‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 595 sur 631 · IS., XLVIII · texte numérisé non relu

IS., XLVIII

(il 8

PROJET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES

prouvaient les secondes noces ; les ariens qui niaioiil l'iililitô des oblations pour les morts, avec la distinction de l'épiscopat et de la prêtrise; xlovinicn et ses sectateurs, ciui, à l'injure du Fils de Uieu , niaient la virginité perpétuelle de sa sainte Mère, et jusqu'aux quatordéciniants , qui, aimant mieux célélirer la i)àquc avec les Juifs qu'avec les chrétiens, tâchaient de rétablir le judaïsme et ses observances, contre l'ordonnance des apôtres. Les auteurs opiniâtres de ces dogmes pervers ont été frappés par les Pères, par les conciles, quelques-uns mémo par le grand concile de Nicée , le premier et le plus vénérable des œcuméniques; parce qu'encore que les articles qu'ils combattaient no fussent pas de ce premier rang qu'on appelle fondamentaux, l'Eglise ne devait pas souffrir qu'on méprisât aucune partie de la doctrine céleste que Jésus-Christ et les apôtres avaient enseignée.

Si messieurs de la Confession d'Augsbourg ne convenaient de ce principe , ils n'auraient pas mis au nombre des hérétiques, sous le nom de sacramentaires, Bérenger et ses sectateurs, puisque la présence réelle, qui fait leur erreur, n'est pas comptée parmi les articles fondamentaux.

L'Eglise fait néanmoins une grande différence entre ceux qui ont combattu ces dogmes utiles et nécessaires à leur manière, quoique d'une nécessité inférieure et seconde, avant ou depuis ses définitions. Avant qu'elle eût déclaré la vérité et l'antiquité , ou plutôt la perpétuité de ces dogmes, par un jugement authentique , elle tolérait les errants , et ne craignait point d'en mettre même quelquesuns au rang de ses saints : mais depuis sa décision, elle ne les a plus soufferts; et sans hésiter, elle les a rangés au nombre des hérétiques. C'est , Monsieur, comme vous savez, ce qui est arrivé à saint Gyprien et aux donalistes. Ceux-ci convenaient avec ce saint martyr dans le dogme pervers, qui rejetait le baptême administré par les hérétiques : mais leur sort a été bien différent; puisque saint Gyprien est demeuré parmi les saints, et les autres sont rangés parmi les hérétiques : ce qui fait dire au docte Vincent de Lérins, dans ce livre tout d'or, qu'il a intitulé, Commonitorium , ou ]\Iénioire sur l'antiquité de la foi : « 0 changement étonnant ! » Les auteurs d'une opinion sont catholiques, les » sectateurs sont condamnés comme hérétiques : » les maîtres sont absous, les disciples sontréprou- » vés : ceux qui ont écrit les livres erronés sont les » enfants du royaume, pendant que leurs dôfcn- ') seurs sont précipités dans l'enfer. » Voilà des paroles l)ien tcrrililcs pour la damnation de ceux qui avaient opiniâtrement soutenu les dogmes que les saints avaient proposés de bonne foi , dont on voit bien que la différence consiste précisément à avoir erré avant que l'Eglise se fût expliquée, ce qui se pouvait innocemment; et avoir erré contre ses décrets solennels , ce qui ne peut plus être imputé qu'à orgueil et irrévérence.

C'est aussi ce que saint Augustin ne nous laisse point ignorer, lorsque comparant saint Gyprien avec les donalistes : « Nous-mêmes, dit-il, nous » n'oserions pas enseigner une telle chose, » contre un aussi grand docteur que saint Gyprien; c'est-àdire, la sainteté et la validité du baptême administré par les hérétiques , « si nous n'étions appuyés

» sur l'autorité de l'Eglise universelle, à laquelle il » aurait très-certainement cédé lui-même , si la vé- » rite ôclaircie avait été confirmée dès lors par un » concile universel : » Cui et ille procul dubio cederet ; si quœslionis hujus veritas , eliquala ni declarala per plcnariuni concilium, solidarehcr'.

Telle est donc la différence qu'on a toujours mise entre les dogmes non encore entièrement autorisés par le jugement de l'Eglise, et ceux qu'elle a déclarés authentiquement véritables : et cela est fondé sur ce que la soumission à l'autorité de l'Eglise , étant la dernière épreuve où Jésus-Christ a voulu mettre la docilité de la foi, on n'a plus, quand on méprise cette autorité, à attendre que cette sentence ; « S'il n'écoute pas l'Eglise , qu'il vous soit » comme un païen et un publicain^. »

Il ne s'agit pas ici de prouver cette doctrine, mais seulement d'exposer à votre grand prince la méthode de l'Eglise catholique, pour distinguer, parmi les articles non fondamentaux, les erreurs où l'on peut tomber innocemment, d'avec les autres. La racine et l'effet de la distinction se tirent principalement de la décision de l'Eglise. Nous n'avançons rien de nouveau en cet endroit, non plus que dans toutes les autres parties de notre doctrine. Les plus célèbres docteurs du quatrième siècle parlaient et pensaient comme nous. Il n'est pas permis de mépriser des autorités si révérées dans tous les siècles suivants : et d'ailleurs, quand saint Augustin assure que saint Gyprien aurait cédé à l'autorité de l'Eglise universelle, si sa foi s'était déclarée de son temps par un concile de toute la terre, il n'a parlé de cette sorte que sur les paroles expresses de ce saint martyr, qui, interrogé par Antonien son collègue dans l'épiscopat, quelles étaient les erreurs de Novatien : « Sachez premièrement, -lui di- » sait-il*, que nous ne devons pas môme être cu- » rieux de ce qu'il enseigne , puisqu'il est hors de » l'Eglise : quel qu'il soit, et quelque autorité qu'il » s'attribue, il n'est pas chrétien, puisqu'il n'est pas » dans l'Eglise de Jésus-Christ : » Chrislianus non est, qui in Christi Ecclesiâ non est. Saint Augustin n'a pas tort de dire qu'un homme qui ne soutire pas qu'on juge digne d'examen une doctrine qu'on enseigne hors de l'Eglise, mais qui veut qu'on la rejette à ce seul titre, n'aurait eu garde de se soustraire lui-même à une autorité si inviolable.

Il n'est pas même toujours nécessaire, pour mériter d'être condamné , d'avoir contre soi une expresse décision de l'Eglise, pourvu que d'aileurs sa doctrine soit bien connue et constante. C'est aussi pour cette raison que le môme saint Augustin, en parlant du baptême des petits enfants, a prononcé ces paroles : « Il faut, dit-il, souffrir les » contredisants dans les questions (jui ne sont pas » encore bien examinées, ni pleinement décidées » par l'autorité de l'Eglise : » In quœstionibus nondum plenâ Ecclesiœ auctoritate firmatisK « C'est » là, continue ce Père, que l'erreur se peut tolérer; » mais elle ne doit pas entreprendre d'ébranler le » fondement de l'Eglise » : Ibi ferendus est error, non usque ndeù progredi débet , ut fundnmentum ipsum Kcclesiœ quatere moliatur.

l. Antj.,'le Bajjt.,lib. ii, cap. iv, n.b, t.i\. i-oL'JS.—2. Matllt., xvm. 17. — 3. Ci/;)i-., Ep. l.u,p. 73. — 4. Augiist., S.-')-nl, xiv de verb. Afl. mmc. Serin, ccxciv, n. 20; tom. v, col. 1191.

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

On n'avait encore tenu aucun concile pour y traiter expressément la question du baptême des petits enfants; mais parce que la pratique en était constante et universelle, en sorte qu'il n'y avait aucun moyen de la contester, loin de permettre de la révoquer en doute, saint Augustin la prêche hautement comme une vérité toujours établie, et dit que ce doute seul emporte le renversement du fondement de l'Eglise.

C'est à cause que ceux qui nient cette autorité sont proprement ces esprits contentieux , que l'Apôtre ne souffre pas dans les Eglises'. Ce sont ces frères, qui marchent désordonnc'ment , et non pas selon la règle qu'il leur a donnée , dont le même apôtre veut qu'on se retire-. On ne se doit retirer d'eux qu'à cause qu'ils se retirent les premiers de l'autorité de l'Eglise et de ses décrets, et se rangent au nombre de ceux qui se séparent eux-mêmes^ : d'où l'on doit conclure qu'encore que la matière de leur dispute ne soit peut-être pas fondamentale, et du rang de celles dont la connaissance est absolument nécessaire à chaque particulier; ils ne laissent pas, par un autre endroit, d'ébranler le fondement de la foi, en se soulevant contre l'Eglise, et en attaquant directement un article du Symbole aussi important que celui-ci : Je crois l'Eglise catholique.

S'il faut maintenant venir à la connaissance nécessaire, necessitate medii, la principale de ce genre est celle de Jésus-Christ; puisqu'il est établi de Dieu comme l'unique moyen du salut, sans la foi duquel on est déjà jugé^, et la colère de Dieu demeure sur nous. Il n'est pas dit qu'elle y tombe, mais qu'elle y demeure; parce qu'étant, comme nous le sommes, dans une juste damnation par notre naissance , Dieu ne fait point d'injustice à ceux qu'il y laisse. C'est peut-être à cet égard qu'il est écrit : « Qui ignore sera ignoré'' : » et quoi qu'il en soit, qui ne connaît pas Jésus-Christ n'en est pas connu; et il est de ceux à qui il sera dit au jugement : Je ne vous connais pas^. »

On pourrait ici considérer cette parole de Notre Seigneur : « La vie éternelle est de vous connaître, » vous qui êtes le seul vrai Dieu , et Jésus-Christ » que vous avez envoyé'. » Cependant, à parler correctement, il semble qu'on ne doit pas dire que la connaissance de Dieu soit nécessaire , necessitate medii, mais plutôt d'une nécessité d'un plus haut rang, 7iecessitate finis; parce que Dieu est la fin unique de la vie humaine, le terme de notre amour, et l'objet où consiste le salut : mais ce serait inutilement que nous nous étendrions ici sur cette expression, puisqu'elle ne fait aucune sorte de controverse parmi nous.

Pour le livre intitulé, Secretio, etc., il est très-bon dans le fond. On en pourrait retrancher encore quelques articles : il y en aurait quelques autres à éclaircir un peu davantage. Pour entrer dans un plus grand détail, il faudrait traiter tous les articles de controverse; ce que je pense avoir assez fait, et avec toutes les marques d'approbation de l'Eglise , dans mon livre de V Exposition .

Je me suis aussi expliqué sur cette matière dans

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