De VUn., Tr. < pag
c. 6, pai). 567. — 2. Sjsl., lie. ii, c. i,
ciétés chrétiennes soit un préjugé certain de la vérité : » Ce consentement ne fait preuve, dit-il', » que quand le consentement des premiers siècles » de l'Église y entre; » ce qui selon lui ne convient pas à la prière des saints , inconnue dans son sentiment aux trois premiers siècles. Je le veux : mais, premièrement, vous perdez d'abord votre cause contre les sociniens sur l'immutabilité de Dieu et sur l'égalité des trois Personnes; puisque vous ôtez aux trois premiers siècles la connaissance de ces articles, comme on a vu^. Secondement, vous perdez encore contre les mêmes liérétiques un avantage présent que vous aviez , en leur faisant voir, par un fait certain et palpable, qu'ils sont hérétiques, et d'une hérésie capitale, puisque nulle Église chrétienne qui ait quelque nom n'est aujourd'hui de leur sentiment. En troisième lieu, je reviens encore contre vous , et je ne cesse de vous dire : Si vous trouvez impossible que l'Eglise devienne socinienne, comment trouvez-vous plus impossible qu'elle devienne idolâtre'? Par conséquent tout ce que vous dites de notre idolâtrie n'est qu'illusion. En quatrième lieu, je vous soutiens que, par la même raison que l'erreur n'a pu dominer dans les siècles précédents, elle ne peut non plus dominer dans le nôtre, ou dans quelque autre qu'on puisse assigner; puisque s'il n'y a point de promesse de préserver l'Eglise d'erreur, tous les siècles y sont sujets ; et s'il y a une promesse , tous les siècles en sont exempts. En cinquième et dernier lieu , sans cela le ministre ne dit rien. Son dessein est d'en venir au discernement des articles fondamentaux par le sentiment unanime de l'Eglise chrétienne, cemme par un moyen facile au peuple , par conséquent sans discussion , selon ses principes. Or est-il que la discussion serait infinie , s'il fallait examiner par le menu la foi de tous les siècles précédents. Il faut donc trouver le moyen de faire, pour ainsi dire, toucher au doigt à chaque fidèle dans le siècle où il est, en lui disant que par la promesse divine la foi d'aujourd'hui est la foi d'hier et celle de tous les siècles tant précédents que futurs; ce qui est précisément la doctrine de l'Eglise catholique.
LXII. Le ministre voudrait se dédire d'avoir donné pour règle au peuple le consentement de tous les siècles : mais il est contraint d'y revenir et do ramener la Réforme à la voie d'autorité. — M. Jurieu voudrait bien dire, dans une de ses Lettres pastorales, que ce n'est ni au peuple, ni aux siinples, mais seulement aux savants, qu'il propose ce moyen de discerner les articles fondamentaux : mais en cela il continue à montrer qu'il raisonne sans principes, et qu'il parle sans sincérité; puisqu'il vient encore d'écrire le contraire dans la cinquième Lettre de son Tableau, où après avoir établi, comme on a vu , que l'importance des mystères rejetés par les sociniens se connaît entre autres choses par leur antiquité, il ajoute, que « les peuples sachant que » c'est la foi universelle de l'Eglise de tous les » temps , ne peuvent que trés-malaisément être in- » duits à croire que ces mystères sont inditïérenls : » au lieu, poursuit-il, que si l'on permet que le » dogme de l'indill'érence devienne général, le peu- » pie, qui n'aura plus de digue à franchir, se jet-
1. De l'Un., Tr. 6, c. 6. p. 567. —2. Voyez le sixième Avert., I. part., art. i et suiv.; Art. 5 et suiv.
SIXIEME ET DERNIER AVERTISSEMENT
» lera sans diriiculté dans le précipice'. » Ce sont donc, en loniies formels, les peuples qui savent la foi universelle de l'Eglise de tous les temps. Ils ne la savent point jiar la discussion de l'histoire de tous les siècles : ils ne jieuvent donc la savoir ([ue par ruiiirormité que la promesse de Dieu y entretient, et parce (]ue la foi de l'Eglise appuyée sur cette promesse est infaillible cl invariable : sans cette dif/uc, iwursuit le ministre, les peuples se jetteraient dans le précipiee de riiidilVéronce des religions. 11 n'y a donc que cette autorité qui puisse les retenir sur ce penchant : il n'y a que ce moyen de fixer les articles de la religion : il en faut donc nécessairement revenir à la voie de l'autorité, comme font les catholiques; et de l'aveu du ministre , la religion chrétienne n'a que cet appui.
LXIIl. Deux erreurs du mlni,stre : première erreur, de rendre infaillibles les sociétés schismaliques , et même les hérétiques , comme celles des ariens. — Cependant, comme ce principe est étranger à la Réforme, quoiqu'elle soit réduite à s'en servir, M. Jurieu y commet deux fautes essentielles. La première, c'est qu'il étend l'efl'et de la promesse de Dieu et de l'assistance de son Saint-Esprit sur toutes les sociétés considérables par leur nombre et qui font ligure dans le monde, comme il parle-. Dieu ne peut |)as , dit-il, abandonner une telle société jusqu'à y laisser manquer les fondements du salut. Ur, cela c'est une erreur manifeste. Car il s'ensuivrait que les ariens , à qui même nos adversaires ne rougissent pas de donner en un certain temps tout l'univers; mais qui, sans exagérer, ont fait longtemps une société considérable, ayant occupé des nations entières, comme les Vandales, les Hérules , les Visigoths , les Ostrogoths , les Bourguignons, auraient conservé le fondement de la foi en persistant à nier la divinité de Jésus-Christ.
LXIV. La cause de celle erreur est d'étendre l'effet de la promesse hors du sein de l'%inité catholique.
— L'erreur est d'associer les sectes séparées à des promesses qui originairement ont été données à la, tige d'où elles se sont détachées. Par exemple, cette promesse : Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles^, suppose une société qui ait toujours été avec Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ aussi a toujours voulu être avec elle. Mais les sectes séparées, par exemple, la nestorienne ou celle des Cophtes et des Abyssins, que le ministre met au rang de celles que Dieu ne peut pas abandonner, s'est désunie du tout à qui la promesse avait été faite. On la doit donc regarder comme déchue des promesses : ce n'est donc pas là qu'il faut chercher l'effet des promesses et de l'assistance divine : il faut remonter à la source et rechercher avant toutes choses le principe de l'unité, comme l'enseignent les calholiques.
LXV. Seconde erreur du ministre, de restreindre arbitrairement les promesses de Jésus-Christ et les vérités qu'il a promis de conserver dans son Eglise.
— La secundo erreur du ministre, c'est de restreindre les vérités que Jésus-Christ s'est obligé à conserver dans son Eglise, à trois ou quatre; comme si les autres étaient inutiles, et que Jésus-Christ, qui a envoyé son Saint-Esprit pour les révéler toutes
1. 3e Ann. Letl. xr , p. 83; Tah., Lett. v, p. 1S)9. — 2. Voi/ei ci-di)3su», II. GO. — 3. Malin., xxviii. 20.
à son Eglise, ne s'en souciât plus. Lorsque l'Esprit consolateur sera venu , il vous apprendra toute vérité, dit le Sauveur' : Je suis avec vous'-, indôliniraent et sans y apporter de restriction : Les portes d'enfer ne prévaudront pas^; encore sans restriction, pour montrer qu'elles ne pourront prévaloir en rien, ni jusqu'à éteindre quelque vérité, loin de pouvoir les éteindre toutes : d'où vient aussi que l'Eglise est appelée encore sans restriction la colonne et le soutien de la vérité'' : ce qui enferme indélinimont toute vérité révélée de Dieu et enseignée aux apôtres par le Saint-Esprit. Interpréter avec restriction et réduire à de certaines vérités la promesse de Jésus-Christ, c'est établir gratuitement une exception qu'il n'a pas faite : c'est donner à sa fantaisie des bornes à sa parole : c'est accuser sa toute-puissance, comme s'il ne pouvait accomplir au pied de la lettre et dans toute son étendue ce qu'il a prorais. Quand donc, conformément à cette promesse, on dit dans le Symbole des apôtres qu'on croit l'Eglise catholique, c'est-à-dire qu'on la croit en tout; et que si elle avait perdu quelque vérité de celles qui lui ont été révélées, elle ne serait plus la vraie Eglise, qui est précisément notre doctrine, dont le ministre par conséquent ne peut s'éloigner qu'en détruisant les fondements qu'il avait posés.
LXVI. Le minislj'e abuse de l'autorité de l'Eglise romaine. — (Test en vain tpie le ministre nous objecte que l'Eglise romaine elle-même distingue les points fondamentaux d'avec les autres^; car il sait bien que le dessein de cette Eglise n'est pas de retenir dans son sein ceux qui en recevant ces points principaux nieraient les autres qu'elle a reconnus pour expressément révélés ; au contraire, dés qu'on rejette quelqu'un de ces articles, quel qu'il soit, elle croit qu'on renverse le fondement , et qu'on ébranle autant qu'il est en soi la pierre sur laquelle la foi du tidèle est appuyée. L'Eglise romaine avoue donc qu'il y a quelques articles principaux qu'il n'est pas permis d'ignorer; et la môme autorité de l'Eglise, (pii lui en fait trouver la vérité dans la parole de Dieu, lui en apprend aussi la conséquence; mais elle ne dit pas pour cela qu'il soit permis de nier les autres points également révélés et unanimement reçus , parce qu'il n'y en a aucun qui ne soit d'une extrême importance , nécessaire au corps de l'Eglise, et même aux particuliece en certains cas, comme nous l'avons dit ailleurs.
On peut voir ce qui est écrit sur cette matière dans le livre XV des Variations, et dans notre premier .ivertissement. Maintenant il me suffit d'avoir fait voir, par l'exemple de M. Jurieu, d'un coté, que la Réforme est contrainte de se servir contre ses propres principes de la voie d'autorité ; et de l'autre, qu'elle no sait pas conunent il faut s'en servir, et ([u'elle en doit a|iprendre l'usage de l'Eglise catholique dont elle l'a empruntée.
LXVII. La Réforme combien éloignée de ses premières maximes : elle reconnaît e.rpressément l'infaillibilité des conciles : pa.'<sages du synode de Delpht , proposé dans f'IlisToniE des Vari.\tions. — • Il est maintenant aisé de voir combien elle est éloignée de ses premières maximes. On n'y entendait
l.Joan.,x\-i. 13. — 2. Matth., xxviii. 20. — 3. Wem.xvi. IS. — 4. /. Tim., III. 15. — 5. De VUn., Tr. 6, c.3, p. 537 ec suiv.
ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
autrefois que ces plausibles discours par lesquels on llattait le peuple : Nous ne vous en imposons pas : lisez vous-mêmes; examinez les Ecritures : vous entendrez tout; et les secrets vous en sont ouverts, du moins pour les vérités nécessaires. Le même langage subsiste; mais la chose est bien changée. On veut, mes frères, que vous portiez à la lecture des saints livres votre foi toute formée par la voie d'autorité. On vous propose cette autorité dans le consentement unanime de l'Eglise universelle ; ce qu'on y a ajouté de ce goût, de celte adhésion , de ce sentiment qui vous rend toute vérité aussi manifeste que la lumière du soleil , n'est encore que l'autorité expliquée en d'autres termes. Tout cela ne signifie autre chose, à parler français, si ce n'est que vos préjugés et vos Confessions de foi vous déterminent, ou , comme disait tout à l'heure l'auteur des Avis', que l'autorité de vos Catéchismes et de votre Eglise vous emporte. En elTet, il est bien constant que les remontrants furent d'abord excommuniés comme suivant une doctrine contraire aux Confessions de foi et aux Catéchismes reçus dans les Provinces-Unies. C'est ce qui est posé en fait comme constant dans Vllisloire des Variations-, c'est ce que M. Dasnage n'a osé nier dans la Réponse qu'il y fait; on n'a qu'à lire les endroits où il traite cette matière^. Bien plus : comme les remontrants se servaient des maximes de la Réforme pour prouver que les synodes qu'on tiendrait contre eux ne lieraient pas leur conscience, celui de Delpht leur répondit, que « Jésus-Christ, qui avait promis à ses apôtres l'es- » prit de vérité , avait aussi promis à son Eglise » d'être toujours avec elle''; » d'où il concluait, « que lorsqu'il s'assemblerait de plusieurs pays » des pasteurs pour décider selon la parole de Dieu » ce qu'il faudrait enseigner dans les Eglises , il » fallait avec une ferme confiance se persuader que » Jésus-Christ serait avec eux selon sa promesse. » LXVIII. Chicanes de M. Basnage , et pleine démonstration de la vérité'. — M. Basnage a vu ce passage dans l'Histoire des Variations, et sa réponse aboutit à trois points. Il soutient premièrement, qu'être avec l'Eglise, ce n'est pas « la » conduire tellement qu'elle ne puisse errer. » Secondement, « que cette infaillibilité, quand elle » serait promise par ces paroles, ne serait pas pour » cela communiquée à une certaine assemblée de » prélats. » Troisièmement, « que les réformés » espèrent bien de la grâce de Dieu que l'Eglise » n'errera pas dans ses jugements; qu'ils le présu- » ment par un jugement de charité; qu'ils ont » même quelque confiance que Dieu conduira l'E- » glise par son esprit , afin que ces décisions soient » conformes à la vérité; mais ils ne disent pas que » leurs synodes ne peuvent errer^. » C'est ce que j'admire , que n'osant le dire en ces mêmes mots , ils le disent équivalemment. Car le synode provincial de Delpht, lu et approuvé dans le national et comme œcuménique de Dordrecht , ainsi qu'on l'appelle dans la Réforme , ne parle pas de présomption el d'espérance, mais de confiance; et ce n'est pas quelque confiance qu'il veut qu'on ait en cette
1 . Pag. 20. — 2. Var., liv. xiv, n. 79. — 3. T. ii, tiv. m c. 2, p. 3. —4. Syn. Delph. Acl. Dord Syn., p. 18; Var., Ibid.,
• 5. T. II, tiv. III, c. 3, p. 91.
occasion , comme le tourne M. Basnage , mais une ferme confiance fondée sur la promesse de Jésus- Christ : et ce n'était pas en général à toute l'Eglise ([u'il altachail cette promesse, mais aune certaine assemblée de pasteurs qui s'assembleraient de dicers pays : et ce qu'il veut qu'on en croie avec une si ferme confiance, c'est que Jésus-Christ serait avec eu.K selon sa promesse : ce qui sans doute ne serait pas vrai , s'il les livrait à l'erreur et s'il les abandonnait à eux-mêmes. Voilà de quoi on llallait les peuples de la Réforme dans le scandale qu'y excitait la querelle des arminiens. Leurs docteurs leur proposaient , à l'exemple des catholiques , l'assistance du Saint-Esprit infailliblement attachée aux synodes : les remontrants avaient beau crier aux ministres que contre les maximes de leur religion ils rétablissaient le papisme avec l'infaillibilité de l'Eglise et des conciles : la nécessité les y forçait; et on n'avait plus d'autre frein pour retenir les esprits. On passa même, pour étourdir le vulgaire par les plus grands mots , à établir dans le synode de Dordrecht l'autorité d'un concile comme œcuménique et général', par conséquent en quelque sorte au-dessus du concile national; et la prétendue Eglise réformée n'oubliait rien pour imiter ou pour contrefaire l'Eglise romaine catholique. Il s'élevait de toutes parts jusque dans son sein des cris continuels : Laissez, disait-on, ces moyens à Rome : ce sont ses principes naturels, qu'elle suit par conséquent de bonne foi; mais nous, qui l'avons quittée pour cela même , pouvons-nous ainsi nous démentir? On n'entendait retentir dans la bouche des remontrants que cabales, mauvaise foi, politique, pour ne pas dire tyrannie et oppression; et plus la Réforme voulait se donner d'autorité contre ses règles , moins elle en avait dans le fond.
LXIX. Passage de Bullus pour l'infaillibilité des conciles et pour la coie d'autorité. — C'est la conduite qu'on tient encore aujourd'hui avec les tolérants : ils sentent bien qu'on ne veut plus les mener que par autorité : l'auteur des Avis sur le Tableau le reproche en se moquant à M. Jurieu, et le prie de ne le pas traiter comme le peuple : Nous ne sommes pas peuples, dit-il ^, nous sommes de bons réformés , qui voulons être menés selon les règles de notre Réforme par l'évidence de la raison , ou par celle de la révélation expresse.
Mais on sent l'autorité si nécessaire, que Bullus, protestant anglais , oppose aux sociniens l'autorité infaillible du concile de Nicée. « Car, dit-iP, si dans » un article principal on s'imagine que tous les » pasteurs de l'Eglise auront pu tomber dans l'er- » reur et tromper tous les fidèles, comment pour- » ra-t-on défendre la parole de Jésus-Christ, qui a » promis à ses apôtres et en leurs personnes à leurs » successeurs d'être toujours avec eux? Promesse , )) poursuit ce docteur, qui ne serait pas véritable, » puisque les apôtres ne devaient pas vivre si long- » temps, n'était que leurs successeurs sont icicom- » pris en la personne des apôtres mômes. » Voilà donc manifestement l'Eglise infaillible, et son infaillibilité établie sur la promesse de Jésus-Christ par un si habile protestant : il ne reste qu'à lui
1. Prœf. ad Ecc. anU Syn. Dordr.; Var., liv. xiv, n. 77. — 2. Pni/. 19. — 3. Bull. Def. /td. Nie. proœm., n. i, p. 2 ; Var., I liv. XV, n. 103.
ii'l
sixiMMi: i:t dernieii avertissement.
ilcmandcr si ces divines promesses n'avaient de force que jusqu'au qualriôrae siècle, et si la succession des apolres s'est éteinte alors.
LXX. M. Jurieu, conirainl d'établir l'aulurilédes concilen , la dctruil en même lempa : comment et pourquoi. — Mais voici encore sur l'autorité une rare imagination de M. Jurieu ; « On voit, dit-il', » une providence admirable en ce que Dieu , dans n le quatrième et cin(iuième siècles, qui sont les » derniers de la pureté de l'Eglise, a pris soin de » mettre à couvert et la Trinité et l'Incarnation » sous l'autorité de plusieurs conciles assemblés de » toutes les parties de l'Eglise. » Remarquez en passant, mes frères, que le quatrième et cinquième siècles sont les derniers de la pureté de l'Eglise , où néanmoins le même ministre qui leur donne cette louange prétend vous faire trouver le règne de l'idolAtrie anlichréticnne, comme nous l'avons observé ailleurs. Poursuivons : Dieu savait, continue-t-il, que l'espr'it de l'Antéchrist allait entrer' dans l'Eglise : le ministre oublie ses principes : il y était déjà entré; et c'est par l'Antéchrist môme, par saint Léon que fut tenu le concile de Chalcédoine , un de ceux où la foi de l'Incarnation fut si puissamment affermie : le ministre poursuit ainsi : « Dieu savait donc que l'Antéchrist allait entrer » dans l'Eglise , qu'il ruinerait la foi, qu'il entre- )) ]irendrait d'attaquer les parties les plus augustes » du christianisme, qu'il anéantirait et la connais- » sance et presque l'autorité des livres sacrés; » qu'il établirait pour fondement de la foi des tra- » dilions humaines, des jugements d'hommes, des » conciles sujets à erreur. » Laissons-lui étaler ces calomnies contre l'Eglise catholique : comme il les suppose sans preuve, laissons-les passer sans réplique, et voyons la conséquence qu'il en tire : « Avant que cet esprit entrât dans l'Eglise, Dieu » par une sagesse profonde mil les articles fonda- » mentaux à l'abri de la seule autorité qui devait » être respectée dans ce christianisme aniichrôtien; » el sans cela, poursuit-il, tout le monde serait au- » jourd'hui arien et socinien , parce qu'il n'y a « point d'esprit qui naturellement n'aime à secouer )) le joug. » Grâces à la divine Miséricorde : c'est donc ce joug salutaire de l'autorité des conciles qui a tenu dans le respect les esprits naturellement indociles ; c'est à l'abri de cette autorité sacrée que les fondements de la foi sont demeurés en leur entier. En elïet, il n'y a qu'à voir, aussitôt que la Rél'orme s'est opposée à cette autorité des conciles, quelle licence a régné dans les esprits , avec quelle audace et quel concours la Trinité et l'Incarnation ont été attaquées : sans le respect qu'on avait pour ces conciles, tout le monde, dit le ministre, et les réformés comme les autres, sera'il aujourd'hui arien et socinien. Mais pourquoi donc n'attribuer un secours si nécessaire au christianisme qu'à un christianisme antichrétien, et ne pas vouloir qu'un tel secours , si grand , si nécessaire , si essentiel , soit donné dès son origine à l'Eglise chrétienne? Mais si ce secours était si nécessaire au christianisme, selon M. Jurieu , pourquoi le même ministre foule-t-il aux pieds les décisions de ces saints conciles el celle du concile d'Ephèse , qui est celui où la foi de l'Incarnation a été le plus puissamment