‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 503 sur 631 · Conftss. d'Augsb., art. iv, et chap. des bonnes œuvres · texte numérisé non relu

Conftss. d'Augsb., art. iv, et chap. des bonnes œuvres

4. Ttacl. i.xxiv in Joan. vhi sup. — 5. Jiép aux objcct. dans le liv. de la Concorde, p. 16.

» justification et la vie; mais l'accomplissement de » la loi, qui se fait après la foi, regarde la loi; el à » cet égard la récompense nous est oITerte et nous » est due, non pas gratuitement, mais selon nos » œuvres; à condition toutefois que l'on reconnaisse » que ceux qui méritent ces récompenses sont jus- » tifiôs avant que d'avoir accompli la loi, » ce qui est très-vérilable. Et voilà, dans l'Apologie de la Confession d'Augsbourg, qui est reçue comme authentique dans tout le parti , l'expresse doctrine de l'Eglise catholique.

M. l'abbé Molanus reconnaît que ces choses sont contenues dans les écrits authentiques du luthéranisme; et pour les ramasser en peu de mots, on y voit que les bonnes œuvres des hommes justifiés sont méritoires, qu'elles méritent en cette vie l'augmentation de la grâce, et en l'autre, d'autres récompenses : que ces récompenses leur sont dues et leur sont rendues, non pas gratuitement, mais à cause de leurs bonnes œuvres; or ces récompenses de l'autre vie, c'est ce qui s'appelle, dans l'Ecriture, la vie éternelle, laquelle aussi notre auteur avoue qu'on peut mériter, sinon pour le premier degré, du moins quant à l'augmentation, ce qui suffit, selon lui, pour faire dire qu'on mérite la vie éternelle.

Et en effet, saint Augustin, si souvent loué dans la Confession d'Augsbourg et dans l'Apologie, dit sans hésiter ; que la vie éternelle est due « aux » bonnes œuvres des saints, et qu'elle ne laisse pas » d'être appelée grâce, parce qu'encore qu'elle soit » donnée à nos mérites, ces mérites auxquels on la » donne nous sont eux-mêmes donnés*. » Voilà, pour la vie éternelle. Et pour l'augmentation de la grâce, le même saint enseigne o qu'on mérite par » la grâce l'accroissement de la grâce, afin que par » cet accroissement de la grâce dans cette vie, on » mérile aussi la perfection dans là vie future-. » Il est aussi décidé dans le concile d'Orange, un de ceux que notre auteur reconnaît pour authentiques; « que la récompense est due aux bonnes œuvres » qu'on fait, mais que la grâce qui n'est point due, » précède afin qu'on les fasse'. »

III. De L'accomplissement de la loi. — On voit, par cette doctrine, qu'il n'y a point de difficulté sur l'accomplissement de la loi. Car il y a un chapitre exprès dans l'Apologie, où l'on fait voir que le juste accomplit la loi; et c'est de ce chapitre qu'est tiré le passage qu'on vient de voir sur cet accomplissement. El en effet, pour le nier, il faudrait nier l'Apotre même , qui dit que celui qui aime le prochain accomplit la loi; et encore : que la dilcction ou l'amour est l' accomplissement de la loi*. Ce n'est donc point une matière de dispute, si la loi peut être accomplie; puisqu'on est d'accord qu'elle l'est par la charité que le Saint-Esprit a répandue dans les cœurs''; mais en même temps on est d'accord que cet accomplissement de la loi ne peut-être poussé en cette vie jusqu'à l'entière exclusion du péché, quoique cette exclusion puisse être poussée jusqu'à en détruire le règne, selon ce que dit saint PauP : Que le péché ne règne point en votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ,s-es

1. Ep. cxciv al. cv. De corr . el graliâ, c. xill, n. 41, ubi sup. — 2. Ep. CLXxxvi al. cvr , n. 10, ubi sup. — .'î. //. Conr, d'0~ ranne , ch'ip . viii. — 4. Rom., xiii. 8, 10. — 5. Idem, v. 4. — 6. Ibid., VI. 12.

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

désirs. Ainsi, encore que la convoilise ne cesse de combalire en nous l'amour de Dieu, elle n'empêche point qu'il ne prévale, et noire savant auteur le reconnaît avec nous. Il y a donc en nous une véritable justice par le règne de la charité, encore qu'elle ne soit point absolument parfaite, à cause de la répugnance et du combat de la convoitise. C'est pourquoi tous les catholiques reconnaissent dans le concile de Trente', « qu'on ne peut pas vivre sans » péché en cette vie, et qu'on y a continuellement » besoin de dire : Pardonnez-nous nos offenses ; » ce que Dieu permet, dit saint Augustin, atîn que dans ce besoin continuel de demander le pardon de nos fautes, nous n'oubliions jamais notre néant.

Mais encore que notre justice ne soit jamais assez parfaite pour exclure tout péché , II. Mulanus demeure d'accord qu'elle exclut les péchés mortels, et ceux qu'il appelle contre la conscience, ceux, en un mot, dont saint Jean dit : que celui qui demeure en Dieu ne pèche pas^ ; et saint Paul : que celui qui les fait 7i' entrera jamais dans le royaume de Dieu'-'. Par là donc, encore un coup, il y a en nous une véritable justice, et même une sorte de perfection convenable à l'état de cette vie; ce qui fait qu'il est si souvent parlé dans l'Ecriture, des parfaits, des œuvres parfaites , de la parfaite charité. Et pour ce qui est de ces péchés, sans lesquels on ne vit point sur la terre, saint Augustin nous donne beaucoup de courage pour les combattre et les vaincre, lorsqu'il dit « que celui qui aura soin de les effacer par des » aumônes et des bonnes œuvres , méritera de sor- » tir de cette vie sans aucun péché, encore qu'il ne » soit pas sans péché durant le cours de cette vie; » parce que, comme il n'est pas sans péché , les re- » mèdes pour les effacer ne lui manquent pas''. »

Telle est donc cette perfection à laquelle nous devons tendre en cette vie; et elle est si grande, qu'elle fait dire à saint Paul : J'ai bien combattu, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi , du reste , la couronne de justice m'est réservée ; et le Seigneur, ce juste juge, me la rendra en ce jour^; et encore : Dieu n'est pas injuste , pour oublier vos bonnes œuvres'* ; par où l'on voit que la couronne de justice, c'est-à-dire, la vie éternelle, ne nous est pas seulement accordée par miséricorde, mais encore rendue par justice; ce que l'ancienne Eglise, et après elle les luthériens mêmes dans l'Apologie , ont appelé une dette; et c'est aussi la même chose qu'on a toujours exprimée par le mot de mérite.

IV. De la promesse de l'acceptation et du pardon dont nous avons toujours besoin. — Il ne faut pas croire pour cela que cette dette , cette justice, ce mérite emporte avec soi, du côté de Dieu, une obligation rigoureuse de nous donner son royaume, indépendamment de sa promesse. M. Molanus attribue ce sentiment à quelques auteurs catholiques; mais il n'est pas nécessaire d'en discuter ici les sentiments; puisque nous avons une décision expresse du concile de Trente', en ces termes : « Il » faut proposer la vie éternelle aux enfants de Dieu, » comme une grâce qui leur est miséricordieuse- » ment promise à cause de Jésus-Christ, et comme » une récompense, qui sera rendue à leurs bonnes

1. Sess. VI , cap. xi, can. xxm.— 2. /. Joan., m. 6, 9. — 3. //. Cor., VI. 9. — i. Ep. CLVii al. Lxxxix, )i . 3 , ubi.sup. — 5. //. Tim.f IV. 7, S. — ti. Ueb., vi. 10. — 7. Sess. vi, cap. xvi.

» œuvres et à leur mérite , en vertu de cette pro- » messe. » Le concile n'a rien oublié; puisqu'il appelle la vie éternelle -une grâce, qu'il ajoute aussi qu'elle est miséricordieusement promise, et cela, par Jésus-Christ et à cause de lui ; et enfin , qu'elle sera rendue aux bonnes œuvres et aux mérites; mais en vertu de cette promesse de miséricorde et de grâce.

Il ne faut donc pas ici s'imaginer un titre de justice rigoureuse, qui ne peut jamais se trouver entre le Créateur et la créature, surtout après le péché; mais une justice fondée sur une promesse gratuite, à cause de Jésus-Christ, ce qui tranche en un mol la difliculté.

El c'est pourquoi le même concile ajoute , en un autre endroit', « que nous, qui ne pouvons rien » par nous-mêmes , nous pouvons tout avec celui » qui nous fortifie; de sorte que l'homme n'a rien 1) de quoi il se puisse glorifier ; mais que toute » notre gloire est en Jésus-Christ, en qui nous méa riions, en qui nous satisfaisons, faisant de dignes » fruits de pénitence, qui tirent leur force de lui, » sont offerts par lui à son Père , et par lui sont » acceptés de son Père. »

Si nous ajoutons à ces choses le pardon, dont le même concile décide, comme on vient de voir, que nous avons toujours besoin dans cette vie ^, il n'y aura plus rien à nous demander pour la gloire de Jésus-Christ; puisque nous n'avons rien à espérer qu'en vertu d'une promesse, d'une acceptation, d'une condonation miséricordieuse, que nous n'avons qu'en lui seul et par ses mérites.

Enfin, comment pourrait-on penser que les mérites des justes dérogeassent à la grâce, puisqu'ils en sont le fruit, o et que, par un effet admirable de » la bonté de Dieu , nos mérites mêmes sont ses » dons? » doctrine que ce concile a encore prise de saint Augustin, pour conclure avec lui, « que le » chrétien n'a rien du tout par où il puisse, ou se » confier, ou se glorifier en lui-même; mais que » toute sa gloire est en Jésus-Christ'.

V. De la foi justifiante. — Tout cela fait voir aussi qu'il n'y a aucune difficulté sur l'efficace de la foi justifiante, qui est établie par le concile de Trente^; premièrement, en ce que 7ious croyons que tout ce que Dieu a révélé et promis est trèsvéritable, et surtout, que c'est lui qui justifie gratuitement le pécheur à cause de Jésus-Christ. Voilà donc, avant toutes choses, la foi des promesses, el en particulier celle de la gratuite rémission des péchés embrassée par le fidèle. Secondement, cette même foi, en nous relevant des terreurs dont la justice de Dieu accable notre conscience criminelle, nous fait regarder sa miséricorde; ce qui fait, qu'en troisième lieu, nous espérons le pardon, et nous confiant , dit le saint concile ^ que Dieu nous sera propice à ca^ise de Jésus-Christ, nous commençons à l'aimer comme la source de toute justice; c'est-à-dire, comme celui qui justifie gratuitement le pécheur; ce qui fait que nous détestons nos péchés et prenons la résolution de commencer une vie nouvelle. Voilà donc toute la structure, pour ainsi parler, de la justification, uniquement appuyée sur la foi, par laquelle nous embrassons en particulier la

1. Sess. XIV, cap. viii. — 2. Sess. vi , cop. xi , can. 33. — 3. Sess. VI, cap. xvi. — i. Idem, cap. vi. — 5. Ibid.

PROJET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES

promesse de I;i n^mission gratuite de nos pochés à cause de Jésus-Christ, et nous y mettons notre contiance.

L'Apologie nous cxpli(iiic comment la foi justille', par les paroles de saint Augustin, qui dit clairement : que c'est la foi qui « nous concilie » celui jiarqui nous sommes juslillés; que c'est par » elle que nous impétrons la justilicatiun ; que la » grâce est cachée à ceux qui sont encore dans la » terreur; mais que l'Ame accablée de cette crainte » a recours par la foi à la miséricorde de Dieu , » afin qu'il nous donne la grâce d'accomplir ce qu'il » commande. » Ainsi l'efficace de la fol consiste dans l'invocation, dont elle est le fondement, conformément à cette parole de saint Paul : Comment invoqueront-ils celui en qui ils n'ont pas cru? Et encore : Tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur seront sauvés'^ ; ce qui fait dire à saint Augustin , et cet endroit est cité dans l'Apologie : « par la foi nous connaissons le péché ; par la foi » nous impétrons la grâce contre le péché; par la » grâce l'âme est guérie de la blessure du péché; » ce qui est précisément ce que nous croyons et ce que l'Apologie a pris de saint Paul, selon que saint Augustin l'a interprété; ce qui montre qu'il n'y a entre nous aucune diflicultô sur celle matière; puisque l'on convient de part et d'autre que c'est par la foi en Jésus-Christ et par l'interposition de son nom, que nous obtenons toutes les grâces, et en particulier celle de la rémission de nos péchés.

VI. Inutilité de la Reforme luthérienne. — On voit par celte doctrine du concile et de toute l'Eglise catholique, quelle illusion Luther et les prétendus réformateurs ont faite à la chrélienlé, lorsqu'ils ont voulu lui faire accroire que c'étaient eux qui venaient leur apprendre de nouveau la doctrine de la justification gratuite, et de la vertu de la foi et de la confiance qu'ils doivent avoir en la pure bonté de Dieu et aux mérites de Jésus-Christ; et il ne faut pas qu'ils s'imaginent que l'Eglise ait eu besoin de leurs avis pour renouveler cette doctrine dans le concile de Trente; car on ne saurait montrer qu'elle l'ait jamais abandonnée ou alTaiblie; au contraire, le Père Denis, capucin', dont notre savant auteur a souvent rapporté et approuvé la doctrine, a démontré par cent témoignages, non-seulement des auteurs particuliers, mais encore des rituels et des catéchismes publics, que c'a été la foi constante de toute l'Eglise, et en |)arliculier de l'Allemagne avant Luther, de son temps, et après lui , que le chrétien ne devait mettre son espérance pour la rémission de ses péchés et pour son salut éternel , qu'en la miséricorde de Dieu , et dans les mérites de Jésus-Christ : il ne faudrait même, pour prouver ce que j'avance , que ce que l'on dit tous les jours dans le sacrifice de la messe : « Nous vous prions , » Seigneur, de nous mettre au nombre de Vds » saints, non point en ayant égard à nos mérites, )' mais en nous pardonnant par grâce, â cause de » Jésus-Christ. »

MI. Doctrine luthérienne , que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires au salut. — Voilà le fond de la matière de la justification, où il est aisé de voir que jusqu'ici on est parfaitement d'accord. Ce

1. ApoL. d'ins le lie. de la Conc.,p. SO. — 2. Rom., \ 13, H. 3. Dans le liv. intit. Via pacis.

qui reste de difficultô doit d'autant moins nous arrêter, (jue M. l'abbé Molanus l'expose d'une manière qui ne nous laisse presque rien à désirer, sinon que tout le parti reçoive ses expositions. Par exemple, ce serait une difficulté fort essentielle, que la doctrine qui a été embrassée de tout le parti luthérien, par une décision expresse, que les bonnes œuvres ne sont point nécessaires au salut'; mais notre illustre auteur l'abandonne, et dit même qu'il a pour lui en ce point une partie des docteurs de sa communion, ce qui me donne beaucoup de joie, et je désire avec ardeur de voir le luthéranisme purgé d'une doctrine qui introduit un si pernicieux relâchement dans la pratique de la vertu et des bonnes œuvres.

Les manières dont notre auteur a rapporté qu'on en expliquait la nécessité parmi les siens, sont de dire, qu'on les reconnaît « nécessaires comme prô- » sentes, mais non pas comme opérantes le salut, » dont elles ne sont ni la cause elïiciente et propre- » menl dite, ni l'instrument, mais une condition » sans laquelle on ne le peut obtenir. » Toutes ces expressions, à dire vrai, ne sont que des chicanes et de pures inventions de l'esprit humain, pour affaiblir la dignité ou la nécessité des bonnes œuvres, et pour éluder ce passage : Venez, possédez, etc., parce que j'ai eu faim, etc., et encore : Faites ceci, et vous vivrez^, et encore : Ce peu de souffrances que nous endurons en cette vie, produit un poids éternel de gloire'^, et cent autres dont l'Ecriture est pleine.

L'Apologie a parlé plus franchement quand elle a dit', comme on a vu', à la vérité que la rémission des péchés était gratuite, mais que « l'accomplis- » sèment de la loi, dont elle est suivie, se faisait » selon la foi, et recevait par conséquent sa récom- » pense, non pas gratuitement, mais comme due et » selon les œuvres. » Nous ne disons rien de plus fort; et pour ce qui est des expressions de notre auteur, nous ne prétendons obliger personne à dire que les bonnes œuvres, non plus que la foi, soient la cause efficiente, ou même l'instrument du salut, qui sont des termes qu'on ne trouve point dans l'Ecriture , mais simplement à reconnaître ce qu'on y trouve à toutes les pages : que Dieu rend à chacun selon ses œuvres : que ce sont les bonnes œuvres que Dieu récompense, et qu'elles produisent ou opèrent véritablement le salut; puisqu'on vient de voir que saint Paul le dit en termes exprès*.

VIII. Diverses difficultés importantes de la doctrine luthérienne levées par M. l'abbé Molanus. — Ce serait aussi une question considérable de savoir si la seule foi justifie; mais M. Molanus la concilie en disant que la foi qui nous justifie n'est pas seule ni destituée de la résolution de bien vivre, et au contraire que cette foi est une foi vive qui opère par la charité, comme dit saint Paul. Le reste n'est que chicane et subtilité, et le savant auteur demeure d'accord qu'il n'y a rien là qui nous doive beaucoup émouvoir de part et d'autre.

Il y aurait plus de dilTicultô à passer ce que disent les luthériens, que les péchés ne sont pas ùtés, mais seulement couverts et non im|)ulés par la justilica-

1. Décis. de Worms dans MéUinchton , et dans le liv. delà Concorde.— 2. Mattll., xxv; Luc. x. 28. — 3. //. Cor., rv. 17. 4. Dans le liv. de la Conc, p. 16. — 5. Sup., n. 2. — 6. //. Cor., IV. 17.

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

lion. Car outre que c'est diminuer les bienfaits de Jésus-Clirist et le faire agir d'une manière trop humaine, que de dire qu'il n'ôte pas elTectivement le péché , quand il le pardonne, ce ne serait pas laisser assez d'incompatibilité entre le péché et la grâce; ce qui donnerait lieu aux fidèles de croire qu'en demeurant pécheurs ils pourraient en même temps être justifiés devant Dieu , et les induirait à se relâcher dans le soin de purifier leur conscience de ce qui lui déplaît. Mais M. l'abbé Molanus demeurant d'accord que ce qu'on appelle realus, c'està-dire la tache du péché, et ce en quoi il consiste, est véritablement ôté, cette conséquence n'a plus de lieu.

Il est vrai, qu'avec tout le reste des protestants , il donne le nom de péché à la convoitise, qui demeure véritablement dans les justes; mais comme il reconnaît que la tache ou la coulpe en est ôtée, il n'y a qu'à se bien entendre et à se faire avouer pour terminer cette question comme beaucoup d'autres, où de vaines subtilités ont jeté les protestants, et que notre auteur a levées en tout ou en partie, dans son écrit.

L\. Autres difficultés levées par l'auteur, pourvu qu'on l'en croie dans son parti. — Ce qui reste de plus important dans cette matière , c'est à savoir, si nous sommes justifiés par une véritable justice que Dieu forme lui-même dans nos cœurs par son esprit, comme l'enseignent les catholiques, ou par la seule imputation de la justice de Jésus-Christ, comme le veulent les protestants; car il parait jusqu'ici que c'est là parmi eux un point capital, et que c'est ce qui les oblige à distinguer la grâce qui nous justifie, d'avec celle qui nous sanctifie ou nous régénère et nous renouvelle. Mais si l'on considère ce que nous accorde le savant auteur, ou de son chef, ou avec le consentement des siens, il n'y aura plus ou presque plus de difficulté. Car premièrement, il nous accorde, et en cela il est approuvé de tout le parti , que Dieu forme dans les fidèles , et y fait régner une véritable justice , une véritable sainteté, en sorte que le désordre que met en nous la concupiscence, tant qu'elle y prévaut, est etreclivement oté.

Secondement, il accorde, et ce point est très-important, que le juste accomplit la loi de Dieu, autant qu'il y est obligé par l'Evangile ou par la nouvelle alliance; d'où il résulte, en troisième lieu, et il en convient, que les péchés des justes ne leur oient pas la charité, qui est la véritable justice; de sorte que l'homme est fait juste , non-seulement par imputation, mais en vérité, selon les propres principes de notre auteur.

Cela étant, on ne comprend pas quelle finesse trouvent à présent les protestants à distinguer la justification de la sanctification, et à nier que nous soyons justifiés par l'infusion que le -Saint-Esprit fait en nous de la justice, ou, ce qui est la même chose, de la sainteté. Aussi ne parait-il pas qu'on se soit beaucoup arrêté à cette vaine délicatesse dans l'Apologie, ni môme dans la Confession d'Augsbourg'; puisqu'on y approuve la définition de la justification que saint Augustin donne en ces termes : Justifier le péclieur, dit-il, c'est d'injuste le faire juste, ce qui est l'expression de l'Apôtre, lors-

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