Ch. des bonnes œuvres
qu'il dit que par l'obéissance d'un seul (Jésus - Christ), plusieurs sont rendus justes'. D'où vient que l'Apologie attribue perpétuellement la justification au Saint-Esprit^, comme fait aussi le môme Apôtre; ce qui montre que ce n'est pas une imputation au dehors, mais une action et un renouvellement au dedans; et cette distinction de la justification d'avec la sanctification, ou la régénération, est si peu nécessaire, que ces deux choses sont souvent confondues dans l'Apologie, ainsi que les luthériens en corps, en sont demeurés d'accord dans leur livre de la Concorde'.
Pour ce qui est des catholiques, ils trouvent ce raffinement de distinguer la grâce qui nous justifie, d'avec celle qui nous sanctifie et nous régénère , non-seulement inutile, mais encore dangereux, pour des raisons que nous serons obligés de toucher en un autre lieu. Il me suffit maintenant de dire que l'auteur ayant remédié à ce mal et à beaucoup d'autres en cette matière, par l'approbation qu'il donne à la doctrine du Père Denis , capucin , et d'autres auteurs catholiques, nous pouvons croire qu'il aura concilié cet article, quand on se sera déclaré pour ses sentiments.
X. De la certitude de la justification et du sahit. — Il n'y en a qu'un où nous ne pouvons nous accorder avec lui; et c'est celui où il soutient avec tous les siens, que nous pouvons et devons être certains de notre justification et de notre salut éternel. « Car, dit-il, on ne doute pas que nous ne » soyons justifiés par la foi; or celui qui croit sait » qu'il croit; et il est donc absolument assuré de sa » foi et par conséquent de son salut. » A entendre ce raisonnement, on pourrait croire que notre auteur entre dans le sentiment des calvinistes, qui se tiennent autant assurés de leur salut à venir, que de leur justice présente, et qu'il combat directe- ■ ment dans ces deux points les catholiques qui les rejettent tous deux; mais ce qu'il ajoute donne ouverture à la conciliation, puisqu'après nous avoir dit, qu'on est assuré absolument et avec une certitude infaillible de sa justification , il ajoute qu'on ne l'est pas de la même sorte de son salut, dont, dit-il , on n'est assuré que sous condition, et en cas que l'on persécère à faire ce que Dieu ordonne. Mais pourquoi ne dira-t-on pas qu'on n'a pas plus de certitude de l'un que de l'autre, puisqu'on n'est pas plus assuré d'avoir fait ce qu'il fallait faire pour être justifié, que de faire ce qu'il faudra faire pour parvenir au salut? Luther même demeure d'accord qu'on n'est jamais assuré d'être sincèrement repentant, et qu'on doit craindre que la pénitence qu'on croit ressentir ne soit une illusion de notre amourpropre*. Mais si l'on n'est pas assuré de la sincérité de son repentir, comme il l'avoue , et qu'on soit néanmoins assuré de sa justification, comme il le prétend, il s'ensuit donc que la justification est indépendante de la pénitence; puisque, si c'étaient choses connexes, on serait également assuré de l'une et de l'autre.
Qui croit, dit notre auteur, sait qu'il croit. On pourrait dire de môme : qui se repent, sait qu'il se repenl; et l'on peut également être déçu dans l'opi-
1. Rom.. V. 19. — 2. .\pol.. pag. 6S , 70. — 3. Pag. CS3 — •1. Tr.icl de Indulg., edit. Wilt., T. i, pag. 59, disp. 1518, prop. 48, etc.