DE M. BURNET
En allendanl le livre de ^E Papin' , que ses inlinnilés continues retardent depuis si longtemps, le lecteur sera bien aise de voir les extraits des lettres de M. Rurnet , que j'ai promis ^ , et en même temps de savoir à quelle occasion elles ont été écrites. Ce jeune ministre , célèbre dans son parti , pour son esprit et pour son savoir, comme il parait par le témoignage que lui rend M. Jurieu , et protestant de très-bonne foi, s'il en fui jamais, a toujours cru , comme il est vrai , que le principe fondamental de la religion protestante était de ne reconnaître sur la terre aucune autorité que celle de l'Ecriture en général, sans se croire astreint à aucune tradition , interprétation , détermination de l'Eglise , soit ancienne , soit moderne : voilà son principe, ou plutôt celui de la religion où il avait été élevé. Zélé qu'il était pour son parti, il se retira comme les autres, depuis la révocation de l'édit de Nantes : et après avoir été fait prêtre de l'Eglise anglicane protestante , avec toutes sortes de bons témoignages , il exerça son ministère avec beaucoup de réputation dans quelques villes des plus célèbres du Nord. Le caractère de son esprit est d'être suivi, et de pousser un principe dans toutes ses conséquences. Celui de ne reconnaître aucune autorité sur la terre , lui tenait autant au cœur que la religion qu'il professait; parce que c'en est le fondement, et il vrai dire, ce qui la distingue de la foi romaine. Plus il suivait ce principe, plus il sentait que, ni les décisions des synodes, ni les Confessions de foi, ni enfin ce qu'on appelait dans le parti la Traditive des Eglises protestantes , n'étaient un principe suffisant pour le déterminer : au contraire , l'autorité qu'il voyait qu'on voulait donner à toutes ces choses , contre les vrais principes de la Réforme, lui paraissait, comme elle était selon ses principes, un joug tout à fait humain, qu'on imposait aux consciences, et un vrai retour au papisme. En cet étal, on voit bien qu'il devait devenir fort tolérant : il s'enfonçait insensiblement dans la tolérance où les principes de sa religion le conduisaient; et il est vrai qu'ils le mettaient beaucoup au large : car il ne connaissait pas ce joug salutaire que l'autorité de l'Eglise impose à notre raison chancelante par elle-même, et la Réforme lui avait ap|iris à le regarder comme une tyrannie. Il est toujours demeuré fort persuadé de la divinité de Jésus-Christ, et par là très-éloigné des sociniens.
Mais comme il ne s'en éloignait que par des raisonnements qu'il faisait en son esprit , sur l'Ecriture , et qu'il voyait que les autres en faisaient do tout contraires, sans qu'aucune autorité ([iii fut sur la terre, put déterminer les esprits d'un ciHé plutôt
1. La tolérance des protestants et l'aulorilé de l'Eglise , imprimée en 1692. M. Papin mourut en 1709, d;ins lo temps qu'il préparait une seconde édition de cet ouvrage , que le P. Pajnn , prêtre de l'Oratoire , son cousin , et fils du célèijre ministre Pajon , publia depuis avec quelques autres de ses ouvrages. (iVo/e de Le Roi.)