Ses5. XXV
laquelle elles doivent être honorées, mais qu'on ne leur rend aucun honneur qu'en mémoire, et par relation à ceux qu'elles représentent, il n'y lit pas, la première fois que nous en parlâmes, beaucoup de difficulté; mais une seconde fois il s'y arrêta un peu davantage, me faisant néanmoins connaître que l'on pourrait convenir en cet article et en celui de la prière des saints, à cause que nous ne reconnaissons aucune obligation aux particuliers de pratiquer ces choses.
En elTet, de là on peut voir que nous sommes bien éloignés de mettre l'essentiel de la religion dans ces pratiques, qui ne font partie du culte religieux qu'autant qu'elles se rapportent à Dieu qui en est la fin essentielle et dernière.
Nous parlâmes peu du purgatoire et de la prière pour les morts, mais lui ayant récité mot à mot les passages de saint Augustiti dans le Manuel à Laurent', et dans les sermons xvn- et xxxn^ des paroles de l'Apôtre, où il distingue nettement trois sortes de morts, dont les uns sont très-bons, et n'ont pas besoin de nos prières, les autres trèsmauvais, et ne peuvent en être soulagés, les troisièmes comme entre deux, et reçoivent un grand secours par les vœux et les sacrifices de l'Eglise , ce qui est en termes formels la doctrine que nous professons , il n'approuva pas cette créance ; mais lui ayant demandé s'il se serait séparé pour cela de la communion de saint Augustin, il me répondit que non.
Nous n'avons parlé que de ces articles, et en les traitant nous ne sonmies pas entrés dans la question, savoir s'il les faut croire ou non, mais seulement dans celle s'ils renversent le fondement du salut; et cela m'ayant donné sujet de lui demander quel était ce fondement du salut, il a décidé nettement, ainsi qu'il l'avait déjà fait dans ses écrits, que c'était celui de la justification et de la confiance en Dieu par Jésus-Christ seul, qu'il a appelé le sommaire de la religion chrétienne, et sur lequel nous avons reconnu plusieurs fois que nous conviendrions très-facilement, pourvu que nous voulussions nous entendre.
Je lui ai rapporté sur ce sujet quelques endroits du concile de Trente, où il est déclaré que le chrétien n'a de confiance qu'en Jésus-Christ ; et la prière que nous faisons tous les jours dans le sacrifice de la messe en ces mots : Nobis quoque peccatoribus , de muUltudine miserationum tuarum speranlibus, parlem aliquam et socielateni donare digneris cum beatis apostolis tuis et martyribus , inlra quorum nos consortium non œstimalor meriti , sed veniœ quœsumus largitor admilte, per Chrislum Dominum noslrum.
Ainsi, puisqu'il est constant qu'on ne peut nous accuser de nier ce fondement du salul, je crois qu'il est impossible de n'avouer pas que notre doctrine ne renverse point ce principe essentiel de la foi et de l'espérance du chrétien.
Sur cela m'ayant demandé si , quand lui et les siens seraient demeurés d'accord que notre doctrine ne détruit pas les fondements du salut, nous croirions les pouvoir obliger par là à la professer,
1. Cap. cix el ex, n. 29; tom. vi, col. 237, elc. — 2. Cap. i, nunc Serm. clix, n. i; tom. v, col. 765. — 3. Cap. ii, niinc Serm . cLxxii, n. 2 ; idem , col. 827.
PROJET DE REUNION DES PROTESTANTS DE FRANGE
et par là ;\ cinljrassor noire communion; je lui ai répondu netlciucnt que ce n'éUiil pris ma pensée, et ai reconnu que c'élaienl deux choses à examiner avec eux séparément, savoir si une doclrine était véritalile ou fausse, et savoir si elle renversait le fondenienl du salut ou non; que l'aveu de ce dernier ne tirait point à conséquence pour l'autre , et qu'il ne pouvait les engager à autre chose qu'à confesser que de tels dogmes devaient cire supportés, mais non pour cela avoués ni professés.
J'ai ajouté toutefois que ce serait toujours une grande avance de convenir de ce point, si nous pouvions; que c'était par celui-là qu'il fallait commencer de traiter de la réunion, et le poser pour fondement; que quand nous ne pourrions pas aller plus avant, quant à présent, ce serait toujours beaucoup d'avoir levé un si grand obstacle; que si lui ou les siens pouvaient être persuadés de ce point, ils étaient obligés en conscience de rendre ce témoignage à la vérité , surtout s'ils en étaient requis; que l'obligation de remédier au schisme était telle, qu'il n'y avait point de salut pour celui qui refuserait non-seulement de conclure, mais môme d'acheminer cette alTaire par toutes les voies raisonnables; et que, quand nous ne pourrions pas tout terminer d'abord, la charité chrétienne nous obligeait indispensablement de donner toutes les ouvertures possibles à ceux qui travailleront après nous à un ouvrage si nécessaire, et de diminuer autant qu'il se pourrait nos disputes et nos controverses; et tous ces articles ont passé entre nous comme indubilables.
M. Ferry m'ayant dit que c'était une entreprise digne du roi, de travailler à un si grand œuvre, j'ai répondu que cette alTaire regardant la religion et la conscience, devait être premièrement traitée entre les théologiens, pour voir jusqu'à quel point elle pourrait être acheminée, mais qu'il ne fallait nullement douter ([ue la piété du roi ne l'engageât à faire tout ce qui se pourrait pour un ouvrage de cette importance, sans violenter en rien la conscience des uns ni des autres, de quoi on savait que Sa Majesté était entièrement éloignée.
BossuET, grand doyen de l'Eglise de Metz.
Le 24 aoat 1G66.