‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 63 sur 631 · Rom., XII · texte numérisé non relu

Rom., XII

ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION PROTESTANTE

» des préjugés inévitables, par lesquels tous les es- » prits sont dilïéremment tournés, il arrive qu'ils » embrassent des opinions dillërentes dont il ne se » peut que quelques-unes ne soient erronées, c'est » faire Dieu un tyran, et mettre l'honame au déses- » poir, que de dire qu'on soit damné pour cela : il )) suffit, dit-il, pour le salut, que chacun, autant » que son devoir l'y oblige, tâche de croire l'Ecri- » lure dans son vrai sens'. » Ce qu'il appuie enfin de ce raisonnement. « En matière de religion, pour » se soumettre il faut avoir un juge dont nous » soyons obligés de croire que le jugement est » juste : en matière civile, il suffit d'être honnête » homme pour pouvoir devenir juge; mais en fait » de religion, il faut être infaillible. Ainsi n'y ayant » point de juge infaillible, selon les maximes com- » munes de tous les protestants , il n'y a point de » juge à qui on doive se soumettre en fait de reli- » gion. D'où il suit que dans ces matières chacun » peut garder son sentiment. Je puis, dit-il, garder » mon sentiment sans vous faire tort : vous pouvez » garder le vôtre sans me faire tort; et tout cela » peut se faire sans nous apporter à nous-mêmes » aucun préjudice^.

ex. Démonstration , par cet auteur, qu'il faut être catholique ou indifférent : croire l'Eglise infaillible ou tomber dans l'indifférence des relifiions. — Ce qu'il dit, qu'il n'y a point de juge infaillible en matière de religion , fait bien voir qu'il ne reconnaît point l'Ecriture pour un vrai juge : car d'ailleurs, il est bien certain qu'il la reconnaît pour infaillible; mais c'est qu'il entend bien que l'Ecriture est une loi infaillible, et non pas un juge infaillible; puisqu'il ne faut qu'un peu de bon sens et de bonne foi, pour voir qu'un juge est celui qui prononce sur les différentes interprétations de la loi; ce que la loi elle-même visiblement ne fait pas, ni l'Ecriture non plus.

Il est maintenant aisé de concevoir tout le raisonnement de notre auteur, et le voici en bonne forme : Quelque évidence qu'on veuille poser dans l'Ecriture, elle n'est pas telle qu'il n'y ait diverses manières de l'entendra , dont quelques-unes sont des erreurs contre la foi : c'est pourquoi il y a deux règles sufTisantes pour sauver les hommes : la première, de recevoir le texte de l'Ecriture avec toutes ses conséquences nécessaires , incontestables et indubitables; la seconde , dans tout le reste où l'on pourrait errer contre la foi, de lâcher de croire l'Ecriture selon son vrai sens , sans se condamner les uns les autres; parce que pour condamner il faut être juge, et en matière de religion , juge infaillible : or, il n'y a point de juge de cette sorte. L'Eglise n'est pas infaillible : chaque particulier l'est encore moins dans ses sentiments : donc qu'on ne se juge point les uns les autres, et que chacun demeure innocemment et impunément dans son sens ; ce qui est en termes formels l'assurance du salut de chaque chrétien dans sa religion, déduite manifestement de ce qu'il n'y a point de juge infaillible. Il n'y a donc point de milieu entre croire l'Eglise infaillible et sauver tout le monde dans sa religion; et ne pas être catholique , c'est nécessairement être indifférent.

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