‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 593 sur 631 · Sess. IV. Décret, de Can. Scrip. — 2. Idem · texte numérisé non relu

Sess. IV. Décret, de Can. Scrip. — 2. Idem

de cette doctrine , nous ne craignons point de la garantir, comme incontestablement saine et orthodoxe.

« Mais alors, continuez-vous, il sera difficile de » justifier l'antiquité de bien des sentiments, qu'on » veut faire passer pour être de foi dans l'Eglise 1) romaine d'aujourd'hui. »

Non, Monsieur, j'ose vous répondre avec confiance que cela n'est pas si difficile que vous pensez, pourvu qu'on éloigne de cet examen l'esprit de contention , en se réduisant aux faits certains.

Vous en pouvez faire l'essai dans l'exemple que vous alléguez , et qui est aussi le plus fort qu'on puisse alléguer, « de la canonicité des livres que » les protestants tiennent pour apocryphes, laquelle » passe aujourd'hui pour être de foi dans votre » communion, contre ce qui était cru par des per- » sonnes d'autorité dans l'ancienne Eglise. » Mais, Monsieur, vous allez voir clairement, si je ne me trompe, cette question résolue par des faits entièrement incontestables.

Le premier est, que ces livres dont on dispute, ou dont autrefois on a disputé , ne sont pas des livres nouveaux ou nouvellement trouvés, auxquels on ait donné de l'autorité. La seconde lettre de saint Pierre , celle aux Hébreux , l'Apocalypse et les autres livres qui ont été contestés, ont toujours été connus dans l'Eglise, et intitulés du nom des apôtres, à qui encore aujourd'hui on les attribue. Si quelques-uns leur ont disputé ce titre, on n'a pas nié pour cela l'existence de ces livres, et qu'ils ne portassent cette intitulation , ou partout , ou dans la plupart des lieux où on les lisait, ou du moins dans les plus célèbres.

Second fait : j'en dis autant des livres de l'Ancien Testament. La Sagesse, l'Ecclésiastique, les Machabées et les autres, ne sont pas des livres nouveaux ; ce ne sont pas les chrétiens qui les ont composés : ils ont précédé la naissance de Jésus- Christ; et nos Pères les ayant trouvés parmi les Juifs, les ont pris de leurs mains, pour l'usage et pour l'édification de l'Eglise.

Troisième fait : ce n'est point non plus par de nouvelles révélations, ou par de nouveaux miracles qu'on les a reçus dans le canon. Tous ces moyens sont suspects ou particuliers, et par conséquent insuffisants à fonder une tradition et un témoignage de la foi. Le concile de Trente, qui les a rangés dans le canon , les y a trouvés, il y a plus de douze cents ans, et dès le quatrième siècle, le plus savant sans contestation de toute l'Eglise.

Quatrième fait : personne n'ignore le canon xlvii du concile ni de Carthage, qui constamment est de ce siècle-là, et où les mêmes livTcs, sans excepter aucun, reçus dans le concile de Trente, sont reconnus comme livres « qu'on lit dans l'Eglise sous le » nom de divines Ecritures, et d'Ecritures cano- » niques : » Sub nomine dimnarum Scripturant»!, etc., canonicœ Scripturœ, etc.

Cinquième fait : c'est un fait qui n'est pas moins constant , que les mômes livres sont mis au rang des saintes Ecritures, avec le Pentateuque, avec l'Evangile, avec tous les autres les plus canoniques, dans la réponse du pape Innocent I, à la consultalion du saint évoque Exupère de 'Toulouse (Cap. vu), en l'an 405 de Notre Seigneur. Le décret du

PROJET DE REUNION ENTRE LES CATHOLIQUES

concile romain , tenu par le pape saint Gélase, l'ail le niôrae dénomhrcnienl au cinquième siôcle, et c'est là le dernier canon de l'Eglise romaine sur ce sujet, sans que ses décrets aient jamais varié. Tout l'Occident a suivi l'Eglise romaine en ce point; et le concile de Trente n'a fait que marcher sur ses pas.

Sixième fait : il y a des Eglises, que des le temps de saint Augustin on a regardées comme plus savantes et plus exactes que toutes les autres , doctiores ac dUigcnliorcs Ecdesiœ'. On ne peut dénier ces titres à l'Eglise d'Afrique, ni à l'Eglise romaine, qui avait outre cela la principauté ou la primauté de la chaire apostolique, comme parle saint Augustin : bi qud semper Apostolicœ Cathedrœ viguit pri7icipatns , et dans laquelle on convenait, dès le temps de saint Irénée , que la tradition des apôtres s'était toujours conservée avec plus de soin.

Septième fait : saint Augustin a pris séance dans ce concile, du moins il était de ce temps-là, cl il en a suivi la tradition dans le livre de la doctrine chrétienne, où nous lisons ces paroles : « Tout le « canon des Ecritures contient ces livres , cinq de

Moïse, elc » où sont nommés en môme rang,

« Tobie , Judith, deux des Machabées , la Sagesse, » l'Ecclésiastique , quatorze Epîtres de saint Paul, » et notamment celle aux Hébreux, » ainsi qu'elles sont comptées , tant dans le canon de Garthage , que dans saint Augustin : « deux Lettres de saint » Pierre, trois de saint Jean, et l'Apocalypse^. »

Huitième fait : ces anciens canons n'ont pas été une nouveauté introduite par ces conciles et par ces papes; mais une déclaration de la tradition ancienne, comme il est expressément porté dans le canon déjà cité du concile m de Garthage : « Ce » sont les livres, dit-il, que nos Pères nous ont ap- » pris à lire dans l'Eglise, sous le litre d'Ecritures » divines et canoniques , » comme marque le commencement du canon.

Neuvième fait : la preuve en est bien constante par les remarques suivantes. Saint Augustin avait cité , contre les Pélagiens , ce passage du livre de la Sagesse : « Il a été enlevé de la vie, de crainte » que la malice ne corrompit son esprit'. » Les semi-pélagiens avaient contesté l'autorité de ce livre , comme n'élant point canonique; et saint Augustin'' répond « qu'il ne fallait point rejeter le livre de la 1) Sagesse , qui a été jugé digne depuis une si lon- » gue antiquité, tain longâ annosilate , d'être lu I) dans la place des lecteurs , et d'être ouï par tous » les chrétiens, depuis les évoques jusqu'aux der- » niers des laïques, fidèles, catéchumènes cl pôni- » tents, avec la vénération qui est due à l'autorité » divine. » A quoi il ajoute, « que ce livre doit être » préféré à tous les docteurs particuliers; parce » que les docteurs particuliers les plus excellenls » et les plus proches du temps des apôtres , se le » sont eux-mêmes préféré , et que produisant ce » livre à témoin, ils ont cru ne rien alléguer de » moins qu'un témoignage divin : » Nihil se adhiberc nisi dininum testinionium crediderunt ; répétant encore à la fin le grand nombre d'années,

1. De doct. Christ., iib. ii. cap. xv , n. i2 ; lom. m , col. âS. — 2. De doct. Christ., tib. n, cap. vin, n. l'.i; col. 23. — 3. Sap. iv. U. — 4. Deprœdest. SS., cap. xiv, n. 27;/om. x, col. SOS.

lanlà aiinormn nutnerosilale , où ce livre a eu celte autorité. On pourrait montrer à peu près la même chose des autres livres , qui ne sont ni plus ni moins conteslés que celui-là , et en faire remonter l'aulorité jusqu'aux temps les plus voisins des apôtres, sans qu'on en puisse montrer le commencement.

Dixième fait : en effet, si l'on voulait encore pousser la tradition plus loin , cl nommer ces excellents docteurs et si voisins du temps des apôtres, qui sont marques dans saint Augustin, on peut assurer qu'il avait en vue le livre des Témoignages de saint Gyprien, qui est un recueil des passages de l'Ecrilure , où , à l'ouverture du livre , la Sagesse , l'Ecclésiastique et les Machabées se trouveront cités en plusieurs endroits, avec la même autorité que les livres les plus divins; et après avoir promis deux ou trois fois très-expressément dans les préfaces, de ne citer dans ce livre que des Ecritures prophétiques et apostoliques.

Onzième fait : l'Afrique et l'Occident n'étaient pas les seuls à reconnaître pour canoniques les livres que les Hébreux n'avaient pas mis dans leur canon. On trouve partout dans saint Clément d'Alexandrie et dans Origène , pour ne point parler des autres Pères plus nouveaux , les livres de la Sagesse et de l'Ecclésiastique cités avec la même autorité que ceux de Salomon, et même ordinairement sous le nom de Salomon môme ; afin que le nom d'un écrivain canonique ne leur manquât pas, et à cause aussi, dit saint Augustin, qu'ils en avaient pris l'esprit.

Douzième fait : quand Julius Africanus rejeta dans le prophète Daniel l'histoire de Susannc , et voulut défendre les Hébreux contre les chrétiens, on sait comme il fut repris par Origène. Lorsqu'il s'agira de l'autorité el du savoir, je ne crois pas qu'on balance entre Origène el Julius Africanus. Personne n'a mieux connu l'autorité de l'hébreu qu'Origène, qui l'a fait connaître aux Eglises chrétiennes, et sans plus de discussion, sa Lettre à Africanus, dont on nous a depuis peu donné le grec, établit le fait constant, que ces livres, que les Hébreux ne lisaient point dans leurs synagogues, étaient lus dans les églises chrétiennes, sans aucune distinction d'avec les autres livres divins.

Treizième fait : il faut pourtant avouer que plusieurs Eglises ne les mettaient point dans leur canon; parce que dans les livres du Vieux Testament, elles ne voulaient que copier le canon des Hébreux, et compter simplement les livres que personne ne contestait, ni Juif ni chrétien. Il faut aussi avouer que plusieurs savants, comme saint Jérôme, et quelques autres grands critiques, ne voulaient point recevoir ces livres pour élaldir les dogmes : mais leur avis particulier n'était pas suivi; et n'empêchait pas que les plus sublimes et les plus solides théologiens de l'Eglise ne citassent ces livres en autorité , même contre les hérétiques , comme l'exemple de saint Augustin vient de le faire voir, pour ne point entrer ici dans la discussion inutile des autres auteurs. D'autres ont remarqué, avant moi, que saint Jérôme lui-môme a souvent cité ces livres en auloritô avec les autres Ecritures; et qu'ainsi les opinions particulières des docteurs étaient, dans leurs i)ropres livres, souvent enqior-

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

tées par l'esprit de la tradition, et par l'autorité des Eglises.

Quatorzième fait : je n'ai pas Ijesoin de m'étendre ici sur le canon des Hébreux , ni sur les diverses significations du mot d'apocryphe, qui, comme on sait, n'est pas toujours également désavantageux. Je ne dirai pas non plus quelle autorité parmi les Juifs, après leur canon fermé par Esdras, pouvaient avoir sous un autre titre que celui de canonique, ces livres qu'on ne trouve point dans l'hébreu. Je laisserai encore à part l'autorité que leur peuvent concilier les allusions secrètes qu'on remarque aux sentences de ces livres, non-seulement dans les auteurs profanes, mais encore dans l'Evangile. Il me semble que le savant évèque d'Avranches', dont le nom est si honorable dans la littérature, n'a rien laissé à dire sur cette matière; et pour moi, Monsieur, je me contente d'avoir démontré, si je ne me trompe, que la définition du concile de Trente sur la canonicité des Ecritures , loin de nous obliger à reconnaître de nouvelles ré- Télations, fait voir au contraire que l'Eglise catholique demeure toujours inviolablement attachée à la tradition ancienne, venue jusqu'à nous de main en main.

Quinzième fait : que si enfin vous m'objectez que du moins cette tradition n'était pas universelle, puisque de très-grands docteurs et des Eglises entières ne l'ont pas connue : c'est. Monsieur, une objection que vous avez à résoudre avec moi. La démonstration en est évidente : nous convenons tous ensemble , protestants ou catholiques , également des mêmes livres du Nouveau Testament; car je ne crois pas que personne voulût suivre encore les emportements de Luther contre l'Epltrede saint Jacques. Passons donc une même canonicité à tous ces livres, contestés autrefois ou non contestés : après cela. Monsieur, permettez-moi de vous demander, si vous voulez alTaiblir l'autorité ou de l'Epitre aux Hébreux, si haute, si théologique, si divine; ou celle de l'Apocalypse, où reluit l'esprit prophétique avec autant de magnificence que dans Isaïe ou dans Daniel? Ou bien dira-t-on peut-être que c'est une nouvelle révélation qui les a fait reconnaître? Vous êtes trop ferme dans les bons principes pour les abandonner aujourd'hui. Nous dirons donc, s'il vous plaît, tous deux ensemble, qu'une nouvelle reconnaissance de quelque livre canonique, dont quelques-uns auront douté, ne déroge point à la perpétuité de la tradition , que vous voulez bien avouer pour marque de la vérité catholique. Pour être constante et perpétuelle, la vérité catholique ne laisse pas d'avoir ses progrès : elle est connue en un lieu plus qu'on un autre, en un temps plus qu'en un autre, plus clairement, plus distinctement, plus universellement. Il suffit, pour établir la succession et la perpétuité de la foi d'un livre saint, comme de toute autre vérité, qu'elle soit i toujours reconnue; qu'elle le soit dans le plus grand nombre sans comparaison; qu'elle le soit dans les Eglises les plus éminentes, les plus autorisées et les plus révérées; qu'elle s'y soutienne, qu'elle gagne et qu'elle se répande d'elle-même , jusqu'à tant que le Saint-Esprit, la force de la tradition, et le goût, non celui des particuliers, mais

!. Huet.

l'universel de l'Eglise, la fasse enfin prévaloir, comme elle a fait au concile de Trente.

Seizième fait : ajoutons , si vous l'avez agréable, que la foi qu'on a en ces livres nouvellement reconnus , a toujours eu dans les Eglises un témoignage authentique, dans la lecture qu'on en a faite dès le commencement du christianisme , sans aucune marque de distinction d'avec les livres reconnus divins : ajoutons l'autorité qu'on leur donne partout naturellement dans la pratique, comme nous l'avons remarqué : ajoutons enfin que le terme de canonique n'ayant pas toujours une signification uniforme, nier qu'un livTe soit canonique en un sens, ce n'est pas nier qu'il ne le soit en un autre; nier qu'il soit, ce qui est très-\Tai, dans le canon des Hébreux , ou reçu sans contradiction parmi les chrétiens, n'empêche pas qu'il ne soit au fond dans le canon de l'Eglise, par l'autorité que lui donne la lecture presque générale, et par l'usage qu'on en faisait par tout l'univers. C'est ainsi qu'il faut concilier, plutôt que commettre ensemble les Eglises et les auteurs ecclésiastiques, par des principes communs à tous les divers sentiments, et par le retranchement de toute ambiguïté.

Dix-septième fait : il ne faut pas oublier le fait que saint Jérôme raconte à tout l'univers, sans que personne l'en ait démenti, qui est que le livre de Judith avait reçu un grand témoignage par le concile de Nicée. On n'aura point de peine à croire que cet infatigable lecteur de tous les livres et de tous les actes ecclésiastiques ait pu voir par ses curieuses et laborieuses recherches, auxquelles rien n'échappait, quelque mémoire de ce concile, qui se soit perdu depuis. Ainsi, ce savant critique, qui ne voulait pas admettre le livre dont nous parlons , ne laisse pas de lui donner le plus grand témoignage qu'il pût jamais recevoir, et de nous montrer en même temps, que, sans le mettre dans le canon, les Pères et les conciles les plus vénérables s'en servaient dans l'occasion, comme nous venons de le dire , et le consacraient par la pratique.

Dix-huitième fait : quoique je commence à sentir la longueur de cette lettre , qui devient un petit livre, contre mon attente, le plaisir de m'entretenir par votre entremise avec un prince qui aime si fort la religion, qu'il daigne môme m'ordonner de lui en parler de si loin, me fera encore ajouter un fait qu'il approuvera. C'est, Monsieur, que la diversité des canons de l'Ecriture, dont on usait dans les Eglises, ne les empêchait pas de concourir dans la même théologie, dans les mêmes dogmes, dans la même condamnation de toutes les erreurs, et non-seulement de celles qui attaquaient les grands mystères de la Trinité , de l'Incarnation , de la Grâce; mais encore de celles qui blessaient les autres vérités révélées de Dieu , comme faisaient les montanistes, les novatiens, les donatisfes, et ainsi du reste. Par exemple, la province de Phrygie, qui , assemblée dans le concile de Laodicée , ne recevait point en autorité, et semblait même ne vouloir pas lire dans l'Eglise quelques-uns des livres dont il s'agit, contre la coutume presque universelle des autres Eglises, entre autres de celle d'Occident, n'en condamnait pas moins, avec elles, toutes les erreurs qu'on vient de marquer; de sorte qu'en vérité il ne leur manquait aucun dogme, encore qu'il

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mnnqiKM dans leur canon quelques-uns des livres qui servaient ;"i les convaincre.

Uix-ucuviénie fait : c'esl pour cela qu'on se laissait les uns aux autres une grande liberté, sans se presser d'obliger toutes les Eglises au ni6me canon ; parce (ju'on ne voyait naître de là aucune diversité, ni dans la fui ni dans les mœurs : et la raison en était , que les lidèles , qui ne cherchaient pas les dogmes de foi dans ces livres non canonisés en quelques endroits, les trouvaient suffisamment dans ceux qui n'avaient jamais été révoqués en doute; et que même ce qu'on ne trouvait pas dans les Ecritures en général , on le recouvrait dans les traditions perpétuelles et universelles.

Vingtième fait : sur cela môme nous lisons dans saint Augustin, et dans l'un de ses plus savants écrits, cette sentence mémorable' : « L'homme )i qui est affermi dans la foi , dans l'espérance et >> dans la charité , et qui est inébranlable à les con- » server, n'a besoin des Ecritures que pour ins- » Iruire les autres; ce qui fait aussi que plusieurs » vivent sans aucun livre dans les solitudes. » On sait d'ailleurs qu'il y a eu des peuples qui , sans avoir l'Ecriture, qu'on n'avait pu encore traduire en leurs langues barbares et irrégulières, n'en étaient pas moins chrétiens que les autres : par où aussi l'on peut entendre que la concorde dans la foi, loin de dépendre de la réception de quelques livres de l'Ecriture, ne dépend pas môme de toute l'Ecriture en général; ce qui pourrait se prouver encore par Tertullien et par tous les autres auteurs, si cette discussion ne nous jetait trop loin de notre sujet.

Vingt et unième fait ; que si enfin on demande pourquoi donc le concile de Trente n'a pas laissé sur ce point la môme liberté que l'on avait autrefois, et défend sous peine d'anathème de recevoir un autre canon que celui qu'il propose, session iv; sans vouloir rien dire d'amer, je laisserai seulement à examiner aux protestants modérés, si l'Eglise romaine a dii laisser ébranler par les protestants le canon , dont, comme on a vu , elle était en possession avec tout l'Occident, non-seulement dès le quatrième siècle, mais encore dès l'origine du christianisme : canon qui s'était affermi depuis par l'usage de douze cents ans, sans aucune contradiction : canon enfin dont on prenait occasion de la calomnier, comme falsifiant les Ecritures; ce qui faisait remonter l'accusation jusqu'aux siècles les plus purs : je laisse, dis-je, à examiner, si l'Eglise a dû tolérer ce soulèvement, ou bien le réprimer par ses anathèmes.

Vingt-deuxième fait : il n'est donc rien arrivé ici que ce que l'on a vu arriver à toutes les autres vérités, qui est d'être déclarées plus expressément, plus authentiquement, plus fortement par le jugement de l'Eglise catholique, lorsqu'elles ont été plus ouvertement, et, s'il est permis de dire une fois ce mol, plus opiniâtrement contredites; en sorte qu'après ce décret, le doute ne soit plus permis.

Vingt-troisième fait : je n'ai point ici h rendre raison pourquoi nous donnons le nom d'Eglise catholique à la communion romaine, ni le nom de concile œcuménique à celui qu'elle reconnaît pour tel. C'est une dispute à part, où l'on ne doit pas entrer ici; et il me suffit d'avoir remarqué les fails

1. De docl. Ckrisl., lil>. i, n. 13; lom. m, pari, l, col. IS.

constants, d'où résultent l'antiquité et la perpétuité du canon dont nous usons.

Vingt-quatrième fait : après tout, quelque inviolable que soit la certitude que nous y trouvons, il sera toujours véritable que les livres qui n'ont jamais été contestés ont dès là une force particulière pour la conviction; parce qu'encore que nul esprit raisonnable ne doive douter des autres, après la ilécision de l'Eglise, les premiers ont cela de particulier, que procédant ad hominem et ex concessis , comme l'on parle, ils sont plus propres à fermer la bouche aux contredisants.

Voilà, Monsieur, un long discours, encore que je n'aie fait que proposer les principes. C'est à Dieu à ouvrir les cœurs de ceux qui le liront. Ce dont je vous prie, c'est de le présenter à votre grand prince, de prendre les moments heureux où son oreille sera plus libre, et enfin de le lui faire regarder comme un effet de mon très-humble respect. Le reste se dira une autre fois, et bientôt, s'il plait à Dieu. Je suis cependant, et serai toujours avec une estime et une affection cordiale, Monsieur, votre très, etc. J. Bénigne , év. de Meaux.

A Meaux, ce 9 janvier 1700.

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