle, ni à l'adoration de Jésus-Christ dans l'Eucharistie'. A cette demande si précise, à ce fait si clairement posé, qu'a répondu ce ministre si fécond en subtilités? « M. de Meaux, dit-il^, s'imagine-t-il que les » disciples de Luther et de Zwingle dussent faire » des déclarations formelles de tout ce qu'ils avaient » pensé avant la Réformation , et qu'on dût insérer » ces déclarations dans les livres? » Vous voyez qu'il n'a eu personne à nommer; et cette réponse peut passer pour un aveu solennel, qu'en e(Tet il ne sait personne qui ait fait une semblable déclaration. De dire que cela ne s'écrive pas; et que , pendant qu'on objectait de tous cotés et dans tous les livres aux réformateurs prétendus que la doctrine qu'ils enseignaient était inconnue quand ils sont venus, ils ne se soient jamais avisés de dire qu'un très-grand nombre de ceux qui les suivaient avaient toujours cru comme eux : c'est une illusion manifeste. Cependant quoiqu'ils aient rempli l'univers de lettres, d'histoires, de traités, et que mille et mille fois ils se soient mis en devoir de satisfaire le monde sur la nouveauté qu'on leur objectait; jamais ils n'ont nommé ces partisans qu'on suppose qu'ils avaient parmi nous . et encore à présent M. Claude ne les peut trouver, quoiqu'on le presse d'en nommer du moins quelques-uns. Mais au lieu de nous contenter sur cette demande, il nous allègue le progrès soudain de la Réformation, qui marque, dit-il^, que la matière était e.ttrêmement disposée. Comme si le désir de s'atfranchir des vœux, des jeûnes, de la continence, de la confession, des
1. Conf., Réfl-x. xin; voy. ci-dessus, "pag. 241. — 2. Rép. au Disc, de M. de Cond. pag. 228. — 3. Rép. au Disc, de M, de Cond., pog. 22S.
LETTRE PASTORALE SUR LA COMMUNION PASCALE
mystères qui passaient les sens, de la sujétion aux évoques qui éiaient en tant de lieux princes temporels ; la jouissance des biens d'(''Slise; le dégoiil des ecclésiastiques trop ignorants, hélas I et trop scandaleux; le charme trompeur des iilaisanteries cl des invectives, cl celui d'une éloquence emportée et séditieuse; le pouvoir accordé aux princes et aux magislrats de décider des atlaires de la religion, et à tous les hommes de se rendre les arbitres de leur foi, et de n'en plus croire que leur propre sens; enlin la nouveauté môme , n'avait pas été l'attrait qui jetait en foule dans la nouvelle Réforme les villes, les princes, les peuples, et jusques aux prêtres el aux moines apostats. Pendant que les catholiques alléguaient aux réformateurs et à leurs disciples ces causes de leur révolte, c'était le temps de répondre que ce n'était pas d'aujourd'hui qu'ils avaient eu ces pensées; ils auraient dii même s'en expliquer auparavant. Car enlin, on a supposé dans les nouvelles Lettres pastorales, que, selon la doctrine de saint Paul', ce n'est pas assez de croire de cœur à justice; mais qu'il faut encore confesser de bouche à salut , et glorifier Dieu du corps et de l'esprit, puisqu'il est le rédempteur de l'un et de l'autre. C'est ainsi que parle la Lettre adressée aux tombés ; et celle qui est écrite aux oppressés de Dabijlone, ne s'explique pas en termes moins formels : Sachez que ce n'est pas assez de détester toutes ces choses de cœur, il faut les condamner de bouche. Pourquoi donc ne pas déclarer ceux qu'on suppose avoir confessé avant la Réforme la doctrine qu'elle enseignait? Cependant on n'en rapporte aucun : tant il est vrai qu'il n'y en avait point du tout. Et il parait au contraire que les premiers réformateurs, prêtres et moines pour la plupart, avaient été consacrés dans la foi que nous professons, comme nous l'avons déjà vu; el ceux qu'ils ont entraînés dans leur rébellion les ont regardés comme des hommes extraordinaires, qui leur apprenaient une nouvelle doctrine. Où étaient donc, au nom de Dieu , ceux qui croyaient bien ; pendant que tout le monde , et aussi bien les réformateurs que ceux qui les ont suivis, croyaient comme nous?
Gardez-vous bien, mes chers Frères, de regarder celte question comme une question inutile ou curieuse : il s'agit de vérifier les promesses de l'Evangile. M. Claude demeure d'accord qu'en vertu de ces promesses de Jésus-Christ : Enseignez et baptisez, je serai toujours avec vous^; il faut entendre, je serai toujours avec vous enseignants et baptisants. D'où il s'ensuil de son aveu, que Jésus- Christ promet à son Eglise d'être avec elle et d'enseigner acec elle sans interruption jusqu'à la fm du monde^. El encore : /( y aura toujours une Eglise, el Jésus-Christ sera toujours au milieu d'elle baptisant acec elle et enseignant avec elle''. Sans doute c'est par les pasteurs (ju'elle exercera ce ministère : c'est donc avec les pasteurs qu'il a promis de baptiser el d'enseigner. Qu'on nous exj)liquc comment peuvent mal baptiser et mal enseigner, ceux avec qui Jé.sus-Christ baptise et avec qui Jésus-Christ enseigne.
iL Claude nous oppose l'expérience ; el pour
1. Rom., X. lu. — 2. Mallh., xxvin. 19, 20. — 3. Rtp. au Disc, de M. de Cond.\ voy. ci-dessus, )i. 171. — 4. Idem.paij. 171, 221, e<c. ■'
montrer que cette force invincible que nous attribuons au ministère ecclésiastique, en vertu des liromesses de Jésus-Christ, ne lui convient pas, il nous rapporte beaucoup de passages d'ilérivé, de saint liernard , d'Alvare Pelage', et des autres qui dans les siècles précédents onl déploré les désordres du clergé, et en ont désiré la réformation. Je n'entreprends pas ici d'examiner ces passages : vous les pouvez lire; et si vous en trouvez un seul où ces auteurs se soient plaints de la transsubstantiation , ou du sacrilke, ou de l'adoration de l'Eucharistie, ou enlin d'aucun des points de doctrine, sur lesquels Lulher et Calvin ont fait rouler leur Réformation, je veux bien abandonner la cause. Mais si au contraire parmi tant de passages ambitieusement rapportés, il ne s'en trouve pas un seul qui regarde le moins du monde ces choses; avouez que les prétendus réformateurs n'ont pris de ces hommes vénérables que le nom de Réformation , et n'ont fait qu'abuser le monde par un titre spécieux.
IX. Blasphèmes des prétendues Lettres pastorales contre l'Eglise catholique, et même contre l'Eglise ancienne. — N'écoutez donc plus leurs dangereux discours. N'appelez plus Réformation un schisme affreux qui a désolé la chrétienté; et tournez contre les ennemis de la réunion l'horreur qu'ils tâchent de vous inspirer pour vous. Car y a-t-il rien de plus digne d'horreur que de vous faire haïr l'Eglise? que de vous représenter comme Babylone , celle qui porte sur le front le nom de Jésus-Christ, el qui met en lui seul sa confiance? que de faire la mère des idolâtries et des prostitutions , celle qui , dès l'origine du christianisme jusqu'à nos jours, ne cesse d'envoyer ses enfants par toute la terre, et jusque dans les régions les plus inconnues, pour y faire adorer le seul et vrai Dieu, Père, Fils, et Saint- Esprit? Ce n'est donc pas nous, mes frères, qui méritons celle juste horreur qu'on a pour l'idolâtrie; c'est ceux qui nous accusent faussement. Ceux qui portent contre un innocent un témoignage faux et calomnieux, sont punis du môme supplice que mériterait le crime dont ils ont porté le témoignage, s'il avait été avéré : ainsi ceux qui nous accusent d'idolâtrie, pendant que nous confessons avec tant de pureté le nom de Dieu, méritent devant les hommes l'horreur qui est due à l'idolâtrie, et en recevront devant Dieu le juste supplice.
Mais surtout de quelle horreur sont dignes ceux qui font tomber celte accusation sur toute l'Eglise, et encore sur l'Eglise des premiers siècles? Il y a longtemps, mes frères, et c'est une chose avouée parmi les ministres, que dès le qualrième siècle, l'Eglise demandait les prières des marlyrs el en honorait les reliques; el Vigilance s'étant opposé à Celte pratique ancienne et universelle, fut tellement réprimé par les écrits de saint Jérôme, qu'il demeura seul dans son sentiment. Si c'est donc une idolâtrie de demander les prières des saints et d'en honorer les reliiiues; cet illustre quatrième siècle, oui , ce siècle où les prophéties du règne de Jésus- Christ se sont accomplies plus manifestement que jamais, où les rois de la terre, persécuteurs jusqu'alors du nom de Jésus, selon les anciens oracles, en sont devenus les adorateurs : ce siècle, dis-je, servait la créature; les prophéties du règne de Jé-