‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 39 sur 631 · T,ib., Lett. I, p · texte numérisé non relu

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SIXIÈME ET DERNIER AVERTISSEMENT

Christ et son Eglise : elle Ijuuchera ses oreilles pour ne point ouïr de tels blasphùnics, et repoussera de loiile sa force ces novateurs avec un concours universel : il fant qu'ils sortent ou qu'ils se cachent si bien, qu'il ne leur reste d'asile (jue celui de riiypocrisie , qui se condamne elle-même à des téncjjres éternelles. Voilà où en sont réduits tous les novateurs dans l'Eglise cathûli(iue. Qu'on laisse reposer les peuples sur cette foi et sur la promesse divine, jamais les nouveautés ne seront seulement écoutées. Mais que l'on commence à dire avec la Réforme , qu'il y a sept ou huit cents ans, plus ou moins, que l'erreur et l'idolâtrie régnent dans l'Eglise, c'en est fait; la chaîne est rompue; la promesse est anéantie; on ne tient plus à la succession. L'anlechrisl, qui ne commençait qu'au septième ou huitième siècle, si l'on veut, prendra naissance au cinquième et en la personne de saint Léon ; si l'on veut, la corruption aura commencé au concile de Nicée : ce sera plus tôt, si l'on veut, et dès le temps qu'on a condamné Paul de Samosate qui niait la préexistence du Fils de Dieu : il n'y a plus de digues à opposer à cette pente secrète qui porte l'esprit de l'homme à cette religion de plain-picd qui supprime tout l'exercice de la foi; et tout devient indifférent.

XVII. Que l'indifférence des religions doit l'emporter, selon les principes de la Réforme : trois règles des indifférents. — Qu'ainsi ne soit; mettons aux mains un de ces protestants indifférents, sociniens, pajonistes, arminiens, si l'on veut (car tous ces noms symbolisent fort) avec quelque bon réformé, avec M. Jurieu lui-même; et voyons s'il pourra le vaincre par les principes communs de la Réforme. Cet indifférent a trois règles : la première ; /( ne faut connaître nulle autorité que celle de l'Ecriture : celle-là seule est divine : ne me parlez ni d'Eglise ni d'anliquitô ni de synode : ce sont tous moyens papistiqucs; et la Réforme m'apprend que tout cela n'est pas ma règle. La seconde règle de notre indifférent : L'Ecriture pour obliger doit être claire; ce qui ne parie qu'obscurément ne décide rien et ne fait qu'ouvrir le champ à la dispute : telle est la seconde règle de l'indifférent. La troisième et la dernière : « Où l'Ecriture parait » enseigner des choses inintelligibles et où la raison » ne peut atteindre , conmie une Trinité , une In- » carnation, et le reste; il faut la tourner au sens » dont la raison peut s'accommoder, quoiqu'on » semble faire violence au texte. » Jout roule sur ces trois maximes.; mais voyons un peu plus dans le détail comment les indifférents les emploient, et si les vieux réformés pourront les nier ou en éviter les conséquences.

XVIII. Première règle des indifférents , tirée de l'autorité de l'Ecriture que la Réforme ne peut la nier, et qu'elle les met à couvert de ce que les trentequatre réfugiés proposent contre eux. — Par la première maxime , Nulle autorité que celle de l'Ecriture, \\s e.'i.cluent d'abord toutes les Confessions de foi de la Réforme, parce qu'elles sont faites, reçues, autorisées par des hommes sujets à errer comme les autres. Quand donc les trente-quatre réfugiés d'Angleterre pressent le synode d'Amsterdam de réduire les proposants et les ministres à la Confession belgique; premièrement, ils ne disent

rien; car ils ne veulent les y soumettre que dans les articles capitaux, sans expliquer quels ils sont'. Secondement, ils demandent qu'on im|)Ose à ces proposants et à ces ministres un joug humain , et qu'on leur ôte la liberté que l'Evangile réformé leur a donnée de tout examiner, et même les résolutions et les décisions les plus authentiques de l'Eglise.

XIX. Que la même règle des indifférents les met à coucert de la décision du synode d'.imslcrdam qui les condamna l'année passée. — Cette raison met à couvert nos indilférents de la décision du synode môme, lorsqu'il leur défend « de rien sup- 1) porter de ce qui pourra contrevenir à la doctrine » enseignée dans la parole de Dieu , dans la Con- » fession de foi, et dans le synode national de Dor- » drecht^ » ; car d'abord la parole de Dieu visiblement n'est mise là que pour la forme ; autrement de deux choses l'une; ou le synode leur défendrait de supporter les luthériens contre le décret de Charenton et le sentiment unanime de la Réforme calvinienne , ou elle les forcerait à confesser que la présence réelle, l'ubiquité et le reste, qu'il faut passer aux luthériens , n'est pas contraire à la parole de Dieu; puisque s'il y était contraire, selon les termes de ce synode , on ne pourrait plus le supporter.

Il en faudra donc venir à dire que la parole de Dieu n'est mise là qu'à condition de l'entendre selon les interprétations des Confessions de foi et du synode de Dordrecht : ce qui est manifestement la doctrine que la Réforme a improuvée dans les catholiques , et une restriction de la liberté qu'elle a donnée d'interpréter l'Ecriture chacun selon son esprit particulier.

XX. Que l'autorité des Confessions de foi de la Réforme, selon M. Jurieu, ne lie point les consciences et n'emporte pas la perte du salut. — Que si M. Jurieu répond, selon les principes de son Système, que ces Confessions de foi n'obligent pas en conscience , mais à titre de confédération volontaire et arbitraire, comme il parle s, où l'on a pu recevoir et d'où aussi l'on peut exclure qui l'on veut; il demeurera pour certain qu'on en peut croire en conscience tout ce qu'on voudra, et que le refus qu'on ferait d'y souscrire ne pourrait avoir que des effets politiques qui n'auraient aucune liaison avec le salut.

Qu'ainsi ne soit : selon ce ministre, on pouvait régler de telle manière ces confédérations des Eglises, par exemple , de Genève et de Suisse, que les pélagiens et semi-pélagiens n'en auraient pas été exclus : « et ce qui est bien certain, dit-il, c'est » qu'on n'a pas eu dessein de damner ceux qui » embrasseraient le scmi-pélagianisme'' : » en les excommuniant on ne les exclut que de cette confédération particulière, de cette Eglise et de ce troupeau particulier, et non pas en général de la société de l'Eglise et encore moins du salut. On est donc encore libre en conscience de croire ce qu'on voudra de ces Confessions de foi : quoiqu'elles se soient déclarées contre les semi-pélagiens, on peut encore être ou n'être pas de cette secte. Ainsi il en faut

1. Pag. 501. —2. P. 567. — 3. PréJ. léij., p. 6; Sj/st.. p. 216 et suiv., 254 et suiv., Hist. des Var., liv. xv, n. 66 et suiv. — 4. Hist. des Vai:, liv. xiv, ii. 8.3, S4 .

toujours revenir au fond; el les censures lancées sur le fondement de ces confédérations arbitraires ne regardent qu'une police extérieure de l'Eglipe, qui no gène en aucune sorte la liberté ialérieure de la conscience.

X.XI. La même chose se doit dire des sijnodes, et de celui de Dordrecht ; el tout cela n'est ]ias une loi pour les prétendus réformés qui embrassent l'indifférence. — Il en faut dire autant de tous les synodes, et même de celui de Dordrecht, le plus aulhentique de tous. A quelque autorité qu'on s'elïorce de l'élever dans la Réforme, le plus rigide des intolérants, c'est-à-dire , M. Jurieu , se contente qu'on lui accorde que ce synode « a pu obliger, non tous les » MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ , mais au moins tous ses » docteurs, prédicateurs et autres gens qui se mê- » lent d'enseigner, sans pourtant obliger à la même » chose les autres Eglises et les autres conunu- » nions'. » Ses décrets ne sont donc pas une règle de vérité proposée à tout le monde, mais une police extérieure du calvinisme, qui, selon les principes de la Réforme, ne peut lier les consciences.

Ainsi les indilTérents ont gagné leur cause contre les synodes et les Confessions de foi : et à parler sincèrement, il ne faudrait les presser que par l'Ecriture selon les anciens principes de la Réforme.

?(XII. Seconde règle des indifférents , tirée de la même Ecriture. Que cette refile les met à concert des attaques de la Réforme. La discussion de l'Ecriture impossible aux simples, selon le ministre Jurieu. — Venons au second principe des inditTérents : L'Ecriture pour obliger doit être claire. Ce principe n'est pas moins indubitable dans la Réforme que le précédent; puisque c'est sur ce fondement qu'elle a tant dit que l'Ecriture était claire, et qu'il n'y avait personne, pour occupé ou pour ignorant qu'il fût, qui n'y put trouver les vérités nécessaires, en considérant par lui-même attentivement les passages, et les conférant avec soin les uns avec les autres. C'est par là qu'on llaltail le monde et qu'on soutenait la Réforme : mais c'est maintenant ce qui la perd. Car l'expérience a fait sentir aux simples fidèles, et même aux plus présomptueux, aux plus entêtés , qu'en ell'et ils n'entendaient pas ce qu'ils s'imaginaient entendre .• ils se sont trouvés si embarrassés entre les raisonnements des vieux réformés et ceux des arminiens, des sociniens, des pajonistes, pour ne point parler ici des catholiques et des luthériens, qu'on a été obligé de leur avouer qu'au milieu de tant d'ignorances, de tant de distractions et d'occupations nécessaires, l'examen de discussion leur était aussi peu possible, que d'ailleurs il leur était peu nécessaire.

C'est ce que M. Jurieu a expressément avoué : car non content d'avoir enseigné dans son Système que la discussion n'est nécessaire ni à ceux qui sont déjà dans l'Eglise, ni à ceux qui veulent y entrer, et qu'il ne la peut conseiller ni aux uns ni aux autres-, il ajoute en termes formels, qu'un simple n'en est pas capable'^ : et encore plus expressément : « Cette voie de trouver la vérité n'est pas celle de » l'examen; car je suppose avec M. Nicole qu'elle » est absurde, impossible, ridicule, el qu'elle sur-

1. Jur., Sur les mélhodes, sect. IS, p. 159, 160. — 2. Sysl., liv. H, c.2i,p. 401,103 el suiv. —3. Idem, liv. m,c. h, p. 472.

B. — T. IV

» passe entièrement la portée des simples K »

XXIII. Quel examen M. Jurieu laisse au fidèle , et qu'au fond ce n'est rien moins qu'un examen. Sa doctrine et celle de M. Claude sur l'évidence de goût et de sentiment. — Il ne faut pourtant pas ôter à nos prétendus réformés le mol d'examen dont on les a toujours amusés. Outre l'examen de discussion, on sait que M. Jurieu en a trouvé encore un autre, qu'il appelle, « d'attention ou d'application » de la vérité à l'esprit, qui, dit-il-, esl le moyen » ordinaire par lequel la foi se forme dans les » fidèles. Cela consiste, dil-il, dans ce que la vé- » rite, qui proprement est la lumière du monde » intelligible, vient s'appliquer à l'esprit, tout de » même que la lumière sensible s'applique aux » yeux corporels : » ce qu'il explique en un autre endroit encore plus précisément*, lorsqu'il dit « que » ce qui l'ait proprement le grand efTet pour la pro- » duction de la foi , c'est la vérité même qui frappe » l'entendement comme la lumière frappe les yeux. »

A la vérité, on ne voit pas bien pourquoi cette application de la vérité s'appelle examen; puisque les yeux bien assurément n'ont point à examiner si c'est la lumière qu'ils découvrent, et qu'ils ne font autre chose que s'ouvrir pour la recevoir. Mais sans disputer des mots ni raffiner sur les réilexions dont M. Jurieu prétend que cette application de la vérité est accompagnée , souvenons-nous seulement que « cet examen, qu'il appelle d'attention et d'ap- » plicalion, n'est rien que le goût de l'àme qui dis- » tingue le bon du mauvais, le vrai du faux, comme » le palais distingue l'amer du doux^. »

C'est ce qu'il appelle ailleurs la voie d'adhésion ou d'adhérence^, et plus ordinairement la voie d'impression, de sentiment, de goi'U, qu'il reconnaît être la même dont s'était servi M. Claude". Par cette voie on rend aux réformés la facilité dont on les a toujours flattés de se résoudre par eux-mêmes, et on leur donne un moyen aisé de trouver tous les articles de la foi , non plus par la discussion qu'on reconnaît impossible et peu nécessaire pour eux , mais par sentiment et par goùl'. Il ne faut que leur proposer un amas de vérités, un sommaire de la doctrine chrétienne : alors indépendamment de toute discussion , et même ce qu'il y a de plus remarquable , « indépendamment du livre où la doc- » trine de l'Evangile et de la véritable religion est » contenue', » c'est-à-dire constamment de l'Ecriture , la vérité leur est claire ; « on la sent comme » on sent la lumière quand on la voit, la chaleur » quand on est auprès du feu , le doux et l'amer » quand on en mange. » C'est ce qu'a dit M. Jurieu, c'est ce qu'a dit M. Claude, et c'est à quoi se réduit toute la défense de la Réforme.

XXIV. Que ce goût et ce sentiment sont une illusion manifeste, et un autre nom qu'on donne à la prévention et à l'autorité.' — Ce moyen est aisé sans doute : mais par malheur la même expérience qui a détruit la discussion, détruit encore ce prétendu goût, ce prétendu sentiment. Ne disons donc point aux ministres ce que nous leur avons déjà objecté^,

1 S:/st., liv. H, c. 13, p. 337. — 2. Idem, liv. n, c. 19,;). 3S0, 381 et suiv. — 3. Pag. 383. — 4. Jur., liv. ii, c. 24. p 413. — 5. Idem, liv. Il, c. SO, 21, 25; liv. m, c. 5, 9, 10. — 6, IbiJ.. liv. III, c 2, 3, 5. — 7. Syst., liv. II, c. 25, p. 42S,453''i suiv.; Var., liv. XV. n. 112 et suiv, — S. Idem, p. 453. — 9. Var., liv. xv, n. 6S et suiv.

SIXIÈME KT DERNIER AVERTISSEMENT

que tout cela se dit en l'air et sans fondement , contre les propres principes de la Réforme, avec un péril inévitable de tomber dans le fanatisme : laissons les raisonnements, et tenons-nous-en à l'expérience. Ce (lu'il y aura de gens sensés et de bonne foi dans la Réforme avoueront franchement (|u'ils ne sentent pas plus ce goût, cette évidence de la vérité au.ssi ciairc que la lumière du soleil, dans les mystères de la Trinité , de l'Incarnation et les autres, qu'ils ont senti par la discussion le vrai sens de tous les passages de l'Ecriture : on llaltait leur présomption en leur disant qu'ils entendaient l'Ecriture par la discussion des passages : on les ilattc d'une autre manière en leur disant qu'ils goûtent et qu'ils sentent la vérité des mystères avec autant de clarté qu'on sent le blanc et le noir, l'amer et le doux. Rien ne peut les empocher de s'apercevoir de l'illusion qu'on leur fait, ni de sentir qu'on n'a fait que changer les termes; que ce qu'on appelle goût et sentiment n'est au fond que leur prévention et la soumission qu'on leur inspire pour les sentiments qu'ils ont reçus de leur Eglise et de leurs ministres; qu'on les mène en aveugles, et que quelque nom qu'on donne à la recherche qu'on leur propose de la vérité, soit celui de discussion ou celui de sentiment et do goût, on les remet par un autre tour sous l'autorité dont on leur a fait secouer le joug.

XXV. Troisième principe des indifférenls : qu'il faut tourner l'Ecriture au sens le plus plausible selon la raison : que la Réforme ne peut éviter ce piéye. — En cet état, un socinien ou rigide ou mitigé vient doucement et sans s'échauffer vous proposer son troisième et dernier principe , qui renferme toute la force ou plutôt tout le venin de la secte : je le répète : « Où l'Ecriture paraît enseigner des » choses que la raison ne peut atteindre jiar aucun » endroit, il la faut tourner au sens dont la raison » s'accommode , quoiqu'on semble faire violence au » texte. » Je soutiens qu'un prétendu réformé tomlie nécessairement dans ce piège : car, dit-il, la Trinité et l'Incarnation sont mystères impénétrables à ma raison : tout mon esprit, tous mes sens se révoltent contre : l'Ecriture , qu'on me propose pour me les faire recevoir, fait le sujet de la dispute : la discussion m'est impossible et mes ministres l'avouent : l'évidence de sentiment dont ils me tlattent n'est qu'illusion : ils ne me laissent sur la terre nulle autorité qui puisse me déterminer dans cet embarras : que reste-t-il à un homme dans cet état, que de se laisser doucement aller à cette religion de plain-pied qui aplanit toutes les hauteurs, comme disait M. Jurieu ? tJn y tombe naturellement, et il ne faut jjas s'étonner si la pente vers ce parti est si violente et le concours si fréquent de ce côté-là.

XXVI. Que par la croyance du calriniste sur la présence réelle, le socinien lui ])rourf qu'il élude la règle qu'il lui propose. — Mais le rusé socinien ne s'en tient pas là, et il soutient au calviniste qu'il ne peut nier son principe. « Pourquoi, dit-il', ne » croyons-nous juis que Dieu ait des mains et des » yeux , ce que l'Ecriture dit si expressément? c'est » parce que ce sens est contraire à la raison. Il en » est de même de ces paroles : Ceci est mon corps :

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