‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 506 sur 631 · Apol.,p. 1D7, 15S · texte numérisé non relu

Apol.,p. 1D7, 15S

» un changement réel; puisque le pain n'étant pas » de soi-même le corps de Jésus-Christ , il ne le » peut être sans le devenir » par un changement aussi véritable que celui qui arriva dans les noces de Cana en Galilée, lorsqu'on y but, comme dit saint Jean ', de l'eau faite vin. C'est ainsi que nous mangeons le pain fait corps, et que nous buvons le vin fait sang. Au reste, nous accordons facilement à l'auteur que, « sans entrer dans la manière dont » se fait ce changement, nous nous contentions de 1) dire que du pain on fait le corps de Jésus-Christ » par un secret et impénétrable changement. »

Et il ne faut point que les luthériens reprochent à notre auteur, qu'en cela il se soit éloigné des principes de sa religion; puisqu'il est vrai, comme il le remarque, que Luther n'a point eu d'aversion de cette doctrine, et qu'en elTet il déclare qu'il ne la rejette qu'à cause qu'on le pressait trop de la recevoir^. C'est pourquoi il trouva bon qu'on insérât et qu'on approuvât dans l'Apologie^ le canon de la messe grecque, où celui qui oH're le sacrifice, prie Dieu, en paroles claires, que du pain changé, il se fasse le corps de Jésus-Christ; à quoi l'on pouvait ajouter que ce changement est marqué comme fait par l'opération du Saint-Esprit , afin qu'il paraisse encore plus réel et plus elTectif, étant produit par une action toute-puissante.

On loue encore, dans la même Apologie^, un passage de Théophylacte, archevêque des Bulgares, qui dit en termes exprès, « que le pain n'est pas » seulement une figure, mais qu'il est vraiment » changé en chair. » Tous ces passages , qui marquent un si réel changement du pain au corps, sont rapportés dans l'Apologie, à l'occasion de la Confession d'Augsbourg, où il s'agissait de s'expliquer sur la présence réelle; ce qui montre que, pour la bien expliquer, on tombe naturellement dans le changement de substance; et par la même raison , quand Luther voulut expliquer cette présence d'une manière si précise qu'elle ne laissât aucune ambiguïté, il tomba dans cette expression, dont notre auteur vient de dire qu'elle ne se peut vérifier que par un véritable changement : Dans la Cène, le pain et le vin sont vraiment le corps et le sang de Jésus-Christ^ ; et c'est ainsi que tout le parti , assemblé à Smalcalde avec Luther, dressa l'article de l'Eucharistie, pour le présenter, en cette forme, au concile qu'on allait tenir. Ainsi, plus on veut parler nettement et précisément sur la présence réelle, plus on tombe dans les expressions , qui n'ont de sens qu'en admettant un changement de substance en substance; c'est-à-dire, en d'autres termes, la transsxibstantiation que nous confessons.

De la présence hors de l'usage.

V. Sentiment de notre auteur conforme à l'Apologie et à la doctrine de Juther : preuve tirée de l'élévation. — Nous n'avons point à disputer avec notre auteur do cette présence; puisque nous venons d'entendre que par la consécration, et en vertu des paroles de l' institution , le pain est fait le corps de Jésus-Christ. Il est donc fait tel aussitôt que les paroles sont prononcées; et il ne dit rien en cela de particulier; puisque même ce sentiment est autorisé

1. Joan., H. 9. — 2. Luth., de captiv. Babyl,, etc. — 3. ApoL, p. 15. — 4. Idem. — 5. Art. Smalc. vi. in Lib. conc, p. 330.

dans l'Apologie par la messe grecque', où l'on voit la consécration avec son eflet , entièrement distinguée de la rnanducation.

Ce n'est donc pas sans raison que notre auteur a parlé dans le même sens, ni qu'il reconnaît Jésus- Christ présent aussitôt après les paroles; puisque le Sauveur n'a pas dit. Ce sera, mais Ceci est, et qu'il ne commande pas de manger l'Eucharistie, alin qu'eife fût son corps, mais parce qu'elle l'était. Que si une fois on laisse alfaiblir la simplicité de celte parole, tous les arguments de Luther et des luthériens, sur la force de la parole et sur la nécessité de retenir le sens littéral, tomberont par terre, et Zwingle, et Œcolampade avec Bérenger, leur premier auteur, gagneront leur cause.

Aussi ne voyons-nous pas que Luther, qui contestait autant qu'il pouvait, ait rien contesté sur cela. Il n'a ôté l'élévation qu'en 1542 ou 1543, vingt ans et plus après sa Réforme; et loin de l'avoir ôtée comme une chose mauvaise, il déclare encore, dans sa petite Confession en l'an 1544, qu'elle peut être gardée comme un témoignage de la présence de Jésus-Christ. Je passe les témoignages de l'antiquité, la réserve de l'Eucharistie dès les premiers temps, la coutume de la porter aux absents et aux malades, celle du sacrifice des présanctifiés, ancien et si solennel dans tout l'Orient, pour ne rien dire de plus, et beaucoup d'autres exemples, où il parait qu'on ne croyait pas que l'Eucharistie réservée perdit sa vertu , ni la présence de Jésus-Christ. On ne voit donc pas pourquoi elle la perdrait, lorsqu'on la porte en cérémonie; puisque même cette hostie qu'on porte doit être mangée, selon les lois de l'Eglise; ce qui sutru pour y conserver toute l'essence de ce sacrement.

De l'adoration.

VI. Nulle difficulté sur ce point : sacrement adorable selon Luther. — Noire auteur a cru voir quelque division entre les catholiques, sur ce qu'ils adorent dans l'Eucharistie, les uns voulant, dit-il, que ce soit l'hostie, et les autres, Jésus-Christ présent, à quoi il souhaite que l'on s'accommode. Mais raccommodement est aisé, et le concile de Trente lui accorde ce qu'il demande, lorsqu'il détermine que l'objet de l'adoration est Jésus-Christ présent, et, ce qui est la môme chose, le sacrement, en tant qu'il C07itie7it ce même Dieu dont il est écrit : que TOUS LES ANGES l'adorent. C'est cu cc SOUS quc Luther a nommé le sacrement adorabie^, jusqu'à la fin de sa vie, afin qu'on ne soupçonne pas qu'il ait changé. Voilà donc ce qu'on adore parmi nous , et non autre chose; et si quelques-uns ont voulu qu'on adorât les espèces, c'est par accident; de même qu'en se prosternant devant l'empereur, on se prosternait par accident devant la pourpre qu'il portail.

Du sacrifice.

VII. L'auteur y consent : sentimeyit de l'Apologie. — L'auteur décide en un mot celle question, lorsqu'il déclare qu'on « pourrait peul-èlre accorder » que l'Eucharistie n'est pas seulement un sacrifice » commémoralif et irapropremenl appelé tel , mais » encore une certaine oblalion incompréhensible du » corps de Jésus-Christ, auquel sens c'est un véri-

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