DE BOSSL'ET A PELISSON
J'ai vu , Monsieur, la pièce que vous envoie M. Leibnilz sur les calixlins. Il n'y parait autre cliose qu'une sainte économie du concile el de ses
légats, pour les attirer à cette sainte assemblée. La discussion qu'on leur olTre dans le concile de Bâle, n'est pas une discussion entre les juges , comme si la chose élait encore en suspens après celui de Constance; mais une discussion amiable avec les contredisants pour les instruire. Cela n'est rien moins qu'une suspension du concile de Constance. Les calixlins cependant s'obligeaient à consulter le concile : ils y venaient pour y être enseignés. On espérait qu'en y comparaissant, la majesté, la charité, l'autorité du concile qu'ils reconnaissaient, achèveraient leur conversion : finalement la question, qu'on remettait au concile, y fut terminée par une décision conforme en tout point à celle du concile de Constance.
Si celle affaire eut peu de succès, ce ne fut pas la faute du concile, qui poussa la condescendance jusqu'au dernier point où l'on pouvait aller, sans blesser la foi et l'autorité des jugements de l'Eglise. Voilà ce qu'il est aisé de justifier par pièces. Si vous savez quelque chose de particulier sur ce fait, vous m'obligerez de m'en faire part avant que j'envoie ma réponse. Il faut aussi bien observer que les calixlins ne demandaient pas de prendre séance dans le concile; mais qu'eux et leurs prêtres reconnaissaient celui de Bàle, qui n'était composé que de catholiques. Voilà, Monsieur, la substance do ma réponse, que je vous enverrai enrichie de vos avis, si vous en avez quelques-uns à me donner. Si vous croyez même qu'il presse de faire quelque réponse , vous pouvez faire passer celte lettre à M. Leibnilz : il verra du moins qu'on fait attention à ses remarques. Celle qu'il fait sur le concile de Florence, où les Grecs sont admis à décider la question avec les Latins dans la session publique, serait quelque chose, n'était qu'avant de les y admettre, on élait convenu de tout avec eux dans les disputes et congrégations tenues entre les prélats. Tout cela est expliqué dans mes Réfiexions sur l'écrit de M. l'ablié Molanus. Si ma réponse est tardive , il le faut attribuer aux occupations d'un diocèse; el si elle est un peu longue, c'est qu'il a fallu travailler, non pas seulement à montrer les difïicultés, mais à proposer de notre côté les expédients. S'il vous en vient d'autres que ceux que je propose, je profilerai de vos lumières; mon esprit, comme le vôtre, étant de pousser la condescendance jusqu'à ses dernières limites , autant qu'il dépend de nous.
Quand vous aurez reçu le livre du Capucin, intitulé. Via pacis, que M. Leibnitz veut bien vous envoyer pour moi, je vous prie de m'en donner avis.
La pièce de M. Leibnitz est en substance dans Raynaldus, et, si je m'en souviens bien, dans les Conciles du Père Labbc. Mais je ne l'avais pas vue si entière qu'il vous l'envoie; et il serait curieux pour l'histoire de savoir d'où elle est prise' : du reste elle est conforme à tout ce qu'on a déjà. Elle pourrait être aussi dans Goclœus, que je n'ai point ici. J'attends, Monsieur, une réponse. Vous ne parlez point si vous serez du voyage. J'aurais bien de la joie de vous embrasser à Chantilly, où je me rendrai , s'il plait à Dieu.
J. Bénigne, éc. de Meaux.
A Meaux , ce 7 mai 1692.
1. Elle est mot îi mot, comme nous l'avons remarqué, dans Goldast.
PROJET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES