DERNIER AVERTISSEMENT
donc iiV'iiiplouM-a-l-on pas le même supplice contre le mi^'mc crime? El en csl-oii quille pour dire sans preuve, comme l'ail M. .lurieu', que Dieu maintenant a rckhiié de sa scvcrUé cl de ses droits'/ Où est donc écrit ce relâchement? El en quel endroil voyonsnous que la puissance publique ait 6lé affaiblie par l'EvanKile?
LXXXVII. Suite des contradictions du ministre : exemple des sadducéens. — Lorsqu'il s'agissait de blâmer les persécutions du papisme, le minisire nous alléguait la tolérance qu'on avait eue autrefois pour les sadducéens dans le judaïsme, et il disait que le Fils de Dieu ne s'y était jamais opposé-. Si cet argument prouve quelque chose , il prouve non-seulement qu'on doit éjiargner les derniers supplices , mais encore jusqu'aux moindres peines, puisqu'on n'en imposait aucune aux sadducéens. Il jirouve même beaucoup davantage; puisque, de l'aveu du nnnislre, on vivait avec les sadducéens dans le même temple et dans la même communion^. Ainsi il est manifeste que cet argument prouve trop, et par conséquent ne prouve rien. Cela est certain, cela est clair; mais le ministre ne veut jamais avoir failli. Pour soutenir son argument des sadducéens, il attaque jusqu'à la maxime : Qui prouve trop, ne prouve rien; c'est-à-dire, que vous arrêtez où il vous plaît la force de vos raisonnements, et que vous no donnez à cette monnaie que le prix que vous voulez.
LXXXVIII. Irrévérence du ministre contre Jésus- Christ. — En passant nous remarquerons , sur cet argument des sadducéens, cette étrange expression de notre ministre, que pour certaines raisons Notre Seigneur Jésus-Christ s'est beaucoup moins déchaîné contre les sadducéens que contre les pharisiens''. Je vous demande si un homme sage a jamais parlé de la sorte? N'est-ce pas faire de notre Sauveur comme un lion furieux qui rompt ses liens et se déchaîne lui-même contre ceux dont il reprend les excès? On voit donc que cet auteur emporté ne songe pas même à ce qu'il doit à Jésus-Christ, et s'abandonne à l'ardeur de son imagination. Mais revenons à la tolérance.
LXXXIX. Les tolérants objectent au ministre Jurieii un passage exprès du ministre Claude. — Les tolérants démontrent à M. Jurieu non-seulement qu'il se contredit lui-même , mais encore qu'il contredit les principaux docteurs de la Réforme; puisque M. Claude ne craint pas d'assurer « que saint » Augustin llélritsa mémoire, lorsqu'il soutint qu'il » fallait persécuter les hérétiques, et les contraindre » ù la foi orthodoxe, ou bien les exterminer; qui » est, poursuit ce ministre, un sentiment fort ler- » rible et fort inhumain^. » Saint Augustin ne proposait pas les derniers supplices; et s'il voulait qu'on exterminât les donalistes, ce n'était que par les moyens que M. Jurieu approuve à présent. Si donc c'est le sentiment des principaux docteurs de la Réforme, que saint Augustin a llétri sa mémoire par celte doctrine, les tolérants concluent de même, que M. Jurieu se déshonore en conseillant des rigueurs qu'il avait autrefois tant condamnées.
Xi^. Les tolérants prouvent au ministre qu'il ne
1. Pag. 456. — 2. Hist. du Papisme, 11' part., c.S; Lett. vni , ;i. 416 ; 420 et suiv. — 3. Lett. viii , ibid. — 4. Pag. 419. — 5. M. CL, Uc la lecl. des PP.; Lett. de Suisse, p. 20.
doit pas plus épargner les sociétés entières que les particulières. — C'est en vain (|u'il semble quelquefois vouloir épargner les sociétés déjà établies : car les tolérants prouvent au contraire, « que, s'il » est vrai qu'on soil en droit de poursuivre un hô- » rétique qui vient semer ses sentiments dans un » lieu où il n'a aucun exercice, à plus forte raison » doit-on travailler à l'extirpation des sociétés cnn tiéres; parce que plus une société est nombreuse, » plus elle a de docteurs, et plus aussi elle est en » état de tout gâter cl de tout perdre par le venin » de ses hérésies'. »
XCI. Le ministre détruit lui-même le rain argument que la Réforme tirait de ses persécutions. — Par tels et semblables raisonnements les tolérants démontrent à M. Jurieu que la persécution qu'il veut établir n'a point de bornes , et qu'avec tout le beau semblant de son intolérance mitigée, il en viendrait bientôt au sang, pourpeu qu'on lui résistât ou qu'il fut le maître. Avec une telle doctrine , si les protestants l'embrassent, il leur faudra bientôt changer leur ton plaintif, et les aigres lamentations, par lesquelles dés leur naissance ils ont tâché d'émouvoir toute la terre. Ils ne se vanteront plus d'être celte Eglise posée sous la croix, que Jésus-Christ préfère à toutes les autres : les sociétés hérétiques jouiront du môme privilège : la Réforme persécutée deviendra persécutrice, et la souffrance ne sera plus qu'un signe équivoque du véritable christianisme.
XGII. Le ministre de son côté pousse à bout les tolérants, et leur démontre qu'ils sont obligés à tolérer les mahométans et les paiens aussi bien que les hérétiques de la religion chrétienne. — M. Jurieu d'autre côté ne poussera pas moins loin les tolérants : car, quelque mine qu'ils fassent, il les forcera à approuver tout le commentaire philosophique, c'est-à-dire, à confesser premièrement, que le magistrat doit la liberté de conscience à toutes les sectes, et non-seulement à la socinicnne, comme ils en conviennent aisément , mais encore à la mahométane; car ou la règle est générale, que le magistrat ne peut contraindre les consciences; ou, s'il y a des exceptions , on ne sait plus à quoi s'en tenir ni où s'arrêter.
Les tolérants se moquent de M. Jurieu , quand il dit que la tolérance n'est due qu'à ceux qui reçoivent les trois symboles" : car ils le poussent à bout en lui demandant où sont écrites ces bornes. Mais s'ils réduisent la tolérance à ceux qui font profession de reconnaître Jésus-Christ pour le Messie , il leur demandera à son tour où est écrite cette exception. Si le magistral est persuadé qu'il n'a point d'autorité sur la religion, ou, comme parlent les tolérants, que la conscience n'est pas de son ressort, el (|u'il s'élève sous son empire quelques dévots do l'Aliioran, pourra-l-il leur refuser une mosquée^? Voilà déjà une conséquence du Commentaire philosophique qu'il faut recevoir : mais on n'en demeurera pas là; car le subtil commentateur revient à la charge : el si, dit-il, ce socinien , ce mahomélan se croit obligé en conscience de prêcher sa doctrine et de se faire convertisseur, il faudra bien le laisser faire , pourvu qu'il se comporte modestement et
1. Lett. de Suisse, p. 113. —2. i" Ann., Lett. il , p. 11; De l'Un-, Tr. 6, c. 6. — 3. Comm. philos., cli. 7 et suiv.
ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSÉS ET DE LA RELIGION PROTESTANTE
qu'il ne soit point séditieux; autrement on le gênerait dans sa conscience; ce qui par la supposition n'est pas permis. Voilà donc tous les étals obligés à tolérer les prédicants de toutes les sectes , c'est-àdire, à supporter la séduction, sous prétexte qu'elle fera la modeste jusqu'à ce qu'elle ail pris racine, et qu'elle ait acquis assez de force pour attaquer ou pour opprimer tout ce qui pourra s'opposer à ses desseins. Ou s'il est permis de prévoir et de prévenir ce mal, il est donc permis de l'étoutïer dès sa naissance , aussi bien que de le réprimer dans son progrès; et la tolérance n'est plus qu'un nom en l'air.
XCIII. Le ministre force les ioU'ranls à Vindifférenée des religions. — Mais quand on sera venu à cet aveu et qu'on aura accordé au commentateur, qu'il faut laisser croire et prêcher tout ce qu'on voudra, alors il demandera sans plus de façon l'indifférence des religions , c'esl-à-dire , qu'on n'exclue personne du salut , et que chacun règle sa foi par sa conscience. Les tolérants mitigés ou dissimulés se récrieront contre cette dernière conséquence qu'ils protestent de ne jamais vouloir admettre. Mais en ce point M. Jurieu les pousse à bout, en leur disant' : « Quand un homme est bien » persuadé qu'un malade a la peste , qu'il peut per- » dre tout un pays et causer la mort à une infinité » de gens , il ne conseillera jamais qu'on mette un » tel homme au milieu de la foule , et qu'on per- » mette à tout le monde de l'approcher : et s'il per- » met à tous de le voir, ce sera une marque qu'il » croira la maladie légère et nullement conta- » gieuse. » La suite n'est pas moins pressante. « Ils » veulent que nous les croyons, quand ils disent » qu'ils n'estiment pas qu'on peut être sauvé en » toutes religions, et qu'il y a des hérésies qui don- » nent la mort. S'ils pensent cela, où est la charité » de vouloir permettre à toutes sortes d'hérétiques » de prêcher, pour infecter les ànies et pour les B damner"? »
XCIV. Démonstration du ministre que la tolérance civile entraîne l'autre. — Le ministre passe plus loin , et il démontre aux tolérants , par une autre voie, que selon les principes qu'ils supposent avec le commentateur, il n'est pas possible qu'ils s'en tiennent à la tolérance civile, où ils semblent vouloir se réduire. Car, dit-il-, ce qu'ils promellcnt de plus spécieux dans leur tolérance civile, c'est la concorde entre les citoyens qui se supportent les uns les autres, et la paix dans les États. Mais pour en venir à cette paix , il faut encore établir « qu'on » est sauvé en toutes religions. J'avoue, poursuit-il, » qu'avec une telle théologie on pourrait fort bien » nourrir la paix entre les diverses religions. Mais » tandis que le papiste me regardera comme un » damné , et que je regarderai le mahométan comme » un réprouvé, et le socinien comme hors du chris- 1) tianisme, il sera impossible de nourrir la paix Il entre nous. Car nous ne saurions aimer, soultrir, » ni tolérer ceux qui nous damnent. Nos messieurs » sentent bien cela; c'est pourquoi très-assurément " leur but est de nous porter à l'indilTérence des » religions , sans laquelle leur tolérance civile » ne servirait de rien du tout à la paix de la so- » ciété. »