‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 46 sur 631 · Idem, III et · texte numérisé non relu

Idem, III et

» sont pas de cette nécessité absolue dont nous par- » Ions. Car si les savants, qui ne sont pas la mil- » lième partie du peuple, trouvent tous ces embar- » ras qui retiennent les plus sages d'entre eux » indéterminés, comment les simples sans étude et » sans application pourront-ils voir avec cette cer- » titude que la foi demande, ces objets obscurs et » douteux aux savants? »

On voit donc que les adversaires de M. Jurieu ne supposent pas que les articles dont il s'agit soient si clairs : au contraire, ils présupposent qu'ils ne le sont pas au peuple, puisqu'ils excitent tant de disputes parmi les savants, et que les plus sages d'entre eux sont encore indéterminés : et quand même ces savants conviendraient que ces articles leur paraissent clairs dans l'Ecriture , il ne s'ensuit pas qu'ils les crussent clairs pour tout le peuple; au contraire, l'auteur des Avis conclut ainsi : « Plus j'y pense, plus je me persuade que les pré- » jugés tirés des Catéchismes , plutôt qu'une con- » naissance puisée dans la parole de Dieu , sont » aujourd'hui presque l'unique fondement de la foi » des peuples. » Ce n'est donc pas l'évidence de la révélation, mais les Catéchismes et les préjugés de la secte, c'est-à-dire, une autorité humaine qui les persuade.

Enfin, l'auteur des Avis finit son raisonnement par ces paroles ' : « Je crois que l'on peut conclure, » après cette réflexion, que les points fondamen- » taux de la religion ne sont pas à beaucoup près » en si grand nombre que plusieurs se l'imaginent » aujourd'hui : autrement je croirais que la voie 1) d'examen, qui est le fondement de notre réforma- » tion, serait un principe impossible au peuple, et » par conséquent injuste et faux. J'attends avec im- » patience quelque éclaircissement là-dessus. »

Voilà ce qu'attendaient les tolérants. Ils supposaient que les peuples ne pouvaient pas voir assez clair pour prendre parti sur les articles qui partageaient les savants. Par là donc ils insinuaient qu'il fallait réduire les articles fondamentaux à ceux dont tout le monde et les sociniens comme les autres sont d'accord; c'est-à-dire, qu'ils les réduisaient à croire que Dieu est un, et que Jésus-Christ est son Christ : car c'est de quoi conviennent tous les chrétiens. Que si le ministre avait à leur donner une autre marque d'évidence que ce consentement universel , c'était à lui à le prouver, et à ne pas ruiner sa cause, en supposant comme prouvé ce qui était en question.

XLIII. Preuve de l'inévidence des articles fondamentaux selon les principes des calvinistes. — L'exemple des luthériens vient ici fort à propos. On demande à M. Jurieu et aux calvinistes, si la certitude du salut, l'inamissibilité de la justice, la nécessité de la grâce pour commencer le salut, aussi bien que pour l'achever, et les autres points décidés dans le synode de Dordrecht; si la nécessité des i bonnes œuvres et celle de l'amour de Dieu; si cet \ article important de la Réforme , que Jésus-Christ en tant qu'homme est uniquement renfermé dans le ciel, sont choses obscurément et douteusement ou clairement révélées? Si ces articles leur paraissent obscurément révélés, où en est le calvinisme? Où en sont les décisions du synode de Dordrecht ?

Sl.MliMK HT itERNIEH AV EKTISSEMENT.

Aui'ii-l-il cxcoiiimiiuié lanl ilu niinislres, bons proleslanls d'ailleurs, pour des articles obscurs el obscuréiiieul révolés? que si tous les points qu'on vicul de réciter, paraissent aux calvinistes évidemment révélés , pourquoi le doute des lutbériens les ébr;uilc-t-il assez pour les obliger à la tolérance? ou pourquoi comptent-ils pour rien les doutes des autres aussi malaisés à résoudre que ceux des luthériens'?

XLIV. Toutes les preuves du ministre sur les arlicics fondamentaux tombent d'elles-mêmes au se^il cvempli' de la doctrine de la grâce et de celle de la présence réelle. — Le ministre croit avoir abattu les tolérants, quand il leur dit : Est-il possible que Dieu ait voulu révéler la divinité de Jésus-Christ, sans obliger à la reconnaître? ou qu'il ait satisfait iiour nous, sans imposer aux hommes la nécessité d'accepter ce paiement par la foi'? Comme si on ne pouvait pas dire de monie : Est-il possible que Dieu ait voulu que nous dussions tout notre salut , el autant le commencement que la fin , à la grâce de Jésus-Christ, et que ce soit là le principal fruit de sa mort, et que néanmoins il ne veuille pas que tout le monde reconnaisse cette vérité , et qu'il faille tolérer les luthériens qui la rejettent? Ne pourrait-on pas dire aussi : Est-il possible que Jésus-Christ ait voulu se rendre réellement présent selon son corps et selon son sang dans le pain et dans le vin de l'Eucharistie, et qu'il n'ait pas voulu nous obliger à reconnaître une présence si merveilleuse, et à lui rendre grâces d'un témoignage si étonnant de son amour? Cependant vous voulez persuader aux luthériens, qui reconnaissent cette présence, de vous suiiporter, vous qui, loin de la reconnaître, en faites le sujet de vos railleries, c'est-à-dire , selon eux, de vos blasphèmes, jusqu'à traiter ceux qui la croient de mangeurs do chair humaine.

XLV. Suite de la même matière: chicane du ministre. — Il ne faut point ici dissimuler une misérable chicane de M. Jurieu, qui soutient que l'article de la présence réelle el de l'union corporelle des fidèles avec Jésus-Christ ne peut pas être fondaluental; parce que les luthériens eux-mêmes ne disent pas que cette union corporelle de Jésus-Christ avec ses membres soit absolument nécessaire. Il est donc clair, conclut-il , que les calvinistes ne nient rien de fondamental et de nécessaire selon les luthériens ^.

Ce ministre ne veut jamais entendre en quoi consiste la diftîculté qu'on lui propose. Il est vrai que les luthériens ne disent pas que cette union corporelle du fidèle avec Jésus-Christ soit absolument nécessaire, parce qu'ils ne disent pas non pins que la réception de l'Eucharistie le soit ; mais si les luthériens ne croyaient pas que la foi de cette union corporelle fut nécessaire à celui qui reçoit l'Eucharistie, pourquoi excluraient-ils de leur communion les calvinistes avec une inexorable sévérité? Il faut donc bien qu'ils croient absolument nécessaire à toul chrétien la foi de cette union et la présence réelle, et qu'ils tiennent ceux qui la nient pour coupables d'une erreur intolérable.

Ainsi il se pourrait Ircs-bien faire qu'on ne crût

1. Lett. IV, art. 2,n. 5,6. — 2. Jiti-.. de VUn. de VEgL, T. VI, c. 5, ji. 560.

pas la communion absolument nécessaire, comme en effet elle ne l'est pas de la dernière et inévitable nécessité; et qu'on crût absolument nécessaire quand on communie, de savoir ce qu'on y reçoit, et ne pas priver le fidèle de la foi de la iirèsence réelle; n'y ayant rien de plus ridicule et de plus impie que de tenir pour indill'érent , si ce qu'on reçoit sous le pain el avec le pain , comme parle le luthérien , est ou n'est pas Jésus-Christ môme selon la propre substance de son corps el de son sang; puisque c'est faire tomber son indifférence sur la présence ou sur l'absence de Jésus-Christ même et de son humanité sainte.

Ainsi, quoi que puisse dire votre ministre, j'en reviens toujours à vous demander s'il n'est d'aucune importance de savoir que Jésus-Chrisl en tant qu'homme soit vraiment présent ou non sous les symboles sacrés ? Mais ce serait en vérité être trop profane que de pousser son indifférence jus- (jne-là, el de croire si Jésus-Christ homme a voulu être présent avec toute la réalité (jue croit le luthérien, que cela puisse devenir indilVérenl à ses lldcles. Que si vous êtes enfin forcé d'avouer que c'est là un point important et très-important, mais non pas de celte importance qui rend un article fondamental el absolument nécessaire pour le salut, puisque même la réception de l'Eucharistie n'est pas de cette nécessité ; vous ne nous échapperez pas par cette évasion : car toujours on ne cessera de vous demander ce que vous diriez d'un homme qui, sous prétexte que la cène ou la communion n'est pas absolument nécessaire , rejetterait ce sacrement en disant qu'il le faut ôler des assemblées chrétiennes, et qu'il n'est pas nécessaire de le conserver dans l'Eglise? Vous n'oseriez soutenir qu'avec cette erreur il fut digne du nom chrétien ni de la société du peuple de Dieu dont il rejetterait le sceau sacré. Car par la même raison, sous prétexte qu'on peut absolument être sauvé sans le baptême lorsqu'on y supplée par la contrition ou par le martyre, et que même sans y suppléer par ces moyens on croit parmi vous que ce sacrement n'est pas nécessaire au salut des enfants des fidèles ; il faudrait aussi tolérer ceux qui cesseraient de le donner, ou qui, à l'exemple de Fauste Socin, ne le croiraient plus nécessaire à l'Eglise de Jésus-Christ, en disant avec ce téméraire hérésiarque qu'il n'a été institué que pour les commencements du christianisme. Or autant qu'il est nécessaire de conserver dans l'Eglise le sacrement de l'Eucharistie, autant est-il nécessaire d'y conserver la connaissance de la chose sainte qu'elle contient; puisque même saint Paul condamne expressément ceux qui la mangent sans la discerner'.

.XIA'I. Suite de i insufjlmnce de la preuve des points fondamentaux ; et la Réforme forcée encore une fois de recourir à l'autorité et à la pluralité des voix. — Vous dites que le socinien détruit la gloire de Dieu , en le faisant impuissant, ignorant, changeant- : la détruit-on moins en le faisant, avec les réformateurs, auteur du péché? et en niant, comme font encore les luthériens, qu'il soit auteur de tout le bien qui se fait en nous, ne l'étant pas du commencement de notre salut? Le socinien, poursuivez-vous, Ole la sanctification en détruisant les motifs qui y portent, comme siml la crainte des peines

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