Joan.. viii
ÉTAT PRÉSENT DES CONTROVERSES ET DE LA RELIGION RRÙTESTANTE
qu'elle y changeât, elle ne pourrait soutenir son caractère, et perdrait tous ses enfants. C'est donc là. le fondement inébranlable et la pierre sur laquelle est appuyée la foi des humbles chrétiens; c'est que, par la constitution de l'Eglise où ils ont à vivre, la nouveauté dans la doctrine leur y est toujours sensible; et, comme nous l'avons dit, toujours réduite à ce fait constant : on croyait hier ainsi ; et on varie dans la foi, si aujourd'hui on ne croit de même. Sur ce fondement, il est clair que ne point vouloir varier et demeurer dans l'Eglise, c'est la même chose. C'est ce qui fait que l'Eglise ne varie jamais; et la maxime contraire fait que les fausses Eglises, et en particulier la réformée, est exposée à varier toujours; puisque dès qu'elle a trouvé un seul moment où elle est forcée d'avouer qu'il fallait changer la foi de ceux par qui on avait été instruit, baptisé, communié, ordonné, c'est-à-dire, la foi d'hier; elle n'a plus de raison de ne pas changer celle qu'elle embrasse aujourd'hui.
CX\'I. Conclusion de ce discours : aveu de M. Burnet et des autres sur l'instabilité' des Eglises protestantes. — Aussi lorsqu'on lui objecte des variations, on peut voir ce qu'elle répond. « Quand tout » ce que dit M. de Meaux serait vrai, » quand il aurait bien prouvé les variations de nos Eglises, « il n'aurait gagné, dit M. Burnet', que ce que » nous lui accordons, sans qu'il se donne la peine » de le prouver; c'est que nous ne sommes ni ins- » pires ni infaillibles : nous n'y aspirâmes jamais.» Sur ce fondement il conclut « que les réformés » après que leurs Confessions de foi ont été for- » mées, s'y sont peut-être attachés avec trop de » raideur, et qu'il sera plus facile de montrer qu'ils » devaient avoir varié, que de prouver qu'ils l'ont » fait , et qu'ils sont blâmables en cela. » Voilà ce qu'a écrit ]\I. fiurnet et cela qu'est-ce autre chose, à parler franchement , que d'avouer qu'on n'a rien de lîxe, et que loin de s'étonner d'avoir varié, on s'étonne plutôt de n'avoir pas varié beaucoup davantage? Mais de là où tombe-t-on, si ce n'est dans l'inconvénient marqué par saint Paul, de flotter comme des enfants, et de tourner à tout i:ent de doctrine- : qui est la marque la plus sensible d'une âme égarée ? Telle est pourtant la réponse , nonseulement de M. Burnet, ce grand historien de la Réforme, mais encore celle de M. Jurieu^, qui en est le principal défenseur; et afm que rien n'y manque, c'est encore celle de !M. Basnage* : c'est en un mot celle de tous les protestants que nous connaissons, qui en etïet, ne peuvent rien dire de plus spécieux selon leurs principes : quelle merveille que nos Eglises aient varié, puisque nous ne les reconnaissons pas pour infaillibles? Comme s'ils disaient : Nous sommes une secte humaine, qui ne fonde sa stabilité sur aucune promesse de Dieu : quelle merveille que nous changions, et que nos propres Confessions de foi n'aient rien de fixe? Mais la conséquence va bien plus loin. On voit l'état présent de la Réforme, et la pente de ces Eglises prétendues, qui ont pour fondement qu'il n'y a rien de vivant ni de parlant sur la terre, à quoi on doive s'assujétir en matière de religion. Le socinianisme
1. Burn,, dit. des Vm-.. p. 7, S. —2. Epli., iv. 14. — 3. Jiir., Lelt. 5, 6, Tel S de l'an 16S9. — 4. Busn., Rép. «ttx Yar., Préf., etc.
s'y déborde comme un torrent sous le nom de tolérance; les mystères s'en vont les uns après les autres; la foi s'éteint , la raison humaine en prend la place, et on y tombe à grands flots dans l'indifférence des religions. Il n'y a qu'à écouter sur cela M. Jurieu et le synode de Rotterdam : on en a vu les actes et les témoignages : on en voudrait revenir à retenir les esprits par l'autorité , et on ne trouve que celle des princes qu'on puisse opposer à ce torrent; ce qui n'est bon qu'à tenir peut-être les langues un peu plus captives, et à faire couver sous la cendre un feu qui éclatera en son temps avec plus de force. Si ce parti d'inditïérents prévaut parmi vous, et que ce torrent vous emporte, vous n'aurez qu'à nous dire encore : Quelle merveille, que l'on varie parmi nous! nous n'étions pas infaillibles. Ceux-là mêmes qui tâchent de vous redresser, varient d'une manière pitoyable. Dès que M. Jurieu entreprend de justifier les variations, et d'en montrer dans l'Eglise, le voilà visiblement emporté lui-même de l'esprit de variation et de vertige : l'immutabilité de Dieu, l'égalité des Personnes ne tient plus; la foi deNicée vacille, les fondements de la religion sont écroulés ; l'antiquité la plus pure ne les a pas connus : le ministre ne laisse rien en son entier, et tout fourmille d'erreurs dans ses écrits. Il trouve des exceptions à l'Evangile : la Réforme n'a plus de ressource que dans l'autorité des princes , et M. Jurieu veut la contraindre à les reconnaître pour chefs, également maîtres de la religion et de l'Etat. Malgré ces nouveautés et ces erreurs, tous les synodes se taisent devant lui. Qui sait si ses sentiments ne prévaudront pas, ou si les tolérants, mal attaqués par un homme qui n'a ni principes ni suite dans ses discours, ne prendront pas le dessus? N'importe, et quoi qu'il en arrive, il n'y aura qu'à nous dire : Nous n'étions pas infaillibles. Mais cela même, c'est avouer en d'autres termes, que si on ne connaît point d'Eglise infaillible , on est exposé à changer sans fin , sans pouvoir trouver d'autre repos que celui de l'indifférence des religions. C'est ce qu'on avait prévu qui arriverait à la Réforme : cent preuves invincibles le démontraient; et nous avons maintenant pour nous la plus claire comme la plus forte de toutes les preuves, c'est-à-dire l'expérience. Que si ces variations et cette légèreté vous paraissent la suite inévitable de la doctrine qui ne connaît point l'Eglise pour infaillible , et qu'il n'y ait point de milieu entre tourner à tout vent , et s'appuyer sur l'autorité des décisions ecclésiastiques, comme sur une pierre inébranlable , on voit où est le salut du christianisme. Je n'ai donc plus rien à dire. Que M. Jurieu réplique ou se taise, je garderai également le silence. Assez de gens le réfuteront dans son parti, si on y laisse la liberté de le faire ; et il ne sera pas longtemps sans se réfuter lui-môme. Que dirais-je donc à un homme à qui la faiblesse de sa cause, autant que son ardente imagination, ne fournit que des idées qui s'efl'acenl les unes les autres? Qu'il dogmatise donc, à la bonne heure, et qu'il prophétise tant qu'il lui plaira; je laisserai réfuter ses prophéties au temps, et sa doctrine à lui-même, et il ne me restera qu'à prier Dieu qu'il ouvre les yeux aux protestants . pour voir ce signe d'erreur qu'il élève au milieu d'eux, dans l'instabilité de leur doctrine.