Tab., Lelt. V, p. lyS, lUy
alTcrmie? Ce sainl concile décida que la sainte Vierge était Mère de Dieu, et ne trouva point de terme plus propre que celui-là pour fertucr la bouche à Nestorius , comme le concile de Nicée n'en avait point trouvé de plus énergique contre les chicanes des ariens, que celui de consubstantiel. Mais M. Jurieu ne craint pas de dire que « ce fut aux » docteurs du cinquième siècle une témérité mal- » heureuse d'avoir a|)pelé la sainte Vierge mère de » Dieu'. 1) Voilà comme il s'oppose au dessein de Dieu , qui voulait , comme il l'avoue , se servir de l'autorité de ce concile pour alïermir la foi de l'Incarnation : et alin que rien ne manque au mépris qu'il inspire pour cette assemblée, il ajoute qu'aussi « Dieu n'a pas versé sa bénédiction sur la fausse » sagesse de ces docteurs : au contraire , continue- » t-il, il a permis que la plus criminelle et la plus » outrée de toutes les idolâtries (il veut dire la dé- » volion à la sainte Vierge ) ait pris son origine de » là. » Voilà donc ce saint concile , un des appuis, selon lui, des fondements de la foi , livré à l'idolâtrie, et encore à l'idolâtrie la plus outrée, en punition de sa décision : la corruption du monde et l'antichristianisme en fut le fruit. Mais si le concile d'Ephèse est si hautement méprisé, on n'a pas plus épargné celui de Nicée. M. Jurieu a entrepris d'y trouver l'inégalité des personnes, l'imperfection de la naissance du Fils de Dieu, et un changement manifeste dans le sein de la divinité ^. La porte à l'apostasie est ouverte; et ce ministre ébranle avec la révérence des premiers conciles les fondements de la foi des peuples, que l'Antéchrist avait respectés. Car quel respect veut-il qu'il nous reste pour le concile de Chalcédoine, qu'il l'ait tenir àJ'Antechrist même , et en général pour le quatrième el le cinquième siècles où selon lui l'idolâtrie antichrélienne et les doctrines des démons ont régné impunément? Les trois premiers siècles sont pleins d'ignorance, ariens ou pis qu'ariens; les deux suivants plus éclairés , et les derniers de la pureté, sont idolâtres et antichrétiens , et il n'y a rien de sain dans le christianisme. Vous recommencez, dira-t-il, trop souvent le môme reproche : qu'il y réponde une fois , et nous nous tairons.
Autant donc ([u'il est évident, par toutes ces choses, que la Réforme ne se jieut passer de la voie d'autorité, autant eslil véritable qu'il ne lui est pas possible de la soutenir : elle lui est trop étrangère, trop incompatible avec ses maximes. Tout y respire la liberté de dogmatiser ; on ne songe qu'à se mettre au large sur les articles de foi; ce qui est le chemin manifeste au socinianisme, ou plutôt, et à ne rien déguiser, le socinianisme lui-même.
LXXI. Preuoe , par l'exemple de M. Jurieu, de M. Burnet et de M. Basnafje , que tout tend dans la Réforme « l'indifférence el au socinianisme. — Que ce soit là l'esprit du parti, M. Jurieu nous en est un grand exemple, puistjue nous venons de voir que déjà il fait régner dans les trois premiers siècles de l'Eglise des erreurs manifestement sociniennes. M. Rasnage le seconde dans ce dessein : lorsque je lui nie que les anciens aient enseigné les dogmes pernicieux que son collègue M. Jurieu leur attribue,
1. l" Ann., L,-tt. xvi . p. 130, 131; f. Avcrl., n. 19. — 2. VI- AV';i'l., I. puri., n. 17 et suiv.
ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
il me reproche ciue je nie les choses les plus claires ; et il se réduit comme son confrère à soutenir que malgré ces erreurs des prélats la foi de l'Eglise n'était 2)as périe' .
Il n'y a qu'à prendre un ton de confiance pour éblouir nos réformés : mais qu'on pénètre ce qui est caché sous ces grands mots de M. Basnage ; on y trouvera qu'il adopte les sentiments de son confrère, c'est-à-dire, qu'il fait nier aux anciens docteurs l'égalité et la coéternité des trois Personnes divines.
M. Burnet n'est pas plus favorable à l'antiquité. Il prétend « que les Pères et les docteurs de l'E- » cole ont demeuré longtemps à faire un système » complet de leurs notions à l'égard de la divi- » nité^ : » c'est-à-dire , à ne rien dissimuler et à ôter les embarras affectés de cette expression, qu'on a passé plusieurs siècles sans avoir une notion complète de Dieu, et à dire vrai, sans le bien connaître. Non-seulement il veut « que j'apprenne du Père » Pétau combien les idées des Pères des trois pren miers siècles étaient obscures sur la Trinité, » mais encore il ne craint point d'assurer que « môme » après le concile de Nicée on a été longtemps avant » que de mettre l'idée de l'unité de l'essence divine » dans l'état où elle est depuis plusieurs siècles. » Nous entendons ce langage, nous n'ignorons pas qui sont les protestants d'Angleterre, qui prétendent que l'unité qu'on reconnaissait dans la nature divine était semblable à celle des autres natures, c'est-à-dire, qu'il n'y avait qu'une unité d'espèce ou de genre ; si bien qu'à proprement parler il y avait plusieurs dieux comme il y a plusieurs hommes. 1 Voilà les erreurs que M. Burnet attribue aux pre- j miers siècles, en sorte qu'il n'y avait nulle connaissance certaine et nulle confession claire de l'unité ni de la perfection de Dieu non plus que de la Trinité de ses personnes. C'est à peu près dans la foi la même imperfection que reconnaît M. Jurieu : c'est ce qu'il avait appelé la Trinité informe.
La Réforme a aujourd'hui trois principaux défenseurs; M. Jurieu , M. Burnet et M. Basnage : tous trois ont donné les premiers siècles pour fauteurs aux hérésies des sociniens : nous avons vu les conséquences de cet aveu; d'où l'on induit nécessairement la tolérance universelle. M. Burnet l'a ouvertement favorisée dans sa Préface sur un Traité qu'il a traduit de Lactance ; et nous produirons bientôt d'autres preuves incontestables de son sentiment. Pour ce qui est de M. Basnage, nous avons vu comme il s'est déjà déclaré pour la tolérance civile, qui selon M. Jurieu a une liaison si nécessaire avec l'indifférence des religions. Il a loué les magistrats sous qui l'hérétique n'a rien à craindre^. Nous avons ouï de sa bouche que la punition de Servet, quoique impie et blasphémateur, était un reste de papisme"*. Par là il met à couvert du dernier supplice les blasphémateurs les plus impies : ce qui favorise une des maximes de la tolérance, où l'on ne lient pour blasphémateurs que ceux qui s'attaquent à ce qu'ils reconnaissent pour divin, directement contre saint Paul , qui se nomme blasphémateur, quoique ce fût, comme il le dit, dans
1 . Déf. de la Réf. cont. les Var., T. i, Hv. n, c. 5, p. 47S, 479. — 2. Crit. de l'Uist. des Var. — 3. Basn.. T. i, c. 6, p. 493. Ci-dessus, n. 10. — 4. Déf. de l'Hist. des Var., n. 3.
B. — T. IV
son ignorance'; et même contre l'Evangile, qui range aussi au nombre des blasphémateurs ceux dont les langues impudentes chargeaient d'injures le Sauveur-, quoiqu'ils le fissent par ignorance^, sans connaître le Seigneur de gloire; et que le Sauveur lui-même les ait excusés envers son Père , en disant qu'iis ne savaient pas ce qu'ils faisaient''.
LX.XII. M. Basnage autorise le grand principe des sociniens. — Le grand principe des sociniens et l'un de ceux que M. Jurieu attaque le plus'*, c'est qu'on ne peut nous obliger à croire ce que nous ne connaissons pas clairement. C'était aussi le principe des manichéens; et saint Augustin , qui s'est attaché à le détruire en plusieurs de ses ouvrages, a persuadé tout le monde excepté les sociniens et M. Basnage. Je remarquerai ici en passant un endroit où , en rapportant les vaines promesses des manichéens qui s'engageaint « à conduire les hommes à » la connaissance nette et distincte de la vérité , et » qui avaient pour principe qu'on ne doit croire vé- » ritables que les choses dont on a des idées claires » et distinctes; » tout d'un coup, sans qu'il en fut question , ou que son discours l'y menât par aucun endroit, il s'avise de dire « que saint Augustin ré- » fute ce principe de la manière du monde la plus pitoyable*. » Celait peu de dire la plus faible ou s'il voulait la plus fausse ; pour insulter plus hautement à saint Augustin il fallait dire la plus pitoyable; et cela sans alléguer la moindre preuve, sans se mettre du moins en peine de dire mieux que saint Augustin, ni de détruire un principe dont il sait que les sociniens aussi bien que les manichéens font leur appui. Il leur a voulu faire le plaisir de leur donner gain de cause contre saint Augustin , et persuader à tout le monde qu'un docteur si éclairé est demeuré court en attaquant le principe qui fait tout le fondement de leur hérésie.
LXXIII. De tous les ministres protestants celui qui lient le plus du socinianisme, c'est M. Jurieu. — C'est, en un mot, je l'ai dit souvent et je le répète sans crainte , c'est , dis-je , que la Réforme n'a point de principe universel contre les hérésies, et ne produit aujourd'hui aucun auteur où l'on ne trouve quelque chose de socinien : mais celui qui en a le plus, très-certainement c'est M. Jurieu. Avant lui on n'avait ouï parler d'une Trinité informe. Personne n'avait encore dit que la doctrine de la grâce fut informe et mêlée d'erreurs devant saint Augustin, ou qu'il fallût encore aujourd'hui prêcher à la pélagienne'. Voilà ce qu'enseigne ce grand adversaire des sociniens. Il enseigne qu'on ne peut condamner ceux qui font la Trinité nouvelle, et deux de ses personnes nouvellement produites; qui font dans l'éternité la nature divine imparfaite, divisible, changeante, et les personnes inégales dans leur opération et leur perfection; ceux qui disent que le concile de Nicée , loin de réprouver ces erreurs , y a consenti et les a autorisées par ses décrets; que la doctrine de l'immutabilité de Dieu est une idée d'aujourd'hui, et qu'on ne peut réfuter par l'Ecriture ni accuser d'hérésie ceux qui la rejettent*.