DÉNOMBREMENT DE QUELQUES HÉRÉSIES
De la lettre écrite à La Haye, le 27 avril I6SS.
J'ai vu avec beaucoup de plaisir que M. Strimésius a porté les principes de la tolérance chrétienne fort loin , ce qui lui attirera peut-être la censure de tous les rigides : mais nous verrons comme il sera appuyé; car c'est un pas très-digne d'un bon chrétien , ET d'un GRAND THÉOLOGIEN, qu'il vient de faire, et vous avez raison de dire qu'il a porté la tolérance plus loin que n'a fait votre livre, etc. Tout à vous, Burnet.
Je ne crois pas que personne en demande davantage sur ce sujet. Au reste, quand M. Jurieu me reproche , dans le libelle qu'il a écrit contre M. Papin, que je n'ai pas fait abjurer à ce ministre son socinianismc , ni son pôlagianisme, il ne songe pas que le Symbole de Nicée est à la tète de la profession Je foi des catholiques, et qu'on y reçoit expressément la doctrine de la session vi du concile de Trente, où le socinianisme et le semi-pélaglanisme sont de nouveau frappés d'anathôme.
DÉNOMBREMENT DE QUELQUES HÉllÉSIES.
Plusieurs qui se sont trouvés embarrassés des hérésies tant de fois nommées dans l'Histoire des Variations, et dans les Avertissements, comme dans les autres livres de controverses, m'en ont demandé l'esplication; et c'est pour les satisfaire que j'en fais cette description grossière, mais suffisante pour leur instruction.
Les marcioniles et les manichéens croient deux premiers principes indépendants, l'un du bien et l'autre du mal; l'un créateur du monde corporel, l'autre des esprits; l'un du corps, l'autre de l'Ame, l'un auteur de l'Ancien Testament, l'autre du Nouveau ; le corps de Jésus-Christ fantastique , et le mariage mauvais; le vin et beaucoup de viandes mauvaises par leur nature, etc.
Les paulianistes et photiniens croient Jésus- Christ un homme pur, et nient sa préexistence avant sa conception dans le sein de la Vierge : Paul de Samosate, patriarche d'Antioche, et Photin, évèque Sirmich, sont en divers temps les chefs de celte hérésie. Cérinthus , Ebion , et d'autres avaient enseigné la môme doctrine.
Novatien refusait à l'Eglise le pouvoir de remettre les péchés.
Les donalistes rejetaient le baptême donné par les hérétiques, môme dans la forme légitime; et croyaient que l'Eglise périssait par les vices de ses ministres.
Arius, prêtre d'Alexandrie , et les ariens niaient la divinité de Jésus-Christ.
Macédonius, patriarche de Constanlinople , niait celle du Saint-Esprit.
Le premier est condamné au concile de Nicée, et le second dans le concile de Constanlinople.
Neslorius, patriarche de Constantinople, divisait la personne de Jésus-Christ, et niait que Dieu et l'homme fussent en lui une seule et même personne , ce qui l'obligeait à nier que la sainte Vierge fût mère de Dieu. Il est condamné dans le
concile d'Ephèse, troisième général ou œcuménique.
Eutychès, abbé de Constantinople, confondait les deux natures de Jésus-Christ, et disait qu'il ne s'était fait qu'une seule et même nature de sa nature divine et de l'humaine : lui et Dioscore , patriarche d'Alexandrie, qui le soutenait, furent condamnés au concile de Chalcédoine, quatrième général.
Aërius, prêtre arien, rejetait l'épiscopat, la prière pour les morts , et les jeûnes réglés , et quelques autres observances de l'Eglise, et il ajoutait ces erreurs à l'arianisme.
Pelage et les pélagiens niaient le péché originel et ne reconnaissait pas la nécessité de la grâce intérieure. Les demi-pélagiens, sans auteur certain, confessaient le péché originel , et ne niaient pas la nécessité de la grâce, pour accomplir l'œuvre de notre salut; mais ils disaient qu'elle se donnait selon les mérites précédents , et que l'homme commençait son salut de lui-même, sans la grâce. Les pélagiens et demi-pélagiens sont condamnés par divers conciles particuliers, tenus à Milévi, à Carthage, à Orange, etc., approuvés par les papes saint Innocent, saint Zozime, saint Célestin et saint Léon.
Vigilance, réfuté par saint Jérôme, rejetait l'invocation des saints, et le culte de leurs reliques. Son hérésie s'est dissipée d'elle-même.
Les iconoclastes ou briseurs d'images , ôlaient aux images de Jésus-Christ, de sa sainte Mère et des saints, le culte relatif, et les brisaient, selon leur nom. Ils furent condamnés au concile de Nicée II, septième général.
Bérenger niait la présence réelle et la transsubstantiation. Il est condamné par divers conciles, et par les papes Nicolas II et Grégoire VII.
Les albigeois renouvelaient les erreurs des manichéens, et les vaudois celles de Vigilance et d'Aérius, que les albigeois suivaient aussi. Tous niaient la primauté de l'Eglise romaine, qu'ils tenaient pour le siège de l'Antéchrist. Ils sont condamnés en divers conciles provinciaux et généraux, surtout par ceux de Latran II et IV.
Jean Wiclef enseignait la même erreur, et niait la transsubstantiation. Ses erreurs, au nombre de quarante-cinq , ont été condamnées au concile de Constance.
Jean Hus, condamné au même concile, blâmait la soustraction de la coupe. Wiclef et lui soutenaient qu'on perdait toute dignité ecclésiastique et temporelle , en perdant la grâce , et que les sacrements perdaient leur vertu entre les mains des pécheurs; œ que les albigeois et vaudois croyaient aussi.
Les Bohémiens étaient disciples de Jean Hus, et se partageaient en diverses sectes.
Luther, entre autres erreurs, niait le changement du pain au corps.
Calvin niait la présence réelle ; et l'un et l'autre renouvelaient les erreurs de Vigilance, d' Aërius, des iconoclastes , avec beaucoup d'autres.
Les uliiquitaires croient Jésus-Christ présent partout, selon la nature humaine : ils font le gros des luthériens.
Lelio et Fauste Socin, italiens, sont chefs des sociniens, qui ont ramassé toutes les erreurs; celles de Paul de Samosate, celles de Pelage, celles d'Ac-
INSTRUCTION l'ASToUM.E
riiis el de Vigilance, celles de Bôrenger, avec une iiilinitô d'aulres. lis nicnl l'ôlemité des peines d'enfer, clc.
Arminius et les arminiens ont 616 s6par6s des calvinistes, et sont condamnés au synode do Dordrecht, principalement pour avoir nié la cerlilude
du salut et l'inamissibilité de la justice. Ils sont fort sus|)ects de socinianisnio, et comme les sociniens, ils penchent k l'indilTôrence des religions.
Les tolérants, répandus dans tout le parti protestant, sont de mémo avis, et souticnnenl que le magistrat n'a pas pouvoir de punir les hérétiques.