‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 564 sur 631 · DE PELISSON A BOSSUET · texte numérisé non relu

DE PELISSON A BOSSUET

Je dois réponse, Monseigneur, à la dernière de vos lettres; mais il n'y avait rien de pressé, et j'altcndais votre écrit. Il est venu ces jours passés, et m'a trouvé embarrassé de beaucoup d'all'aires pour autrui, que je ne pouvais interrompre : de sorte que j'ai failli à vous le renvoyer sans le voir, de peur de vous le faire trop attendre; sachant bien que c'est un honneur et un plaisir que vous avez voulu me faire , mais dont vous n'aviez aucun besoin , ni ne pouviez lirer aucun avantage. Cependant j'ai mieux aimé prendre le parti de le voira diverses reprises, et de vous en renvoyer la moitié, avec fort peu de remarques et assez inutiles. Votre ecclésiastique m'ayant dit qu'il pouvait s'en retourner vendredi, qui est demain, je verrai le reste incessamment, et en ferai un autre paquet, ou rouleau cacheté, que j'enverrai à votre hôtel. Toute cette première partie m'a semblé très-bien entendue, et très-propre à faire un bon elTet; nonobstant les grandes difficultés du dessein, que vous remarquez vous-même , mais qui ne doivent pas nous faire perdre courage.

Je suis bien aise que vous ayez trouvé bon et utile le livre du Capucin. Il faut vous dire. Monseigneur, qu'un gentilhomme suédois, nommé Micander, homme de quelque littérature, mais que je ne connaissais pas, ayant lu le livre de la Tolérance des religions', vint céans avec un religieux de l'abbaye, qui y laissa un billet et un écrit latin qu'il me priait de voir; parce que le gentilhomme partait dans trois jours pour l'Angleterre. L'écrit était un projet d'accommodement : le titre portait qu'il était fait par un évêque catholique : mais il se trouva que l'écriture était très-mauvaise, pleine d'abréviations, et telle enfin que je me fis beaucoup de mal aux yeux et à la tête pour en avoir voulu déchiffrer quatre ou cinq pages. Le Suédois vint me dire adieu en partant; je le lui rendis : il me promit de m'en envoyer copie de Hollande où il doit passer. Il me dit que l'auteur était l'évèque de Neustadt. Je ne sais si vous n'avez point vu cela autrefois. L'écrit commençait par l'exemple de la défense du sang et des choses étouffées, que les apôtres ont autorisée pour un temps , encore qu'ils ne la crussent pas bonne; et le reste de ce que j'ai vu, avait aussi beaucoup de rapport à l'écrit de l'abbé Molanus.

J'écrirai à M. Leibnitz au premier moment de loisir que je trouverai; car je lui dois une réponse. Je lui demanderai d'où il a pris ce qu'il vous a envoyé du concile de Bàle. Il m'en a fait un grand article à moi-môme ; mais vous y avez si bien et si parfaitement répondu, que je le renverrai simplement k votre écrit. Je vous rends, Monseigneur, mille très-humbles gn\ces de toutes vos bontés , et suis toujours à vous avec tout le respect possible.

Pelisson Fonta.me».

A Paris, ce 19 juin 1692.

EXTIIAIT D'UNE LETTRE.

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