Resp. ad Examen. — 5. Zanch., Epist. ad Orind
SIXIÈME KT DERNIER AVERTISSEMENT
La reliçiion dcx protestants une voie siïre au salut, l'ut dédio juii' son auli'ur à Cliarlcs I"'', et dans la suite s'est remlu célèbre par le fjrand nombre d'éditions qu'on en a faites, et depuis peu par les extraits (]u'on en a donnés au public. Il pose pour l'ondonient' que « connue |)our bien juger de la re- » ligion catholique, il faut la chercher non dans » Bellarrain ou Uaronius, ou quelque autre de nos » docteurs; et l'apprendre non de la Sorbonne, ni » des Jésuites , ni des Dominicains et des autres » compagnies particulières , mais du concile de » Trente dont les catholiques romains font tous » profession de recevoir la doctrine : ainsi pour » connaître la religion des protestants, il ne faut » prendre ni la doctrine de Luther, ni celle de Gal- » vin ou de Mélanchton , ni la Confession d'Augs- » bourg ou de Genève , ni le Catéchisme de Heidel- » berg, ni les articles de l'Eglise anglicane, ni même » l'harmonie de toutes les Confessions protestantes; » mais ce à quoi ils souscrivent tous comme à une » règle parfaite de leur foi et de leurs actions, c'est- » à-dire, la Bible. Oui, la Bible, continue-l-il , » LA Bible seule est la religion des protestants : » tout ce qu'ils croient au delà de la Bible et des » conséquences nécessaires, incontestables et in- » DUBiTABLEs qui en résultent, est matière d'opi- » nion et non matière de foi. » Voilà déjà, comme on voit, tous ceux qui se disent chrétiens bien au large, de quelque secte qu'ils soient, |)uisqu'ils n'ont rien à souscrire ni à recevoir comme de foi que la Bible seule et ses conséquences incontestables et indubitables ; ce qui ne ferme la porte à aucune secte. « C'est la mesure, dit-il, qu'il prend pour » lui-même, c'est celle qu'il propose aux autres; et » je suis, poursuit-il, bien assuré que Dieu ne » m'en demande pas davantage. »
Dans la suite il y appose la condition, non-seulement de croire que l'Ecriture est la parole de Dieu; mais aussi de tâcher d'en trouver le sens et d'y conformer sa vie^ : ce qui n'exclut encore aucun chrétien; n'y en ayant point qui ne tâche, ou ne se vante de tâcher de bien entendre l'Ecriture et d'en trouver le vrai sens : de sorte qu'on ne peut exclure nulle secte du christianisme, puisqu'elles professent toutes ce qui seul est jugé nécessaire cl sufTisant pour le salut.
Il appuie encore sur ce principe , en disant : « Que les protestants conviennent de ces trois ar- " ticles ; 1" Que les livres de l'Ecriture dont on n'a » jamais douté sont certainement la parole de Dieu ; » 2° Que le sens que Dieu a eu dessein de ren- » fermer dans ces livres est certainement vrai ; >' 3" Qu'ils doivent faire tous leurs efforts pour » croire l'Ecriture dans son vrai sens , «t y con- » former leur vie : d'où il conclut qu'aucune erreur » ne peut nuire au salut de ceux qui sont disposés » de cette sorte; puisque les vérités mêmes, à l'é- » gard desquelles ils sont dans l'erreur, ils ne lais- » sent pas de les croire d'une foi implicite : et » pourquoi, demande-t-il à un catholique, une foi » inqjlicite en .lésus-tJhrisl et en sa parole ne sufTi- » rait-elle pas aussi bien qu'une foi implicite à B votre Eglise^? »
Il n'y a personne qui n'entende la Jifférence
1. Chap. 6, «. 50. - 2. Chap. a, n. 37. - 3. liép. à lapre^. de son advers., n. 26.
qu'il y a entre le catholique, qui dit ; Je crois ce que croit l'Eglise, et notre prolestant qui dit : Je crois ce que Jésus-Christ veut que je croie , et ce qu'il a voulu enscvjner dans sa parole : car il est aisé de trouver ce que croit l'Eglise, dont les décisions expresses sur chaque erreur sont entre les mains de tout le monde; cl s'il y reste quelque obscurité, elle est toujours vivante pour s'expliquer; de sorte qu'être disposé à croire ce que croit l'Eglise, c'est expressément se soumettre à renoncer à ses propres sentiments , s'ils sont contraires à ceux de l'Eglise qu'on pcul apprendre aisément : ce qui emporte un renoncement à toute erreur qu'elle a condamnée. Mais le protestant qui erre est bien éloigné de cette disposition; puisqu'il a beau dire : Je crois tout ce que veut Jésus-Christ et tout ce qui est dans sa parole : Jésus-Christ ne viendra pas le désabuser de son erreur et l'Ecrilure ne prendra non plus une autre forme que celle qu'elle a pour l'en tirer : tellement que cette foi implicite, qu'il se vante d'avoir en Jésus-Christ et à sa parole , n'est au fond qu'une indilïérence pour tous les sens qu'on voudra donner à l'Ecriture; et se contenter d'une telle profession de foi, c'est expressément approuver toutes sortes de religions.
Ainsi dans cette demande du protestant , qui paraît si spécieuse : Pourquoi la foi implicite en Jésus-Christ n'est-elle pus aussi su/fisante que la foi en taire Eglise? On peut voir quelle illusion est cachée dans les propositions qui ont la plus belle apparence. Mais sans disputer davantage, et pour s'attacher seulement à bien entendre notre docteur, il nous suffît d'avoir vu que celte foi dont il est content : Je crois ce que veut Jésus-CIirist, ou ce qu'enseigne son Ecriture, n'est autre chose que dire : Je crois tout eu que je veux et tout ce qu'il me plaît d'attribuer à Jésus-Christ et à sa parole : sans exclure de cette foi aucune religion ou aucune secte de celles qui reçoivent l'Ecriture sainte, pas même les Juifs; puisqu'ils peuvent dire, comme nous ; Je crois tout ce que Dieu veut, et tout ce qu'il a fait dire du Messie par ses prophètes : ce qui enferme autant toute vérité, et en particulier la foi en Jésus- Christ, que la proposition dont notre protestant s'est contenté.
On peut encore former sur ce modèle une autre foi implicite que le mahométan et le déiste peuvent avoir comme le juif et le chrétien : Je crois tout ce que Dieu sait : ou si l'on veut encore pousser plus loin, et donner jusqu'à l'athée, pour ainsi parler, une formule de foi implicite : Je crois tout ce qui est vrai, tout ce qui est conforme à la raison : ce qui implicitement comprend tout et même la foi chrétienne; puisque sans doute elle est conforme à la vérité , et (|ue notre culte , comme dit saint Paul ' , est raisonnable.
Mais, |)our nous restreindre aux termes de notre protestant anglais, on voit combien est vague sa foi implicite; Je crois Jésus-Christ et son Ecriture , et (lucllc indifférence elle établit, d'où « il conclut » que dans les contradictions apparentes qui se » rencontrent souvent entre l'Ecriture , la raison et » l'autorité d'une part; et l'Ecriture, la raison et » l'autorité d'autre part : si à cause de la diversité » des tempéraments, des génies, de l'éducation ci