Eus.f Uist. KccL, Ub. m, c. xii ; tii . iv, c. xxii
XCII. Je ne vois pas qu'il soit jiossible qu'une personne équitable et non prévenue puisse douter du sens que je donne au canon des deux papes et du concile de Carthage. Car autrement il faudrait dire qu'ils se sont séparés ouvertement de la doctrine constante de l'Eglise universelle, du concile de Laodicée , et de tous ces grands et saints docteurs de l'Orient et de l'Occident que je viens de citer; en quoi il n'y a point d'apparence. Les erreurs ordinairement se glissent insensiblement dans les esprits, et elles n'entrent guère ouvertement par la grande porte. Ce divorce aurait été fait très-mal à propos, et aurait fait du bruit et fait naître des contestations.
XCIII. Mais rien ne prouve mieux le sens de la lettre du pape Innocent I, et de l'Eglise romaine de ce temps, que la doctrine expresse, précise et constante de saint Jérôme, qui fleurissait à Rome en ce temps-là môme , et qui cependant a toujours soutenu que les livres proprement divins et canoniques du Vieux Testament, ne sont que ceux du canon des Hébreux. Est-il possible de s'imaginer que ce grand homme aurait osé s'opposer à la doctrine de l'Eglise de son temps, et que personne ne l'en aurait repris, pas même Rufin, qui était aussi du même sentiment que lui , et tant d'autres adversaires qu'il avait; et qu'il n'eut jamais fait l'apologie de son procédé, comme il fait pourtant en tant d'autres rencontres de moindre importance? Il est sûr que l'ancienne Eglise latine n'a jamais eu de Père plus savant que lui , ni de meilleur interprète critique ou littéral de la sainte Ecriture, surtout du Vieux Testament, dont il connaissait la langue originale : ce qui a fait dire à Alphonse Tostatus , qu'en cas de conflit , il faut plutôt croire à saint Jérôme qu'à saint Augustin, surtout quand il s'agit du Vieux Testament et de l'Histoire, en quoi il a surpassé tous les docteurs de l'Eglise.
XCIV. C'est pourquoi, bien que j'aie déjà parlé plus d'une fois des passages de saint Jérôme, entièrement conformes au sentiment des protestants , il sera bon d'en parler encore ici. J'ai déjà cité son Prologus Galeatus , (|ui est la préface des livres des Rois; mais qu'on met, suivant l'intention de l'auteur, au-devant des livres véritablement canoniques du Vieux Testament, comme une espèce de sentinelle pour défendre l'entrée aux autres. Voici les paroles de l'auteur : Hic Prologus Scripturarum quasi Galeatum l'rincipium omnibus libris, quos de hebrœo certimns in laiinum , convenire potest. Il semble que ce grand homme prévoyait que l'ignorance des temps , et le torrent populaire forcerait la digue du véritable canon, et qu'il travailla à s'y opposer. Mais la sentinelle qu'il y mit avec son casque, n'a pas été capable d'éloigner la hardiesse de ceux qui ont travaillé à rompre cette digue, qui séparait le divin de l'humain.
XCV. Or, comme j'ai dit ci-dessus', il comptait tantôt vingt-deux, tantôt vingt-quatre livres du Vieux Testament; mais enelTet toujours les mômes. Et ce qu'il écrit dans une lettre à Paulin, qu'on avait coutume de mettre au-devant des Bibles avec le Prologus Galeatus, marque toujours le même sentiment. Il s'explique encore particidièremenl dans ses |)réfaces sur Toliie, sur Judith, cl ailleurs :