Ibid., p
» expliquait publiquement Episcopius dans leurs » universités, et qu'on n'y faisait pas de façon de » tirer les sociniens du nombre des hérétiques. » C'est, poursuit M. .Turieu, ce qui m'a été dit à » moi-même par une inlinité de gens. Celte fausse » accusation est le fruit du commerce trop étroit que » quelques théologiens anglais ont eu avec les œu- <) vres d'Episcopius. » A la lin donc il avouera que c'est par principes, à l'exemple d'Episcopius, que l'Angleterre devient indifférente. Ce n'est pourtant que quelques théologiens anglais. Car il faut toujours exténuer le mal et couvrir autant qu'on pourra la honte de la réforme chancelante, qui ne sait plus ce qu'elle veut croire, ni presque même si elle veut être chrétienne; puisqu'elle embrasse une indilTérence, qui selon M. Jurieu ne tend à rien de moins qu'à renverser le christianisme. En eft'et , quoi qu'il puisse dire de ce petit nombre de théologiens défenseurs d'Episcopius, le nombre en est assez grand pour faire pensera w/ie infinité de gens, qui en ont assuré M. Jurieu, que l'Angleterre ne faisait point de façon de déclarer son indifférence, et de tirer les sociniens du nombre des hérétiques.
X. Progrès de ce même mal dans les Provinces- Unies , selon le même ministre. — Voilà pour ce qui regarde l'Angleterre , où l'on voit que les dispersés indilTérents ont trouvé le champ assez libre : voyons ce qu'ils auront trouvé en Hollande.v« Ils » ont abusé, dit notre ministre', de la tolérance » politique qu'on avait ailleurs pour les différentes » sectes : » nous entendons ce langage et la liberté de ces pays-là , qui a fait dire , comme on vient de voir, à M. Jurieu, que tout est plein d'indifférents dans ces provinces^. M. Basnage n'en a pas moins dit, puisqu'il nous assure que l'hérétique n'a rien à craindre dans ces bienheureuses contrées' : et sans besoins d'édits pour s'y maintenir, tout y est tranquille pour lui. Mais cette tolérance politique, dont on prétend que les dispersés ont abusé , va bien plus loin qu'on ne pense; puisque, selon M. Jurieu^, ceux qui l'établissent « ne vont pas à moins qu'à » ruiner les principes du véritable christianisme... » à mettre tout dans l'indifférence , et à ouvrir la » porte aux opinions les plus libertines : » ce que le même ministre conlirme en ajoutant un peu après*, que « par là on ouvre la porte au liberti- » nage, et qu'on veut se frayer le chemin à l'indif- » férence des religions. »
XI. Liaison de. la tolérance cicile avec l'ecclésiastique et avec l'indifférence des religions, selon M. Jurieu. — Ainsi la tolérance civile , c'est-à-dire, l'impunité accordée par le magistrat à toutes les sectes , dans l'esprit de ceux qui la soutiennent est liée nécessairement avec la tolérance ecclésiastique ; et il ne faut pas regarder ces deux sortes de tolérances comme opposées l'une à l'autre, mais la dernière comme le prétexte dont l'autre se couvre. Si on se déclarait ouvertement pour la tolérance ecclésiastique, c'est-à-dire, qu'on reconnût tous les hérétiques pour vrais membres et vrais enfants de l'Eglise , on marquerait trop évidemment l'indifférence des religions. On fait donc semblant de se renfermer dans la tolérance civile. Qu'importe en
I. Tab., Lelt. i, p. S. — 2. Droits des deux Sauver., Préf., cidessus, n. 7. — 3. B.isn., T. i, c. 6 , p. 492. — 4. Tab., Letl. VIII, ;). 369. — 5. Idem, p. 402.
SIXTKMK ET DliUNJER AVERTISSEMENT.
elTel il ceux qui liuiineiit toulo religion pour indillërenle, que l'Epiise les coiidanme? Celle censure n'csl ;\ craindre (|u'à ceux (|ui onl des églises, des chaires, ou des pensions ecclésiastiques à, ])erdre : quanl aux aulrcs indillercnls, pourvu que le magislral les laisse en rei)os, ils jouiront tranquillement de la liberté qu'ils se donnent à eux-mêmes, de penser tout ce qu'il leur plail, qui est le charme par où les esprits sont jetés dans ces o|iinions libertines. C'est pourquoi ils font tant de bruit lorsqu'on excite contre eux le magistrat : mais leur dessein véritable est de cacher l'indill'érence des religions sous l'apparence miséricordieuse de la tolérance civile.
C'est ce qui fait dire à M. Jurieu , « que de tous » les voiles derrière lesquels se cachent les indiffé- » renls , le dernier et le plus spécieux c'est celui de » la tolérance civile'. » Elle ne fait donc pas, encore un coup , dans la Réforme, un parti opposé à celui de l'indifférence des religions, mais le voile sous lequel .se cachent les indifférents , et le masque dont ils se déguisent.
Xn. Nombre immense des défenseurs de la tolérance civile , selon M. Jurieu. — Mais si cela est, comme il est certain, et que le minisire le prouve par des arguments démonstratifs^, on peut juger combien est immense le nombre des indifférents dans la Réforme; puisqu'on y voit les défenseurs de la tolérance civile se vanter publiquement qu'ils sont mille contre im^. Et que ce ne soit pas à tort qu'ils s'en glorilient, l'embarras de M. Jurieu me le fait croire : car écoutons ce qu'il leur répond : « Ils 1) se font , dit-il'', un plaisir de voir je ne sais com- » bien de gens qui paraissent les flatter; et cela » leur fait dire qu'ils sont mille contre un : mais )i depuis quel temps et en quels pays? Je leur sou- » tiens qu'avant les sociniens el les anabaptistes, il » n'y a pas eu un seul docteur de marque qui ail » appuyé leur sentiment. » Il ne s'agit pas de savoir ce qu'on pensait sur la tolérance avant les sociniens cl les anabaptistes; c'est-à-dire, si je ne me trompe , avant que le nombre en fut grossi au point qu'il est : il s'agit de répondre, s'il est vrai que les tolérants soient aujourd'hui mille contre un, comme ils s'en vantent : le ministre n'ose le nier, et ne s'en tire qu'en biaisant. « Nous sommes, i> disent-ils, mille contre un : c'est, répond-il '', une » fausseté; et je ne connais pas de gens fort dislin- » gués qui soient dans ce sentiment. » Quelque beau semblant qu'il fasse, et malgré le démenli qu'il leur donne, il biaise encore : les indifférents ([u'il attaque se vantent, à ce qu'il dit, de la multitude , et il leur répond sur les gens de marque , sur la distinction des personnes, ilais si on lui demandait comment il délinirail ces gens distingués, il biaiserait encore beaucoup davantage; et on ne voit que trop, quoi qu'il en soit, que l'indiirérence prend une force invincible dans la Réforme, et que c'est là ce torrent impur auquel M. Jurieu s'oppose en vain.
XIII. Preuve de la même chose par une lettre des réfiujlés de France en Angleterre au synode d'Amsterdam de l'année dernière. — Mais les actes du synode Vallon, tenu à Amsterdam le 23 août et les
I. Tal>., Lell. viii, art. I, p. 39S. — 2. /dem et suiv. — 3. lùiU., ■175, «5. —4. Iljïd. — 5. l--at/. 558.
jours suivants de l'an 1 1190, achèvent de démontrer combien ce torrent est enflé et im|iéiueux. Trentequatre ministres de France réfugiés en Angleterre se plaignent à ce synode « du scandale que leur » causent ces ministres réfugiés, qui, élant infectés » de diverses erreurs, travaillent, disent-ils^, à les » semer parmi le peuple. Ces erreurs, poursuivent- » ils, ne vont à rien moins qu'à renverser le chris- » tianisme; puisque ce sont celles des pélagiens et » des ariens, que les sociniens ont jointes à leurs )) systèmes dans ces derniers siècles. » On voit qu'ils parlent en mêmes termes que le ministre Jurieu, et i]u'ils reconnaissent comme lui la ruine du christianisme dans ces erreurs. Mais le reste s'explique encore beaucoup mieux. « Il y en a, conlinuent-ils, » qui soutiennent ouvertement ces erreurs : 11 y en » a d'autres qui se cachent sous le voile d'une tolé- » rance sans bornes. Ceux-ci ne sont guère moins » dangereux que les autres; et l'expérience a fait » voir jusqu'ici que ceux qui ont affecté une si » grande charité pour les sociniens , ont été soci- » niens eux-mêmes, ou n'ont point eu de religion. » Enfin le péril est si grand , « et la licence est venue » à un tel point, qu'il n'est plus permis aux compa- » gnies ecclésiastiques de dissimuler, et que ce se- » rait rendre le mal incurable que de n'y apporter » que des remèdes palliatifs. »
Il ne faut donc plus cacher l'état triomphant où l'indifférence, qui est une branche du socinianisme, se trouve aujourd'hui dans la Réforme sous le nom et sous la couleur de la tolérance; puisque les ministres qui sont à Londres crient à ceux qui sont en Hollande, qu'il est temps d'en venir aux derniers remèdes : et ce qu'il y a de plus remarquable dans leur plainte, c'est que nous ne voyons point, dans cette lettre de Londres, la souscription de plusieurs ministres des plus fameux que nous connaissons : on sait d'ailleurs que ces trente-quatre qui ont signé la Lettre ne font qu'une très-petite partie des ministres réfugiés en Angleterre. Le silence des autres fait bien voir quel est le nombre qui prévaut, et ce que la France nourrissait, sans y penser, de sociniens ou d'indilïérenls cachés pendant qu'elle tolérait la Réforme.
XIV. Preuve dr. la même chose par le décret du synode, et par ce que M. Jurieu a écrit depuis'. — Telle est la plainte que les trente-quatre réfugiés d'Angleterre portent au synode d'Amsterdam contre les indilfèrents ; mais la réponse que fait le synode montre encore mieux combien est grand ce parti; puisqu'on en parle comme d'un torrent dont il faut arrêter le cours ^. On voit même qu'en Angleterre ces réfugiés dont on se plaint poussent leur hardiesse jusqu'à débiter leurs impiétés en public , les prêchant ouvertement; ce qui montre combien ils se sentent soutenus : et en effet on n'entend point dire qu'ils soient déposés.
Il ne faut pas s'imaginer que ce mal ne soil qu'en Angleterre. Les réfugiés de ce pays-là écrivent au synode Vallon qu'il y en a en Hollande de ce caractère'^ ; et le synode lui-même parle ainsi dans sa décision : « Nous apprenons par les mémoires et » les instructions de plusieurs Eglises, que quel-
1. Lettres écrites au Syn. d'Amsl. par plus. Min. réfurj. à Londres. Tab., ie«. vin , p. 559. — 2. Tab., Lett. \i,p. 5&i. — 3. Fa(j. âm.
ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
» qiies esprits inquiets et téméraires sèment dans le » public et dans le particulier des erreurs capitales, » et d'autant plus dangereuses que sous le nom » affecté de la charité et de la tolérance, elles ten- » dent à faire glisser dans l'àme des simples le » poison du socinianisme et l'indifférence des reli- » gions. » Les avis ne viennent donc pas d'Angleterre seulement, mais encore de plusieurs Eglises des Pays-Bas proteslants : le mal se répand partout en deçà et au delà de la mer; et on exhorte les fidèles à résister courageusement à ce torrent'. C'est donc toujours un torrent dont le cours menace la Réforme : le synode aussi n'épargne rien de ce qui dépend de sa lumière et de son autorité : il suspend, il excommunie; il suscite de tous côtés des observateurs pour veiller sur ce qui se dit, non-seulement dans les chaires, mais encore dans les conversations : il autorise autant qu'il se peut les dénonciateurs; il fait en un mot ce que la Réforme a tant blilmé dans la conduite de Rome, et ce qu'elle a tant appelé une tyrannie, une gène des consciences. Encore n'est-ce pas assez; et voici à quoi les exhorte M. Jurieu. « Il est juste, leur dit-il-, afin que peu » de gens soient suspects , que vous employiez des » voies sûres et non équivoques pour distinguer les » innocents des coupables. Les mesures que vous » avez prises dans votre dernière assemblée , (c'est » celles dont on vient de voir la sévérité ,) quelque » bien concertées qu'elles paraissent, ne se trouvent i> pas encore suffisantes pour découvrir les ennemis » de nos vérités, et pour soumettre ces esprits qui » méprisent vos derniers règlements avec tant de » hauteur. C'est pourquoi j'espère, poursuit-il, que » dans votre prochaine assemblée vous prendrez i> des résolutions encore plus fortes et plus efficaces » pour arrêter le mal : » par où nous voyons tout ensemble et le peu d'elTet du synode d'Amsterdam, et les nouvelles rigueurs qu'on prépare, non plus pour punir les tolérants déclarés , mais pour les discerner et les découvrir comme gens qui se cachent. La Réforme change de méthode : tout s'y échauffe : ceux qu'on ne pourra convaincre d'être hérétiques, seront recherchés, seront punis comme suspects , et rien ne sera à couvert de l'inquisition que M. .Turieu veut établir.
XV. Rapport du socinianisme avec l'indifférence des religions, selon M. Jurieu : le socinianisme, selon lui , une religion de plain-pied. — On demandera peut-être ici quel rapport il y a ou de l'indifférence au socinianisme ou du socinianisme à l'indifférence : c'est ce que M. Jurieu explique trèsnettement , lorsqu'il dit que la méthode des sociniens, qu'il entreprend de combattre, est d'insinuer d'abord, « qu'il ne s'agit de rien d'important entre n eux et les autres protestants qui ont abandonné » le papisme : que ce sont des disputes très-légères, » cl qu'on peut croire là-dessus tout ce que l'on » veut^. Quand cela est fait, continue-t-il, et qu'ils » ont persuadé que le socinianisme est une religion » où l'on peut se sauver, il ne leur est pas difficile » d'achever et de pousser les esprits dans la reli- 0 gion socinienne : parce que le socinianisme est » une religion de plain-pied, qui lève toutes les dif- » Qcultés et aplanit toutes les hauteurs : » ce qui fait, conclut-il, « qu'on est bien aise de trouver un
1. Pau. 567. — â. Tab., Lett. viii, p. 397. — 3. Pag. 12, 13,
» lieu OÙ l'on puisse se sauver, sans être obligé de » croire tant de choses qui incommodent l'esprit et » le cœur. » On ôte tous les mystères, on éteint les feux éternels, et on ne cherche qu'à se mettre au large. C'est ainsi que l'indifférence et le socinianisme sont liés; et il est aisé de comprendre que ce torrent débordé de sociniens ou d'indifférents dont la Réforme se plaint elle-même et qu'elle ne peut retenir, entraîne naturellement les esprits à celte religion de plain-pied qui aplanit toutes les hauteurs du christianisme.
XVI. Que la constitution de l'Eglise catholique s'oppose à toutes ces nouveautés. Vaine réjjonse du ministre, qui tâche de faire croire qu'elle est attaquée du même mal que la Itéforme. — Pour exténuer un mal à qui la Réforme prépare déjà d'exlrèmes remèdes , le ministre voudrait nous faire accroire qu'il nous est commun avec elle. « La communion » de Rome a senti , dit-il', ce torrent d'impiété qui » a presque inondé toute l'Eglise : ce qui a obligé » ses auteurs à écrire plusieurs ouvrages pour » prouver la vérité de la religion chrétienne. » Sur ce fondement il nous donne « des déistes à la Cour » et des sociniens dans l'Eglise en assez grand » nombre : » en sorte que nous n'avons rien à reprocher à la Réforme de ce cûté-là. Pour rendre les choses égales, il faudrait encore nous nommer les royaumes catholiques où l'on prêche publiquement le socinianisme et l'indifférence; les conciles qu'on y tient contre ces erreurs, et les moyens extraordinaires dont on croit y avoir besoin pour en exterminer les sectateurs. Du moins peut-on assurer que les sociniens font peu de bruit dans le monde, et pour moi qui pourrais peut-être en rencontrer quelques-uns, s'il yen avait dans l'Eglise autant que dit le ministre, je n'en puis pas nommer un seul. Mais après tout et pour le prendre de plus haut, la question n'est pas de savoir si le nombre des indifférents, c'est-à-dire, celui des impies, s'augmente dans la chrétienté , et s'il peut y en avoir de cachés parmi nous : ce qu'il faut examiner, c'est d'où celte race est venue, de quel principe elle est née, et pourquoi elle se déclare hautement parmi les protestants. D'abord on avouera pour peu qu'on ait de bonne foi , que l'Eglise romaine y est opposée par sa propre constitution. Une Eglise qui pose pour fondement qu'il n'y a de vie ni de salut que dans sa communion, sans doute est opposée par sa nature à l'indifférence des religions. Une Eglise qui a pour règle de la foi, qu'elle doit avoir aujourd'hui celle qu'elle avait hier, qui croit que celle d'hier est celle de tous les siècles passés et futurs, en sorte que la vérité régnera éternellement dans sa communion, et qu'il y a une promesse divine qui l'en assure, est incompatible par son propre fond avec toutes les nouveautés; et d'autant plus opposée à celle des sociniens et des tolérants ou indifférents, que leurs innovations sont plus hardies. Qu'on vienne dire à une telle Eglise qu'elle ne doit pas adorer le fils de Dieu autant que le Père, ou que Jésus-Christ n'est pas proprement un rédempteur qui ail vraiment satisfait pour elle et payé un prix infini; ou que l'enfer n'est pas éternel comme la béatitude qui nous est promise; ou qu'on puisse trouver son salut autre pari qu'avec Jésus-