‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 77 sur 631 · TH., III. 10, 11. — 2. Conf. de foi des prêt. réf · texte numérisé non relu

TH., III. 10, 11. — 2. Conf. de foi des prêt. réf

ther et de Calvin. Mais ceux qui , environ dans le même temps, ont rompu dans d'autres royaumes en demeurant dans les sièges où ils se trouvaient établis évèques, ne sont pas plus demeurés unis avec la succession apostolique; puisque tout d'un coup ils ont renoncé à la doctrine de ceux qui les avaient consacrés, et qu'ils ont appris à leurs peuples à désavouer pareillement la foi de ceux qui leur avaient donné le baptême. Car il faut ici remarquer que la dissension dont il s'agissait ne regardait pas des choses indifférentes. Les réformateurs prétendus ne reprochaient rien moins à l'Eglise et à leurs consécrateurs, qu'un culte idolâtre, un sacrifice profane et sacrilège, un oubli de la grâce et de la justification chrélienne, et cent autres choses qui regardent visiblement les fondements de la foi et la substance du nom chrétien. Que leur servait donc de garder leurs sièges, si publiquement et par expresse déclaration ils cessaient de persister dans la foi qu'on y professait immédiatement avant eux, et qu'ils professaient si bien euxmêmes lorsqu'on les a installés et consacrés, que leur changement, aux yeux du soleil, et par un fait positif, est demeuré pour constant? Il n'est pas besoin de remonter plus haut : dès ce moment la chaîne est rompue : le caractère de séparation est ineffaçable : il n'y a qu'à se souvenir en quelle foi on était lorsqu'ils sont entrés dans leurs sièges, et dans quelle foi ils étaient eux-mêmes.

XIV. Pourquoi il faut qu'il y ait des hérésies : et du remède sensible et unicersel que Dieu y a préparé. — C'est un remède éternel , préparé par Jésus-Christ à son Eglise contre tous les schismes et contre toutes les sectes qui y devaient naître en si grand nombre dès sa naissance et dans toute la suite des temps; c'est là, dis-je , le vrai remède contre ce terrible II faut, de saint Paul , qu'on ne ne lit point sans un profond étonnement : Il faut, dit-il', qu'il y ait non-seulement des schismes, mais même des hérésies : oportet et hœreses (ctiam) hœreses esse : sans les schismes, sans les hérésies, il manquerait quelque chose à l'épreuve où Jésus- Christ veut mettre les âmes qui lui sont soumises, pour les rendre dignes de lui. Jésus-Christ paraissait à peine dans le monde ; et dès sa première entrée dans son saint temple , tant marqué dans ses prophètes, il y voulut trouver le saint vieillard, qui expliquant à sa bienheureuse mère, et en sa personne à son Eglise , la vraie Mère de ses enfants, les desseins de Dieu sur ce cher Fils, lui prédit qu'il serait en butte aux contradictions^ : ce qui paraît non-seulement dans sa vie et dans sa mort, mais encore éternellement dans la prédication de son Evangile; en sorte que c'était là une partie nécessaire des mystères de Jésus-Christ, d'exciter par leur simplicité, par leur majesté, par leur hauteur, la contradiction des sens et de la faible raison humaine.

Qu'on ne s'étonne donc pas de voir sortir du sein de l'Eglise des esprits contentieux, qui sauraient lui faire des procès sur rien; ou des curieux, qui, pour paraître plus sages qu'il ne convient à des hommes, voudront tout entendre, tout mesurer à leurs sens, hardis scrutateurs des mystères, dont la hauteur les accablera^; ou des hypocrites qui

1. /. Cor., XI. 18, 19. — 2. Luc, n. 34. — 3. Prov , xxv. '-'7.

INSTRUCTION PASTORALE

avec l'extérieur de la i)iél6 sùiluiroiU lcssinii)lcs, et sous la peau de brebis couvriront des cœurs de loups ravissants'; ou de ces murinuralcurs chagrins et plaintifs ou querelleux , murmwatores qtuvrulosi, comme les appelle saint Jude''',qui en criant sans mesure contre les abus , pour s'ériger en réformateurs du genre humain, se rendront, dit saint Augustin, plus insupportables ([ue ceux qu'ils ne voudront pas sni)portor; ou enlin des hommes vains ([ui inventeront des doctrines étrangères pour se faire un nom dans l'Eglise, et emmener des disciples après eux'->. C'est de tels esprits que se forujenl les scliisuics et les hérésies, et il faut qu'il y en ait pour éprouver les vrais lidèles. Mais Jésus- Christ, qui les a prévus et prédits, nous a préparé un moyen universel pour les connaître : c'est qu'ils seront tous du nombre de ceux qui se scpare)U euxmêmes , qui se condamnent eux-mêmes , de ceux enlin qui ne croiront pas aux promesses de Jésus- Christ à l'Eglise, ni à la parole qu'il lui a donnée d'être toujours sans interruption et sans tin avec ses pasieurs.

Souvent ils sembleront imiter l'Eglise en se multipliant comme elle, et occupant des peuples entiers, ainsi que les Ariens pervertirent les Goths, les Vandales, les Hérules , les Bourguignons. Car il faut encore que les tidôles éprouvent la tentation de cette vaine ressemblance : bien plus , en durant longtemps, ils paraîtront imiter aussi la stabilité de l'Eglise, et comme elle, pouvoir se promettre une éternelle durée. Mais l'illusion est toujours aisée à reconnaître et à dissiper. Il n'y a qu'à ramener toutes les sectes séparées à leur origine : on trouvera toujours aisément et sans aucun doute le temps précis de l'interruption : le point de la rupture demeurera, pour ainsi dire toujours sanglant; et ce caractère de nouveauté, que toutes les sectes séparées porteront éternellement sur le front, sans que cette empreinte se puisse effacer, les rendra toujours reconnaissables. Quelques progrès que fasse l'arianisme, on ne cessera de le ramener au temps du prclre Arius, où l'on comptait parleurs noms le petit nombre de ses sectateurs, c'est-à-dire, huit ou neuf diacres, trois ou quatre évoques; en tout, treize ou quatorze personnes, à qui leur évoque et avec lui cent évoques de Libye dénonçaient un anathème éternel, qu'ils adressaient à tous les évoques du monde, et de qui il était reçu. C'est à ce temps précis et marqué où l'on ramenait les ariens^ : on les ramenait au temps où l'on reprochait à Eusèbe de Nicomédie qu'il croyait avoir toute l'Eglise en sa persomie et en celles des quatre ôvèques de sa faction, au temps où on lui disait : « Nous ne connaissons qu'une seule Eglise catho- » lique et apostolique, qui ne peut être abattue » par nul effort de l'univers conjuré conirc elle, et » devant qui doivent tomber toutes les hérésies''. » Ce que disait Alexandre, évè(|ue d'Alexandrie, dans ces premiers siècles du christianisme, se dira éternellement, et tant (|ue l'Eglise sera Eglise, à toutes les sectes qui se sépareront elles-mêmes. Que Ncstorius, patriarche de (Jonstantinoijle, se fasse un nom dans l'Orient, et qu'une longue étendue de

1. MaUh.,\u. 15. — 2,/Mjœ.. 16.— 3. Aci., XX. 30. — 4. /?;)«(. \ et2 Alex, cpisc. Alex, antc Conc. Nir. — 5. Ejtist. 2 ad oinn. ep.. îbid.

IKiys se fasse honneur encore aujourd'hui de le porter, on le ramènera toujours au point do la division, où il était seul de son parti, avec un autre qu'il faisait prêcher dans Constantinople, où personne ne le pouvait souffrir, ni l'entendre dans sa propre ville , où un seul écêque était opposé à six mille évêques' , où la parcelle disputait contre le tout, où une branche rompue coud)attait contre l'arbre, et contre le tronc d'où elle s'était arrachée. Ainsi le schisme de Dioscore, (ju'on voit encore subsister, sera toujours ramené au concile de Chalcédoino, et au temps qu'on lui disait avec une vérité manifeste et incontestable, que tout l'Orient et tout l'Occident étaient unis contre lui. C'est-ainsi que l'on démontrait , quelque durée que le schisme put avoir, qu'il commence toujours par un si petit nombre , qu'il ne mérite pas même d'être regardé à comparaison de celui des orthodoxes. Que l'on considère toutes les autres sectes qui ne se sont jamais séparées de l'Eglise; nous mettons en fait qu'on n'en nommera aucune , qui , ramenée à son commencement, n'y rencontre ce point fixe et marqué, où une parcelle combattait contre le tout, se séparait de la lige, changeait la doctrine qu'elle trouvait étaldie par une possession constante et paisible, et dont elle-même faisait profession le jour précédent.

Dôs-là il n'est pas besoin d'aller plus loin : comme le sceau de la vraie Eglise est qu'on ne peut lui marquer son commencement par aucun fait positif, qu'en revenant aux apôtres, à saint Pierre et à Jésus-Christ, ni faire sur ce sujet autre chose que des discours en l'air; ainsi le caractère infaillible et inelTarable de toutes les sectes, sans en excepter une seule, depuis que l'Eglise est Eglise , c'est qu'on leur marquera toujours leur commencement et le point d'interruption, par une date si précise, qu'elles ne pourront elles-mêmes le désavouer. Ainsi elles se flatteront en vain d'une durée éternelle : nulle secte, quelle qu'elle soit, n'aura cette perpétuelle continuité, ni ne pourra remonter sans interruption jusqu'à Jésus-Christ. Mais ce qui ne commence point par cet endroit , ne se peut rien promettre de durable. Les hérésies ne seront jamais de ces lleuves continus, dont l'origine féconde et inépuisable leur fournira toujours des eaux : elles ne sont, dit saint Augustin, que des torrents qui passent, qui viennent connue d'euxmêmes, et se dessèchent comme ils sont venus. La seule Eglise catholique, dont l'état remonte jusqu'à Jésus-Christ, recevra le caractère d'immortalité que lui seul peut donner.

XV. Cet article est fondamental cl un des douze du Symbole des apôtres. — Ce dogme de la succession et de la perpétuité de l'Eglise, si visiblement attesté par les promesses expresses de Jésus-Christ, avec les jjaroles les plus nettes et les plus précises, a été jugé si important, qu'on l'a inséré parmi les douze articles du Syndiolc des apôtres , en ces termes : Je crois l'Eglise catholique ou universelle : universelle dans tous les lieux et dans tous les temps, selon les ])ropres |)aroles de Jésus-Christ : .Allez, dit-il, enseignez toutes les nations, et voilà je suis avec vous tous les jours (sans discontinua-

1. Apol. Daim. ndTlieod. Imper. Conc Ephes., part. II, iiili-r iicta cath.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

tion) jusqu'à la fin des siècles. Ainsi, en quelque lieu et en quelque temps que le Symbole soit lu et récité , l'existence de l'Eglise de tous les lieux et de tous les temps y est attestée : cette foi ne soulTre point d'interruption, puisqu'à tous moments le Adèle doit toujours dire : Je crois l'Eglise catholique. Quand les novateurs, quels qu'ils soient, ont commencé leurs assemblées schismatiques, l'Eglise était; il le fallait croire, puisqu'on disait, Je crois l'Eglise, il fallait être avec elle, à peine d'être séparé de Jésus- Ghrist, qui a dit. Je suis avec vous : en quelque temps que, hors de sa communion, qui est toujours celle des saints, on ose former des congrégations illégitimes, on est manifestement du nombre de ceux qui se séparent eux-mêmes, qui se condamnent eux-mêmes, par leur propre et manifeste séparation. XVL Si c'est là une simple formalité, et si au contraire cette doctrine n'appartient pas au fond.

— Quand on dit que ce sont là des formalités, et qu'il en faut venir au fond , on abuse trop visiblement de la crédulité des simples : comme si la foi des promesses si clairement expliquée par Jésus- Christ même, et renfermée dans le Symbole , n'était qu'une formalité, ou que ce fut une chose peu essentielle au christianisme , de croire que les novateurs, qui se séparent eux-mêmes, portent dèslà leur condamnation et leur nouveauté sur le front.

XVII. Que ce défaut ne se couvre point par la suite des temps : preuve par le schisme des Samaritains , et par la doctrine de Jésus-Christ. — Ce défaut ne peut se couvrir par quelque suite de temps que ce puisse être. Le schisme de Samarie était si ancien, que l'origine en remontait jusqu'à Roboam, fils de Salomon, jusqu'à la séparation des dix tribus, ainsi que les plus anciens docteurs l'ont remarqué devant nous'. Le salut des Samaritains, séparés depuis si longtemps du peuple de Dieu, en était-il plus assuré par une origine si reculée? Point du tout; le peuple de Dieu les a toujours mis au rang des nations les plus odieuses. L'Ecclésiastique a nommé avec les enfants d'Esaû et de Ghanaan : le peuple insensé qui fait sa demeure dans Sichem"^; c'est-à-dire, les Samaritains : Jésus- Christ a conlirmé cette sentence , et les traite en effet comme insensés , en leur disant : Vous adorez ce que vous ne connaissez pas : pour nous nous adorons ce que nous connaissons'. Vous ignorez l'origine de l'alliance : vous avez renoncé à la suite du peuple saint : vous réclamez en vain le nom de Dieu : il n'y a point de salut pour vous : le salut vient des Juifs , et les Samaritains mêmes ne le doivent tirer que de là. Et remarquez ces paroles, vous et nous : dans cette opposition, Jésus-Christ ne dédaigne pas de se mettre du côté des Juifs par ce mot de nous , parce que c'était la tige sacrée, où se conservaient et se perpétuaient les promesses , le culte , le sacerdoce, jusqu'à ce que parût celui qui par sa mort et par sa résurrection devait être l'attenle des peuples''. Quand les dix lépreux, dont l'un était Samaritain, se présentèrent à Jésus -Christ pour être purifiés^, le Sauveur les renvoya tous également, et non moins le Samaritain que les autres, aux prêtres successeurs d'Aaron, comme à la source

1. Tertut., liv. iv. contre Marcion, c. 35. — 2. Eccli., l. 27.

— 3. Joan., IV. 22. — 4, Gen., xLix . 10. — 5. Luc, xvii. \'i, H, 16.

de la religion et des sacrements : malricem religionis et fontem salutis , comme parlait Tertullien'. Il ne servait donc de rien à ces schismaliqucs, que leur schisme fût invétéré, et qu'il eût duré près do mille ans sous diverses formes : on ne l'en condamnait pas moins par le seul titre de son origine : on se souvint éternellement de l'auteur de la division , c'est-à-dire, de Jéroboam, qui avait fait pécher Israël^, et qui s'était relire par un attentat manifeste de la ville choisie de Dieu, c'était à dire de l'Eglise et du sacerdoce établis depuis Aaron et depuis Moïse.

XVIII. Il en est de même des autres schismes : réflexion sur la rupture des protestants. — Le plus ancien schisme parmi les chrétiens est celui de Nestorius. On en vient de voir le défaut marqué dans son commencement, et dans le propre nom de son auteur que la secte porte encore ; rien ne le peut effacer. Le point de l'interruption n'est pas moins marqué dans les autres schismes d'Orient. Il n'est pas ici question de parler des Grecs : ce n'est point à l'Eglise de Constanlinople, ni aux autres sièges schismatiques d'Orient, que nos réformés ont songé à s'unir en se divisant de l'Eglise romaine, avec tant d'éclat et de scandale. Avouez, nos chers frères , une vérité qui est trop constante pour être niée. Rien ne vous accommodait dans tout l'univers : tout le monde sait que ce sont les Pères de l'Eglise grecque qui ont mis les premiers de tous au rang des hérétiques un Aèrius^, pour avoir cru inutiles les prières et les ohlations pour l'expiation des péchés des morts , et pour d'autres points qui vous sont communs avec eux. C'est un fait constant, que nulle adresse des protestants n'a pu pallier. Je ne crois pas à présent que des gens sensés et de bonne foi puissent nous objecter sérieusement que nous sommes des idolâtres, après qu'on a montré en tant de manières que l'honneur des saints, des reliques et des images , laisse à Dieu tout le culte qui est dû à la nature incrèèe, et que loin de l'affaiblir, elle l'augmente''. Mais quoi qu'il en soit, l'Eglise d'Orient l'avait comme nous, et le concile vu'', reçu dans les deux Eglises , en est un irréprochable témoin. Je ne parle pas des autres dogmes du même concile, ni de ce qu'il dit si expressément sur la présence réelle , que l'on ne peut éluder que par des chicanes : il nous sufllt à présent, que l'Eglise grecque se trouve aussi éloignée des protestants que la latine; il demeure pour constant qu'ils ont construit leur Eglise prétendue par une formelle et inévitable désunion d'avec tout ce qu'il y avait de chrétiens dans l'univers.

XIX. Les divisions parmi ceux qui se sont séparés de l'Eglise n'ont point de remède. — Aussi se sont-ils vus dès leur origine irrémédiablement désunis entre eux-mêmes : luthériens, calvinistes, sociniens, ont été des noms malheureux, qui ont formé autant de sectes. Les catholiques savent se soumettre et se ranger sous l'étendard : on en a dans tous les siècles d'illustres exemples. Il n'en est pas de la même sorte de ceux qui ont rompu avec l'Eglise. Le principe d'union une fois perdu , en se séparant d'avec celle où tout était un auparavant, a

1. T7bi suprà. — 2. ///. Een-, xv. 30, 31. — 3. Epiph., Hœr. 65, et in ind., l. m, t. 1. — 4. Voyez ci-dessua les fragments sur DIVERSES MATIÈRES DE CONTROVERSE, t. III, Fragments I et II; et I'avertissement sue le refrocue de lidolatrie , même tome.

'.it;

INSTUUUTION l'ASTORALl

tûul mis cil ilivision; les schismes se sonl multipliés , el n'ont pas eu de remède ; car la maxime qu'on avait posée, d'examiner chacun par soi-même les articles de la foi, mettait tout en dispute, et rien en i)aix. Ainsi s'étaient divisées toutes les sectes : l'arianisme , le pélagianisine, l'eulychianisme avaient enfanté des dcini-ariens, des demi-pôlagiens, des demi-culychiens de jilus d'une sorte, et ainsi des autres. On n'a i)lus rien de certain , quand on a une fois rejeté le joug salutaire de l'autorité de l'Eglise. Les donatistes, dit saint Augustin ', avaient pris en main le couteau de division, pour se séparer de l'Eglise : le couteau de division est demeuré parmi eux; et voyez , dit le même Père, « en com- » bien de morceaux se sont divisés ceux qui avaient » rouqni avec l'Eglise : Qui se ab unitatc prœcidc- )> runt, in quoi frusla dicisi sunt? » N'en peut-on pas dire autant à nos jjrétcndus réformateurs V c'est en vain qu'ils ont voulu reprendre l'autorité attachée au nom de l'Eglise , et obliger les particuliers à se soumettre aux décisions de leurs synodes. Quand on a une fois détruit l'autorité, on n'y peut plus revenir : on aura éternellement contre eux le môme droit qu'ils ont usurpé contre l'Eglise, lorsqu'ils l'ont quittée. Ainsi nulle dispute ne finit : Dordrecht ne peut rien contre les arminiens; en se soulevant contre l'Eglise, et réduisant à rien ce nom sacré avec les promesses de Jésus-Christ pour son éternelle durée, les protestants sesontôté toute autorité, tout ordre, toute soumission : et aujourd'hui, s'ils se font justice, ils reconnaîtront qu'ils n'ont aucun moyen de réprimer ou de condamner les erreurs; en sorte qu'il ne leur reste aucun remède pour s'unir entre eux, que celui de trouver tout bon, et d'introduire parmi eux la confusion de Babel et l'indifférence des religions sous le nom de tolérance.

XX. Explications conformes des saints docteurs : saint Auijusiin. — Il n'en faut pas davantage aux cœurs simples el de bonne foi. Les promesses dont il s'agit, sont conçues, comme on a vu, en termes simples et très-clairs. On doit donc se déterminer en très-peu de temps à y croire; et cette croyance enferme une claire décision de toutes les controverses. Car si une fois il est constant que la vérité domine toujours dans l'Eglise, tous les doutes sont résolus : il n'y a qu'à croire, et tout est certain. Mais si après cela on veut écouler les anciens docleurs de l'Eglise , et savoir s'ils entendent comme nous les promesses de Jésus-Christ dont nous parlons, je veux bien entrer encore dans cette matière, cl ne craindrai point de donner à un sujet si essentiel toute l'étendue qu'il mérite.

Vous doutez du sentiment des anciens docteurs? Il n'y a qu'à les entendre parler à ceux qui se séparant visiblement de l'Eglise, de celle Eglise qui étail visildemenl répandue par tout l'univers, disaient qu'elle étail perdue sur la terre. C'est ainsi que iiarlaienl les donatistes : mais cette parole n'étail écoutée (pi'avec horreur, comme on écoute les plus grands blasphèmes. « L'Eglise a péri, dites- » vous, elle n'est plus sur la terre. Saint Augustin » leur répond^ : Voilà ce que disent ceux qui n'y » sont point : parole impudente. Elle n'esl pas, parce

1. Serm. iv, ji. 33, 34; lom. v, col. 25 et 20. — 2. .\tci/. in Ps. Cl, svrm. 11, n. S; iorn. iv, col. 1105.

» que VOUS n'êtes pas en elle? C'est, |)oursuit-il , » une parole abominable, détestable, pleine de pré- » somplion et de fausseté, destituée de toute raison, » de toute sagesse, vaine, téméraire, insolente, per- » nicieuse : Abominabilem , detestabilem , vanam, » temerariam, prcecipitem, perniciosam , etc. » Pourquoi tous ces litres à cette erreur? C'est qu'elle dément Jésus-Christ, qui a promis à l'Eglise, non seulement des jours éternels au siècle futur, mais encore dans cette vie, des jours qui seront courts, à la vérité, puisque tout ce qui n'est pas éternel est court, mais qui dureront néanmoins jusqu'à la fin du monde'.

Le même saint Augustin fait ainsi parler l'Eglise avec le même Psalmisle : Annonres-moi la brièveté de mes jours; voyons à (|ue!s termes vous avez voulu les réduire : paucitalem dicrum mcorum annuntia mihi. » Mais, conliriue-t-elle , i>ourquoi » ceux qui se séparent de mon unité murmurent-ils » contre moi? Pourquoi ces hommes perdus disent- » ils que je suis perdue? Ils osent dire que j'ai été, » et que je ne suis plus. Parlez-moi donc , ô Sei- » gneurt de la brièveté des jours que vous m'avez » destinés sur la terre. Je ne vous interroge point » ici sur ces jours perpétuels de l'autre vie : ils se- » ront sans fin dans le séjour éternel où je serai ; » ce n'est point de cette durée donl je veux parler : « je parle des jours temporels que j'ai à passer sur » la terre; annoncez-les-moi encore un coup; par- » lez-moi, non point » de l'éternité dont je jouirai dans le ciel, mais des jours passayers et brefs que je dois avoir dans ce monde. « Parlez-en pour l'amour » de ceux qui disent : Elle a été, et elle n'est plus : » elle a apostasie, et l'Eglise est périe dans toutes » les nations. Mais qu'est-ce que Jésus-Christ m'an- » nonce sur cela? que me promet-il? Je suis avec » vous jusqu'à la consommation des siècles. »

Voilà donc deux vies bien distinctement promises à l'Eglise; l'une dans le ciel, éternelle el vraiment longue, puisqu'il n'y a rien de long que ce qui n'a point de lin; l'autre temporelle et courte en effet , imisqu'elle aura une lin, mais à qui Jésus-Christ n'en donne point d'autre que celle des siècles.

Ailleurs le même Père applique à l'Eglise celte parole du môme Psalmisle : « Il a appuyé la terre » sur sa fermeté; elle ne branlera point aux siècles » des siècles. Fundavit terram super firmitatem » suam, non inclinabilur in sœculum sœculi^. Par » la terre , dit saint Augustin , j'entends l'Eglise; » el dans la suite : « Oii sont ceux qui disent que l'E- » glise est périe dans le monde , elle qui , loin de » tomber, ne peut pas môme pencher pour peu que » ce soit, ni jamais être ébranlée^? " Pourquoi? A cause qu'étant appuyée sur le ferme fondement de la promesse de Jésus-Christ , « elle est prédestinée » pour être la colonne el le soutien de la vérité : prœ- » desiinala est columna et firmamentum veritatis\» qui est , comme on sait, une jjarole de saint Paul 5, où l'apùlre donne ce nom à l'i'jglise.

C'est d'une Eglise visible , où il faut converser avec les hommes , el édifier le peuple de Dieu , que saint Paul a voulu parler : c'est d'une Eglise visible ([ue saint Augustin entend cette parole , et la chi-

1. Aug. in Ps. ci, Si^rin. 11, «. 9; ('»/. 110(i. — 2. ïn Ps. cm. 5, Sfrw'i. I, H. 17, col. lui. — 3. .Serin, il, li. 5, coi. 1145.— 4. Serai. I, n. 17. — 5. /. Tim., m. 15.

SUR LES PROMESSES DE L'EGLISE

mère de l'Eglise invisible n'était pas connue de ce temps.

De là vient que le même Père enseigne aussi qu'on ne se trompe jamais en suivant l'Eglise. « C'est là, dit-il', qu'on écoute et qu'on voit : ce- » lui qui est hors de l'Eglise, n'entend ni ne voit; 1) celui qui est dans l'Eglise, n'est ni sourd ni aveu- » gle. Extra illam qui est, neque videt 7ieque au- » dit : in illd qui est , nec surdus nec cœcus est. » Mais de peur qu'on ne s'imagine que l'instruction que donne l'Eglise ne dure qu'un temps , il ajoute avec le Psalmiste : Dieu l'a fondée éternellement , d'où il conclut : « si Dieu l'a fondée éternellement, » craignez-vous que le firmament ne tombe , ou » que la fermeté même ne soit ébranlée ? »

XXI. Que le sentiment de l'Eglise est une règle infaillible : autre sermon de saint Augustin. — Aussi donne-t-il toujours le sentiment de l'Eglise pour une entière conviction de la vérité. C'est ce qui parait dans un sermon admirable prononcé à Carlhage le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste. Il s'agissait d'établir, contre la nouvelle hérésie des pélagiens, la vérité du péché originel par le fait constant , positif et universel du baptême des petits enfants; il pose pour fondement que par la coutume de l'Eglise très-ancienne , très- canonique , très-bien fondée^, comme ils ont péché par autrui, c'est aussi par autrui qu'ils croient : sur ce fondement il suppose que les enfants qu'on baptise sont rangés au nombre des fidèles : « Je demande, dit- » il aux novateurs', si Jésus-Christ sert de quel- 1) que chose à ces nouveaux baptisés, ou s'il ne » leur sert de rien? Il faut qu'ils répondent qu'il » leur sert beaucoup : ils sont accablés par le poids » de l'autorité de l'Eglise. Ils voudraient peut-être » bien ne pas avouer l'utilité du baptême des petits » enfants, et leurs raisonnements les conduiraient » là; mais l'autorité de l'Eglise les retient, de peur » que les peuples chrétiens ne leur crachent au vi- » sage. » Remarquez ici le prodigieux elTet de l'autorité de l'Eglise, non-seulement dans les catholiques qui ne pouvaient souffrir qu'on en doutât, mais encore dans les novateurs , qui n'osaient la contredire : « Selon cette autorité , poursuivait-il , » un petit enfant qu'on baptise est rangé au nom- » bre des fidèles. L'autorité de l'Eglise notre mère » emporte cela : la règle très-bien fondée de la vé- » rite fait qu'on n'ose le nier. Qui voudrait s'oppo- B ser à cette force, et employer des machines pour » abattre cette inébranlable muraille, ne l'abattrait » pas , mais se mettrait soi-même en pièces. » Telle est l'autorité de l'Eglise : c'est ainsi qu'elle est invincible et inébranlable.

Alors les nouveaux hérétiques n'étaient pas encore condamnés, et ce sermon solennel prononcé par l'ordre des évèques dans la métropolitaine de toute l'Afrique, fut l'avant-coureur de cette juste condamnation. Pendant que l'Eglise les attendait avec une patience vraiment éternelle , saint Augustin les pressait en cette sorte : « C'est ici, dit-il, une » chose fondée et établie sur un fondement immua- « ble. On supporte ceux qui disputent lorsqu'ils B errent dans les autres questions qui ne sont pas » bien examinées , qui ne sont pas encore établies

1 . /n Ps. XLVii, n. 7, cof. 420. — 2. Sertu. ccxciv, n. 17; /om. V, col. 1191. — 3. Idem.

B. — T. IV

» par la pleine autorité de l'Eglise. C'est alors qu'il » faut supporter l'erreur : mais elle ne doit pas s'em- » porter jusqu'à vouloir ébranler le fondement de » l'Eglise, » c'est-à-dire, comme on voit, la foi des promesses sur lesquelles elle est appuyée.

XXII. Langage opposé des hérétiques et des saints. — Puisque nous sommes sur les pélagiens, il est bon de considérer en la personne de ces hérétiques avec quel dédain ces sortes d'esprits parlaient de l'Eglise , et ce que leur répondaient les orthodoxes. « C'est tout dire, disait Julien le Pélagien', la folie » et l'infamie ont prévalu même dans l'Eglise de » Jésus-Christ. » On n'en vient à cet excès d'impiété contre l'Eglise, qu'après avoir méprisé les promesses de son éternelle durée. Ailleurs : « La confusion se » met partout, le nombre des fous devient le plus » grand, et on ôle à l'Eglise le gouvernail de la rai- » son, afin d'introduire un dogme vulgaire-. » Il appelait ainsi par mépris le dogme commun de l'Eglise; et à la manière des grands esprits faux, il affectait de se distinguer par ses superbes singularités. Il dit ailleurs dans le même esprit : » Si la vérité 1) trouve encore quelque place parmi les hommes, » et que le monde ne soit pas encore étourdi par le » bruit de l'iniquité'. » C'est le langage ordinaire des novateurs. A les entendre , la vérité n'est plus sur la terre : l'Eglise y est perdue : ils ne songent plus aux promesses qu'elle a reçues; et parce que le dogme contraire à celui des hérétiques y prévaut toujours, ces superbes méprisant le peuple, dont le gros demeure attaché à ses pasteurs, reprochent à l'Eglise « qu'elle se pare de l'autorité du vulgaire, » de la lie du peuple, des femmes, des gens de mé- » tier, des gens de néant\ »

C'est le langage commun de tous les hérétiques : ce fut en particulier celui de Bérenger au xi" siècle, comme nous le dirons bientôt. Mais saint Augustin y avait déjà répondu par avance. L'Eglise, disait-il à Julien comme aux autres, doit toujours subsister; et il ne faut pas s'étonner si la vérité y prévaut dans la multitude, puisque c'est cette multitude qui a été promise à Abraham^, laquelle par conséquent il ne faut point mépriser comme une troupe tulgaire. Toute l'Eglise est contre vous dès son commencement; a sui initio^ : puisque dès son commencement elle a montré par ses exorcismes et par ses exsufflations qu'elle connaissait le péché originel dans les petits enfants. Il n'y a rien de plus faible que ces raisonnements, si la croyance de l'Eglise n'est pas d'une certitude infaillible. « Revenez à » nous, disait encore saint Augustin à Julien'; vous )) n'êtes pas né de parents qui crussent la doctrine » que vous enseignez , et vous avez été régénéré » dans une Eglise qui croyait le contraire. » Ce dogme, poursuivait-il, que vous appelez vulgaire ou populaire à cause qu'il est suivi de tous les peuples fidèles, est celui de saint Cyprien et de saint Ambroise. « Mais ce n'est pas saint Ambroise ni » saint Cyprien qui ont fait entrer les peuples dans » cette croyance; ils les y ont trouvés; votre père » les y a trouvés quand vous avez été baptisé petit » enfant : vous avez vous-même trouvé tel dans l'E-

1. Aug., Op. imp. cont. Jitl., 1. i, n. 12, tom. x, col. 879. —

2. Idem, (. il , n. 2, col. 957. — 3. Ibid., l. l, n. 102, col. 992. — 4. Ibid.,lib. I, n. 33, 42, etc., col. 8S5 , etc. — 5. Ibid., lib. vi , n.

3, col. 1291. — 6. Ibid., lib. ll , n. 104, coi. 993. — 7. Ibid., lib. IV, H. 13, coi. 1142.

INSTRUCTION PASTOfiALR

» f,'liso tous les peuples catholiques'. » Qu'on remaniue bien cet argument. C'est, comme nous l'avons vu, l'argument commun de tons les catholiques contre tous ceux qui innovent; et il faut bien que tout novateur trouve l'Eglise dans un sentiment opposé au sien, puisque, selon la promesse de Jésus- Christ, elle seule ne change jamais.

En un mot, tous les ennemis do l'Eglise lui ont marque une lin, ou du moins une interruption, et tous les enfants de l'Eglise ont soutenu qu'elle ne verrait ni l'un ni l'autre. Les païens lui assignaient pour toute durée 3tJ5 ans ^. Vains discours que l'expérience avait réfutés, puisqu'elle n'avait jamais été plus alïermie qu'après ce temps écoulé. Il n'y a donc point de fin pour elle. Mais elle n'est pas moins à couvert de l'interruption , puisque Jésus- Christ, véritable en tout, l'a également garantie de ces deux accidents.

Je ne m'étonne pas des païens, qui ne croient ni en Jésus-Christ ni en ses promesses. Mais il ne faut non plus s'étonner des hérétiques, quoiqu'ils portent le nom de chrétiens, puisque s'étant engagés à se faire une Eglise et une doctrine indépendantes de celles qu'ils trouvaient sur la terre lorsqu'ils sont venus, ils ont eu ce malheureux intérêt de trouver une interruption dans la suite de l'Eglise , et d'éluder les promesses do son éternelle durée.

XXIII. Nous sommes catholiques par la même démonstration et par les mêmes principes qui nous ont faits chre'liens. — Il n'y a rien de plus grand ni de plus divin dans la personne de Jésus-Christ, que d'avoir prédit que son Eglise ne cesserait d'être attaquée, ou par les persécutions de tout l'univers, ou par les schismes et les hérésies qui s'élèveront tous les jours, ou par le refroidissement de la charité', qui amènerait le relâchement de la discipline; et de l'autre , d'avoir promis que malgré toutes ces contradictions , nulle force n'empêcherait cette Eglise de vivre toujours ni d'avoir toujours des pasteurs qui se laisseraient les uns aux autres, et de main en main, la chaire, c'est-à-dire, l'autorité de Jésus-Christ et des apôtres; et avec elle, la saine doctrine et les sacrements. Aucun auteur de nouvelles sectes , de quelque esprit de prophétie qu'il se vantât d'être illuminé, n'a osé dire seulement ce qu'il deviendrait , ni ce que deviendrait le lendemain la société qu'il établissait : Jésus- Christ a été le seul qui s'est expliqué à pleine bouche, non-seulement sur les circonstances de sa passion et de sa mort , mais encore sur les combats et sur les victoires de son Eglise : Je cous ai établis , dit-il, afin que lous alliez , et que vous fructifiez , et que votre fruit demeure''. Et comment demeurcra-t-il? C'est ce qu'il fallait exprimer pour laisser aux hommes le témoignage certain d'une vérité bien connue. Jésus-Christ n'y hésite pas, et il énonce dans les termes les plus précis une durée sans interruption , et sans autre fin que celle de l'univers. C'est ce qu'il promet à l'ouvrage de douze pécheurs, et voilà le sceau manifeste de la vérité de sa parole. On est alTermi dans la foi des choses passées en remarquant comme il a vu clair dans un si long avenir. C'est ce qui nous fait chrétiens,

1. Aug. etc., W>. ii, n 2, col. 957. — 2.Aug., de Civil. T)ei , lib. xvni , cap. 53, 54 , tom. vu , col. 536 et seq. — 3. Matth., XXIV. 12. — 4. Joan.. XV. 16.

mais en même temps , c'est ce qui nous fait catholiques, et on voit manifestement que la science de Jésus-Christ, si divine et si assurée, n'a pu nous tromper en rien.

Deux choses alTermissent notre foi : les miracles de Jésus-Christ , à la vue de ses apôtres et de tout le peuple, avec l'accomplissement visible et perpétuel de ses prédictions et de ses promesses. Les apôtres n'ont vu que la première de ces deux choses, et nous ne voyons que la seconde. Mais on ne pouvait refuser à Celui à qui l'on voyait faire de si grands prodiges, de croire la vérité de ses prédictions, comme on ne peut refuser à Celui qui accomplit si visiblement les merveilles qu'il a promises, de croire qu'il était capable d'opérer les plus grands miracles.

Ainsi , dit saint Augustin , notre foi est affermie des deux côtés. Ni les apôtres, ni nous ne pouvons douter : ce qu'ils ont vu dans la source les a assurés de toute la suite : ce que nous voyons dans la suite nous assure de ce qu'on a vu et admiré dans la source; mais il faut être catholique pour entendre ce témoignage. Les hérétiques comme les païens sont contraints de le refuser : puisqu'ils veulent trouver dans l'Eglise, de l'erreur, de l'interruption , un délaissement du côté de Jésus- Christ, ils ne peuvent ajouter foi à la promesse de son éternelle assistance : et on voit que ce n'est pas inutilement que le Fils de Dieu a rangé parmi les païens ceux qui n'écoutent pas l'Eglise' : puisque faute de la vouloir écouter dans les nouveautés qu'ils proposent, ils se voient réduits à éluder les promesses de Jésus - Christ , et à dire avec les païens, que l'Eglise, comme un ouvrage humain, devait tomber.

XXIV. Saint Augusti7i allègue saint Cyprien pour le même sentiment. — Revenons aux anciens docteurs, et après avoir produit saint Augustin, remontons jusqu'à l'origine du christianisme. Le même Père nous fera connaître le sentiment de saint Cyprien, par ces paroles : Nous-mêmes , ditil ^, nous n'oserions assurer ce que nous avançons (touchant la validité du baptême des hérétiques), si nous n'étions appuyés de l'autorité de l'Eglise universelle, à laquelle saint Cyprien (qui soutenait le contraire avec l'ardeur que personne n'ignore) aurait lui-même cédé très-certainement , si la vérité éclaircie eût été dès lors confirmée par un concile universel. Par où il est plus clair que le jour, nonseulement que saint Augustin baissait la tête sous l'autorité de l'Eglise, mais encore qu'il la tenait si inviolable, qu'il aurait cru faire injure à saint Cyprien , s'il l'eut jugé capable d'y résister.

XXV. La doctrine de saint Cyprien est démontrée par lui-même. — En effet, il ne faut que voir comment ce saint martyr a parlé de l'unité de l'Eglise, tant en elle-même qu'avec ceux qui nous ont précédés dans la succession de la doctrine et des chaires. Il y a, dit-il», dans l'Eglise catholique, une tige , une racine , une source, une force pour reproduire sans fin de nouveaux pasteurs qui remplissent les mômes chaires d'une seule et même doctrine; et dès là, un enchaînement d'unité et de

1. Mallh., xvin. 17. — 2. Lib. n de Bapl., cap. 4. n. 5, tom. ix, col. 98. — 3. Lib. de Unit. Eccl., p. 195, etc.; Epist., xii , p. .55.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

succession, d'où l'on ne peut sortir sans se perdre. C'est ce qu'il appelle la tige et la racine de l'Eglise calholique : Eccksiœ catholicœ radicem et matricein; racine tenace et inviolable, comme il la nomme, tenaci radice , qui retient tellement les vrais fidèles dans son unité, que ceux qui n'ont point l'Eglise pour mère ne peuvent avoir Dieu pour père : Habere non potesl Deum patrem qui Ecclesiam non habet matrem'. Cent passages de celte force, qu'il n'est pas besoin de rapporter, parce qu'ils sont connus de tout le monde , font la matière du livre de l'Unité de l'Eglise. Et pour faire l'application de ces beaux principes aux hérésies particulières , le même saint, interrogé par un de ses collègues dans l'épiscopat , ce qu'il fallait croire de l'hérésie de -Vovalien, il ne veut pas seulement permettre qu'on s'informe de ce qu'il enseigne, dès là qu'il n'enseigne pas dans l'Eglise : c'est assez qu'il soit séparé de cette tige , de cette racine de l'unité, hors de laquelle il n'y a point de christianisme; « et, pour- » suit-il, quel qu'il soit, et quelque autorité qu'il » se donne, il n'est pas chrétien, n'étant pas dans » l'Eglise de Jésus-Christ. Quisquis ille est, et qua- » liscumque est, christianus non est, qui in Christi » Ecclesiâ non est^. » Ainsi tout ce qui est hors de l'Eglise n'est rien parmi les chrétiens; et l'Eglise seule est tout par rapport à Dieu.

Il combat tous les novateurs par cet argument, et il ne cesse de leur opposer le concert, l'accord , le concours de toute l'Eglise catholique ; Ecclesiœ catholicœ concordiam ubique cohœrentem. « Ce n'est » pas nous, dit-iP, qui nous sommes séparés d'a- » vec eux, mais c'est eux qui se sont séparés d'a- » vec nous : non enim nos ab illis, sed illi a » nobis recesserunt. Et parce qu'ils sont nouveaux, » qu'ils ont trouvé l'Eglise en place, et qu'ils sont )) tous venus après : et cum hœreses et schismata SI post modum nata sint, leurs assemblées, les » conventicules qu'ils tiennent à part , comme il » les appelle , ne peuvent jamais se lier à la lige » de l'unité : dum conventicula sibi diversa consti- » tuunt, unitatis caput atque originem relique- » runt. »

C'est ainsi que saint Cyprien montrait dans tous les hérétiques , comme nous faisons après lui , ou plutôt après l'apôtre saint Jude, ce malheureux caractère de se séparer eux-mêmes. C'est ainsi qu'il leur faisait voir que l'Eglise qu'ils tâchaient d'établir, était une Eglise humaine : humanam conantur Ecclesiam facere'', et ne tenait rien de l'institution , ni des promesses de Jésus-Christ.

Pour ce qui est de la vraie Eglise , elle est , ditil^, représentée par saint Pierre , lorsque Jésus- Christ ayant demandé à ses disciples : A^e voulezvous point aussi vous retirer ? cet apôtre lui répondit au nom de tous : Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez des paroles de vie éternelle : nous montrant par cette réponse, poursuit le saint martyr, que qui que ce soit qui quille Jésus-Christ, l'Eglise ne le quitte pas , et que ceux-là sont l'Eglise qui demeurent dans la maison de Dieu ; de sorte que le caractère des novateurs est de la quitter, ainsi que le caractère des vrais hdèles, est d'y demeurer toujours.

1. De Unit. Eccl., p. 195. — 2. Epist. ui ad Antonian . , p . 173. —3. De Unit. Eccl., p. 193. —4. Epist. lu, ad Anton., ibid. — ^. Epist. Lv ad Cornet., p. S3.

XXVI. Principes de Tertullien que saint Cyprien a reconnu pour son maître. — Eq remontant un peu plus haut, nous trouverons Tertullien que saint Cyprien appelait son maître , et qui méritait ce nom tant qu'il est demeuré lui-même dans cette unité de l'Eglise, qu'il a tant louée. Tertullien donc, tant qu'il a été catliolique, a reconnu cette chaîne de la succession qui ne doit jamais être rompue. Selon cette règle on connaît d'abord les hérésies, par la seule date de leur commencement. « Marcion et Valentin sont venus du temps d'Anto- » nin' : » on ne les connaissait pas auparavant; on ne les doit donc pas connaître aujourd'hui. Ce qui n'était pas hier est réputé dans l'Eglise comme ce qui n'a jamais été. Toute Eglise chrétienne remonte à Jésus-Christ de proche en proche , et sans interruption. La vraie postérité de Jésus-Christ va sans disconlinuation à l'origine de sa race. Ce qui commence par quelque date que ce soil , ne fait point race , ne fait point famille , ne fait point lige dans l'Eglise. « Les marcionites ont des Eglises, mais 1) fausses et dégénérantes comme les guêpes ont I) des ruches- , » par usurpation et par attentat : on n'est point recevable à dire qu'on a rétabli ou réformé la bonne doctrine de Jésus-Christ, que les temps précédents avaient altérée^ : c'est faire injure à Jésus-Christ que de croire qu'il ait souffert j quelque interruption dans le cours de sa doctrine, ni qu'il en ait attendu le rétablissement ou de Marcion ou de Valentin, ou de quelque autre novateur quel qu'il soit^. « Il n'a pas envoyé en vain le Saint- » Esprit : il est impossible que le Saint-Esprit ait » laissé errer toutes les Eglises, et n'en ait regardé » aucune^. » Montrez-nous-en donc avant vous une seule de votre doctrine : vous disputez par l'Ecriture? vous ne songez pas que l'Ecriture elle-même nous est venue par cette suite : les évangiles, les épitres apostoliques et les autres Ecritures n'ont pas formé les Eglises, mais leur ont été adressées, et se sont fait recevoir avec Vassistance du témoignage de l'Eglise, ejus teslimonio assistente^. Ainsi la première chose qu'il faut regarder, c'est à qui elles appartiennent, cujus sint scripturœ'' . L'Eglise les a précédées, les a reçues, les a transmises à la postérité avec leur vér'Uable sens'. Là donc où est la source de la foi , c'est-à-dire la succession de l'Eglise, « là est la vérité des Ecritures, des interi> prétations ou expositions, et de toutes les tradi- » lions chrétiennes '. » Ainsi, sans avoir besoin de disputer par les Ecritures, nous confondons tous les hérétiques, « en leur montrant, sans les Ecri- » tures , qu'elles ne leur appartiennent pas, et » qu'ils n'ont pas droit de s'en servir'". »

Cet argument est égal contre toutes les hérésies : elles y sont toutes également convaincues : Revictœ hœreses omnes'^. On confond Praxéas , comme on avait confondu Marcion et Valentin. Vous êtes nouveau, 7wvellus ; vous êtes venu après, posterus ; vous êtes venu hier, hesternus'-; et avant-hier on ne vous connaissait pas. Vous n'êtes rien aux chrétiens ni à Jésus-Christ, qui était hier et aujourd'hui , et qui est de tous les siècles'^ : on vous dira comme aux

1. Tert., Prœscr., n. 30. — 2. Adv. MarciO'i., lib. iv,7i.5. — 3 Idem, lib.!, n. 20. — 4. Ibid., t. Pi-œsc, n. 29.-5. Presse , n. 2S. — 6. Adv. Mure, lib. iv, n. 2, 3. — 7. Prœscr., n. 19. — 8. Idem,n.-20. — 9. Ibid.,n. 19. - 10. Ibid., n. 37.— 11. Ibid.. n. 35. — 12. Adv. Prax., n. 2.— 13. Ueb., xm. 8.

INSTRUCTION l'ASTOKALE

aulrcs : Pouniiioi me venez-vous troubler? Je suis en possession : je possède le premier : j'ai mes origines certaines' : je viens en droite ligne el do main on niuin de ceux à qui ai>parlenait la chose : on savait Lien que vous viendriez; nous avons été avertis qu'il s'élèverait des hérésies , el môme qu'il le fallait; mais eu môme temps on nous a déclaré qui vous étiez : des gens sortis hors de la ligne, hors (le la chaîne de la succession, hors de la tige de l'unilé. Une marque de ma possession incontestable, c'est que vous-mômcs vous avez cru premièrement comme moi , Constat in catholicœ primo doctrinam credidisse^ : et vous avez innové, nonseulement sur moi , mais encore sur vous-mômes. C'est l'argument que saint Alexandre, évoque d'Alexandrie, faisait tout à l'heure aux ariens : c'est celui que saint Augustin faisait aux pélagiens : c'est celui que TertuUien fait à Valcntin et à Marcion : nous l'entendrons faire aux disciples de Bérenger, et nous l'avons déjà fait à toutes les hérésies.

Mais ces arguments , et les autres qu'on vient d'entendre, ne seraient qu'une illusion sans le fondement des promesses de Jésus-Christ , en vertu desquelles l'Eglise devait subsister tous les jours sans interruption , et jusqu'à la fin des siècles dans les apôtres et leurs successeurs. C'est à la doctrine de ce corps apostolique qu'il a plu à Jésus-Christ de nous appeler; mais afin que notre foi ne fiit pas pour cela fondée sur des hommes, il a promis à ccu.x-ci d'être toujours avec eux.

XXVII. Doctrine de saint Clément, ancien prêtre et théologien de l'Eglise d'Alexandrie. — Je pourrais citer saint Irénée : je pourrais citer Origéne : pour éviter la longueur, je citerai seulement saint Clément d'Alexandrie, maître d'Origène, qui touchait au temps des apôtres, et qui était le théologien de l'Eglise d'Alexandrie, la plus savante qui peut-être fut dans le monde. C'est lui qui nous montrera la voie royale contre toutes les hérésies^, c'està-dire le grand chemin battu par nos pères : il nous marquera ïaiicienne Eglise qui précède toutes les sectes , el les a toutes vues se séparer d'elle. De cette sorte elle est la seule qui mérite le nom de l'Eglise; les autres sectes so7it des écoles'', où l'on dispute; celle-ci est V Eglise où l'on croit : celui donc qui se soulève contre les traditions de l'Eglise, c'esl-à-dire, contre la suite el la succession, a cessé d'être fidèle, el a quitté la source. C'est pourquoi tous les novateurs se contredisent cu.x-mômes; leur doctrine est inconstante et variable; parce que, ditil, par une curiosité pernicieuse, par une superbe singularité, « ils méprisent les choses ordinaires; » el tâchant de s'élever au-dessus de ce que la foi » rendait commun, ils sortent du sentier de la vé- » rite. La gloire les aveugle, ils veulent faire une » secte el une hérésie, et surpasser ceux ([ui nous » ont |)récédés dans la foi^. » On sait leur date : leurs auteurs dont ils portent encore les noms sont connus partout; on sait sous quels empereurs ils ont commencé, les lieux el les temps de leur naissance : et il « est constant que l'Eglise catholique » les a tous devancés : elle est une comme Dieu est » un; elle est ancienne, elle est catholique .• tous.

1. Pnesc n. 37. — 2. Idem, n. 30. — 3. Strom., lil>. vu. — 4. Idem. — 5. Ibid.

» ceux qui l'abandonnent l'ont trouvée dans l'émi- » nence de l'autorité, elrien ne l'égala jamais. » La quitter, c'était quitter les apôtres et Jésus-Christ môme; el c'est ce qu'on appelait abandonner la Tradition, c'est-à-dire, la suite toujours manifeste de la doctrine laissée et continuée dans l'Eglise, le principe de la vérité et la source qui coulait toujours dans la succession.

XXVIII. Tout cela est tiré formellement de l'Apôtre : différence des orthodoxes. — Cette doctrine manifestement venait do rA|)otre, lorsqu'il disait à Timothée : Ce que tous avez ouï de moi en présence de plusieurs témoins, laissez-le à des hommes fidèles qui soient capables d'en instruire d'autres'. C'est la règle apostolique, c'est [lar celle supposition que la doctrine doit aller de main en main : les apôtres l'ont déposée entre les mains de leurs successeurs en présence de plusieurs témoins; devant toute l'Eglise catholique, coninie l'explique Vincent de Lôrins après saint Chrysostome^ : pour éviter la surprise, on ne dit rien en secret : mais ce qui est dit devant tout le monde, passe à tout le monde de main en main; c'est, disait saint Chrysostome', le trésor royal qui doit ôlrc déposé en lieu public, de pasleur à pasteur, d'évèque à évoque, on se donne les uns aux autres la saine doctrine : il n'y a point d'interruption, el tout cela originairement vient de Jésus-Ghrisl, qui disait aux apôtres et à leurs successeurs : Je suis toujours avec vous. Dans cette succession la doctrine est toujours la môme. C'est pourquoi la fausse doctrine dans le style de l'Ecriture s'appelle une autre doctrine : 0 Timothée, dit saint Paul*, dénoncez à certaines gens qic'ils n'enseignent point d'autre doctrine. L'Evangile n'est jamais autre que ce qu'il était auparavant''. Ainsi quel que soit le temps où dans la foi on dise autre chose que ce qu'on disait le jour d'auparavant, c'est toujours l'hétérodoxie, c'est-à-dire, une autre doctrine qu'on oppose à l'orthodoxie; et toule fausse doctrine se fera connaître d'abord , sans peine et sans discussion, en quelque moment que ce soit, par la seule innovation; puisque ce sera toujours quelque chose qui n'aura point été perpétuellement connu. C'est par ce témoignage que la foi se rend sensible aux plus ignorants, pourvu qu'ils soient humbles : et tous les jours sont égaux pour y trouver la vérité en possession, puisque Jésus-Christ ne dit pas qu'il sera avec les apôtres el leurs successeurs à de certains jours, mais tous les jours.

XXIX. Sur la dénomination de catholique et d'hérétique. — Par là s'entend clairement la vraie origine de catholique et d'hérétique. L'hérétique est celui qui a une o[)inion, et c'est ce que le mot môme signifie. Qu'est-ce à dire, avoir une opinion? C'est suivre sa propre pensée et son sentiment particulier. Mais le catholique est catholique, c'est-à-dire, ([u'il est universel, et sans avoir de sentiment particulier, il suit sans hésiter celui de l'Eglise.

De là vient f[u'un des caractères des novateurs dans la foi est de s'aimer eux-mêmes : Erunt homines seipsos amantes. Il y aura des hommes qui s'aimeront eux-mêmes'^ ; ou connue parle saint Jude, digue d'être si souvent cité dans une lettre si courte, des hommes qui se repaissent eux-mêmes : Seipsos

1. //. Tim., II . 2. — 2. Chrysost. in cum. loc. — 3. Idem. — 4. /. Tim., 1. 3. — 5. Gai., i. 7. — «. //. Tim., m. 2.

SUR LES PROMESSES DE L'EGLISE

pascentes' ; qui se repaissent de leurs inventions, jaloux de leurs sentiments, amoureux de leurs opinions. Le catholique est bien éloigné de cette disposition, et sans craindre l'inconvénient d'être jaloux de ses propres pensées , il a une sainte jalousie, un saint zèle pour les sentiments communs de toute l'Eglise; ce qui fait qu'il n'invente rien, et qu'il n'a jamais envie d'innover.

XXX. Réponse à U7ie objection. La preuve tirée de la succession et des promesses s'affermit tous les jours de plus en plus. Exemple de Bérenger. — Pour répondre aux autorités des saints que nous avons alléguées , on dira que cet argument qu'on tire de la succession était bon au commencement , où tout près de Jésus-Christ et des apôtres, on voyait comme d'un coup d'ceil l'origine de l'Eglise. Illusion manifeste! Si dans la promesse de Jésus- Christ sur la durée de son Eglise nous regardions autre chose que la puissance divine qu'il y donne pour fondement : TotUe puissance, dit- il ^, m'est donnée dans le ciel et sur la terre, rien ne nous pourrait assurer contre l'altération de la doctrine : un ouvrage humain pourrait tomber après cent ans, comme après mille ans : et les Pères du second, du troisième, du quatrième et cinquième siècle, dont nous avons allégué l'autorité, se pourraient tromper comme nous dans la succession de l'Eglise et de ses pasteurs. Mais parce que Jésus-Christ et sa parole toute-puissante sont le fondement de notre foi, l'argument est de tous les siècles; saint Cyprien ne le faisait pas avec moins d'assurance que saint Augustin, et avant lui TcrtuUien, et avant lui Clément d'Alexandrie. On le lit à Bérenger avec la même force après mille ans. Dès qu'il innova sur la présence réelle, on lui objecta d'abord, comme je l'ai démontré ailleurs', ce fait constant, qu'il n'y avait pas une Eglise sur la terre, pas une ville, pas un village de son sentiment; que les Grecs, que les Arméniens , et en un mot tous les chrétiens d'Orient avaient la même foi que l'Occident ; de sorte qu'il n'y avait rien de plus ridicule que de traiter d'incroyable ce qui était cru par le monde entier. Lui-même il l'avait cru comme les autres : il avait été élevé dans cette foi : après l'avoir changée , il y était revenu par deux fois , et sans oser nier le fait constant de l'universalité de la croyance contraire à la sienne, il se contentait de répliquer à l'exemple des autres hérétiques, dont nous avons vu les réponses, « que les sages ne doivent pas » suivre les sentiments ou plutôt les folies du vul- » gaire'*. » Mais Lanfranc, ce saint religieux, ce savant archevêque de Cantorbéry, et les autres lui faisaient voir que ce qu'il appelait le vulgaire^, c'était tout le clergé et tout le peuple de l'univers; et après un fait si positif, sur lequel on ne craignait pas d'être démenti, on concluait que si la doctrine de Bérenger était véritable, « l'héritage promis à » Jésus-Christ était péri , et ses promesses anéan- » ties; enfin que l'Eglise catholique n'était plus, et ï que si elle n'était plus, elle n'avait jamais été^. » Gomme donc, en toute occasion et en tout temps, les hérétiques tenaient le même langage , l'Eglise y

1. Judœ, 12. — S. Sltittli., XXVIII. 20. — 3. Hiig. Lingon. Adetm. Brix. Ascol., e-p. ad Bercng. Guim., l. 3; Lanf., de corp. et sang. Dom., c. 2. 4, 22 , etc. T. xvin ; Bih. PP. Lugd.; Hist. des Var., tiv. XT, n. 129. — 4. Idem. — 5. Ibid.. c. 4. — 6, Hug. Lingon. t etc., c. 23.

opposait toujours les mêmes promesses : l'argument, loin de s'alTaiblir, se fortifiait, et bien loin qu'il fut plus clair au commencement de l'Eglise , au contraire plus elle allait en avant , plus paraissait la merveille de son éternelle subsistance , et plus on voyait clairement la vérité de cette sentence : Le ciel et la terre passeront , mais mes paroles ne passeront pas ' .

XXXI. Témoignage de saint Bernard. — Cent ans après Bérenger, saint Bernard alléguait toujours la même preuve, et toujours, s'il se pouvait, avec une nouvelle assurance. Je vous ai tenu , disait l'Epouse-, et je ne vous quitterai point. Ce Père expliquait ces paroles par celles de la promesse" : « Voilà que je suis avec vous tous les jours jus- » qu'à la fin des siècles : elle tient Jésus-Christ, » parce qu'elle en est tenue : comment donc peut- » elle tomber? » Il explique la fin des siècles par le retour des Juifs à l'Eglise : il faut qu'elle dure jusque-là ; c'est pourquoi, poursuivait le saint", « la race des chrétiens n'a dû cesser un moment , » ni la foi sur la terre, ni la charité dans l'Eglise. » Les fleuves se sont débordés, les vents ont souf- » fié , » et sont venus fondre sur elle; mais « elle » n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur 1) la pierre , qui est Jésus-Christ , « et sur sa promesse inviolable : « ainsi elle n'a pu être séparée » d'avec Jésus-Christ, ni par les vains discours des » philosophes , ni par les suppositions des héréti- » ques, ni par l'épée des persécuteurs. » Fondé sur cette promesse, il oppose aux novateurs de son temps, comme on avait toujours fait, l'autorité de l'Eglise catholique, et les Pères qui y ont toujours enseigné la vérité, et les papes et les conciles toujours attachés à les suivre''. Cette suite ne peut ôlre interrompue.

XXXII. Autre réflexion sur les promesses : et que la primauté de saint Pierre et de ses successeurs y est comprise. — Au surplus , sans disputer davantage , il ne faut qu'un peu de bon sens et de bonne foi pour avouer que l'Eglise chrétienne dès son origine a eu pour une marque de son unité sa communion avec la chaire de saint Pierre, dans laquelle tous les autres sièges ont gardé l'unité : in qua sola unitas ab omnibus servaretur, comme parlent les saints Pères" : en sorte qu'en y demeurant, comme nous faisons, sans que rien ait été capable de nous en distraire , nous sommes le corps qui a vu tomber à droite et à gauche tous ceux qui se sont séparés eux-mêmes; et on ne peut nous montrer par un fait positif et constant, comme il le faudrait pour ne point discourir en l'air, que nous ayons jamais changé d'état , ainsi que nous le montrons à tous les autres.

Dans cet inviolable attachement à la* chaire de saint Pierre , nous sommes guidés par la promesse de Jésus-Christ. Quand il a dit à ses apôtres : Je suis avec vous, saint Pierre y était avec les autres, mais il y était avec sa prérogative, comme le premier des dispensateurs, primus Petrus'^ : il y était avec le nom mystérieux de Pierre que Jésus-Christ lui avait donné*, pour marquer la solidité et la force de son ministère : il y était enfin comme celui

1. Malth., XXIV. 35. — 2. Cant., m. 4. — 3. Serm. lxxix. in Cnnt., n. 5; tom. i, col. 1545. — 4. Idem, n. 4. — 5. Serm. Lxxx, n. 7, 8, col. 154S. — 6. Opt., cont. Parm., lib. ii. — 7. Matth., X. 2. — 8. Marc, m. 17.

INSTIÎUCTION PASTdllALE

(jui devait le piTiiiior imnoncer l;i foi au nom de ses frères les apôlrcs, les y conlirnier, cl par là devenir la pierre sur laquelle serait fondé un àdilice immortel. Jèsus-Chrisl a parlé à ses successeurs comme il a parlé à ceux des autres ap(Mres, et le ministère de Pierre est devenu ordinaire, principal et fondamental dans toute l'Eglise. Si les Grecs se sont avisés dans les derniers siècles de contester cette vérité, après l'avoir confessée cent fois, et l'avoir reconnue avec nous , non point seulement en spéculation , mais encore en pratique dans les conciles que nous avons tenus ensemble durant sept cents ans; s'ils n'ont plus voulu dire comme ils faisaient : « Pierre a parlé par Léon; Pierre a parlé » par Agathon; Léon nous présidait comme le chef » préside à ses membres; les saints canons et les » lettres de notre père Célestin nous ont forcés à » prononcer cette sentence, » et cent autres choses semblables; les actes de ces conciles, qui ne sont rien moins que les registres publics de l'Eglise catholique , nous restent encore en témoignage contre eux; et l'on y verrra éternellement l'état où nous étions en commun dans la tige et dans l'origine de la religion.

XXXIIL Passage de saint Paul contre les innotations : et comment il a été employé par Vincent de Lerins. — Ce sera donc toujours aux catholiques à confondre ceux qui se séparent; et en les prenant dans le moment funeste pour eux de leur séparation, nous serons en droit de leur dire avec saint Paul : Est-ce de vous qu'est partie la parole de Dieu, ou bien êtes-vous les seuls à qui elle est parvenue ' ? Est-ce de vous qu'elle est partie ? montreznous sa continuité : n'est-elle venue qu'à vous? montrez-nous son universalité. Est-ce de vous qu'elle est partie? devait-elle avoir de vous son commencement, et ne faut-il pas qu'il paraisse de qui vous la tenez , et comment elle vous est venue de proche en proche '] N'est-elle venue qu'à vous seuls ? ne devait-elle pas être dans toute la terre , et une parcelle doit-elle l'emporter contre le tout? C'est par de tels arguments que le docte Vincent de Lérins démontrait, il y a treize cents ans , que l'Eglise a des coutumes établies qui sont autant de démonstrations de la vérité, et qu'il faut compter parmi ces coutumes ce qu'elle a accoutumé de croire.

XXXIV. Que la vérité, loin de s'affaiblir, va toujours s' éclaircissant dans l'Eglise par les contradictions : doctrine de saint Augustin. — Loin que la saine doctrine soit capable d'être affaiblie par les nouveautés, au contraire la contradiction des novateurs la fortifie et l'épure. Ecoutons saint Augustin^ : « Plusieurs choses étaient cachées dans les » Ecritures : les hérétiques séparés de l'Eglise l'ont » agitée par des questions ; ce qui était caché s'est » découvert, et on a mieux entendu la vérité de » Dieu... Ceuxqui pouvaient le mieux expliquer les » Ecritures, ne donnaient point de résolution aux » questions difficiles, pendant qu'il ne s'élevait au- » cun calomniateur qui les pressât. On n'a point » traité parfaitement de la Trinité avant les cla- » meurs des ariens; ni de la Pénitence, avant que )) les novatiens s'élevassent contre; ni de l'efficace » du Baptême, avant nos rebaptisateurs. On n'a » pas même traité avec la dernière exactitude les

1. /. Cor., XIV. 36. — 2. In Ps. Liv, n. 22, loin, iv, col. 513.

» choses qui se disaient de l'unité du corps de Jé- » sus-Christ avant que la séparation qui mettait les » faibles en péril obligeât ceux qui savaient ces vé- » rites à les traiter plus à fond , et à éclaircir entiè- » remenl toutes les obscurités de l'Ecriture. Ainsi, » dit saint Augustin , loin que les erreurs aient nui » à l'Eglise catholique, les hérétiques l'ont alïer- » mie, et ceux qui pensaient mal ont fait connaître » ceux qui pensaient bien. On a entendu ce qu'on » croyait avec piété , » et la vérité s'est déclarée de plus en plus.

Il se faut donc bien garder de croire que les erreurs quelles qu'elles soient puissent détruire l'Eglise et en interrompre la suite : elles y viennent pour la réveiller, et faire qu'elle entende mieux ce qu'elle croyait.

XXXV. Toute décision se réduit à des faits constants et notoires. Esprit de l'Eglise clans ses définitions , et dans les explications des saints. — Par cette sainte doctrine , toute question dans l'Eglise se réduit toujours contre tous les hérétiques à un fait précis et notoire : que croyait-on quand vous êtes venus? Il n'y eut jamais d'hérésie qui n'ait trouvé l'Eglise actuellement en possession de la doctrine contraire. C'est un fait constant , public, universel et sans exception. Ainsi, la décision a été aisée; il n'y a qu'à voir en quelle foi on était quand les hérétiques ont paru; en quelle foi ils avaient été élevés eux-mêmes dans l'Eglise, et à prononcer leur condamnation sur ce fait qui ne pouvait être ni caché ni douteux. Demandez à Luther lui-même, comment, par exemple, il disait la messe, avant qu'il se prétendit plus illuminé. Il vous répondra qu'il la disait comme on la disait, comme on la dit encore dans l'Eglise catholique, comme on la disait dans la foi commune de toute l'Eglise. Voilà sa condamnation prononcée par sa propre bouche : s'il s'est cru contraint à changer ce qu'il a trouvé établi, c'est là son crime et son attentat, qu'il a voulu appeler nouvelle lumière. Il en est de même des autres errants dans tous les autres articles. Ils ont tous voulu, non pas éclaircir ce que l'Eglise savait, mais savoir autre chose qu'elle : il n'y a point à hésiter sur la décision.

Mais pourquoi donc faire tant de livres contre les hérésies? Saint Augustin vient de vous le dire si clairement : vous l'avez ouï : Si vous ne croyez pas, vous n'entendrez pas, disait le prophète', selon l'ancienne version des Septante : Nisi credideritis ; non inlelligetis : d'oii saint Augustin tirait celte conséquence évidente par elle-même : Le commencement de l'intelligence, c'est la foi ; le fruit de la foi , c'est l'intelligence : Initium sapientiœ fides : fidei fructus intellectus. Voilà toute l'économie de la doctrine parmi les fidèles. On croit sur la foi de l'Eglise : on entend par les explications plus particulières des saints docteurs. Vous voyiez baptiser les petits enfants, et vous croyiez en simplicité qu'ils étaient pécheurs, puisqu'on leur donnait par le baptême la rémission des péchés. Une hérésie vient contester cette vérité : alors vous développez plus clairement la doctrine de saint Paul sur les deux Adam, le premier et le second ; les paraboles de Jésus-Christ sur la renaissance, et toute la suite des mystères. Le baptême donné en égalité au nom du Père, et du 1. /s, VII. y.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

Fils, et du Sainl-Espril , faisait adorer un seul Dieu en trois personnes : Jésus-Clirist était appelé le Fils unique : c'en était assez pour établir la foi. Quand les ariens ont voulu embrouiller cette matière, il a fallu, pour l'expliquer dans toute son étendue, détailler, pour ainsi parler, la théologie de saint Jean; les paroles de Jésus-Christ même, sur son éternelle naissance : et la source de l'unité dans la procession des trois divines Personnes. En un mot , vous aviez dans le Symbole un abrégé des articles, qui, proposé par l'Eglise, vous ôtait le doute. Les hérésies sont venues pour donner lieu à de plus amples explications; et de la foi simple, on vous a mené à la plus parfaite intelligence qu'on puisse avoir en celle vie. Ainsi l'Eglise sait toujours toute la vérité dans le fond : elle apprend par les hérésies, comme disait le célèbre Vincent de Lérins, à l'exposer avec plus d'ordre , avec plus de distinction et de clarté. Mais que sert, direz-vous, celte intelligence à celui qui croit déjà en simplicité? Beaucoup en toute manière : Dieu veut que vous remarquiez tous les progrès de la vérité dans voire esprit ; on vous conduit par degrés à la parfaite lumière, et vous apprenez que de clarté en clarté, comme dit saint Paul', vous devez enfln arriver au plein jour.

XXXM. Facilité , brièveté et précision des décisions de l'Eglise. — Ainsi la décision de l'Eglise est toujours courte et aisée à prononcer dans le fond; mais il n'en est pas de même des traités des saints docteurs. Pour prononcer une décision, l'on n'a qu'à dire à l'hérétique : Que croyait-on dans l'Eglise, et qu'y avie z-vous appris vous-même? Le fait est constant : on va vous le déclarer plus précisément que jamais : on ira même au-devant de toutes vos équivoques. Que disent les Ecritures? Les traités des saints docteurs vous l'expliqueront plus amplement. Nous sommes ceux à qui tout profite et même les hérésies ; elles nous rendent plus attentifs, plus zélés, mieux instruits : la chose n'est pas obscure. « Nous avons appris, dit saint Augustin-, « et c'est là une principale partie de l'instruction » chrétienne, » nous avons appris que chaque hé- » résie a apporté à l'Eglise sa question particulière, » contre laquelle on a défendu plus exactement la » sainte Ecriture , que s'il ne s'était jamais élevé » de pareille difficulté : » et vous craignez que les hérésies n'obscurcissent ou n'affaiblissent la foi de l'Eglise?

XX.\Vn. Taiae crainte des prétendus réformés : l'expérience fait voir que l'assujétissement à l'Eglise est le vrai remède aux absurdités où l'on se jette. — Mais, mes frères , je parle à vous; à vous dis-je, qui faites l'objet de nos plus tendres inquiétudes dans la peine que vous avez de vous réunir avec nous; je vois ce qui vous arrête. Vous craignez que sous ce beau nom de l'autorité de l'Eglise et de la foi des promesses, on ne vous pousse trop loin, et qu'on ne se mette en droit de vous faire croire tout ce qu'on voudra. 0 cœurs pesants et tardifs à croire non ce qui est écrit par les prophètes; mais ce qui a été promis par Jésus-Christ même , commencez par bien peser toutes ces paroles; que veut dire ce Voilà : je suis, qui rend la chose si présente? que veut dire cet arec tous, ce tous les

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