‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 58 sur 631 · Lett. Tjii, j). 502, 503,504. — 2. Pag · texte numérisé non relu

Lett. Tjii, j). 502, 503,504. — 2. Pag

les" tolérants se riront de ces vains discours; et quelque violence que vous leur fassiez , ils sentiront bien dans leur cœur que vos vrais réformateurs sont les magistrats ignorants au gré de qui la Réforme a été construite.

G. Le ministre démontre- aux tolérants que les princes de la Réforme décident des matières de foi : décret des Etats généraux. — Cependant les voilà pressés d'une étrange sorte, ou plutôt tous les prolestants se perlent mutuellement des coups mortels. L'un dit que la religion universellement introduite par l'autorité et la contrainte n'est pas une religion, mais une hypocrisie; et que forcer en cette sorte les consciences, c'est le pur et véritable anlichristianisme. L'autre dit : Sortez donc de la Réforme , qui constamment n'a point eu un autre établissement : Vous êtes de bonnes gens, de couloir bien demeurer dans une religion ainsi faite'.

M. Jurieu ne demeure pas en si beau chemin : dans le besoin qu'il a d'une autorité pour fixer la religion, il prétend qu'il appartient au magistrat de décider de la foi; et en cela il faut avouer qu'il ne fait rien de nouveau. Malgré les anciennes maximes de la Réforme, il avait déjà enseigné ailleurs, comme nous l'avons démontré*, que les synodes ne peuvent point prononcer de jugement en ces matières : que les pasteurs ne sont point des juges, et qu'on les écoule seulement comme des experts. Il avait encore enseigné que les confédérations, qui forment les Eglises particulières, sont des établissements arbitraires que les princes font et défont, augmentent et diminuent à leur gré; en sorle que tout dépend de leur autorité dans les Eglises. G'est ce qu'il avait appris de Grolius : mais ce qu'il disait alors confusément et en général, il le confirme maintenant par des exemples'; et non content d'étaler avec soin les maximes outrées de son auteur, sans presque y rien changer, il accable les tolérants par un décret des Etats , où ils prononcent tout court sur la foi, sur la vocation, sur la prédestination : le fait est incontestable; les paroles du décret sont précises , et le ministre l'avoue^.

Il est vrai qu'avant que de prononcer, les Etals ont écouté les ministres : mais il ne faut pas s'y tromper, ils les ont écoutés seulement comme conseillers : Lesquels, disenl-ils , leur ont donné leurs CONSEILS par écrit. Voilà donc le partage des pasleurs , qui est de donner leurs conseils : mais à l'égard de l'autorité , l'Etal se l'attribue tout entière : « Sur quoi, disent-ils, usant de l'autorité » qui nous appartient, en qualité de souverains ma- » gislrals, selo.x la s.u.xte parole de Dieu, et eu » suivant les exemples des rois, princes et villes » qui ont embrassé la réformation de la religion... » Ils n'hésitent donc point à se rendre les arbitres de la religion, ils posent pour indubitable que tous les princes réformés ont celle puissance par la paroh de Dieu et de droit divin.

CI. Les tolérants et les iiitolérants se poussent à bout mutuellement : les uns en prouvant que les princes ne doivent pas être les arbitres de la foi, et les autres en démontrant que dans le fait ils le sont

1. Jur., Lell. VIII, p. 500, 504 et suiv. — 2. Var., liv. xv, !i. 69, 105 et suiv. — 3. Lett. viii. — 4. Idem, p. 465, 4SI, 482, 4S3; Duc. Ord. ap. Grol., T. m, p. 141.

SIXIKMR ET DERNIER AVERTISSEMENT

parmi les ri'furmi's. — Les toléranls s'y opposent , cl ils ne peuvfiiil soulïrir que les princes soient reconnus pour chefs de la religion. (letlc iirélenlion des princes de la Réforme est détruite par des raisons invincibles'. Ce n'est point aux potentats, mais aux apôtres et à leurs disciples que le Saint-Esprit a confié le dépôt de la foi- : si quelqu'un en doit juger, ce sont ceux à qui la prédication en est commise; en rendre les princes maîtres, c'est faire de nouveaux papes plus absolus que celui dont on voulait secouer le joug, et sacrifier la foi à la politique. Si ces raisons ne sufïisent pas, les tolérants ont en main les écrits de Calvin et des autres réformateurs, qui ont attaqué cette autorité que les princes s'attribuaient : ils ont la décision expresse du synode national de la Rochelle, de 1671, qui condamne en termes formels ceux qui soutiennent que le magistral esl chef de l'Eglise, avec toutes les suites de celte doctrine que le ministre Jurieu entreprend de faire revivre dans le calvinisme. Il y a même encore aujourd'hui parmi les protestants un parti assez courageux pour soutenir en ce point les anciennes maximes du calvinisme et la liberté de l'Eglise : « Il y a, dit notre ministre', les puritains » et les rigides presbytériens, qui , en arrachant la » juridiction au Pape et aux évoques, ont voulu la » transférer au presbytère et aux synodes; mais » avec tant de rigueur qu'ils ont prétendu que les » magistrats n'avaient aucun droit de se mêler des » affaires de l'Eglise qu'ils n'y fussent appelés, et » que comme la juridiction civile appartient au » seul magistrat, la juridiction ecclésiastique ap- » partient uniquement aux pasteurs, aux consis- » loires et aux synodes. » Le même ministre nous apprend que le clergé réformé des Provinces-Unies dans le fond est de cet avis : il remarque « les dé- » mêlés qui ont été de tout temps dans ce pays-ci » entre le magistrat et le clergé là-dessus ■*; » et il ne veut pas qu'on oublie « combien la politique de » Grotius a causé de bruit et de murmures de la » part du clergé'' ; » jusqu'à faire regarder cet auteur, en eflel plus jurisconsulte que théologien, comme l'oppresseur de l'Eglise. Ainsi , à parler de bonne foi, c'est une question encore indécise, même dans la Réforme , si les princes ont ce droit ou s'ils l'usurpent : tout le clergé protestant des Pays-Ras le leur dénie; et ce parti est si fort, que le ministre déclare, par deux fois, quHl ne veut pas entrer dans ce démèW^. Mais visiblement il se moque, et tout en disant qu'il 7i'y entre pas, il déclare, « qu'il est «certain, selon son sens, que pour le fond, la » théologie de Grotius est fondée en raison et en » pratique'. >> Il donne aussi pour tout avéré, « que » les princes sont chefs-nés de l'Eglise chrétienne » aussi bien que de la société civile, également )) maîtres de la religion comme de l'Etat*. » Il semble oublier ce qu'il avait dit, que les empereurs à la vérité proscrivaient les hérétiques; mais ceuxlà seulement que les conciles avaient condamnés'-' . Grotius l'a converti ; et il approuve, à son exemple, « que les emjjereurs, pour ne pas subir le joug » tyrannique du clergé, aient fait quelquefois eux- » mêmes des formulaires de foi pour la décision

1. Tracl. de Tol.r. — 2. II. Tim., ii , 2, clc. — 3. Tah., Lelt. VIII. p. 461. — 4. Pag. 481. — 5. Pag. 478. — 6. Puy. 47S . 4S4. — 7. Pag. 478. — 8. Pag. 465. — 9. Pag. 424.

» des controverses', » indépendamment de l'Eglise : autrement on ne prouverait rien, et l'Eglise serait la maîtresse de la religion, contre la prétention de ces auteurs.

11 faut ici remarquer que ces exemples de formulaires de foi des empereurs produits jiar Grotius, et approuvés, comme on voit, par son disciple Jurieu, sont les hénotiques, les types, les ccthêscs, et les autres semblables décrets faits parles princes hérétiques, et détestés unanimement par les orthodoxes. Voilà les exemples que nous produit le ministre après son maître Grotius : voilà l'excès oii s'emporte ce flatteur des princes, quand il a besoin de leur autorité contre ses adversaires.

GII. Les tolérants sont en droit de nier que les magistrats soient les chefs de la religion , et M. Jurieu les autorise dans celle pensée. — Il ne tient rien toutefois : la cause est en son entier; et si on laisse la liberté des sentiments, par les jirincipes de la Reforme, celui des tolérans l'emportera. Il leur sera du moins permis de suivre en cette matière les sentiments du clergé protestant des Provinces- Unies : il leur sera, dis-je, permis de le suivre, puisque M. Jurieu , de peur de le condamner, fait semblant , comme on vient de voir, de ne pas entrer dans cette question. Il passe encore plus avant en un autre endroit où il déclare « qu'EN bonne » JUSTICE l'Eglise devrait être maîtresse de ses cen- » sures et de la tolérance ecclésiastique , et l'Etat » aussi maître de ses peines et de la tolérance ci- » vile^. » Voilà donc par son sentiment les deux puissances établies maîtresses chacune dans son détroit , selon que nous avons vu qu'il avait été décidé par les synodes; et les décisions des magistrats, en matière de foi , n'ont point de lieu.

cm. Le même niinislre leur ferme la bouche par des actes authentiques de la Réforme. — Mais enfin le ministre en a Ijesoin : tout ce qu'il dit au contraire n'est que feinte; et il sent bien dans le fond qu'il no peut se passer d'autorité. Au reste, il n'y a point de raisonnement à lui opposer. Les Etats ont décidé que c'est à eux à juger les points de foi. Nous en avons vu le décret exprès rapporté par ce ministre. Nous avons vu que ce décret reconnaît le même droit dans tous les Etats protestants; et si un seul décret ne suffit pas , le ministre en a une infinité à nous produire. En un mot, « tous les décrets » d'union entre les provinces, comme est celui d'U- » trecht, portant expressément que chaque province » demeurera m.vîthes.^e de la religion, pour la ré- » gler et l'établir selon qu'elle jugera a propos^. » Pouvait-on assujétir en termes plus forts la religion à l'Etat : et quelle réplique resle-t-il aux tolérants?

CIV. Conclusion : que les deux partis opposés triomphent mutuellement dans la Réforme. — C'est ainsi que les deux partis ne se laissent mutuellement aucune défense. Les tolérants se soutiennent par les maximes constantes de la Réforme : les intolérants s'autorisent par des faits qui ne sont pas moins incontestables : chaque parti l'emporte tour à tour. La Réforme a fait tout le contraire de ce qu'elle s'était proposé : elle se vantail de persuader les hommes par l'évidence de la vérité et de la parole de Dieu , sans aucun mélange d'autorité hu-

1. Png. 4SS; Grol.piet. Ord. de jw. potcsl. in sncr.,t. m. — H. Pag. 428. — 3. Pag. 4SI.

ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE

maine : c'était là sa maxime : mais dans le fait elle n'a pu ni s'établir ni se soutenir sans cette autorité qu'elle venait de détruire; et l'autorité ecclésiastique ayant chez elle de trop débiles fondements , elle a senti qu'elle ne pouvait se fixer que par l'autorité des princes : en sorte que la religion, comme un ouvrage purement humain , n'ait plus de force ([uc par eux , et qu'à dire vrai, elle ne soit plus qu'une politique. Ainsi la Réforme n'a point de principe, et par sa propre constitution elle est livrée à une éternelle instabilité.

CV. L'indifférence des religions dans V Allemagne protestante : principe de Strimésius et des autres qu'on ne peut exiger d'aucun chrétien que la souscription à l'Ecriture. — C'est ce qui parait clairement dans tout le parti de quelque coté qu'on le regarde : l'indifférence gagne partout , et les Français réfugiés en Allemagne dans les Etats de M. l'ôfeclcur de Brandebourg y trouve autant cet esprit que nous l'avons vu en Angleterre et en Hollande. Je ne l'aurais pas voulu assurer, quelque rapport qu'on m'en eut fait de divers'endroits, si je n'avais vu moi-môme ce qu'on enseigne hautement dans l'académie de Francfort-sur-l'Oder. Mais on y débite publiquement un petit écrit que le docteur Samuel Strimésius, un des professeurs en théologie de cette académie, met à la tète des thèses de théologie de Conrad Bergius , autrefois professeur en théologie de la même université, pour y servir de préface '. Ce docteur y propose sans façon la réunion , nonseulement « en particulier de tous les protestants » les uns avec les autres , mais encore plus univer- » sellcmenl de tous ceux qui sont baptisés , en sou- » mettant à l'examen de l'Ecriture tous les sym- » boles^, » c'est-à-dire toutes les professions de « foi, tous les décrets des conciles œcuméniques » quelque vénérables qu'ils soient par leur anli- « quité , par le consentement de la multitude, par » une plus docte et plus exacte explication des )) dogmes, et par leur zèle singulier contre la fureur 0 des hérétiques, » et en se tenant simplement aM>B paroles de l'Ecriture^, dont on sait bien que les chrétiens conviendront toujours, sans rien exiger de plus.

C'est ce qu'il déduit clairement des principes de la Réforme en cette sorte. Il pose d'abord pour fondement avec tous les protestants : « la clarté et l'in- 1) telligibilité de l'Ecriture si parfaite, qu'avec la » grâce de Dieu commune à tous , et sans aucune » explication ajoutée au texte, soit publique, soit » particulière , tout homme y peut trouver tout ce » qu'il faut croire et faire pour être sauvé" : d'où » il conclut que l'Ecriture est très-sufTisante et très- » claire non-seulement en ce qui regarde le fond .1 des dogmes , mais encore dans les façons de par- 1) 1er dont il les faut expliquer* : ce qu'on ne peut » nier, continue-t-il , sans nier en même temps la » clarté , la perfection et la suffisance de l'Ecriture , » et sans introduire avec le papisme la source de i> tous les maux et la torture des consciences. »

Sur ce fondement, il conclut, selon le raisonnement de Jean Bergius, qu'il appelle un grand théologien, et très-zélé pour la paix de l'Eglise^ : « Que

1. Conradi Bergii Themata Theologica, § 2, p. 13. — 2. Idem, § l,p. 8. - 3. Ibid.,p. 9-4. Ibid., §3, p. 15. — 5. Ibid., p. 18,19. —6. Ibid.,§ 5, p. 31.

» si les sociniens et les ariens persistent sans con- » tention dans les expressions de l'Ecriture , sans » les détourner ni les tronquer, et aussi sans y » ajouter leurs explications et leurs conséquences; » on ne devrait pas les condamner, encore qu'ils ne » voulussent pas recevoir nos explications ou nos » façons de parler humaines; » c'est-à-dire, selon le style de ces docteurs, celles qui ne sont pas tirées de l'Ecriture. Car ils posent pour fondement, qu'on ne peut contraindre personne à « d'autres phrases » ou expressions, qu'à celles de l'Ecriture'. Ce » qu'il faut, dit Strimésius-, principalement appli- I) quer aux sociniens modérés, et aux autres qui » doutent des dogmes fondamentaux, ou plutôt des » explications orthodoxes de ces dogmes; lesquels, » poursuit cet auteur, on doit recevoir comme des » infirmes dans la foi, quoiqu'ils révoquent en doute » les propositions des orthodoxes qui ne se trouvent » pas expressément dans l'Ecriture, et qu'ils se » croient obligés à s'en abstenir par respect; pourvu i> qu'ils se renferment dans celles qui s'y trouvent, » et qu'ils ne s'emportent pas, comme font les plus » rigides d'entre eux, jusqu'à nier les choses que » l'Ecriture ne nie pas. »

Ainsi, selon ce docteur et selon les autres docteurs de sa religion , qu'il cite en grand nombre pour ce sentiment , les sociniens qu'ils appellent modérés, qui n'avouent non plus que les autres la divinité de Jésus-Christ ni celle du Saint-Esprit, ni l'Incarnation, ni le péché originel, ni la nécessité de la grâce, ni l'éternité des peines, ni tant d'autres articles de foi qui sont connus, ne diffèrent pas tant d'avec nous dans les dogmes fondamentaux , que dans l'explication de ces dogmes ; ce qui oblige nécessairement à les recevoir au nombre des vrais fidèles : et quand il faudrait reconnaître , ce qui en effet ne devrait pas être mis en contestation , qu'ils rejettent les articles fondamentaux , on n'a pas droit d'exiger d'eux, non plus que des ariens et des autres hérétiques, qu'ils confessent avec les Pères de Nicée et de Constantinople, « que le Fils de Dieu » soit de même substance que son Père , ou qu'il ■ » soit engendré de sa substance, ou qu'il ne soit pas » tiré du néant, ou que le Saint-Esprit soit ce Sei- » gneur égal au Père et au Fils , qu'il faille pourcette )) raison adorer et glorifier avec eux : » car tout cela constamment ne se lisant point expressément dans l'Ecriture, on tombe par tous ces discours, disent ces auteurs, dans le cas de vouloir parler 7nieux que Dieu même^. En un mot, il faut effacer par un seul trait tout ce que les premiers conciles même œcuméniques ont inséré dans leurs symboles ou dans leurs anathcmatismes, s'il ne se trouve dans l'Ecriture en termes formels. Car c'est là ce que ces docteurs appellent parler « le langage de » Babylone , établir une autorité humaine, et un » autre nom que celui de Dieu'' » n'y ayant rien de plus absurde, disent-ils*, que de faire accroire « à celui qui sait tout, qu'il n'a pas eu la science » des mots lorsqu'il a inspiré les auteurs sacrés , ou » que la force n'en était pas présente à son esprit, » ou qu'il n'y a pas pris garde, ou qu'il n'a pu faire » entrer son lecteur dans sa pensée ; en sorte qu'il » lui faille pardonner d'avoir parlé ignoramment et

1. Conradi, etc.,§i, p. 24. —2. Idem, p. 37. — 3. Ibid., §4, p. 28. — 4. Ibid., p. 31, 32. — 5. Ibid., p. 25.

SIXIÈME ET DERNIER AVERTISSEMENT

» inconsidérément ; el que les hommes aient droit » do soutenir qu'il fallait choisir d'autres termes » que les siens i)our bien faire entendre sa pensée, » ou du moins pour éviter et convaincre les hérér sics , el que les leurs enlin sont plus propres à » conserver et à défendre ses vérités , (lue ceux dont I il s'est servi lui-même : ce qui, disent-ils', « n'est » autre chose que de vouloir enseigner Dieu el lui » apprendre à parler de ses vérités, au lieu que " nous le devrions a|)prendre de lui. »

Telle est la doctrine qu'on enseignait en Allemagne dans les académies de l'Elat de Brandebourg; celle de Slrimésius, professeur en théologie de l'université de Francfort-sur-l'Oder; celle de Conrad liergius, ci-devant professeur en théologie de la même université, dont il publiait les écrits et recommandait la doctrine; celle de Jean Bergius, de Cxrégoire Franc , une des lumières de la même académie, comme il l'appelle ; celle de Martin Hundius; celle de Thomas Cartvrighl, Anglais; celle de toute l'académie de Duisbourg dans le duché de Gloves, et de plusieurs autres docteurs célèbres dans la Réforme, et qu'il cite aussi avec honneur. L'abrégé et le résultat de leur sentiment est « qu'il ne faut ni » tenir ni appeler personne hérétique, lors([uedans » les matières de la foi il souscrit à toutes les ex- » pressions et manières de parler de l'Ecrilure, et » qu'il n'ose rien allirmer ou nier au delà; mais » qu'il se croit obligé à s'abstenir de tout autre » terme par une crainte religieuse et de peur de » parler mal à propos des choses saintes; et au con- » traire, on doit tenir pour schismaliques tous ceux » qui séparent un tel homme , comme hérétique , » de leurs assemblées et de leur culte-. »

CVI. Horribles inconvénients de celle doctrine el des principes des protestants , d'oiï elle est tirée. — (Jn voit par-là où tous ces docteurs, la Heur du parti protestant , réduisent le christianisme contre les sociniens. Il n'est pas permis d'exiger d'eux la souscription des conciles de Nicée et de Constantinople, pour ne point ici parler des autres, ni de leur faire avouer, en termes formels, que le Saint- Esprit soit une personne et quelque chose de subsistant, ni qu'il soit égal au Père et au Fils, ni que le Fils lui-même soit proprement Dieu sans figure et dans le sens littéral, ni , en un mot, d'opposer aux fausses interprétations qu'ils donnent à l'Ecriture, d'autres paroles que celles dont ils abusent pour tromper les simples. Ils n'ont qu'à répondre que s'ils refusent ces expressions, nécessaires pour découvrir leurs équivoques, et qu'ils ne veuillent pas dire, par exemple, que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient vraiment et proprement un seul Dieu éternel, c'est par respect pour l'Ecriture et pour ses dogmes; c'est pour ne point enseigner Dieu, et entreprendre de parler mieux que lui de ses mystères : il faudra les recevoir dans les assemblées chrétiennes sans aucune note : ce seront ceux ([ui les refuseront qu'il faudra noter comme schismaliques , et mettre par conséquent dans ce rang les conciles de Nicée et de Constanlinople, et tous les autres qui ont obligé de souscrire à leurs formules de foi sous peine d'analhème.

Il ne sert de rien de répondre qu'on les reçoit à la vérité, mais comme des infirmes dans la foi ; car

Page 1