CHAPITRE III
])u culte et des coutumes ecclésiastiques , et premièrement , du culte et de l'invocation des saints.
I. Le concile de Trente d'accord avec M. Molanus. — Sur cela il ne faut point d'aulre conciliation que celle qui est proposée par notre savant auteur, qui est que les catholiques déclarent qu'ils ne prétendent demander aux saints, cjui sont avec Dieu , de prier pour eux , qu'au même sens et dans le même esprit qu'ils demandent la même chose aux saints qui sont sur la terre, et qu'en quelques termes que soit conçue celte prière, elle s'entend toujours par manière d'intercession ; comme lorsqu'Elie disait à Elisée^ : Demandez-moi ce que rows voudrez, afin que je le fasse avant que d'être séparé de vous; et Elisée répondit : Que votre esprit soit en moi. On entend bien que ce n'était pas à Elle à disposer de l'esprit qui était en lui, qui était l'esprit prophétique et l'esprit des miracles, ou de quelque sorte qu'on voudra entendre ce double esprit d'Elie.
Il en est de même des autres grâces que nous demandons aux saints, soit à ceux qui sont avec Dieu , ou à ceux qui sont encore sur la terre. On entend naturellement qu'on ne leur demande rien, qu'à cause qu'on sait que Dieu accorde beaucoup à leurs prières ; ce qui nous fait sentir la bonté de Dieu, et ne blesse point sa souveraine grandeur, ni le culte qui lui est dû. Au reste, il n'est pas besoin que nous fassions sur cela une nouvelle déclaration : puisqu'elle est déjà toute l'aile dans le concile de Trente^, et que d'ailleurs il ne reste plus aucune difflcullé sur celle matière; puisqu'on est d'accord, par l'aveu constant des calvinistes mêmes, qui ont fail des livres exprès sur ce sujet, qu'en ce point et sur celui des reliques, notre pratique était établie, pour ne pas ici remonter plus haut, au quatrième et au cinquième siècle, dont les luthériens un peu modérés font profession de révérer la doctrine.
Du culte des images.
II. Le sentiment de Luther et des luthériens, et ceux de M. Molanus, conférés avec les déclarations des conciles de Trente et de Nicée II, ne laissent aucune difficulté. — Luther et les luthériens ont démontré, aussi bien que les catholiques, par des raisonnements invincibles, que ce commandement du Décalogue : Tm ne feras point d'images taillées,
1. Au(i., de nupl. et roncup.. L. i, cap. x, uhi sup. — S. IV. liej., xi". U. — 3. Sess. XXV, de invocat.
ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE
etc., ne regardait que les idoles dont les hommes l'aisaienl des dieux. Par là, il est démontré que l'usage que nous faisons des images n'est point marqué ni réprouvé par ce précepte. Par les mêmes raisons, le même Luther et les luthériens ont condamné les brise-images, et ont conservé les images dans les églises, comme des monuments pieux, et propres à rafraîchir la mémoire des choses saintes; et cela môme n'est autre chose qu'un commencement du culte que nous leur rendons, et le principe certain d'où on le déduit; puisque les images, comme notre auteur en convient, « servent à renouveler le » souvenir de Jésus-Christ et des choses célestes, et » avec le souvenir, les pieuses all'ections et senti- » ments qui en naissent. » Mais après que ces sentiments sont excités , quel inconvénient peut-on trouver à les exprimer au dehors par des actions convenables; puisque ces actes du dehors ne sont, après tout, qu'un signe et un témoignage des sentiments intérieurs, et une espèce de langage pour les exprimer? L'auteur, pour retrancher les abus, empêche qu'on ne croie dans les images aucune divinité et aucune certu puur lesquelles on les adore; et cela est de mot à mot la même chose que le concile de Trente a enseignée'. Ce qu'ajoute judicieusement le même auteur, sur le serpent d'airain , est convainquant pour faire voir que les démonstrations extérieures d'attachement et de confiance, qu'on fait devant les images, ne s'y terminent pourtant pas, et que les choses sensibles ne font qu'avertir l'esprit de s'élever plus haut. C'est aussi ce qui est porté dans le concile septième , qui est le second de Nicèe ; que l'honneur de l'image se rapporte à l'original. Le même concile^ transcrit un beau passage de Léonce, où il dit « que les chrétiens font bien » voir que leur adoration ne se termine pas à une » croix,' lorsqu'ayant séparé les deux bois dont elle » est composée, non -seulement ils ne l'adorent » plus, mais encore ils les jettent à terre ou les » brûlent; ce qui montre que dans l'honneur qu'ils » rendaient auparavant à la croix, ils ne regardaient » que la figure, qui les attirait au-dessus de toutes » les choses visibles; » en sorte que leur esprit était élevé à Jésus-Christ pendant que leurs yeux semblaient être attachés à cette matière sensible. ^L Molanus a très-bien entendu que cette disposition de l'esprit n'a rien de blâmable; et Luther ayant démontré d'ailleurs, comme on vient de voir, que la défense du Décalogue regarde toute autre chose que cet usage des images, visiblement il ne reste plus aucune difficulté sur celle matière.
L'objection que l'on tire du terme d'adoration , est une vieille chicane, fondée sur une équivoque; et les abus qu'on relève tant, encore que je confesse qu'il les faudrait empêcher, ne peuvent être un sujet de séparation; puisqu'après tout, il est bien constant que personne n'est tenu de les suivre.
De la prière et de l'oblation pour les morts.
III. Nulle difficulté sur celte matière après la doctrine de l'Apologie, et celle de M. Molanus. — M. Molanus a produit sur ce sujet le témoignage de l'Apologie , et il est vrai qu'il est décisif; puisqu'on y voit ces paroles : « Nous n'empêchons pas n qu'on ne prie pour les morts; s et pour montrer