Prolog. II. in Mallh., Quœst. iv
PROJET DE nillINloN ENTRE LES CATHOLIQUES
qu6e ci-dessiiR, savoir, (|iio ceux qui onl reçu ces livres dans le canon, l'oiil entendu d'un degré inférieur de canonicitô : et cette concilialion, outre qu'elle peut seule avoir lieu, et est fondée en raison, est encore rendue incontestable; parce que (juclques-uns de ces niômcs auteurs s'expliquent ainsi , comme je le ferai encore voir.
LVL Je croirai volontiers, sur la foi de saint Jérôme, que le grand concile de Nicéc a parlé avantageusement du livre de Judith : mais dans le même concile on a encore cité le livre du Paateur d'IIerraas', qui n'était guère moins estimé par plusieurs que celui de Judith. Le cardinal Raronius, trompé par le passage de saint Jérôme, crut que le concile de Nicée avait dressé un canon pour le dénombrement des saintes Ecritures, où le livre de Judith s'était trouvé : mais il se rétracta dans une autre édition, et reconnut que ce ne devait avoir été qu'une citation de ce livre.
LVIL Au reste, vous soutenez vous-même. Monseigneur, § 18, que les Eglises de ces siècles reculés étaient partagées sur l'autorité des livres de la Rible, sans que cela les empêchât de concourir dans la même Ihéulogie; et vous jugez bien que celte remarque plaira à Monseigneur le Duc, comme en effet rien ne lui saurait plaire davantage que ce qui marque de la modération. Ils avaient raison aussi; puisqu'ils reconnaissaient, comme vous le remarquez, % 19, que cette diversité du canon, mais qui, à mon avis, n'était qu'apparente, ne faisait naître aucune diversité dans la foi ni dans les mœurs. Or je crois qu'on peut dire qu'encore à présent la diversité du canon de vos Eglises et de la nôtre ne fait aucune diversité des dogmes. Et comme nous nous servirions de vos versions et vous des nôtres en un besoin, nous pourrions bien en user de même, sans rien hasarder, à l'égard des livres apocryphesque vous avez canonisés. Donc il semble que l'assemblée de Trente aurait bien fait d'imiter cette sagesse et cette modération des anciens, que vous recommandez.
LVIIL J'avoue aussi, suivant ce qui est dit § 20, que non-seulement la connaissance du canon , mais môme de toute l'Ecriture sainte, n'est point nécessaire absolument; qu'il y a des peuples sans Ecriture, et que l'enseignement oral ou la tradition peut suppléer à son défaut. Mais il faut avouer aussi que, sans une assistance toute particulière de Dieu, les traditions de bouche ne sauraient aller dans des siècles éloignés sans se perdre , ou sans se corrompre étrangement, comme les exemples de toutes les traditions qui regardent l'histoire profane, et les lois et coutumes des peuples, et même les arts et sciences le montrent incontestablement.
LLX. Ainsi la Providence se servant ordinairement des moyens naturels, et n'augmentant pas les miracles sans raison , n'a pas manqué de se servir de l'Ecriture sainte, comme du moyen plus propre à garantir la pureté de la religion contre les corruptions des temps : et les anathômes prononcés dans l'Ecriture même contre ceux qui y ajoutent ou qui en retranchent, en font encore voir l'importance, et le soin qu'on doit prendre à ne rien admettre dans le canon principal , qui n'y ait été d'abord. C'est pourquoi , s'il y avait des annthèmes à iirononrer