‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 8 sur 631 · Pag. 2dS. — 2. Tab. du Socin,, Lett. i, n, etc · texte numérisé non relu

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comme dit saint Paul, au-dessus de tout. Dieu éternellement béni ' , et par conséquent trés-parfait, s'il attendait du temps sa dernière perfection et quelque chose au-dessus de ce qu'il est dans l'éternité? Mais serait-il heureux, s'il avait encore à attendre et à désirer quelque chose? Son père le serait-il, s'il était lui-même sujet au changement , ou si son Fils en qui il a mis ses complaisances, devait changer dans son sein , et qu'en attendant il manquât de la dernière perfection et de son bonheur accompli? Et l'un et l'autre seraient-ils le Dieu tout-puissant et créateur, s'ils ne pouvaient rien créer, ni changer le non-être en être , sans se changer et s'altérer eux-mêmes? et si ces absurdités ne peuvent être réfutées par les Ecritures , comme l'assure M. Jurieu , quels secours laisserat-il donc à notre ignorance? Les catholiques auraient encore laTradition; et il est vrai que pour expliquer et déterminer le sens de l'Ecriture même, les savants protestants se servent souvent de la manière dont elle a toujours été entendue dans l'Eglise chrétienne : mais ce refuge leur est ôté comme tous les autres, puisqu'on ravit aujourd'hui aux trois premiers siècles la connaissance d'un Dieu parfaitement immuable. Si donc on ne connaît Dieu et la perfection de ses principaux attributs, ni par les termes de l'Ecriture, ni par la foi de l'Eglise et de ses docteurs, où est cette perfection du christianisme que le ministre veut porter si haut? Et que devient le reproche qu'il fait aux sociniens d'en anéantir les grandeurs^? Mais que sert à ce ministre de leur reprocher qu'ils nous font un Dieu dont Platon et les philosophes ne s'accommoderaient pas, et qu'ils trouveraient au-dessous de leurs idées, s'il en vient à la fin lui-même à la même erreur; et si, pour connaiire Dieu , il est contraint de nous renvoyer et nos lumières naturelles, qu'une mauvaise philosophie jMut obscwrcir^? C'est donc enfin la philosophie qui doit redresser nos idées , et la foi ne nous suffit pas pour savoir ce qu'il faut croire de la perfection de la nature divine.

XIX. Vanteries du ministre qui défie ses adversaires de gager co)itre lui. — Il se dit maître en Israël, et il ignore ces choses; et pendant qu'il marche à tâtons, se heurtant à chaque pas, et contre tous les principes de la religion, il triomphe, et il ose dire : Je ne me pique de rien , que d'avoir des principes bien concertésK Qu'il est modeste ! Il ne se pique de rien, que de raisonner toujours parfaitement juste. Si vous en douiez il est prêt à coucher en jeu quelque chose qui taille la peine. Dans les affaires du monde le serment fait la décision ; en matière de théologie dorénavant ce sera la gageure. Et enlln , qui que vous soyez qui accusez M. Jurieu de contradiction, catholiques et M. de Meaux, ou prolestants (car on s'en mêle aussi parmi vous; et, dit M. Jurieu , cela devient fort à la mode) ; mais enfin, qui que vous soyez , auteur de la Lettre de l'an passé, auteur de l'Avis venu de Suisse, auteur de l'Avis aux Réfugiés; M. de Beauval , qui vous déclarez , et cent autres qui n'osez vous nommer; il s'engage à vous confondre au jugement de six témoins. Peut-être s'il les choisit : si ce n'est qu'il se confonde lui-même comme il fait à chaque page de

1. liom., IX. 5.-2. Tah., Lett. m, m, etc. — 3. Lett. \i,p 26S. — 4. Tab., Lett. vi, p. 309.

SIXIEME ET DRRNIER AVERTISSEMENT

ses ccrils. Où rf-ve-l-on ces manières de défendre SCS coiilradielions? Esl-cc là comme on Iraite la théologie V

ARTICLE m.

Que le ynitiistre détruit non-seulement l'immutabilité , mais encore la spiritualité de Bien.

XX. Que le Dieu des premiers siècles était, selon le ministre, un Dieu qui s'elendail et se resserrait, el véritablement un corps. — Le ministre n'est pas moins clairement convaincu dans la seconde accusalion dont il a voulu se défendre; c'est d'avoir fait dire aux anciens, non-seulement que Dieu était muable, mais encore qu'il était divisible, cl qu'il poucait s'étendre et se resserrer' . Car qui peut douter de son sentiment, après ce qu'on vient d'entenilre des divisions et des portions de substance qu'il fait admettre aux anciens, dont il déclare néanmoins la doctrine pure do toutes erreurs contre les fondements de la foi? C'est ce qu'il disait en 1689; et s'il voulait s'en dédire, il fallait donc, sans faire le lier, avouer son aveuglement : mais au contraire il y persiste; puisqu'il nous dit encore aujourd'hui dans cette sixième Lettre du Tableau, où il prétend s'expliquer à fond et lever toutes les difficultés de son Système, que cette naissance temporelle qu'il fait attribuer au Verbe par les anciens, selon eux , se fait « par voie d'expulsion , Dieu ayant poussé » au dehors ce qui était auparavant enveloppé dans » son sein-; » qu'elle se l'ait « par un simple déve- 1) loppement et une extension de la substance di- 1) vine, laquelle s'est étendue comme les rayons du » soleil s'étendent quand il se lève après avoir été » caché'. » J'avoue qu'en quelques endroits par une secrète honte il tempère la dureté de ces expressions, en y ajoutant des pour ainsi dire, dont nous parlerons ailleurs; mais s'il voulait dire par là que ces expressions , et les autres de même nature , si on les trouvait dans quelques Pères, se devaient prendre ligurèment, et comme un faible bégaiement du langage humain, il ne fallait pas rejeter le dénouement de Bullus et les ligures qu'il reconnaît dans ces discours. Que s'il persiste toujours , et à quelque prix que ce soit, à vouloir trouver dans les premiers siècles des variations effectives , et que pour cela il s'attache opiniâtrement à prendre ces expressions sans ligure et sans métaphore; il demeura convaincu par son propre aveu , au lieu de se corriger de ses premières idées qui lui faisaient dire, en 1689, que les Pères faisaient Dieu corporel, de les avoir conlirmées en leur faisant reconnaître encore aujourd'hui non-seulement un Dieu muable et changeant , mais encore un Dieu divisible, un Dieu qui s'étend et se resserre, en un mot , un Dieu qui est un corps.

-XXI. Suite de celle matière. — Il ne devait |)as espérer de résoudre ces difficultés, en répondant que ce ne sont que des chicanes, et ensuite nous renvoyant « à la révélation et à la foi comme à la » seule barrière qu'on peut opposer au raisonne- " ment liumaiii*. » Car la foi ne nous apprend pas à dire qu'une substance qui s'étend , qui se divise , qui se resserre et se développe, proprement et dans le sens littéral , ne soit pas un corps , ou que tout

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