INSTRUCTION PASTORALE SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
rOUR MONTRER AUX RÉUNIS, TAlt L'EXPRESSE PAROLE DE DIEU, UUE LE MEME PRINCIPE QUI NOUS FAIT CURÈTIE.VS, .NOUS DOIT AUSSI FAIliE CATHOLIQUES.
JACQUES BÉNIGNE, par la permission divine, évoque de Meaux : au clergé et au peuple de notre diocèse, salut et bénédiction.
I. Dessein général de cette Instruction. — Le saint travail de l'Eglise pour enl'anlcr de nouveau en Notre Seigneur ceux qu'elle a perdus dans le schisme du dernier siècle , est l'elïort commun de tout le corps mystique de Jésus-Christ : tous les lldôles y ont part selon leur état et leur vocation; et nous nous sentons obligé à vous exposer, mes chers frères, comment chacun de nous y doit contribuer.
II. Dessein imrticulier d'exposer les promesses de l'Eglise : deux sortes de promesses. — Vous donc, avant toutes choses , vous qui êtes obligés à les instruire, ne vous jetez point dans les contentions où se mêle l'esprit d'aigreur : avertissez-les avec saint Paul , de ne se point attacher à des disputes de paroles qui ne sont bonnes qu'à pervertir ceux qui écoutent ' : exposez-leur la sainteté de notre doctrine, si irréprochable en elle-même, qu'on n'a pu l'attaquer qu'en la déguisant, et faites-leur aimer l'Eglise, en leur proposant les immortelles promesses qui lui servent de fondement.
Il y a deux sortes de promesses : les unes s'accomplissent visiblement sur la terre : les autres sont invisibles, et le parfait accomplissement en est réservé à la vie future. L'Eglise sera glorieuse , sans tache et sans ride'^ : éternellement heureuse avec son époux, dans ses chastes embrasscnients où Dieu sera tout en tous'' : c'est ce que nous ne verrons qu'au siècle futur : mais en attendant, l'Eglise sera sur la terre établie sur le fondement des apôtres et des prophètes , el sur la pierre angulaire, qui est Jésus-Christ*. Les vents soufllcront, les tempêtes ne cesseront de s'élever'', l'enfer frémira par toutes sortes de tentations, de persécutions, d'impiétés, d'hérésies, sans qu'elle puisse être ébranlée, ni sa succession visible interrompue d'un moment : c'est ce qu'on verra toujours de ses
1. ;/. Tim.. II. U. — 2. Eph., v. 27. — 3. [. Cor., xv. 28. — 4. Epli., II. 19, 20. — 5. Mallh., vu. 27.
yeux , et un objet si merveilleux ne manquera jamais aux fidèles.
Saint Augustin a remarque en plusieurs endroits' que ces deux sortes de promesses sont subordonnées : les premières servent d'assurance aux secondes; je veux dire que ce qu'on voit s'accomplir sensiblement sur la terre , rassure les plus incrédules sur ce qu'on ne doit voir que dans le ciel. Dieu accomplit dans son Eglise ce qui y doit paraître dans le temps : il n'accomplira pas moins ce qui ne nous doit être découvert qu'au ciel dans l'éternité. La foi chrétienne est établie sur l'enchaînement immualile de ces deux espèces de promesses, et révoquer en doute cette liaison , c'est vouloir ôter au fidèle un gage de sa foi , que Jésus- Christ a voulu lui donner.
III. Proposition de la promesse qui regarde l'état de l'Eglise en cette vie : deux parties de celte promesse : double universalité promise à l'Eglise , el premièrement celle des lieux. — Pour rendre cetle vérilé sensible aux plus incrédules, représentezleur, mes chers frères, ce jour qui fut le dernier où Jésus-Christ parut sur la terre : lorsque prêt à monter aux cieux à la vue de ses disciples , avant que de les quitter et d'aller prendre sa place à la droite de son Père , il fit le plan de son Eglise , et il en prédit , parlons mieux , il en régla la destinée sur la terre (qu'on me permette ce mot), en lui promettant une double universalité, l'une dans les lieux, et la seconde dans les temps.
Considérez, mes chors frères, et faites considérer aux errants, non-seulement les promesses de Jésus-Christ, mais encore la clarté des paroles qu'il a choisies pour les exprimer; en sorte qu'il ne peut rester aucun doute de sa pensée. Il lui promettait premièrement qu'elle s'étendrait par toutes les nations, et pour ne rien cacher, il a voulu exprimer que ce serait çn commençant par Jérusalem : incipientihus ad Jerosoiijma^.
Saint Luc, de qui nous tenons ces paroles, leur
1. Serm. ccxxxviii, n. 3, etc., lom. v, col. 997, etc. — 2. Luc, XXIV. 47.
SUR LES PROMESSES DE L'EGLISE
donne leur vraie étendue, lorsqu'il fait dire à Notre Seigneur : « Vous serez mes témoins dans Jérusa- » lem et dans toute la Judée et la Samarie, et jus- » qu'aux extrémités de la terre : et uaque ad ulli- » mum terne '. »
On voit ici, selon la remarque de saint Augustin, que l'Evangile devait s'avancer, comme de proche en proche, depuis Jérusalem jusqu'aux derniers contins du monde. Il donne d'abord la paix à ceux qui sont près ^ : aux héritiers des promesses , et à la terre chérie , c'est-à-dire, à Jérusalem et à la Judée; et il l'étend dans la suite à tous les Gentils, c'est-à-dire, jusqu'aux nations les plus éloignées des promesses et de l'alliance : vobis , qui longé fuistis.
Samarie était entre deux , la plus proche du Testament après la Judée, puisqu'elle connaissait Dieu et qu'elle attendait le Christ : tout s'accomplissait aux yeux des lîdôles dans l'ordre que Jésus-Christ avait promis : on vit dans Jérusalem les heureux commencements de l'Eglise : les fidèles disperse's en Judée et en Samarie'^, dans la persécution où saint Etienne fut lapidé, y annoncèrent l'Evangile ; et ce fut le second ]irogrôs de l'Eglise, ainsi que Jésus-Christ l'avait mar([ué. Le reste des peuples n'était pas des peuples, et la connaissance de Dieu leur était entièrement étrangère : et toutefois l'Evangile y devait être porté, alin que ceux qui étaient les plus éloignés se vissent rapprocher par le sang de Jésus-Clirist''.
Alors donc furent accomplis aux yeux de tous les lidèles les anciens oracles sur la conversion des Gentils, dont les Psaumes et les Prophètes étaient pleins, et en même temps fut révélé ce grand secret, dont le parfait dénouement était réservé à la prédication de saint Paul : « que le Christ devait sou flVir, » et que c'était lui qui le premier de tous les hom- » mes devait annoncer la lumière, non-seulement » au peuple, mais encore aux Gentils, après être » ressuscité des morts^. »
Une conversion si universelle des peuples les plus éloignés et les plus barbares après un si long oubli de Dieu, au nom et par la vertu de Jésus- Christ crucifié et ressuscité , faisait dire aux spectateurs d'un si grand ouvrage, que vraiment Jésus- Christ était tout-puissant pour accomplir ce qu'il promettait; et que si, par un miracle si visible, il réunissait si rapidement tous les peuples de l'univers pour croire en son nom, il pouvait bien les réunir un jour pour être éternellement heureux dans la vision de sa face.
IV. Seconde partie de la promesse : la contimiilé et l'universaUté des temps promise à l'Eglise comme celle des lieux. — Mais la seconde partie de la promesse de Jésus-Christ est encore plus remarquable. Revenons à ce dernier jour, où en formant son Eglise par la commission qu'il donnait à ses apôtres avec les paroles qu'on a entendues, il continua ainsi son discours : « Toute puissance m'est don- » née dans le ciel et sur la terre; allez donc, en- » seignez les nations, les baptisant au nom du Père, » et du Fils, et du Saint-Esprit : leur apprenant à » garder toutes les choses que je vous ai comman- » dées. Et voilà je suis avec vous tous les jours