‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 502 sur 631 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De la Justification.

I. De quels points nous sommes d'accord ; et premièrement, que la justification est gratuite. — Sur ce chapitre, je remarquerai en premier lieu, les choses dont nous sommes déjà d'accord, catholiques et luthériens également, en sorte qu'il n'est pas besoin d'y chercher de conciliation, puisqu'elle est déjà toute faite.

Premièrement donc, nous sommes d'accord qu'en quelque manière qu'il faille prendre la justification, soit comme la prennent les luthériens, pour la non imputation du péché, et l'imputation de la justice de Jésus-Christ qui a satisfait pour nous , soit pour l'infusion de la grâce sanctiliante , qui, en emportant le péché , rende en même temps l'àme sainte et agréable à Dieu; nous sommes, dis-je, d'accord qu'en quelque façon qu'on la prenne , elle est purement gratuite; et l'on ne peut pas nier que ce ne soit là le sentiment des catholiques; puisque , comme dit le concile de Trente', « de toutes les » choses qui précèdent la justification, soit la foi » ou les bonnes œuvres, aucune ne la peut mè- » riter; autrement la grâce ne serait pas grâce; » d'où ce concile conclut « qu'on est obligé de croire » que la rémission des péchés n'est accordée, et ne » l'a jamais été que gratuitement par la divine mi- » séricorde , à cause de Jésus-Christ. »

Il faut donc que les luthériens cessent de reprocher, comme ils le font aux catholiques^, qu'ils croient être justifiés et recevoir la rémission de leurs péchés par leurs mérites; puisqu'ils font pro-

1. Sess. VI , cap. vin, ix. — 2. Confess. d'.iugsb., chap . xx. Apolog., chap. de la justif. et rêp. aux ob/ect., p. 62, 72, 102 , 103, dans le livre de la Concorde.

PROJET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES

fession de no la devoir qu'à la pure honlé de Dieu et aux mérites de Jésus-Glirist. Le concile de Trente ne nie pas que les mérites de Jésus-Clirist ne soient à nous; puisqu'il confesse au contraire qu'ils nous sont appliqués et com/nu/itqu^s, sans quoi il n'y aurait point do salut pour nous. Nous n'avions donc pas besoin de la Réforme luthérienne pour nous apprendre que Jésus-Christ seul a pu satisfaire pour nos péchés et que par la bonté de Dieu sa satisfaction nous est imputée, comme si nous avions satisfait nous-mêmes. Aussi le concile de Trente n'a-t-il pas nié que, pour être jnstiliés, nous eussions besoin de l'imputation de la satisfaction et do la justice de Jésus-Glirist, mais seulement que nous fussions juslifiés parcelle seule impulalion , avec exclusion de la grâce', par laquelle nous sommes faits justes intérieurement.

Ainsi nous sommes d'accord que c'est purement à cause de Jésus-Christ et de ses mérites, que Dieu cesse de nous traiter comme pécheurs; et si nous disons qu'en nous justifiant, il fait quelque chose de plus que de cesser simplement de nous imputer nos péchés, on voit clairement que cela n'est autre chose qu'une augmentation de son bienfait. C'est ce qu'on expliquera encore plus dans la suite; mais il nous suffit à présent de remarquer que c'est un point convenu de part et d'autre, que la rémission des péchés est purement gratuite et accordée aux seuls mérites de Jésus-Christ, qui est le point le plus essentiel dans cette matière.

II. Du mér'Ue des bonnes œuvres. — Quoique la justification soit gratuite, il ne faut pas pour cela rejeter le mérite des bonnes œuvres après que nous sommes justifiés; ce que saint Augustin a expliqué dans ces termes : « Les justes n'ont-ils donc aucun » mérite? ils en ont certainement, parce qu'ils X sont justes, mais ils n'en ont eu aucun pour être » faits justes^; » et il ne devrait point y avoir do difficulté sur cet article, si l'on s'en "tenait aux termes de la Confession d'Augsbourg, où l'on répète trois et quatre fois, que « les bonnes œuvres » sont de vrais cultes, et qu'elles sont méritoires, » parce qu'elles méritent des récompenses et en » cette vie et en l'autre, et dans la vie éternelle'. » Les catholiques n'en demandent pas davantage; et parmi les dons que les bonnes œuvres méritent en cette vie, la même Confession d'Augsbourg marque expressément l'augmentation de la grâce; et l'on y loue un passage de saint Augustin, où il dit, que la charilé mérile l'augmentation de la charité, ce qui en elTet est enseigné par ce saint docteur en ces termes : « Celui qui aime a le Saint-Esprit, et en le » possédant il mérite de le posséder davantage, et 1) conséquemment d'aimer davantage*. »

Cette doctrine de la Confession d'Augsbourg est amplement confirmée dans l'Apologie*, où il est expressément porté « que les bonnes œuvres sont mé- » ritoires , non pas à la vérité de la rémission des » péchés, de la grâce ou de la justification, mais de » beaucoup d'autres récompenses corporelles ou » spirituelles, et en cette vie et en l'autre. Car, » poursuit-elle, la justice de l'Evangile regarde la » promesse de la grâce, et reçoit gratuitement la

1. Se3s. VI, Can. 11. — 2. Epist. cxciv al. cv , n. 6, ubi sup.

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