‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 57 sur 631 · AverC, n. 29, 30, 31 el suiv · texte numérisé non relu

AverC, n. 29, 30, 31 el suiv

terre ne produit ]ias plus d'épines et plus de chardons. L'Eglise, dira-t-on, décidera ; mais le magistrat n'en sera ]ias moins obligé à revoir les points résolus. Il lui faudra perpétuellement rouler dans son esprit des dogmes de religion dans une Eglise qui ne cesse d'en produire continuellement de nouveaux, et il passera sa vie dans des dis|)utcs; ou pour avoir plus tôt fait, il laissera tout le monde à sa bonne foi , au gré et selon les vœux des tolérants.

XCVIIl. Le ministre démontre aiix tolérants quôter à la religion la force employée par le magistrat, c'est anéantir la Réforme qui n'a été établie que par ce moyen. — A cela, il faut l'avouer, il n'y aura jamais de repartie selon les maximes de la Réforme; mais il n'y en a non plus à ce qu'objecte M. Jurieu. Vous voulez dire que les princes en matière de religion ne peuvent user de contrainte : et sur quoi subsiste donc notre Réforme? En même temps il leur fait voir plus clair que le jour, et par les actes les plus authentiques de leur religion , « qu'en elTet Genève, les Suisses, les républiques » et villes libres, les électeurs et les princes de » l'Empire, l'Angleterre et l'Ecosse, la Suède et le 1) Danemarck » (voilà , ce me semble , un dénombrement assez exact de tous les pays qui se vantent d'être réformés,) « ont employé l'autorité du souve- » rain magistrat pour abolir le papisme, et pour » établir la Réformation'. «

Il n'y a point à s'étonner après cela si les princes ont fait la loi dans la Réforme. Nous avons vu que Calvin s'est élevé inutilement contre cet abus-, le plus grand à son avis qu'on put introduire dans la religion , sans y voir aucun remède. On s'en plaignait de tous côtés , et les plus zélés ministres s'écriaient : « Les laïques s'attribuent tout, et le ma- » gistrat s'est fait pape. »

Mais pourquoi tant se récrier? Le magistrat avait raison de vouloir être le maître dans une religion que son autorité avait établie. Voilà cet ancien christianisme. Voilà cette Eglise réformée sur le modèle de l'Eglise primitive : cette Eglise qui se vantait d'être sous la croix et dans l'humiliation, pendant qu'elle ne songeait qu'à mettre l'autorité et la force de son côté. Pour achever le tableau , il ne faudrait plus qu'ajouter les motifs particuliers de ces changements que nous avons démontrés ailleurs par le témoignage des chefs de la Réforme, c'est-à-dire, la licence, le libertinage, la mutinerie des villes, qui de sujettes avaient entrepris de se rendre libres, les bénélices devenus la proie des princes, et le reste qu'on peut revoir, pour peu qu'on en doute, dans Y Histoire des Variations^ ; mais nous n'en avons pas besoin pour l'affaire que nous traitons. Sans s'arrêter à tous ces motifs , les tolérants trouvent très-mauvais et très-honteux à la Réforme, qu'elle doive son établissement à l'autorité ou plutôt à la violence , et qu'on ait engagé les princes à la nouvelle religion en les rendant maîtres de tout , et môme de la doctrine : « Nous croyons, dit M. Ju- » ricu*, mettre la Réforme à couvert quand nous » prouvons quo partout elle s'est faite par l'autorité » des souverains. Mais voici des gens (les tolérants) » qui nous enlèvent cette retraite, et qui disent que

1. Tab., Lelt. viii , p. 490. —2. Var., liv. v, n. 8 cl suiv. — 3. Idem, n. h et suiv.— A. Z,e«. viii, p. 50.'.

ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE

» c'est là l'opprobre de la Réformation , de ce » qu'elle s'est faite par l'autorité des magistrats, » parce qu'eu elïel c'est ce qui fait voir que c'est un ouvrage humain , qui doit sa naissance à l'autorité et aux intérêts temporels.

Mais le ministre oppose à des raisons si évidentes des faits qui ne le sont pas moins : « car il est vrai, " poursuil-iP, que la Réforme s'est faite par l'au- » torité des souverains : ainsi s'est-elle faite à Ge- » nève par le sénat; en Suisse par le conseil souve- » rain de chaque canton ; en Allemagne par les » princes de l'empire ; dans les Provinces-Unies par » les Etats; en Danemarck, en Suède, en Angle- » terre , en Ecosse, par l'autorité des rois et des par- » lements : et cette autorité ne s'est pas resserrée » à donner pleine liberté aux réformés : elle a passé » jdsqo'a ôter les Eglises adx papistes et à briser » leurs images, à défendre l'exercice public de leur » culte, ET CELA GÉ.xÉRALE.ME.NT PARTOUT : et mèine » en plusieurs lieux cela est allé jusqu'à défendre « par autorité l'exercice particulier du papisme. » Que peuvent dire les tolérants? Le fait est certain. » Voilà, leur dit le ministre selon leurs principes, » non une partie , mais toute la Réformation établie » dans le monde par la violence, par la contrainte , « par des voies injustes et criminelles. Mais la con- » séquence en est terrible ; ces messieurs, poursuit » ce ministre , sont de bonnes gens de vouloir bien » demeurer dans une religion ainsi faite.... Voilà » notre Réformation qu'on livre pieds et poings liés » à toute la malignité de nos ennemis , et à toute » l'ignominie dont on la veut couvrir. Il y a bien » apparence, conclut-il, que Dieu ait permis qu'un » ouvrage, dans lequel eux-mêmes reconnaissent le » doigt de Dieu , fût fait universellement par des » voies antichrétiennes. «

XGIX. La rébellion et la force nécessaires aux proteslants de France, selon le ministre. — Il paraissait ici une échappatoire « pour la Réformation » delà France, qui s'est faite sans l'autorité des » souverains : » mais le ministre y sait bien répondre : car, dit-il-, « premièrement, c'est si peu de » chose , qu'elle ne doit pas être comparée à tout le » reste. Secondement, quoique la Réformation ait • commencé en France sans l'autorité des souve- » rains, cependant elle ne s'est point établie sans » l'autorité des grands; et, poursuit-il, si les rois » de Navarre, les princes du sang et les grands du a royaume ne s'en fussent mêlés, » (en se révoltant contre leurs rois , et en faisant nager leur pairie dans le sang des guerres civiles,) » la véritable reli- » gion aurait entièrement succombé , comme elle a " fait aujourd'hui. » Ne voilà-t-il pas une religion bien jusliQée? La force et l'autorité sont si nécessaires à la Réforme, qu'au défaut de la puissance légitime , il a fallu emprunter celle que les armes et la sédition donnent aux rebelles : mais enfin les faits sont constants, et les tolérants n'ont rien à y répliquer.

Vantez-vous après cela que pour attirer ce grand nombre qui a suivi la Réforme, il n'a fallu que montrer la lumière de l'Evangile, claire par ellemême, et écouter les réformateurs comme de nouveaux apôtres, du moins comme des hommes extraordinairement envoyés pour ce grand ouvrage :

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