Aug.,de Prœd. Sancl., cap. \\v. nhi sup. —2. .V. xxiu
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ET LES PROTESTANTS D'ALLEMAGNE
nailre sur les Ecritures l'autorité de l'Eglise, comme la marque certaine de la révélation , jusqu'à dire, comme vous savez aussi bien que moi, qu'il ne croirait pas à l'Evangile, si l'autorité de l'Eglise catholique ne l'y portait'.
XLLX. Que s'il a dit souvent avec tout cela, comme vous l'avez remarqué , qu'on ne cite pas ces livres, que les Hébreux n'ont pas reçus dans leur canon, avec la même force que ceux dont personne n'a jamais douté; j'en dirai bien autant moi-même, et je n'ai pas feint d'avouer que les livres du premier canon sont en effet encore aujourd'hui cités par les catholiques avec plus de force et de conviction; parce qu'ils ne sont contestés ni par les Juifs , ni par aucun chrétien, orthodoxe ou non, ni enfin par qui que ce soit; ce qui ne convient pas aux autres. Mais si vous concluez de là que ces livres ne sont donc pas véritablement canoniques, les regardant en eux-mêmes , vous vous sentirez forcé , malgré vous, à rejeter la parfaite canonicité de l'Apocalypse et de l'Epitre aux Hébreux, sous prétexte qu'on n'a pas toujours également produit ces divins livTes comme canoniques.
L. Puisque vous appuyez tant sur l'autorité de saint Jérôme, voulez-vous que nous prenions au pied de la lettre ce qu'il dit si positivement en plusieurs endroits ? « Que la coutume des Latins ne re- » çoit pas l'Epitre aux Hébreux parmi les Ecritures » canoniques : » Lalina consuetudo iiiter canonicas Scripturas non recipit-. A la rigueur, ce discours ne serait pas véritable. Le torrent des Pères latins comme des Grecs cite l'Epitre aux Hébreux comme canonique , dès le temps de saint Jérôme et auparavant. Faudra-t-il donc démentir un fait constant'? ou plutôt ne faudra-t-il pas réduire à un sens tempéré l'exagération de saint Jérôme? Venons à quelque chose de plus précis. Quand saint Augustin , quand les autres Pères, et ce qu'il y a de plus fort quand les papes et les conciles ont reçu authentiquement ces livres pour canoniques , saint Jérôme avait déjà écrit qu'ils n'étaient pas propres, en matière contentieuse, à conlîrmer les dogmes de la foi : mais l'Eglise, qui dans le fait voyait en tant d'autres, les plus anciens, les plus éminents en doctrine, et en si grand nombre, une pratique contraire, n'a-t-elle pas pu expliquer bénignemenl saint Jérôme, en reconnaissant dans les livres du premier canon une autorité plus universellement reconnue, et que personne ne récusait? ce qui est vrai en un certain sens encore à présent, comme on vient de le voir, et ce que les catholiques ne contestent pas.
LL On pourra donc dire que le discours de saint Jérôme est recevable en ce sens, d'autant plus que ce grand homme a comme fourni une réponse contre lui-même, en reconnaissant que le concile de Nicée avait compté le livre de Judith parmi les saintes Ecritures', encore qu'il ne fût pas du premier canon.
LU. Vous conjecturez que ce grand concile aura cité ce livre en passant, sous le nom de sainte Ecriture , comme le même concile, à ce que vous dites. Monsieur, car je n'en ai point trouvé le passage, ou quelques autres auteurs auront cité le Pasteur,
1. s. Aug., îib . cont, Episi. ftindam., cap. v, n. 6, loin, viii, roi. 153 et seq. — 2. In Isai. vr et viil. inter - Ep. Crit. Epist. ad Dard., tom. ii, col. 608 et Lib. ii ; in Zach'ir., tom. m , cot. 1744, et ntib. — 3. Picef. in Judith., loin, i, col. 1170.
ou bien comme saint Ambroise a cité le quatrième livre d'Esdras. Mais je vous laisse encore à juger, si une citation de celte sorte remplit la force de l'expression, où l'on énonce que le concile de Nicée a compté le livre de Judith parmi les saintes Ecritures. Que si vous me demandez pourquoi donc il hésite encore, après un si grand témoignage, à recevoir ce livre en preuve sur les dogmes de la foi; je vous répondrai que vous avez le même intérêt que moi à adoucir ses paroles par une interprétalion favorable, pour ne le pas faire contraire à luimême. Au surplus, je me promets de votre candeur, que vous m'avouerez que le Pasteur, et encore moins le quatrième livre d'Esdras, n'ont été cités ni pour des points si capitaux, ni si généralement, ni avec la même force, que les livres dont il s'agit. Nous avons remarqué comment Origène cite le livre du Pasteur'. Il est vrai que saint Athanase cite quelquefois ce livre : mais il ne faut pas oublier comment; car au lieu qu'il cite partout le livre de la Sagesse comme l'Ecriture sainte, il se contente de dire, le Pasteur, le très-utile livre du Pasteur. Du moins est-il bien certain que jamais ni en Orient ni en Occident, ni en particulier ni en public, on n'a compris ces livres dans aucun canon ou dénombrement des Ecritures. Cet endroit est fort décisif, pour empêcher qu'on ne les compare avec des livres qu'on trouve dans les canons si anciens et si authentiques, que nous avons rapportés.
Lin. Vous avez vu les canons que le concile de Trente a pris pour modèles. Je dirai à leur avantage qu'il n'y manque aucun des livres de l'Ancien ou du Nouveau Testament. Le livre d'Esther y trouve sa place, qu'il avait perdue parmi tant de Grecs : le Nouveau Testament y est entier. Ainsi déjà de ce côté-là, les canons que le concile de Trente a suivis sont sans reproche. Quand il les a adoptés, ou plutôt transcrits, il y avait douze cents ans que toute l'Eglise d'Occident, à laquelle depuis plusieurs siècles toute la catholicité s'est réunie, en était en possession; et ces canons étaient le fruit de la tradition immémoriale, dès les temps les plus prochains des apôtres; comme il parait, sans nommer les autres, par un Origène et par un saint Cyprien, dans lequel seul on doit croire entendre tous les anciens évêques et martyrs de l'Eglise d'Afrique. N'est-ce pas là une antiquité assez vénérable?
LIV. C'est ici qu'il faut appliquer cette règle tant répétée et tant célébrée par saint Augustin^ : « Ce » qu'on ne trouve pas institué par les conciles, mais » reçu et établi de tout temps, ne peut venir que » des apôtres. » Nous sommes précisément dans le cas. Ce n'est point le concile de Carthage qui a inventé ou institué son canon des Ecritures; puisqu'il a mis à la tète que c'était celui qu'il avait trouvé de toute antiquité dans l'Eglise. Il était donc de tout temps; et quand saint Cyprien, quand Origène, quand saint Clément d'Alexandrie, quand celui de Rome, car comme les autres il a cité ces livres en autorité; en un mot, quand tous les autres ont concouru à les citer comme on a vu, c'était une impression venue des apôtres , et soutenue de leur autorité, comme les autres traditions non écrites, que vous avez paru reconnaître dans votre lettre du
1. Suprà , n. XIX. — 2. Lib. iv de Bapt., c. xxiv . n. 31 , totn, i\,col. 140; etalib.pass.
PROJET DE RÉUNION ENTRE LES CATHOLIQUES
premier décembre 1690, comme je l'ai remarquô dans les lellres que j'écrivis en réponse.
LV. Cette doctrine doit être commune entre nous; et si vous n'y revenez entièrement, vous voyez que non-seulement les conciles seront ébranlés , mais encore que le canon même des Ecritures ne demeurera pas en son entier.
LVI. Cependant c'est pour un canon si ancien , si complet, et de plus venu d'une tradition immémoriale , qu'on accuse d'innovation les Pères de Trente; an lieu qu'il faudrait louer leur vénération et leur zèlo pour l'antiquité.
LVII. Que s'il n'y a point d'analhèmes dans ces trois anciens canons , non plus que dans tous les autres, c'est qu'on n'avait point coutume alors d'en appliquer à ces matières, qui ne causaient point de dissension; chaque Eglise lisant en paix ce qu'elle avait accoutumé de lire, sans que cette diversité changeât rien dans la doctrine, et sans préjudice de l'autorité que ces livres avaient partout , encore que tous ne les missent pas dans le canon. Il sulTisait à l'Eglise qu'elle se fortifiât par l'usage, et que la vérité prit tous les jours de plus en plus le dessus.
LVIII. Quand on vit à Trente que des livres canonisés depuis tant de siècles , non-seulement n'étaient point admis parles protestants , mais encore en étaient repoussés le plus souvent avec mépris et avec outrage , on crut qu'il était temps de les réprimer, de ramener les catholiques qui se licenciaient , de venger les apôtres , et les autres hommes inspirés, dont on rejetait les Ecrits, et de mettre tin aux dissensions par un analhème éternel. j
LIX. L'Eglise est juge de celle matière comme des autres de la foi : c'est à elle de peser toutes les raisons qui servent à éclaircir la tradition; et c'est à elle à connaître quand il est temps d'employer l'anathème qu'elle a dans sa main.
LX. Au reste , je ne veux pas soupçonner que ce soient vos dispositions peu favorables envers les canons de Rome et d'Afrique, qui vous aient porté à rayer ces Eglises du nombre de celles que saint , Augustin appelle les plus savantes, les plus exactes , ' les plus grâces : DocTionES, diligeiNtiores, gravio- REs : mais je ne puis assez m'étonner que vous ayez pu entrer dans ce scnlimenl. Où y a-t-il une Eglise mieux instruite en toutes matières de dogmes et de discipline , que celle dont les conciles et les conférences sont le plus riche trésor de la science ecclésiastique , qui en a donné à l'Eglise les plus beaux monuments, qui a eu pour maîtres un Tertullien, un saint Cyprien , un saint Optai, tant d'autres grands hommes, et qui avait alors dans son sein la plus grande lumière de l'Eglise, c'està-dire, saint Augustin lui-nièrae? Il n'y a qu'à lire ses livres de la Doctrine chrétienne, pourvoir qu'il excellait dans la matière des Ecritures comme dans toutes les autres. Vous voulez qu'on préfère les Eglises grecques : à la bonne heure. Recevez donc Baruch et la lettre de Jérémie, avec celles qui les ont mis dans leur canon. Rendez raison pourquoi il y en a lanl qui n'ont pas reçu Eslher; et cessez de donner pour règle de ces Eglises le canon hébreu où elle est. Dites aussi pourquoi un si grand nombre de ces Eglises ont omis l'Apocalypse, que tout l'Occident a reçu avec tant de vénération , sans
iivoir jamais hésité. El pour Rome, quand il n'y aurait autre chose que le recours qu'on a eu dès l'origine du christianisme à la foi romaine, et dans les temps dont il s'agit à la foi de saint Anastase , de saint Innocent, de saint Célestin et des autres; c'en est assez pour lui mériter le titre que vous lui ôtcz. Mais surtout on ne peut le lui disputer en cette matière; puisqu'il est de fait que tout le concile d'Afrique a recours au pape saint Roniface II, pour confirmer le canon du môme concile sur les Ecritures, comme il est expressément porté dans ce canon même; ce qui pourtant ne se trouva pas nécessaire, parce qu'apparemment on sut bientôt ce qu'avait fait par avance saint Innocent sur ce point.
LXI. J'ai presque oublié un argument que vous mettez à la tète de votre lettre du 24 mai 1700, comme le plus fort de tous; c'est que depuis la conclusion du canon des Hébreux sous Esdras, les Juifs ne reconnaissaient plus parmi eux d'inspirations prophétiques : ce qui me parait à l'endroit du premier livre des Machabées', où nous lisons ces mots : « Il n'y a point eu de pareille Iribulalion en » Israël, depuis le jour qu'Israël a cessé d'avoir des 1) prophètes. » Mais entendons-nous , et toute la difficulté sera levée. Israël avait cessé d'avoir des prophètes; c'est-à-dire, des prophètes semblables à ceux qui paraissent aux livres des Rois, et qui réglaient en ce temps les affaires du peuple de Dieu , avec des prodiges inouïs et des prédictions aussi étonnantes que continuelles; en sorte qu'on les pouvait appeler, aussi bien qu'Elie et Elisée , les conducteurs du char d'Israël-; je l'avoue : des prophètes, c'est-à-dire en général des hommes inspirés, qui aient écrit les merveilles de Dieu , et même sur l'avenir; je ne crois pas que vous-même le prétendiez. Saint Augustin, non content de mettre les livres que vous contestez parmi les livres prophétiques, a remarqué en particulier deux célèbres prophéties dans la Sagesse et dans l'Ecclésiastique; et celle entre autres de la passion de Notre Seigneur est aussi expresse que celles de David et d'Isa'ie. S'il faut venir à Tobie, on y trouve une prophétie de la fin de la captivité, de la chute de Ninive, et de la gloire future de Jérusalem rétablie', qui ravit en admiration tous les cœurs chrétiens ; et l'expression en est si prophétique , que saint Jean l'a transcrite de mot à mot dans l'Apocalypse". On ne doit donc pas s'étonner si saint Ambroise appelle Tobie un prophète , et son livre est un livre prol>h6lique''. C'est une chose qui tient du miracle, et qui ne peut être arrivée sans une disposition particulière de la divine Providence , que les promesses de la vie future, scellées dans les anciens livres, soient développées dans le livre de la Sagesse et dans le martyre des Machabées, avec presque autant d'évidence que dans l'Evangile; en sorte qu'on ne peut pas s'empêcher de voir qu'à mesure que les temps de Jésus-Christ approchaient, la lumière de la prédication évangélique commençait à éclater davantage par une espèce d'anticipation.
LXII. 11 est pourtant véritable que les Juifs no purent faire un nouveau canon, non plus qu'exécuter beaucoup d'autres choses encore moins im-
1. r. Much.. IX , 27. — 2. IV. Reg., ii, 12 ; xili. 14. — 3. Tob., xrii et XIV. — 4. Apoc, xxii. 16 et seq. — 5. S. Amb., de Tob., paiC. I,n. i; tome I, col. 591.
ET LES PROTESTxVNTS D'ALLEMAGNE.
portantes, jusqu'à ce qu'il leur vint de ces prophètes, du caractère de ceux qui réglaient tout autrefois avec une autorité manifestement divine; et c'est ce qu'on voit dans le livre des Machabées'. Si cependant cette raison les empêchait de reconnaître ces livres par acte public, ils ne laissaient pas de les conserver précieusement. Les chrétiens les trouvèrent entre leurs mains : les magnifiques prophéties , les martyrs éclatants et les promesses si expresses de la vie future, qui faisaient partie de la grâce du Nouveau Testament, les y rendirent attentifs : on les lut, on les goûta, on y remarqua beaucoup d'endroits que Jésus-Christ même et ses apôtres semblaient avoir expressément voulu tirer de ces livres, et les avoir comme cités secrètement; tant la conformité y paraissait grande. Il ne s'agit pas de deux ou trois mots marqués en passant, comme sont ceux que vous alléguez de l'Epitre de saint Jude : ce sont des versets entiers tirés fréquemment et de mot à mot de ces livres. Nos auteurs les ont recueillis; et ceux qui voudront les remarquer, en trouveront de celte nature un plus grand nombre et de plus exprès qu'ils ne pensent. Toutes ces divines conformités inspirèrent aux plus saints docteurs, dès les premiers temps, la coutume de les citer comme divins avec la force que nous avons vue. On a vu aussi que cette coutume ne pouvait être introduite ni autorisée que par les apôtres, puisqu'on n'y remarquait pas de commencement. Il était naturel , en cet état , de mettre ces livres dans le canon. Une tradition immémoriale les avait déjà distingués d'avec les ouvrages des auteurs qu'on appelait ecclésiastiques : l'Occident, où nous pouvons dire avec conflance que la pureté de la foi et des traditions chrétiennes s'est conservée avec un éclat particulier, en fit le canon; et le concile de Trente en a suivi l'autorité.
Voilà, Monsieur, les preuves constantes de la tradition de ce concile. J'aime mieux attendre de votre équité que vous les jugiez sans réplique, que de vous le dire; et je me tiens très-assuré que M. l'abbé de Lokkum ne croira jamais que ce soit là une matière de rupture, ni une raison de vous élever avec tant de force contre le concile de Trente. Je suis avec l'estime que vous savez. Monsieur, votre très-humble serviteur,
J. Bénigne, e'c. de Meaux.
Ce n août noi.
SUMMA GONTROVERSI^
DE EUCHARISTIA2, Inter qiiosdam Religiosos et me [nempe Molanum).
LicET plurimi dicant Christum esse in hoc mysterio prout sol irradiât cubiculum, existimo tamen