MaM., XVI, 18. — 2. Jud
SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
d'un commun accord le caraclôre de tous les trompeurs qui devaient paraître jusqu'à la lin des siècles. Ce caractère est de les montrer comme ceux qui se séparent eux-inémes. Mais de qui se séparent-ils , sinon du corps déjà établi, et dont l'unité est inviolable, puisqu'on donne pour marque sensible de leur imposture la hardiesse de s'en séparer? Ils seront éternellement connus par leur désertion; et il est clair, dit saint .lude , que c'est parce caractère que tous les apôtres les ont voulu désigner. Comme ils ont ouï tous ensemble Jésus-Christ, qui leur promettait en commun d'être tous les jours avec eux jusqu'à la consommation des siècles, ils ont aussi jugé tous ensemble, que se séparer de cette chaîne, c'était se séparer d'avec Jésus-Christ, pendant qu'il leur promettait de son côté de ne les quitter jamais, ni eux, ni la suite de leurs successeurs.
XI. Autre caractère marqué par saiiit Paul. — De là suit avec la môme évidence un autre caractère marqué par saint Paul, de l'homme hérétique : « c'est qu'il se condamne lui-même par son propre » jugement : proprio judicio suo condamnalus ' ; » puisi|ue dès lors qu'il parait en tcte, comme le premier de la secte , sans pouvoir nommer son prédécesseur dans le temps qu'il commence à s'élever, il se condamne en effet lui-même comme novateur manifeste, et il porte sa condamnation sur son front.
XII. Deux manières de se séparer soi-même. — Or cela arrive en deux façons, qui ont paru l'une et l'autre dans le dernier schisme. Premièrement lorsque les évèques qui succédaient aux apôtres , sans quitter leurs sièges, renoncent à la foi de ceux qui les y ont établis, et qui les ont consacrés ; secondement, et d'une manière encore plus sensible, lorsque les peuples se font un nouvel ordre de pasteurs qui viennent d'eux-mêmes, et qu'en s'ingérant dans le ministère sacré sans pouvoir nommer leurs prédécesseurs, ils se voient contraints, pour sauver leur entreprise, de se dire « suscités de Dieu d'une façon » extraordinaire pour dresser de nouveau l'Eglise » qui était en ruine et désolation-. »
Que veulent-ils dire par cette désolation et cette ruine? Quoi? qu'il y avait en général de la corruption et du dérèglement dans les mœurs de ceux qui conduisaient le troupeau? Ce n'est pas de quoi il s'agit, puisque cette désolation et cette ruine^ qui obligeait à dresser de nouveau l'Eglise, regardait la foi. On supposait donc que la foi n'était plus avec ceux qui étaient en place, ni dans le peuple qui leur demeurait attaché, puisqu'il se fallait séparer de tout ce corps : ou qu'étant encore avec eux, selon sa promesse , on pouvait néanmoins s'en détacher, et se faire de nouveaux pasteurs, qui dans l'ordre de la succession ne tinssent rien des apôtres ni des successeurs des apôtres : ou qu'enfin on pût être avec Jésus-Christ, sans être avec ceux avec qui il a promis d'être toujours.
XIII. Ceux qui ont gardé leurs sièges, et qui en ont changé la foi , tombent dans le même inconvénient. — Ceux-là donc manifestement font une plaie à l'Eglise et une rupture dans l'unilô. C'est ce qu'on a vu arriver en Allemagne et en France , au commencement du siècle passé, dans le schisme de Lu-