‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 616 sur 631 · iV. xi.iv · texte numérisé non relu

iV. xi.iv

I ceux qui l'ont fait depuis. Il en est ainsi des autres dogmes. Les décisions de l'Eglise, sans rien dire de nouveau , mettent dans la chose une précision et une autorité à laquollo il n'est plus permis de résister.

.\XL\. Quand donc on demande ce que devient cette maxime ; Que la foi est enseignée toujours , partout et par tous; il faut entendre ce tous, du gros de l'Eglise : et je m'assure. Monsieur, que vous-même ne feriez pas une autre réponse à une pareille demande.

XXX. Il n'y a plus qu'à l'appliquer à la matière que nous traitons. L'Eglise catholique n'a jamais cru que le canon des Hébreux fut la seule règle, ni que pour exclure certains livres de l'Ancien Testament de ce canon, qu'on appelait le canon par excellence, parce que c'était le premier et le primitif, on eût eu intention pour cela de les rayer du nombre des livres que le Saint-Esprit a dictés. Elle a donc porté ses yeux sur toute la tradition; et par ce moyen, elle a aperçu que tous les livres qui sont aujourd'hui dans son canon, ont été communément et dès l'origine du christianisme, cités même en confirmation des dogmes les plus essentiels de la foi , par la plupart des saints Pères. Ainsi elle a trouvé dans saint Athanase , au livre contre les Gentils, la Sagesse citée en preuve indifféremment avec les autres Ecritures. On trouve encore dans sa première lettre à Sérapion , aussi bien qu'ailleurs, le livre de la Sagesse cité sans distinction avec les livres les plus authentiques, en preuve certaine de l'égalité des attributs du Saint-Esprit avec ceux du Père et du Fils, pour en conclure la divinité. On trouvera le même argument dans saint Grégoire de Nazianze et dans les autres saints. Nous venons d'ouïr la citation de saint Epiphane contre l'hérésie d'Aétius, qui dégradait le Fils de Dieu. Nous avons vu dans les lettres du 9 et du 30 janvier 1700, celle de saint Augustin contre les semipélagiens, et il y faudra bientôt revenir. Nous produirions aisément beaucoup d'exemples semblables.

XXXI. Pour marcher plus sûrement, on trouve encore des canons exprès et authentiques, où ces livres sont rédigés. C'est le pape saint Innocent, qui, consulté par saint Exupère , a instruit en sa personne toute l'Eglise gallicane de leur autorité, sans les distinguer des autres. C'est le troisième concile de Garthage, qui, voulant laisser à toute l'Afrique un monument éternel des livres qu'elle avait reconnus de tout temps, a inséré dans son canon ces mêmes livres sans en excepter un seul, avec le titre d'Ecritures canoniques' . On n'a plus besoin de parler du concile romain sous le pape Gélase; et il faut seulement remarquer que s'il ne nomme qu'un livre des Machabées , c'est visiblement au même sens que dans la plupart des canons , les deux livres des Paralipomônes ne sont comptés que pour un, non plus que Néhémias et Esdras, et beaucoup d'autres; à cause, comme saint Jérôme l'a bien remarqué^, qu'on en faisait un môme volume : ce qui peut d'autant plutôt être arrivé au deux livres des Machabées, que dans le fond ils ne font ensemble qu'une même histoire.

1. Conc, Cnrth. III, Can. xlvii ; Lahb.^ tom. il, col. 1177. — :*. Ilieronym., Kp. i,. nd Paul., to,n. iv, p n-t. //, col. 571.

ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE

XXXn. Vous voulez nous persuader que sous le nom d'Ecriture canonique, on entendait souvent en ce temps les Ecritures qu'on lisait publiquement dans les Eglises , encore qu'on ne leur donnât pas une autorité inviolable : mais le langage commun de l'Eglise s'oppose à cette pensée, dont aussi il ne parait aucun témoignage au milieu de tant de passages que vous produisez.

XXXliï. Je ne sais quelle conséquence vous voulez tirer, dans votre lettre du 24 mai 1700, des paroles de saint Innocent I, qui ajoute au dénombrement des Ecritures la condamnation expresse des apocryphes : Si qua sunt nlia , non solùm repudianda , verùm etiam noveris esse damnanda. Voici comment vous vous en expliquez' : « En » considérant ses paroles, qui sont celles qu'on » vient d'entendre, on voit clairement son but, qui )- est de faire un canon des livres que l'Eglise re- I) connaît pour authentiques, et qu'elle fait lire pu- » bliquement comme faisant partie de la Bible. » Ainsi ce canon devait comprendre tant les livres » théopneustes ou divinement inspirés , que les » livres ecclésiastiques , pour les distinguer tous » ensemble des livres apocryphes, plus spéciale- » ment nommés ainsi; ■ c'est-à-dire, de ceux qui » devaient être cachés et défendus comme sus- » pects. »

XXXIV. J'avoue bien la distinction des livres apocryphes, qu'on défendait expressément comme suspects, ou ainsi que nous l'avons vu dans le fragment de saint Athanase^, comme inventés par les hérétiques. Ceux-ci devaient être spécialement condamnés, comme ils le sont par saint Innocent. On pouvait aussi rejeter et en un sens condamner les autres, en tant qu'on les aurait voulu égaler aux livres canoniques : mais quant à la distinction des livres authentiques, et qui faisaient partie de la Bible, d'avec les livres divinement inspirés, je ne sais où vous l'avez prise; et pour moi, je ne la vois nulle part. Car aussi quelle autorité avait l'Eglise, de faire que des livres, selon vous, purement humains, et nullement infaillibles, fussent authentiques, et méritassent d'être partie de la Bible'? Quelle est l'authenticité que vous leur attribuez, s'il n'est pas indubitable qu'ils sont sans erreur? L'Eglise les déclare utiles, dites-vous : mais tous les livres utiles font-ils partie de la Bible, et l'approbation de l'Eglise les peut-elle rendre authentiques? Tout cela ne s'entend pas; et il faut dire qu'être authentique, c'est , selon le langage du temps, être reçu en autorité comme Ecritures divines. Je ne connais aucun livre qui fasse partie de la Bible, que les livres divinement inspirés, dont la Bible est le recueil. Les apocryphes iju'on a jugés supportables, comme pourrait être la prière de Manassès avec le troisième et le quatrième livre d'Esdras, sont bien aujourd'hui attachés à la Bible; mais ils n'en sont pas pour cela réputés partie, et la distinction en est infinie. Il en était de même dans l'ancienne Eglise, qui aussi ne les a jamais mis au rang des Ecritures canoniques dans aucun dénombrement.

XXXV. Je n'entends pas davantage votre distinction , de la manière que vous la posez , entre les

, Sup., n. vm. — 3. Lell. du 11 Mai 1700,

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