‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 49 sur 631 · A ENSEIGNER LES AUTRES , COMBIEN PEU Y EN A-T-IL · texte numérisé non relu

A ENSEIGNER LES AUTRES , COMBIEN PEU Y EN A-T-IL

» qui soient capables de voir le fond d'un sujet? » Voilà donc , de votre aveu propre , mille et mille bonnes gens, et non-seulement parmi les peuples, mais encore parmi ceux qui sont appelés à enseigner les autres, qui ne voient pas l'importance que vous voulez qui saute aux yeux. C'est pour ces mille et mille bonnes gens , pour ces gens qui ne sont pas de profession à s'appliquer, ni de capacité à pénétrer, pour ces gens, dis-je , dont il est certain que toutes les communions sont pleines, c'est pour eux et pour le grand nombre môme des docteurs que vous jugez incapables de voir i« fond d'im sujet; c'est pour eux, encore un coup, que je vous demande une règle. Quelle sera-t-elle? L'Ecrilure? Mais ils ne sont pas de profession à s'y appliquer, ni de capacité à la pénétrer. Les docteurs? Mais ce sont ceux-là qui les embarrassent par leurs divisions, et qui, après tout, ne sont que des hommes sujets à faillir, et en particulier, et en corps; des hommes, enfin, dont le plus grand nombre n'est pas capable, selon vous, de voir le fond d'un sujet. Que pouvez-vous donc donner pour règle à ce grand nombre d'ignorants? La multitude? qu'ils voient croître tous les jours et en train de se grossir beaucoup davantage. Le goût et le sentiment? C'est ce qui les perd : car ils ont tant de goût pour la liberté; la tolérance leur parait si belle, si douce, si charitable, et par-là si chrétienne I Quoi donc, enlln? Les synodes, les consistoires, les censures? Tous ces moyens sont usés et trop faibles , trop

SIXIKMH KT DERNIER AVERTISSEMENT

décriés dans la RérDrino. Il uc reste plus à opposer que les inagislrats; et c'est à quoi M. Jurieu travaille de toute sa force dans ses derniers ouvra i^-es.

XIjN'III. Vainc tenlatice du ministre pour prouver par l'Ecriture les articles fondamentaux. — Cependant, dans l'embarras où il est sur les moyens d'élablir les articles l'ondarnentaux, il semble quelquefois se rejientir d'avoir avoué si souTent qu'il ne les trouve pas man|ués dans l'Ecriture. Car il prétend, par exemple , que l'absolue nécessité de croire la divinité de Jésus-Glirisl, à peine d'être damné, est clairement marquée par ces paroles : Celui qui ne croit pas au fils éternel de Dieu est condamné : où il suppose le mut de pis éternel au lieu de celui de filsuniqiic', et donne occasion aux tolérants de lui reprocher qu'il n'a pu trouver la condamnation expresse des sociniens dans les passages qu'il produit, sans les altérer. Il produit encore ce passage de saint Jean : Celui qui nie que Jésus soit venu en chair, est l'Antéchrist^. Mais que conclut ce passage pour les articles fondamentaux? puisque, de l'aveu du ministre, saint Léon et ses premiers successeurs ont été le vrai Antéchrist, sans préjudice de leur sainteté et de leur salut : par conséquent sans nier aucun article fondamental. Il aura souvent sujet de se repentir d'avoir avancé une proposition si insensée : mais après tout la question demeure toujours; ce que c'est que venir en chair. Si c'est donner à Jésus, comme ont fait les marcionites et les manichéens , au lieu d'une chair humaine une chair fantastique , les sociniens sont à couvert de ce passage. On sait d'ailleurs ce que c'est, selon eux, que venir en chair : et sans excuser leurs réponses, que je trouve aussi mauvaises que M. Jurieu, il est question de sauver de leurs vaines subtilités ce nombre infini de gens parmi les savants aussi bien que parmi le peuple, qu'on exclut de la discussion des passages de l'Ecriture, parce qu'ils n'ont ni le loisir ni la capacité de la faire, ainsi que le ministre vient encore d'en convenir.

.XLIX. Si' le ministre a mieux établi les articles fondamentaux dans le Traité dk l'Unité où il nous renvoie : qu'il y met la nécessité de la grâce au ranrj des conséquences non fondamentales. — On voit donc combien est faible la seule barrière qu'il met entre lui et les tolérants, qui est celle des points fondamentaux. Il nous renvoie à ce qu'il en a dit au traité \\<' de son livre de \' Unité de l'Eglise^; mais il n'y dit pas autre chose que ce qu'il répète dans ses Lettres , et il ne fait que l'étendre, comme il en demeure d'accord. Parcourons néanmoins ce traité : nous n'y trouverons que de nouveaux embarras sur cette matière. Après avoir supposé que les articles foinlanicntanxsont les principes essentiels du christianisme, il met trois choses non fondamentales : « l"L'i;xplicatioii des mystères ; 2" les conséquences » qui se tirent de ces mystères; 3° et les vérités » théologiqiies qu'on puise dans l'Ecriture ou dans » la raison humaine, mais qui ne sont pas essen- » tiellenient liées avec les principes^. » Je ne veux rien lui disjjuler sur cette division : je remarquerai

1. De fUn., Tr.O, c. 5, p. 550; Joan., m. 18. — 2. De l'Un-, idem; Tub., Letl. iv,p. 159; II. Joan.,T —3.Tab., Lett. 111,7). 118. — 4. Jdem. De l'Un., Tr. 6, c. 1, p. 496.

seulement quelques conséquences qu'il met |iarmi les choses non fondamentales ; « Le principe du «christianisme, dit-il', c'est que l'homme étant » tombé volontairement dans la misère par le péché, » il lui fallait un rédempteur que Dieu lui a envoyé » en Jésus-Christ. De ce principe les uns tirent ces » conséquences, que l'homme par son péché avait » entièrement [lerilii toute sa force pour faire le bien » cl pour tendre à sa lin surnaturelle : les autres » les nient. » Ce n'est donc pas un principe du christianisme que l'homme ait perdu par le péché toute sa force pour faire le bien et tendre à sa fin surnatiirclle : ce n'est qu'une conséquence non fondamentale, comme l'appelle le ministre^, sur laquelle il convient aussi que les chrétiens sont partagés; et il est permis de dire que la nature tombée a des forces pour faire le bien jusqu'à le pouvoir commencer, ainsi qu'on a vu', par elle-même, et tendre à sa fin surnaturelle : ce qui rétablit en honneur le semi-pélagianisme, comme on l'a vu souvent.

L. Autre conséquence non fondamentale, que la satisfaction de Jésus-Christ soit ou ne soit pas d'une absolue nécessité : importance de cet aveu du ministre. — Voici encore une des conséquences non fondamentales que le ministre donne pour exemple. De ce principe, qu'on avait besoin d'un rédempteur, « les uns concluent , dit-il , que la satisfaction » était d'une absolue nécessité, les autres n'en veu- » lent pas tomber d'accord''. » C'est donc une chose libre de croire qu'on ait besoin de la satisfaction de Jésus-Chrisl par une absolue nécessité, ou de croire qu'on pouvait s'en passer : ce qui seul renverse de fond en comble le Système du ministre.

Car quand il viendra nous dire dans la suite que pour croire « un rédempteur comme fournissant à » tous nos besoins, il faut croire qu'il a satisfait par- » faitemenl à la justice de Dieu; puisque c'est là un » des besoins que la nature et la loi lui faisaient sen- » tir' : » il sera aisé de lui répondre que tout le bien que nous sentons est celui que Dieu nous pardonne nos péchés, en quelque manière que ce soit, ou par la satisfaction de Jésus-Christ ou sans elle : ce qui fait ranger au ministre même parmi les choses inditTérentes l'opinion qui ne veut pas reconnaître que la satisfaction de Jésus-Christ soit d'une absolue nécessité.

LI. Suite de celle matière. Sur quoi est fondé le prétendu goût et le prétendu sentiment des articles fondamentaux ; absurdité manifeste de cette doctrine par la seule crposilion. — Mais dès là tout son Système et celui de M. Claude est à bas. Car voici leur raisonnement : L'homme sentait son péché : par conséquent il sentait que Dieu était irrité contre lui , et que sa justice demandait sa mort; qu'il fallait donc que cette justice fût parfaitement satisfaite : donc par un mérite infini ; donc par une personne infinie; donc par un Dieu-Homme; donc il fallait qu'il y eût en Dieu plus d'une personne; donc l'homme sentait par son besoin qu'il y avait une Trinité et une Incarnation; que ces mystères étaient nécessaires à son salut, et par conséquent fondamenlaux". Voilà ce qu'on sent dans la Ré-

1. Tah., Let., p. 497. — 2. Hem. — 3. Ci-dessus, n. 35, 36, 38. 4. Idem. — 5. Ihid., c. 3, p. 527. — 8. Jbid.; Si/st., iiv. 11, c. 25, p. 429.

ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE

forme. Encore que tout ce discours ne soit qu'un lissu de raisonnements et de conséquences, il se faut bien garder d'appeler cela raisonnements; car autrement il y faudrait de la discussion et de la plus une; et c'est ce qu'on veut exclure : il faut dire qu'on sent tout cela comme on sent le froid et le chaud, le doux et l'amer, la lumière et les ténèbres : si on ne le sentait de cette sorte , la Réforme ne saurait plus où elle en serait, ni comment elle montrerait les articles fondamentaux.

LU. Que le sentiment prétendu du besoin qu'on a d'une satisfaction inlinie, risiblement est insuffisant pour établir les points fondamentaux. — En vérité, c'est trop se moquer du genre humain, que de vouloir lui faire accroire qu'on sente de cette sorte une Trinité et une Incarnation. Car supposé qu'on sentit qu'on a besoin d'un Dieu qui satisfasse pour nos péchés, en tout cas, on ne sent pas là le Saint-Esprit ni une troisième personne, et il suffît qu'il y en ait deux. Mais cette seconde personne dont on sent, dit-on, qu'on a besoin, sent-on encore qu'on ait besoin qu'elle soit engendrée? et ne peut-on satisfaire à Dieu si on n'est son flls, quoique d'ailleurs on lui soit égal? Quoi donc ! le Saint-Esprit serait-il indigne de satisfaire pour nous, s'il avait plu à Dieu qu'il s'incarnât ? Mais sent-on encore , je vous prie , que pour faire une Incarnation , il faille reconnaître en Dieu la pluralité des personnes? Et quand on n'en concevrait qu'une seule, ne concevrait-on pas qu'elle pourrait s'incarner? Mais, direz-vous, il faut deux personnes pour accomplir l'œuvre de la satisfaction : car une môme personne ne peut se satisfaire à elle-même. Aveugles, qui ne sentez pas qu'il faut bien que le Fils de Dieu ait satisfait à lui-même , aussi bien qu'au Père et au Saint-Esprit; et si vous dites que comme homme il a satisfait à lui-même comme Dieu, qui empêche qu'on n'en dise autant quand il n'y aurait en Dieu qu'une personne?

Je ne parlerai point ici des autres difficultés de cette satisfaction , qui fait dire à un très -grand nombre et peut-être à la plupart des théologiens, que la satisfaction de Jésus-Christ est un mystère d'amour, où Dieu exerce plut(M sa miséricorde en acceptant volontairement la mort de son Fils , qu'il ne satisfait à sa justice selon les règles étroites, et comme parle l'Ecole , ad strictos juris apices. Je laisse toutes ces choses et cent autres aussi difficiles, comme le savent les théologiens , qu'on veut pourtant faire sentir aux plus ignorants du peuple. Il me suffit d'avoir fait voir qu'on n'a senti jusqu'ici dans le discours de M. Jurieu ni la personne du Saint-Esprit, ni même celle du Fils, ni la procession de l'un, ni l'éternelle génération de l'autre; choses pourtant qui appartiennent aux fondements de la foi.

LUI. Témérité de mettre au nombre des articles fondamentaux l'opinion qui a réduit Dieu à n'acoir qu'un seul moyen de sauver les hommes. — Mais en poussant encore les choses plus loin , pour sentir le besoin qu'on a d'un Dieu incarné, il faut sentir en même temps que Dieu ne nous peut sauver ni nous pardonner nos péchés que par cette voie : autrement si l'on sent qu'il y en a d'autres , on ne sent pas le besoin qu'on a nécessairement de celle-là. Il faut donc pouvoir dire à Dieu : Oui, je sens que vous ne pouvez me sauver qu'en faisant

prendre chair humaine à un Dieu qui satisfasse pour mes péchés, et vous n'aviez que ce seul moyen de les pardonner. Cependant M. Jurieu lui-même n'a osé nous obliger à croire que cette voie de sauver les hommes par une satisfaction, soit de nécessité absolue' : et quand ce ministre ne nous aurait pas donné cette liberté, qui ne voit que le bon sens nous la donnerait, puisqu'il n'y a point d'homme assez osé pour proposer aux chrétiens comme un article fondamental de la religion , qu'il n'était pas possible à Dieu de sauver l'homme par une pure condamnation et rémission de ses péchés, ni autrement qu'en exigeant de son Fils la satisfaction qu'il lui a otïerte?

LIV. Autre preuve de l'absurdité manifeste du prétendu sentiment de M. Jurieu. — Avouons donc de bonne foi, que nous ne sentons ni la Trinité ni l'Incarnation. Nous croyons ces adorables mystères, parce que Dieu nous l'a ainsi révélé et nous l'a dit : mais que nous les sentions par nos besoins , et encore que nous les sentions comme on sent le froid et le chaud, la lumière et les ténèbres, c'est la plus absurde de toutes les illusions. Et pour faire voir à M. Jurieu, s'il en est capable, l'absurdité de ses pensées , il ne faudrait que lui remettre devant les yeux la manière dont il croit sentir l'Ascension du Fils de Dieu. « C'est , dit-il-, que si on le croit res- » suscité , ne le trouvant plus sur la terre , il faut » nécessairement croire qu'il est monté dans les » cieux : » ajoutez, car c'est là l'article, « et qu'il » est assis à la droite de son Père, » pour de là gouverner tout l'univers et exercer la toute-puissance qui lui est donnée dans le ciel et dans la terre. Vous sentez tout cela, si nous voulons vous en croire , parce que ne trouvant plus Jésus-Christ sur la terre, il ne peut être que dans le ciel et à la droite du Père : il n'était pas possible à Dieu de le mettre quelque autre part; si l'on veut avec Elle et avec Enoc qu'on ne trouve point sur la terre , et que néanmoins on ne place pas à la droite du Père éternel dans le ciel. Dieu ne pouvait pas réserver au dernier jour à placer son Fils dans le ciel, lorsqu'il y viendrait accompagné de tous ses élus et de tous ses membres, après avoir jugé les vivants et les morts. Mais encore où sentez-vous ce jugement que le Fils de Dieu rendra comme Fils de l'homme^? Dieu ne pouvait-il pas juger le genre humain par lui-même? et fallait-il nécessairement que Jésus- Christ descendît du ciel une seconde fois? Sentezvous encore cela dans vos besoins, et soutiendrezvous à Dieu qu'il ne lui était pas possible de faire justice autrement? Quelle erreur parmi tant de mystères incompréhensibles, d'aimer mieux dire. Je les sens, que de dire tout simplement, Je les crois, comme on nous l'avait appris dans le Symbole?

LV. Que le ministre détruit en termes formels sa prétendue évidence des articles fondamcninur dans celle de nos besoins. — Mais s'il faut dire ici ce que nous sentons, et donner notre sentiment pour notre règle , je dirai sans balancer à M. Jurieu , que s'il y a quelque chose au monde que je sente, c'est que je n'ai par moi-même aucune force pour m'élever à ma fui surnaturelle, et que j'ai besoin de la grâce pour faire la moindre action d'une sincère piété. Cependant M. Jurieu nous permet de ne pas sentir

1. Ci-dessus, n. 50. —2. J«i-., c. 3, p. 527. — .3. Joan., v. 27.

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SIXIKMK ET DI:RXIER AVERTISSEMENT.

ce besoin : il ppnnpt, dis-je, au liilliérion de no pas sentir qu'il ait liesoin d'une gn\ce intérieure et surnaturelle pour commencer son salut' : mais moi je sens au contraire que si j'en ai besoin pour l'accomplir, j'en ai besoin pour le conmiencer, et que ces deux choses me sont ou également possibles ou également impossibles. Je pourrais dire encore à M. .luricu : Je sens que si j'ai besoin que Jésus- Christ soit ma victime, il faut, pour accomplir son sacrilice, qu'il me présente celte victime à manger, nim-seulemenl en esprit, mais encore aussi réellement, aussi substantiellement qu'elle a été immolée, aulremenl je ne sentirais pas assez que c'est pour moi iiu'elle l'a été, et qu'elle est tout à fait mienne : ainsi cette manducation était nécessaire; et quand je supporterais celui qui l'ignore , je ne dois pas supporter celui qui la nie. Voilà, dirai-je, ce que je sens aussi vivement que M. Jurieu se vante de sentir tout le reste. Le luthérien le sent comme moi : le calviniste sent tout le contraire. Mais pourquoi son sentiment prévaudra-t-il au nôtre, puisque nous sommes deux contre lui seul, et que constamment du moins nous l'emportons par le nombre, dont nous avons vu tout à l'heure que M. Jurieu fait tant de cas ?

LVI. Leçioùl elle sentiment où le ministre réduit la Reforme est unareu de son impuissance à établir les points fondamentaux par la parole de Dieu. — l'ar toutes ces raisons et par cent autres qui peuvent venir aisément en la pensée, il est plus clair que le jour, lorsque le ministre nous dit : « On sent bien » que tout cela est essentiel à la religion chré- » tienne^ : » et encore : « Pour distinguer les ar- » ticles fondamentaux d'avec les autres, il ne faut )' que la lumière du bon sens , qui a été donné à » l'homme pour distinguer le grand du petit, le pe- » sant du léger, et l'important de ce qui ne l'est » pas'; » qu'il faut prendre tous ces beaux discours pour un aveu de son impuissance à établir ces articles par une autre voie , et une excuse qu'on fait aux réformés de ce qu'on ne peut les trouver dans l'Ecriture , comme le ministre est contraint de le reconnaître.

LVll. Autre moyen de reconnaître les articles fondamentaux, proposé par le ministre, et la Réforme rappelée enfin à l'autorité de l'Eglise. — Au défaut de l'Ecriture, il leur propose encore un autre moyen. Les articles fondamentaux sont connus, ditil*, « par le respect que les mystères de la religion » impriment naturellement par leur majesté, par B leur hauteur et par leur antiquité. » Saturellemenl; ce mot m'étonne : les mystères delà religion selon saint Paul, étaient par leur hauteur, ou, si vous voulez , par leur apparente bassesse, scandale aux Juifs , et folie aux Gentils ^; et n'étaient sagesse qu'à ceux qui avaient commencé par captiver leur intellifjence sous l'obéissance de la foi^. Mais sans nous arrêter davantage à cet elTel des mystères dont nous venons de parler, c'est ici leur antiquité que le ministre nous donne pour régie. Il s'en explique en ces termes dans le Traité de l' Unité oh i\ nous renvoie : « C'est, ilit-il', (jue tout ce que les » chrétiens ont cru unanimement et croient encore,

1. Ci-dessus , ii. 37. 38. — 2. Idem , p. 526. — 3. Pag. 5i9, 530. — 1. Tah., Letl. v, p. 199. — 5. /. Cor., i , 23, — 6. //. Cor., x,3 — 7. Tr. S,c. 6,p. 561; Sysl., liv. ii , c. \,p. 237.

» est fonilamental. » Vous voilà donc, mes chers frères, réduits à l'autorité, et à une autorité humaine : ou bien il faut avouer, avec les catholiques, (]ue l'autorité de tous les chrétiens et de l'Eglise universelle qui les rassemble est une autorité audessus de l'homme.

LVin. Le ministre donne pour loi le consentement des chrétiens, et suppose l'Eglise infaillible. — ■ Qu'ainsi ne soit : écoutez comme parle votre ministre : « M. Nicole, dit -il', suppose que les soci- » niens pourraient rendre le monde et l'Eglise » socinienne ; et moi je suppose que la Providence » de Dieu ne peut pas permettre cela. « Mais pourquoi ne le peut-elle pas permettre? Pourquoi Dieu ne pourra-t-il plus comme autrefois laisser les nations aller dans leurs voies^? si ce n'est qu'il s'est engagé à toute autre chose, par l'alliance qu'il a contractée avec son Eglise, et par la promesse qu'il a faite de la mettre à couvert de l'erreur; ce qui est en termes formels l'infaillibilité que nous vous prêchons.

LI.Y. Le ministre dit clairernent que le consentement actuel des chrétiens est daiis chaque temps la marque certaine d'une vérité fondamentale. — Vous voyez donc plus clair que le jour, qu'il faut emprunter de nous tout ce qu'on dit pour vous affermir dans les fondements de la foi. Mais cependant ces vérités sont si étrangères à la Réforme, qu'elle ne sait comment s'en servir.

Quelquefois M. Jurieu semble vouloir dire, que pour connaître un article comme fondamental, il nous sulTit de le voir reçu actuellement de notre temps par tous les chrétiens de l'univers; et c'est pourquoi il a dit, comme vous venez de l'entendre, que Dieu ne peut pas permettre aux sociniens d'occuper aujourd'hui toute l'Eglise. Remarquez qu'il ne le dit pas pour une fois et dans le seul Traité de l'Unité; il avait déjà dit dans son Système''', que « Dieu NE s.\iTR.\iT PERMETTRE quc de grandes so- » ciétés chrétiennes se trouvent engagées dans des » erreurs mortelles , et qu'elles y persévèrent long- » temps. » Ce n'était donc pas seulement l'Eglise universelle, c'est-à-dire, selon ce ministre, l'amas des grandes sociétés chrétiennes ; c'est encore chaque grande société qui est infaillible à cet égard. Enlin le même ministre , dans ses Lettres pastorales de la troisième année'*, a rangé encore, parmi « les » suppositions impossibles , celle où l'on dirait que » le socinianisme .\n pu gag.ner tout le monde ou » une partie, comme a fait le papisme. »

Remarquez bien , mes chers frères, encore un coup; non-seulement Dieu ne peut pas avoir permis que l'hérésie qui rejette la divinité de Jésus-Christ ait occupé tous les siècles passés, mais encore il ne peut pas permettre aujourd'hui aux derniers défenseurs de cette hérésie, qui sont les sociniens, de tenir, je ne dis pas la première place , mais même une grande place dans la chrétienté; en sorte qu'il nous suffit de voir cette hérésie actuellement rejetéc par le gros des chrétiens d'aujourd'hui , et même par une grande société chrétienne, pour conclure, sans avoir besoin de remonter plus haut, ijue celte hérésie est fondanuMilale.

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