‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 615 sur 631 · XVIII. Je no répéterai pas ce que j'ai dit d'Ori · texte numérisé non relu

XVIII. Je no répéterai pas ce que j'ai dit d'Ori

1. Slip. Lettre du 24 mai 1700. — 2. ,V. lxxviii. — 3. Epiph., ttœr. LXXVI , c. v, ton. i , p. 911.

B. — T. IV

gène, dans ma lettre du 9 janvier 1700', et que vous avez laissé passer sans contradiction dans votre lettre du 14 mai 1700°, en répondant seulement que c'est là quelque chose de particulier. Mais quoi qu'il en soit, il y a ceci de général dans un auteur si ancien et si savant, que les Hébreux ne sont pas à suivre dans la suppression qu'ils ont faite de ce qui ne se trouve que dans le grec, et qu'en cela il faut préférer l'autorité des chrétiens; ce qui est décisif pour notre cause.

XIX. Pendant que nous sommes sur Origène, vous m'accusez du même défaut que je vous objecte, et qui est celui de prouver trop; et vous soutenez que les citations si fréquentes, dans les ouvrages de ce grand homme, de ces livres contestés, aussi bien que celles de saint Clément Alexandrin, de saint Cyprien et de quelques autres, ne prouvent rien; parce que le même Origène a cité le Pasteur, livre si suspect. C'est, Monsieur, ce qui fait contre vous; puisqu'on citant le Pasteur, il y ajoute ordinairement cette exception : Si oui tamen libellus ille suscipiendus videtur ; restriction que je n'ai pas remarqué qu'il ajoutât, lorsqu'il cite Judith, Tobie et le livre de la Sagesse; comme on le peut remarquer en plusieurs endroits, et notamment dans ses Homélies xxvii et xxxiii sur les Nombres, où les trois livres qu'on vient de nommer sont allégués sans exception, et en parallèle avec les livres d'Esther, du Lévitique et des Nombres, et même avec l'Evangile et les Epitres de saint Paul.

XX. Vous aviez comme supposé votre principe, dès votre lettre du 11 décembre 1699; et je vous avais représenté par ma réponse du 9 janvier 1700, n. XV, que cette dilTiculté vous était commune avec nous; puisque vous receviez pour certainement canoniques l'Epitre aux Hébreux et les autres, dont vous voyez aussi bien que moi, qu'on n'a pas plus été toujours d'accord que de la Sagesse, etc.

XXI. Si je voulais dire. Monsieur, que c'est là un raisonnement sans réplique , je le pourrais démontrer par la nullité évidente de vos réponses dans votre lettre du 14 mai 1700.

XXII. Vous en faites deux; la première dans l'endroit de cette lettre', où vous parlez en cette sorte : « Il y a plusieurs choses à répondre; car » premièrement les protestants ne demandent pas » que les vérités de foi aient toujours prévalu, ou » qu'elles aient toujours été reçues généralement. » Dites-moi donc, je vous prie, quelle règle se proposent vos Eglises sur la réception des Ecritures canoniques? Eu savent-elles plus que les autres, pour les discerner? Voudront-elles avoir recours à l'inspiration particulière des prétendus réformés, c'est-à-dire, à leur fanatisme? C'est, Monsieur, ce que je vous laisse à considérer; et je vous dirai seulement que votre réponse est un manifeste abandonnement du principe que vous aviez posé comme certain et commun, dans votre lettre du 11 décembre 1699, qui a été le fondement de tout ce que nous avons écrit depuis.

XXIII. Je trouve une autre réponse dans la même lettre du 14 mai 1700*, où vous parlez ainsi : « Il » y a bien de la différence entre la doctrine cons- » tante de l'Eglise ancienne, contraire à la pleine

1. Epiph. Hœr., n. x. — 2. Idem , n. XLi. — 3. .V. XLrii. — 1. Idem.

PR(KIET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES

» aulorilé des livres de l'Ancien Testament, qui » sont liors du canon des UéJircux, et entre les » doutes particuliers que (luclques-uns ont formés » contre l'Epitre aux Hébreux et contre l'Apoca- 1» lypsc; ouiro (|u"on peut nier qu'elles soient de 1) saint Paul ou do saint Jean, sans nier qu'elles » sont divines. »

XXIV. Mais vous voyez liien, en premier lieu, que ceux qui n'admettaient pas l'Epitre aux Hébreux et l'Apocalypse, ne leur ôlaient pas seulement le nom de saint Paul ou de saint Jean, mais encore leur canonicité ; et en second lieu , qu'il ne s'agit point ici d'un doute particulier, mais du doute de plusieurs Eglises, et souvent même de plusieurs provinces.

XXV. Convaincu par ces deux réponses, que vous avez pu aisément prévoir, vous n'en avez plus que de dire', « que quand on accorderait chez les i> protestants qu'on n'est pas obligé , sous ana- » thème, de reconnaître ces deux livres, (l'Epitre » aux Hébreux et l'Apocalypse,) comme divins et » infaillibles, il n'y aurait pas grand mal. » Ainsi, plutôt que de conserver les livres de la Sagesse et les autres, vous aimez mieux consentir à noyer sans ressource l'Epitre aux Hébreux et l'Apocalypse, et par la môme raison, les Epitres de saint Jacques, de saint Jean et de saint Jude. Le livre d'Esther sera entraîné par la même conséquence. Vous ne ferez point de scrupule de laisser perdre aux enfants de Dieu tant d'oracles de leur Père céleste , à cause qu'on aura souffert à Cajétan, et à quelques autres, de ne les pas recevoir. On n'osera plus réprimer Luther, qui a blasphémé contre l'Epitre de saint Jacques, qu'il appelle une Epître de ■paille : il faudra laisser dire impunément, à tous les esprits libertins, ce qui leur viendra dans la pensée contre deux livres aussi divins que sont l'Epitre aux Hébreux et l'Apocalypse; et l'on en sera quitte pour dire, comme vous faites en ce lieu, » que le moins d'anathèmes, qu'on peut, c'est le » meilleur. »

XXVI. L'Eglise catholique raisonne sur de plus solides fondements, et met les doutes sur certains livres canoniques au rang de ceux qu'elle a soufferts sur tant d'autres matières, avant ciu'elles fussent bien éclaircies et bien décidées par le jugement exprès de l'Eglise.

XXVII. Vous avez peine à reconnaître l'autorité de ces décisions. Vous comptez pour innovations, lorsqu'on passe en articles , des points qu'on ne souffre plus qui soient contestés par ceux qu'on soutTrait auparavant. Par là vous rejetez la doctrine constante et indubitable que j'avais tâché d'expliquer par ma lettre du 30 janvier 1700, à laquelle vous voulez bien que je vous renvoie; puisque après l'avoir laissée sans contradiction, vous déclarez sur la fin de votre lettre du 24 mai 1700 , qu'au fond elle ne doit point nous arrêter.

XXVIII. Aussi cette doctrine est-elle certaine parmi les chrétiens. Personne ne trouve la rebaptisation aussi coupable dans saint Cyprien, qu'elle l'a été dans les donatisles depuis la décision de l'Eglise universelle. Ceux qui ont favorisé les pélagiens et les demi-pélagiens, avant les définitions de Cartilage, d'Orange, etc., sont excusés, et non pas

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