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livres que vous appelez ecclésiastiques, et les livres vraiment canoniques. Dans le livre que saint Jérôme a composé , de Scriploribus ecclesiasticis , il a compris les apôtres et les évangélisles sous ce titre. Il est vrai qu'on peut distinguer les auteurs purement ecclésiastiques d'avec les autres. Mais vous ne montrerez jamais que la Sagesse et les autres livres dont il s'agit, soient appelés purement ecclésiastiques. Si vous voulez dire qu'on lisait souvent dans les églises des livres qui n'étaient pas canoniques, mais qu'on pouvait appeler simplement ecclésiastiques , comme les Actes des martyrs; j'en trouve bien la distinction dans le canon xlvii du concile ni de Carthage : mais j'y trouve aussi que ce n'est point en ce rang qu'on mettait la Sagesse, et les autres livres de cette nature; puisqu'ils sont très-expressément nommés canoniques, et que le concile déclare en termes formels, que ceux qui sont compris dans son canon, parmi lesquels se trouvent ceux-ci en parfaite égalité, sont les seuls qu'on lit sous le titre de canoniques, Sub titulo canonicœ Scripturœ.
XXXVI. Je ne puis donc dire autre chose, sur votre distinction de livre inspiré de Dieu et de livre authentique, et qui fasse partie de la Bible, sinon qu'elle est tout à fait vaine; et qu'ainsi, en rangeant les livres dont vous contestez l'autorité, au nombre des authentiques et faisant partie de la Bible, au fond vous les faites vous-même véritablement des livres divins ou divinement inspirés et parfaitement canoniques.
XXXVII. Saint Augustin, qui était du temps et qui vit tenir le concile de Carthage, s'il n'y était pas en personne, a fait deux choses : l'une, de mettre lui-même ces livres au rang des Ecritures canoniques'; l'autre, de répéter trente fois, que les Ecritures canoniques sont les seules à qui il rend cet honneur de les croire exemptes de toute erreur, et de n'en révoquer jamais en doute l'autorité^ : ce qui montre l'idée qu'il avait, et qu'on avait de son temps, du mot d'Ecritures canoniques.
XXXVIII. Cependant c'est saint Augustin que vous alléguez, dans votre lettre du 24 mai 1700', pour témoin de ce langage que vous attribuez à l'Eglise. Voyons donc si vos passages seront sans réplique. « L'Ecriture des Machabées, dit saint » Augustin", n'est pas chez les Juifs comme la loi » et les prophètes; mais l'Eglise l'a reçue avec uti- » lité, pourvu qu'on la lise sobrement. La Sagesse » et l'Ecclésiastique ne sont pas de Salomon; mais » l'Eglise, principalement celle d'Occident, les a 1) reçus anciennement en autorité. Les temps du » second temple ne sont pas marqués dans les » saintes Ecritures, qu'on appelle canoniques; mais » dans les livres des Machabées, qui sont tenus » pour canoniques, non par les Juifs, mais par » l'Eglise, à cause des admirables souffrances de » certains martyrs. »
XXXLX. Je vois , Monsieur, dans tous ces passages, qu'on appelle particulièrement canoniques , les livres du canon des Hébreux, à cause que c'est le premier et le primitif, comme il a déjà été dit ,
I. Lib. II. *; Doct. Chrisl., c. vm, n. 12 et 13. — 2. Vid. Ep. lAxxii, al XIX, n. 2 ei 3 ; tom. ii, col. 190. — 3. N xcix et suiv. — 4. Aug., lib. II cont. Gaud., cap. xxiii. Idem , de Civit., lib, ! XVII, c. XX. Ihid.j I. xiil, cap. xix, uhi sup.
i'H(\ii:t de réunion entre les catholiques
pour les autres, qui sunl reçus ancienneiucnt en autorilè par l'Eglise, je vois aussi l'occasion qui l'y a rendue allentive, et qu'il les faut lire avec quelque circonsi)eclion, ft cause de certains endroits (pii, mal entendus, pourraient paraître suspects : mais que leur canonicité consiste précisénieni en ce qu'on les lit dans l'Eglise, sans avoir dessein d'en recommander l'aulorité comme inviolable; c'est de quoi saint Augustin ne dit pas un mot.
XL. Et je vous prie. Monsieur, entendons de bonne foi quelle autorité saint Augustin veut donner à ces livres premièrement, vous auriez pu nous avertir qu'au même lieu que vous alléguez' pour donner atteinte à la Sagesse et à l'Ecclésiastique , saint Augustin prétend si bien que ces livres sont prophétiques, qu'il en rapporte deux prophéties trcs-claires et très-expresses; l'une, de la passion du Fils de Dieu; l'autre, de la conversion des Gentils. Je n'ai pas besoin de les citer : elles sont connues, et il me sufTit de faire voir que ce Père, bien éloigné de mettre leur canonicité en ce qu'on les lisait dans l'Eglise, comprenait au contraire que de tout temps, comme il le remarque, on les lisait dans l'Eglise, à cause qu'on les y avait regardés comme prophétiques.
XLI. Venons à l'usage qu'il fait de ces livres; puisque c'est la meilleure preuve du sentiment qu'il en avait. Ce n'est pas pour une fois seulement, mais par une coutume invariable qu'il les emploie pour confirmer les vérités révélées de Dieu , et nécessaires au salut, par autorité infaillible. Nous avons vu son allégation du livre de la Sagesse. Il a cité avec le même respect l'Ecclésiastique, pour établir le dogme important du libre arbitre, et il fait marcher ce livre indistinctement comme Mo'ise et les Proverbes de Salomon , avec cet éloge commun à la tète : « Dieu nous a révélé par ses Ecritures, qu'il » faut croire le libre arbitre; et je vais vous repré- » senter ce qu'il en a révélé par la parole , non des » hommes, mais de Dieu : » Non humano eloquio sed divino^. Vous voyez donc que s'il a cité le livre de la Sagesse et celui de l'Ecclésiastique , ce n'est pas en passant ou par mégarde, mais de propos délibéré, et parce que chez lui c'était un point fixe de se servir aulhentiquement des livres du second canon , ainsi que des autres.
XLII. C'est dans ses derniers ouvrages qu'il a parlé le plus ferme sur ce sujet; c'est-à-dire, qu'il allait toujours se confirmant de plus en plus dans la tradition ancienne; et que plus il se consommait dans la science ecclésiastique, plus aussi il faisait valoir l'autorité de ces livres.
XLIII. Ce qu'il y a ici de plus remarquable , c'est qu'il s'attacha à soutenir la divinité du livre de la Sagesse, après qu'elle lui eut été contestée par les fauteurs du demi-pélagianisme ; et qu'au lieu de U'icher pied , ou de répondre en hésitant, il n'en parla que d'un ton plus ferme.
XLIV. Après cela. Monsieur, pouvez-vous être content do votre réponse, lorsque vous dites, dans votre même lettre du 24 mai 1700 3, que saint Augustin a parlé si ferme de l'autorilé de la Sagesse dans la chaleur de son Apologie; pendant que vous voyez si clairement que ce n'est pas ici une all'aire
1. De Civil., tib. xvn , c. xx. Sup. — 2. De Oral, et lih. arb., cap. Il, n. 2, tom. x, col, 718 — 3. K. cm.
de chaleur, mais de dessein et de raison ; puisque ce grand homme ne fait que marcher sur les i)rincipes qu'il avait toujours soutenus, et dans lesquels il s'an'ermissait tous les jours, comme on fait dans les vérités bien entendues.
XLV. Vous remarquez qu'il n'a pas dit que ce livre fût égal aux autres ; ce qu'il aurait fallu dire s'il eût été des sentiments tridentins. Mais ne voiton pas l'équivalent dans les paroles, où il inculque avec tant de force qu'on l'ait injure à ce livre, lorsqu'on lui conteste son autorité; puisqu'il a été écoulé comme un témoignage divin? Rapportons ses propres paroles : « On a cru, dit-il', qu'on n'y écoulait » autre chose qu'un témoignage divin , » sans qu'il y eût rien d'humain mêlé dedans. Mais encore, qui en avait cette croyance? les évèques et tous les chrétiens, jusqu'au dernier rang des la'iques, pénitents et catéchumènes. On eût induit les derniers à erreur, si on leur eût donné comme purement divin ce qui n'était pas dicté par le Saint-Esprit, et si l'on eut fait de l'autorité divine de ce livre comme une partie du catéchisme? Après cela , Monsieur, permettez que je vous demande, si c'est là ce que disent les protestants; et si vous pouvez concilier l'autorité de ces livres purement ecclésiastique et humaine, et nullement infaillible que vous leur donnez , avec celle d'un témoignage divin, unanimement reconnu par tous les ordres de l'Eglise, que saint Augustin leur attribue. C'est ici que j'espère tout de votre candeur, sans m'expliquer davantage.
XLVI. En un mol, saint Augustin ayant distingué, comme on a vu ci-dessus-, aussi clairement qu'il a fait , la déférence qu'il rend aux auteurs qu'il appelle ecclésiastiques , ecclesiastici tractatores, et celle qu'il a pour les auteurs des Ecritures canoniques; en ce qu'il regarde les uns comme capables d'errer, et les autres non : dès qu'il met ces livres au-dessus des auteurs ecclésiastiques, et qu'il ajoute que ce n'est pas lui qui leur a donné ce rang, « mais les docteurs les plus proches du temps des apôtres : » Temporibus proximi apostolorum eccleaiastici tractatores ; il est plus clair que le jour qu'il ne leur peut donner d'autre autorité que celle qui est supérieure à tout entendement humain , c'est-àdire, toute divine et absolument infaillible.
XLVII. Vous pouvez voir ici, encore une fois, ce qui a déjà été démontré ci-dessus', combien vous vous éloignez de la vérité, en nous disant, qu'en ce temps le livre de la Sagesse et les autres étaient mis simplement au rang des livres ecclésiastiques; puisque vous voyez si clairement saint Augustin, auteur de ce temps, les élever au-dessus de tous les livres ecclésiastiques, jusqu'au point de n'y écouter qu'un témoignage divin ; ce que ce Père n'a dit ni pu dire d'aucun de ceux qu'il appelle ecclésiastiques , à l'autorité desquels il ne se croit pas obligé de céder.
.XLVIII. Quand vous dites, dans votre même lettre du 24 mai 1700\ qu'il reconnaît dans ces livres seulement l'autorité de l'Eglise, et nullement celle d'une révélation divine; peut-être n'auriezvous point regardé ces deux autorités comme opposées l'une à l'autre, si vous aviez considéré que le [irincipe perpétuel de saint Augustin est de recon-