‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 526 sur 631 · CA. VI, n · texte numérisé non relu

CA. VI, n

l'iin.lin' 1)K RÉUNION ENTRE LES CATlKtLIOUES

IH. Dernière raison, qui rend inexaisables tous ceuic qui sout dans le cas qu'on nous propose. — Il y a une dernière raison, qui va élre tranchée en un mol, et qui ne laisse aucune excuse à ceux qui sont clans le cas que M. de Leibnilz nous propose; c'esl que dans la lettre du i:! juillol 1G',)2, à madame de Rrinon, en se i)laignanl des décisions qu'on a faites, à ce qu'il prétend sans nécessité, il ajoute : que si CCS décisions se pouvaient saucer par des inlerprétatio)ts modi'rces , tout irait bien. Or est-il que de son aveu, ces décisions se peuvent sauver par les interprétations modérées de M. l'abbé Molanus dans les matières les plus essentielles, par lesquelles on peut juger de toutes les autres; par conséquent tout va bien; c'est-à-dire qu'il n'y a rien qui puisse empêcher un homme qui aime la paix, de retourner à l'unité de l'Eglise. Si donc il n'y retourne pas , il ne pourra s'excuser d'adhérer au schisme.

Et remarquez que ces interprétations ou déclaralions , sous lesquelles M. l'abbé Molanus reconnaît que les sentiments catholiques sont recevables, ne sont pas des déclarations qu'il faille attendre de l'Eglise; puisque nous avons montré qu'elles sont déjà toutes faites en termes précis dans le concile de Trente; car tous les éclaircissements que ce savant abbé a proposés, par exemple, sur la justice chrétienne , sur la transsubstantiation, sur le sacrifice, sur l'invocation des saints, sur le culte des images, etc., sont précisément ceux que le concile de "Trente a donnés de mot à mot dans les décrets que nous en avons rapportés. Si ces articles, de la manière qu'ils sont approuvés parmi nous, sont recevables ou irréprochables, on ne doit pas présumer que les autres moins importants doivent arrêter; donc tout l'essentiel est déjà fait : on ne peut demeurer luthérien sans s'obstiner dans le schisme, ni faire son salut ailleurs que dans notre communion.

Il ne sert de rien de répondre que les déclaralions du même abbé sur les dogmes luthériens sont bonnes aussi, ce qui rend les choses égales. Car premièrement, et cette raison ne soufl're point de réplique, quand cela serait, tout le monde demeure d'accord que c'est à nous qu'il faut revenir, si on le peut en conscience; puisque c'est nous qu'on a quittés : c'est, dis-je, à nous qu'il faut revenir, supposé que notre doctrine soit saine, recevable, ancienne , comme M. l'abjjé Molanus l'a démontré dans les articles les plus essentiels, et qu'on le doit raisonnablement inférer des autres. Mais secondement, je soutiens que les déclarations que nous donne M. l'abbé Molanus, sur les dogmes luthériens , ne sont pas aussi authentiques que celles qui nous regardent; puisque nos déclarations sont déjà données par le concile de Trente, et que celles de M. l'abbé Molanus sont ses déclarations particulières, et sont encore à donner par le parti.

J'ajoule qu'il n'y a point de bonnes explications à donner à l'ubiquilé, par exemple, ni à celte proposition : Les bonnes œucres ne sont pas 7iécessaires au salut. C'est pourquoi M. l'abbé Molanus consent que ces doctrines soient supprimées ; mais cela n'empôclie pas que la première ne soit en vigueur dans presque tout le luthéranisme, et que la seconde, autorisée par un décret de tout leparli.

comme on a vu , ne soit encore la seule publiquement approuvée, n'ayant été révoquée par aucun acte.

De là se tire un argument pour l'infaillibilité de l'Eglise, et la perpétuelle vérité de ses décisions. Car comme entre ces décisions, celles que les protestants trouvent le plus remplies d'erreurs , sont celles du concile de Trente, et que M. l'alibé Molanus a cependant démontré que, lorsqu'elles sont bien entendues, on les trouve non-seulement irréprochables, mais encore pour la plupart appuyées du consentement de l'ancienne Eglise, il s'ensuit nécessairement que Jésus-Christ, qui a assisté son Eglise dans les premiers siècles, ne l'a pas abandonnée dans les derniers.

Je soutiens donc que M. de Leibnitz, et ceux qui entrent comme lui dans les tempéraments de M. l'abbé Molanus, ne sont point excusés par là de l'opiniâtreté qui fait Thérétique, pour trois raisons, qui ne peuvent pas être plus décisives ni plus fortes. La première, que les exceptions qu'ils apportent contre les conciles auxquels ils ne veulent point qu'on ait égard, détruisent, comme on a vu, tous les jugements ecclésiastiques, tous les fondements de réunion , et même en particulier les fondements de la réunion qu'on propose. La seconde, qu'ils n'ont trouvé aucun exemple de la condescendance qu'ils nous demandent, puisque celle du concile de Bàle, qu'ils croient avec raison la plus forte, ne leur sert de rien. La troisième, que les décisions du concile de Trente, tant décriées par les protestants et par eux-mêmes , sont recevables et irréprochables, lorsqu'elles sont bien entendues : d'où il s'ensuit, que le docte abbé, dont nous avons examiné l'écrit, si l'on change seulement l'ordre de, son projet, a ouvert aux siens, comme il se l'était proposé, le chemin à la paix et comme le port du salut.

Un seul corps et un seulesprit. Eph., iv. 4.

Ecrit à .Meaux, dans les mois d'avril, mai, juin et juillet 1C9.1.

DE PROFESSORIBUS

CONFESSIONIS AUGUSTANtE

AD UErETENDAM tJNIT.\TEM CATHOLICAM DISPONENDIS.

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