‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 505 sur 631 · I-r.iKÎHT DE r.ÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

I-r.iKÎHT DE r.ÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES

nion qu'on a de sa foi , que dans celle qu'on a de son repentir. Que si l'on veut que nous soyons toujours assurés de nos dispositions, d'où vient que saint l'aul a dit : Je ne me juge pas moi-même', cl encore : Examinez-Dous voux-mêmes si vous êtes dans la foi; éproucez-wus vous-mêmes^, ce qui serait inutile, si l'on connaissait si parfaitenieiil son état , qu'il n'y rest;\l aucun doute. Avouons donc qu'on peut avoir quelque certitude de sa foi, mais non pas une certitude infaillible, ni qui exclue tout doute, et qu'en disant : Je crois, avec celui dont parle saint Marc, il faut ajouter aussi bien que lui : Aides mon incrédulité^ .

Si l'on admet celte certitude absolue de sa justification, il faut pousser la chose plus loin, et admettre encore avec les calvinistes la certitude absolue du salut. C'est, dites-vous , détruire la foi et l'invocation, que d'établir cette incertitude de sa justilication. Nous répondons : c'est donc aussi détruire la foi et l'invocation, que d'établir celte incertitude de son salul. Ainsi, pour tout concilier, vous n'avez qu'à raisonner conséquemment. Vous vous contentez pour le salul qu'on exclue celte incertitude qui met le trouble et l'anxiété dans les consciences : contentez-vous de la même chose pour la justilication, et nous sommes d'accord.

Concluons donc en général, qu'il esl aisé de convenir sur la nialière de la justilicalion; puisqu'on vient de voir qu'on est d'accord de ce qu'il y a de plus important, et que pour le reste on fait des pas si avantageux pour la paix, qu'il n'y a point d'apparence qu'on puisse s'arrêter en si beau chemin.

GH.A.P1TRE n.

Des Sacrements , et premièrement du Baptême.

ï. Nulle difficulté sur ce point, ni pour l'efficace des sacrements. — Nous n'avons point ici de dispute avec les luthériens, puisqu'ils conviennent avec nous de l'efTicace et de la nécessité du baptême , tant à l'égard des petits enfants que des adultes.

Mais cet article nous peut servir à éclaircir le repruche qu'ils nous font d'enseigner une doctrine pharisaique, en disant qu'on est sauvé par le seul usage des sacrements, et, comme on dit, en vertu de leur action , ex opère opernlo, sans qu'il soit besoin d'y apporter aucune disposition , ni d'avoir aucun bon mouvement en les recevant. C'est ce qu'on trouve répété à toutes les pages de la Confession d'Augsbourg et de l'Apologie*, avec une exagération surprenante. Cependant nous ne disons rien qu'ils ne soient obligés de dire avec nous. S'ils disent que les adultes, pour profiter des sacrements, sont obligés d'y apporter la foi et le repentir. Ions les docteurs catholiques el le concile de Trente en disent autanl pour le baptême , pour la pénitence, pour la messe, pour la communion, pour tous les sacremenls en général el en i)arliculier^ S'ils veulent (jne les sacrements produisent eu nous quelque chose de surnaturel, qui est audessus de tous nos bons mouvements; el s'ils allribiienl ces bons elTets à la promesse, à la parole, aux mérites de Jôsus-Chrisl el à l'elTicace de sa

1. /. Cor., IV. 3. —2. II. Cor., xiii. 5. — 3. Marc, ix. 23. — 4, Art. 13, etc. — 5. Sess. vi, xiii, xiv, xxiv.

morl, c'est précisément notre doctrine , dans tous les endroits (ju'on vient de marquer. Si nous disons que la vertu des sacrements esl si grande, que leur elTel s'étend jusqu'aux enfants qui n'ont pas l'usage de la raison, on voit que les luthériens en sont d'accord". L'ancienne Eglise montrait bien qu'elle avait la même opinion de l'Eucharistie, lorsqu'elle l'administrait aux enfants aussi bien que le baptême, par une coutume bonne en elle-même, et qui n'a été changée que par des raisons de discipline. On leur donnait la confirmation avec le baptême, quand l'évoque était présent. C'était aussi la coutume de donner la pénitence el la réconciliation à ceux qui les avaient demandées; el l'on y reconnaissait pour eux une gr;\ce occulte, encore que dans le temps qu'on les leur donnait ils fussent sans connaissance. Ainsi tous les sacrements ont leur efficace, non point par les éléments qu'on y emploie; mais comme on l'a déjà dit, en vertu de la parole et des promesses, qui esl ce qu'on appelle dans l'école, ex opère operalo.

IL Nulle difficulté sur l'intention. — Sur l'intention du ministre, notre auteur ne trouve rien à reprendre dans le sentiment de quelques-uns de nos auteurs; el l'on esl libre de le suivre, puisqu'il avoue que l'Eglise ne l'a pas improuvé.

De l'Eucharistie, et premièrement de In présence réelle.

III. Itéalité ; concomitance; ubiquité. — Il y a beaucoup à louer Dieu de ce que cet article, qui esl le plus difficile, et, pour mieux dire, le seul difficile dans nos controverses , esl demeuré inviolable cl dans son entier parmi les luthériens; ce qui montre une providence particulière pour faciliter leur retour. Car quoi qu'on puisse dire, ils croient la réalité comme nous, et Jésus-Chrisl présent tout entier en son corps et en son sang, en son âme et en sa divinité, comme l'explique l'Apologie', et c'est pourquoi elle ajoute, que la présence qu'elle reconnaît, est la présence de Jésus-Chrisl tivaiit, puisque nous savo7is , dit-elle , que la morl ne le domine plus ; ce qu'il esl bon de remarquer à cause des luthériens, qui, ne songeant pas aux décrets publics de leur religion, semblent quelquefois se moquer de ce que nous appelons la concomitance.

Pour ce qui esl de l'ubiquité, encore qu'elle soit suivie de presque tous les luthériens, le savant auteur nous en délivre avec raison; puisqu'elle ne se trouve point dans la Confession d'Augsbourg, dans l'Apologie ni dans les articles de Smalcalde; et c'est ôtcr un grand scandale, que d'exterminer ce prodige de toutes les écoles chrétiennes.

De la Transsubstantiation.

IV. M. Molanus la passe, et allègue avec raison f.ulher et l'Apologie , à quoi il faut ajouter selon ses principes , l'article \'I de Smalcalde. — Il n'y a ])lus de ditliculté sur cet article, si l'on croit avec notre auteur, « qu'il se fait dans l'Eucharistie, par » la vertu des paroles de l'inslitution , un change- » menl mysiérieux, par lequel se vérifie cette pro- » position si usitée par les Pères : Le pain esl le » corps de Jésus-Chrisl; » et il remarque très-bien que celle proposition ne peut être « vériliée que par

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