‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 602 sur 631 · SVss. IV · texte numérisé non relu

SVss. IV

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

la faveur de quelques ternies équivoques de certains anciens, ont eu la hardiesse d'établir dans l'Eglise une doctrine nouvelle et entièrement contraire à la sacrée antiquité , et de prononcer même anathème contre ceux qui maintiennent la pureté de la vérité catholique? Si nous ne connaissions pas la force de la prévention et du parti, nous ne comprendrions point comment des personnes éclairées et bien intentionnées peuvent soutenir une telle entreprise. LXIIL Mais si nous ne pouvons pas nous empêcher d'en être surpris, nous ne le sommes nullement de ce qu'on donne chez vous à votre communion le nom d'Eglise catholique; et je demeure d'accord de ce qui est dit, § 23, que ce n'est pas ici le lieu d'en rendre raison. Les prolestants en donnent autant à leur communion. On connaît la confession catholique de notre Gérard, et le catholique orthodoxe de Morlon, anglais. Et il est clair au moins que notre sentiment, sur le canon des livres divinement inspirés , a toutes les marques d'une doctrine catholique; au lieu que la nouveauté introduite par l'assemblée de Trente a toutes les marques ici d'un soulèvement schismatique. Car que des novateurs prononcent anathème contre la doctrine constante de l'Eglise catholique, c'est la plus grande marque de rébellion et de schisme qu'on puisse donner. Je vous demande pardon , Monseigneur, de ces expressions indispensables, que vous connaissez mieux que personne ne pouvoir point passer pour téméraires , ni pour injurieuses dans une telle occasion.

LXIV. Je ne vois donc pas moyen d'excuser la décision de Trente, à moins que vous ne vouliez, Monseigneur, approuver l'explication de quelquesuns qui croient pouvoir encore la concilier avec la doctrine des protestants; et qui , malgré les paroles du concile, prétendent qu'on peut encore les expliquer comme saint Augustin a expliqué les siennes. En ce cas , il ne faudrait pas seulement donner aux livres incontestablement canoniques un avantage ad hominem, comme vous faites, § 24, mais absolument , en disant que le canon de Trente , comme celui d'Afrique, comprend également les livres infaillibles ou divinement inspirés , et les livres ecclésiastiques aussi , c'est-à-dire, ceux que l'Eglise a déclarés authentiques et conformes aux livres divins. Je n'ose point me flatter que vous approuviez une explication qui parait si contraire à ce que vous venez de soutenir avec tant d'esprit et d'érudition. Cependant il ne paraît pas qu'il y ait moyen de sauver autrement l'honneur des canons de Trente sur cet article.

Me voilà maintenant au Ijout de votre lettre, Monseigneur, dont je n'ai pu faire une exacte analyse, qu'en m'étendant bien plus qu'elle. Je suis bien fâché de cette prolixité; mais je n'y vois point de remède; et cependant je ne suis pas encore au bout de ma carrière : car j'ai promis plus d'une fois de montrer en abrégé, autant qu'il sera possible, la perpétuité de la foi catholique conforme à la doctrine des protestants sur ce sujet. C'est ce que je ferai , avec votre permission , dans la lettre suivante, que je me donnerai l'honneur de vous écrire; et cependant je suis avec zèle. Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Leib.mtz.

A Wolfenbutel, ce 14 mai 170U.

LETTRE XXXVIL

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