LXXIV. Que les excuses de ce ministre, sur ce
1. /. Tim., I, 13 — 2. MaUh., xxvii. 39. — 3. .Irt , m, 17, — 4. Luc., xxiu. 34.-5. Tab., Lett. m, p. 131. — 6. Basn., c. i, /. part., c. 4. Art. 2, p. 127. — 7. Foi/. VIo .iv., I. part., art. 2, 3, 4, 5. — S Idem, art.ôetsHW.
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SIXIÈME ET DERNIER AVERTISSEMENT
qu'il a dit contre i iminulabilUé de Dieu, achètent de le concaincre. — Il est vrai qu'il a pris la peine de répondre ;\ ce dernier reproche, et il soutient qu'il n'a voulu dire autre chose, sinon « (jne les » lumières naturelles achèvent ce que l'Ecriture » sainte avait commencé là-dessus'. » Un autre aurait dit que l'Ecriture confirme et achève ce que la lumière naturelle avait commencé : notre ministre aime mieux attribuer le conuiiencemcnt à l'Ecriture et la perfection à la raison : comme si les écrivains sacrés n'avaient pas eu la raison , et pardessus la raison la lumière du Saint-Esi)rit qui en perfectionnait les connaissances. Mais après tout, ce n'est pas là ce qu'avait dit le ministre : il avait dit en termes formels, que les anciens, en donnant au Verbe une seconde génération, lui donnaient non un nouvel être , mais une nouvelle manière d'être- : que cette nouvelle manière d'être ajoutait la perfection au Verbe et accomplissait sa naissance imparfaite jusque-là : « qu'on devait pourtant bien » REMARQUER que l'ou ue saurait réfuter par l'Ecri- » TURE cette bizarre théologie des anciens; et c'est, » disait-il, une raison pourquoi on ne leur en sau- » rait faire une hérésie : il n'y a que la seule idée » que nous avons aujourd'hui de la parfaite iramu- » tabilité de Dieu qui nous fasse voir la fausseté de » ces hypothèses'. » L'Ecriture n'était donc pas suffisante pour nous faire voir un Dieu immuable. Qu'il ne chicane point sur ce mot de faire voir, comme si l'Ecriture nous faisait croire seulement l'immutabilité de Dieu, et que la raison nous la fît voir. Car il avait dit clairement que ces hypothèses des Pères ne sauraient être réfutées par l'Ecrittire : l'Ecriture ne pouvait donc ni faire voir ni l'aire croire que Dieu fût immuable : l'idée de l'immutabilité esi une idée d'aujourd'hui, qui n'était ni dans les saints livres ni dans la doctrine de ceux qui nous avaient précédés. On a vu quelle est l'ignorance et l'impiété d'une telle proposition. Mais le ministre qui la désavoue ne sait encore qu'en croire; puisqu'au lieu de dire à pleine bouche, que nous voyons dans l'Ecriture l'immutabilité de Dieu , il se contente de dire, qu'il n'a jamais dit que « l'Ecriture » ne servit de rien à en former l'idée. Car, pour- » suit-il, puisque l'Ecriture sert infiniment à nous «donner l'idée de l'être infiniment parfait, elle » sert aussi sans doute à nous faire comprendre la » parfaite immutabilité de Dieu. » Vous diriez que l'Ecriture ne nous dise pas en termes assez formels que Dieu est immuable, jusqu'à exclure de ce premier être, même l'ombre du changement'' , mais qu'elle serve seulement à nous le faire comprendre, et que ce soit là une conséquence qu'il faille comme arracher de ses autres expressions. ,Ie ne m'étonne donc plus si l'auteur des Avis prend à témoin M. Jurieu des belles lumières que nous recevons de la philosophie moderne. « M. Jurieu sait, dit-iP, qu'a- » vant la philosophie de l'incomparable Descartes , » on n'avait aucune juste idée de la nature d'un » esprit : » sans doute , avant ce philosophe nous ne savions pas que Dieu fut esprit, ni de nature à n'être aperçu que par la i)ure intelligence, ni que notre àme fût faite à son image, ni qu'il y eût des
1. Tah., Lelt. viii, p. 580. — 2. Tah., Lell. vi, p. 266 fi sitiv.
— 3. VI' Avert., I. part., art. i, n. 10, 11; TaO. Lelt. vi, p. 2a8.
— 4. Jac, 1. 17. — 5. Avis sur te Tab.. art. .3.
esprits administrateurs : sans Descartes ces expressions de l'Ecriture étaient pour nous des énigmes; on no trouvait pas dans saint Augustin , pour ne point parler des autres Pères, la distinction de l'àme et du corps : on ne la trouvait ])as même dans Platon. M. Jurieu le sait bien : car si nous n'entendons que d'aujourd'hui l'immulabilité de Dieu , pourquoi entendrions-nous mieux sa spiritualité, qui seule le rend immuable, puisqu'un corps qui de sa nature est divisible et mobile, ne le peut pas être? Que la Réforme qui ne sait rien de tout cela, et qui l'apprend d'aujourd'hui , est éclairée ! L'aveuglement de ses docteurs ne la fera-t-elle jamais rougir? Mais ne comprendra-t-elle jamais combien l'esprit du socinianisme domine en elle, puisque M. Jurieu y est entraîné comme par force en le combattant?
LXXV. La tolérance effroyable qu'on a pour M. Jurieu. — Pour ce qui regarde la tolérance, il n'y a qu'à se souvenir avec quelle évidence nous venons do démontrer que ce ministre l'a autorisée même en voulant la combattre. Et pour ne point répéter ce qu'on en a dit', on ajoutera seulement que M. Jurieu est lui-même le plus grand exemple qu'on puisse jamais proposer de la tolérance du parti. On lui tolère toutes les erreurs qu'on vient de voir, ([uoiqu'elles n'emportent rien moins qu'un renversement total des fondements du christianisme , et même des principes de la Réforme.
LX.WI. On tolère à ce ministre de dire qu'on se peut sauver dans une communion socinienne. Aveu du même ministre. — On lui tolère de dire qu'on se peut sauver dans une communion socinienne : c'est une accusation que je lui ai faite dans l'Histoire des Variations et dans le premier Avertissement'^. Il n'est pas nécessaire d'en répéter ici la preuve, puisqu'aprês avoir beaucoup chicané, le ministre a enfin passé condamnation. « Il conclut )) (l'évêque de Meaux) son premier Ax^eriissement » par des preuves, que selon moi on peut être sauvé » dans une communion socinienne.il n'y a pas plus » de bonne foi là dedans que dans le reste. Si l'on » pouvait conclure quelque chose dans mes écrits, » ce serait qu'un homme, qui sans être socinien et » en détestant les hérésies sociniennes, vivrait dans » la communion externe des sociniens n'en pouvant » sortir, serait sauvé : c'est ce que je ne nie pas'. » Il avoue donc en termes formels le crime dont on l'accuse , qui est qu'on se peut sauver dans une communion socinienne.
Car être à l'extérieur dans cette communion, c'est y recevoir les sacrements, c'est y assister au service, aux prêches, aux catéchismes, aux prières, comme font les autres, avec les marques extérieures de consentement : il n'y a point d'autres liens extérieurs de communion que ceux-là : or si cela est permis, on ne sait plus ce que veulent dire ces paroles : Retirez-vous des lentes impies \- ni celles-ci de saint Paul : Je ne veux point que vous soyez en société avec les démons : vous ne pouvez boire le calice du Seigneur et le calice des démons : vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons^; ni enlin celles-ci du même apô-
1. VI' Avert., II. part., n. 105. — 2. Var., liv. XV, n. 79; /" Aven., n. 12. — 3. Tab., Lell. vi , p. 293. — -1. N'uni., xvi. 20. — 5. /. Cor., X. 20.
ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
ire : Quelle communion y a-t-il entre la juMice et l'iniquité? ou quelle contention entre Jésus-Christ et Bélial? ou quel accord peut-il y avoir entre le temple de Dieu et les idoles'? S'il est permis d'èlre uni par les liens extérieurs de la religion avec l'assemblée des impies, tous ces préceptes de l'Apôtre, toutes ces fortes expressions du Saint-Esprit, ne sont plus qu'un son inutile; et le ministre manifestement les réduit à rien. Ainsi la limitation qu'il apporte à sa proposition en supposant que celui qu'il met dans une communion socinienne, n'y sera qu'extérieurement et délestera dans son cœur les hérésies de cette secte, ne sert qu'à les condamner davantage. Car un tel homme sera nécessairement un hypocrite , qui sans être socinien fera semblant de l'être : or c'est encore pis, s'il se peut, de sauver un tel hypocrite que de sauver un socinien ; puisqu'on peut être socinien par ignorance et avec une espèce de bonne foi; au lieu qu'on ne peut être hypocrite que par une expresse perfidie et une malice déterminée.
La condition qu'il appose, qu'on demeure innocemment à l'extérieur dans cette communion n'en pouvant sortir, met le comble à l'impiété. Car elle suppose qu'on est excusé de se lier de communion avec les impies lorsqu'on ne peut en sortir, c'està-dire manifestement, lorsqu'on ne le peut sans mettre sa vie ou ses biens ou son honneur en péril : or si on reçoit cette excuse, tous les exemples des martyrs sont des excès; tous les préceptes de l'Evangile , qui obligent à mourir plutôt que de trahir la vérité de sa conscience, sont des préceptes outrés, qui ne sont propres qu'à envoyer les gens de bien à la boucherie.
Que si enfin le ministre se sent forcé à répondre que cet homme, qui communie à l'extérieur avec les sociniens, n'en déteste pas seulement les erreurs dans sa conscience , mais déclare publiquement l'horreur qu'il en a; il renverse la supposition. Car cet homme très-constamment n'est plus dans la communion extérieure des sociniens, puisqu'il y renonce expressément par la profession qu'il fait d'une foi contraire. Un tel homme se gardera bien de faire la cène avec eux, ni de prendre le pain sacré de la main de leurs pasteurs qu'il regarde comme des impies : et s'il assiste à leurs prêches , ce sera comme un étranger qui irait voir ce qui se passe dans leurs assemblées, ou qui entrerait, si l'on veut , dans une mosquée par simple curiosité.
Que si l'on assiste sérieusement au service des sociniens avec le même extérieur que les autres membres de leurs assemblées, et en un mot qu'on en fasse son culte ordinaire, on pourra assister de même au culte des mahométans ou des idolâtres : les catholiques, les luthériens, les calvinistes pourront se tromper ainsi les uns les autres, sans préjudice de leur salut; et tout l'univers sera rempli de profanes et d'hypocrites qu'on ne laissera pas de compter parmi les élus. Voilà où aboutit la doctrine du plus rude en apparence des intolérants; et il s'engage dans tous ces blasphèmes pendant qu'il tâche le plus de s'en justifier, tant il est secrètement dominé par cet esprit d'irréligion et d'indifférence.
LXXMI. La tolérance expressément accordée aux