‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 87 sur 631 · Tum. 11, p. 560. — 2. Idem · texte numérisé non relu

Tum. 11, p. 560. — 2. Idem

étrange, et il faudra dire que, par la même raison, qu'un particulier peut être dans le même temps uni intimement à Jésus-Christ et sous la puissance du démon, par cette môme raison, la société des pasteurs se trouvera par l'erreur, par la corruption , et enfin en toutes manières sous la puissance des ténèbres; pendant que tous les jours sans inlerrupiion Jésus-Chrisl sera avec elle. Quelle conrenlion y aura-t-il donc acec Jésus-Christ et Bélial ' ? et la Uéforme est-elle venue pour les concilier ensemble?

XI. Différence manifeste des promesses faites au corps de l'Eglise et aux fidèles particuliers , par les paroles des unes et des autres. — Ouvrez les yeux, mes cliers frères, et voyez que l'on vous amuse, non -seulement en vous proposant des questions hors de propos, mais encore en sauvant une erreur par une autre, au lieu de les condamner toutes deux. Dieu n'a promis à aucun des saints qu'it ne perdrait jamais la justice ni l'union intime acec lui, comme l'ont perdue du moins pour un temps un David, un Salomon, un saint Pierre. Dieu n'a promis à aucun des saints, comme il a fait à l'Eglise entière, d'être avec lui tous les jours , c'est-àdire sans la moindre interruption, et jusqu'à la fin des siècles : le terme de la fin des siècles, qu'il donne ci son assistance, dénote l'Eglise telle qu'elle est en ce monde, visible par toute la terre, à qui il donne pour caractère de sa visibilité la prédication et les sacrements, et lui promet de la conserver tous les jours en cet élat, tant que l'univers subsistera. A-t-il dit quelque chose de semblable de son union avec aucun saint particulier? Ecoutons : Vous êtes purs encore, dit le Sauveur^, demeurez en moi et moi en cous; tant que vous serez en moi, je serai en vous : est-ce à dire, vous y serez toujours? Point du tout, puisqu'il vient de dire : Vous êtes encore purs; pour insinuer qu'ils cesseraient bientôt de l'être, leur chef en le reniant, et tous en tombant dans l'incrédulité pendant le scandale de la croix. Il poursuit : Qui demeure en moi et moi en lui, portera beaucoup de fruit^ : qui en doute? Mais voulait-il dire que pendant le temps de leur incrédulité, ils dussent demeurer en lui et lui en eux, et porter des fruits de vie éternelle, pendant qu'au contraire ils ne produisaient que des fruits d'incrédulité et de mort? Le disciple bien-aimé prononce : Dieu est amour : et ainsi quiconque demeure dans l'amour, demeure en Dieu et Dieu en lui''. Qui ne le sait pas? On y demeure en effet tant qu'on aime d'un vrai amour. Est-ce à dire qu'on aime toujours, et qu'on demeure toujours en Dieu sans aucune interruption, même en reniant, en maudissant, et en jurant qu'on ne connaît pas Jésus-Christ? Qui osera prononcer un tel blasphème? Reconnaissez donc, encore un coup, que les passages qu'on vous allègue n'ont rien de commun avec celui dont il s'agit, où Dieu promet sans réserve ni restriction à son Eglise visible, à la communion des pasteurs et des troupeaux , d'être avec elle tous les jours, et que le monde périra avant qu'il les abandonne.

XII. Courte observation sur la simplicité et sur l'intelligibilité de cette dispute. — Et remarquez, mes chers frères, que je ne vous jette ni dans des

1. //. Cor., VI. 15 — 2. Joan., xv. 3, 4. - ^. Idfr.x , :•. — 4. f. Joan., IV. l(i.

;UB LE> PRONfKSSES DE JÉSUS-CHRIST A SON KPtLISE.

discours inutiles ou d'une grande reclierclie, ni dans des questions ou subtiles ou étrangères : seulement je pèse avec vous parole à parole les promesses de Jésus-Christ, sans qu'il faille ouvrir d'autres livres que l'Evangile , ou que jusqu'ici il s'y trouve la moindre difficulté. Voyons si votre ministre en use de même.

XIII. Illusion du ministre, qui me fait accroire que je n'applique la promesse qu'aux pasteurs de l'Eglise latine. — « M. de Meaus, poursuit-il', ap- » plique la promesse de Jésus-Christ uniquement » aux pasteurs et aux évèques latins. » On vous amuse, mes frères : je ne distingue dans la promesse ni latins ni grecs, et j'y comprends également tous les pasteurs grecs, latins, scythes et barbares, qui succéderont aux apôtres sans aucune interruption, et sans avoir changé leur doctrine par aucun fait positif. Ainsi ce qu'on dit des Grecs jusqu'ici, demeure inutile : il faudra seulement nous souvenir d'examiner en son lieu la foi des Grecs, et s'il est vrai qu'ils n'aient jamais abandonné la succession; ce qui ne regarde ni l'examen ni l'intelligence de la promesse dont il s'agit, considérée en elle-même.

Laissons donc en surséance pour un peu de temps ce qui regarde l'application de la promesse ou aux Latins ou aux Grecs, ou aux autres peuples particuliers , puisqu'il n'en est rien dit dans celte promesse, et continuons à peser les propres paroles qu'elle contient.

XIV. Suite des objections du ministre, qui se contredit lui-même. — « C'est assez parler des per- " sonnes, continue votre ministre^, venons au fond. » Jésus-Christ promet à l'Eglise qu'il sera toujours i> avec elle : ce terme, avec elle , dit M. de Meaux, » marque une protection assurée et invincible de » Dieu : » ce qu'il avoue en disant : « Il a raison )• jusque-là. » Si j'ai raison jusque-là, je tire deux conséquences; l'une, que l'Eglise visible sera toujours; l'autre, qu'elle sera attachée aux pasteurs qui prendront la place des apôtres, et que l'erreur y sera toujours exterminée. C'est ici que votre ministre cite ces paroles de mon Instruction : « Ceux «qui voudront être enseignés de Dieu, n'auront » qu'à vous croire, comme ceux qui voudront être » baptisés n'auront qu'à s'adresser à vous'. » A cela, quelle réponse? Le ministre avoue « que Dieu » peut suppléer à tous nos besoins par sa présence, » quand il veut\: mais, ajoute-t-il, il ne le fait pas 0 toujours. Où est donc cette protection assurée et » invincible, que j'ai raison de reconnaître dans ces » paroles : Je suis avec vous? » et comment est-elle assurée, si Dieu pouvant la donner, il ne le veut pas?

XV. Comment le ministre élude la force de cette parole : Je suis .wec vous ; ses deur réponses sur l'exemple que j'ai tire' de Gédéon. — Pour montrer que ces paroles : Je suis arec vous , emportent une protection assurée autant qu'invincible , j'allègue ce qui fut dit par l'ange à Gédéon : Yous sauverez Israël, parce que je suis avec vous : et je produis en même temps plusieurs passages où cette parole : Je suis avec vous , marque un effet toujours certain^. Le ministre n'a pu le nier, comme on a vu; mais sur

1. T. u. n. 5, p. 561. — 2. T. ii.t. rv, c. 3, n. l,p. 566. — 3. /. Instr. past., n. 5. — 4. Idem. — 5. Ibid.

l'exemple de Gédéon , il répond deux choses ' ; la première : « Comme tous ceux avec qui Dieu est, » n'ont pas la force de Gédéon pour tuer miracu- )- leusement six vingt mille hommes dans une ba- ). taille , ainsi, quoique Dieu soit avec les succes- " seurs des apôtres, il ne s'ensuit pas qu'ils doivent » étendre comme eux l'Eglise jusqu'au bout du » monde , ni avoir la même autorité qu'eux. » C'est la première réponse; voici la seconde : « Comme la 1) présence de Dieu, qui était avec Gédéon, ne l'em- » pécha pas de faire un èphod , après lequel Israël )> idolâtra, ce qui fut un lacet à sa maison^, ainsi » la présence de Dieu dans l'Eglise n'empêche pas » que ses principaux chefs n'introduisent en cer- » tains lieux l'erreur, et ne rendent l'Eglise très- » obscure par leur idolâtrie. » Vous le voyez, mes chers frères, il n'a pas osé pousser à bout sa conséquence. Pour la tirer tout entière, il devait conclure que tous les pasteurs pourraient tomber dans l'idolâtrie : il n'a osé le conclure que des principaux. Il devait encore conclure que toute l'Eglise devait être obscure par l'idolâtrie : il a évité ce blasphème , qui ferait horreur, et n'ose livrer à l'idolâtrie que de certains lieux; ce qui n'empêcherait pas la pureté du culte dans le gros. Il a donc luimême senti la défectuosité manifeste de son principe, qu'il n'a osé pousser à bout. Mais quoi qu'il en soit , ses deux réponses vont tomber sans ressource par un seul mot.

X\'I. Réplique en un mot, et claire démonstration de l'effet de ces paroles : Je suis .wec vous. — Cette parole ;e SM!S arec vous, n'emporte de garde assurée et de protection invincible , que dans l'effet pour lequel Dieu l'a prononcée , et pour lequel il a promis d'être avec nous. C'était à l'effet de défaire les Madianites , et d'en délivrer Israël , que Dieu était avec Gédéon : aussi cet effet n'a-t-il pas manqué , et les Madianites ont été taillés en pièces par ce capitaine. C'était aussi à l'effet d'enseigner la vérité et d'administrer les sacrements, que Jésus- Christ devait être tous les jours et jusqu'à la fin du monde avec ses apôtres et leurs successeurs : cet effet est donc celui qui n'a pu manquer; autrement il ne sert de rien d'avoir avec soi le Tout-Puissant, si l'on peut perdre l'effet pour lequel il assure qu'il y est, et qu'il y sera toujours. Appliquons la même chose à l'éphod érigé par Gédéon; l'effet de cette promesse : Je suis avec vous , était accompli par la défaite des Madianites , pour laquelle elle était donnée : l'éphod, qui vient si longtemps après, n'appartient pas à cette promesse; et le ministre, qui nous le produit, abuse trop visiblement de votre créance.

XVII. Comparaison du ministre entre les promesses de l'Eglise judaïque et celle de l'Eglise chrétienne. — « M. de Meaux, poursuit le ministre', » devait remarquer que Dieu avait promis à l'Eglise » judaïque d'être éternellement avec elle, d'y mettre 11 son nom à jamais, et néanmoins que cette pré- 0 sence n'a pas empêché ni sa ruine, ni que pendant 11 qu'elle a duré , il n'y ait eu des abominations et » des idolâtries jusque dans le temple , et que les » prêtres et les sacrificateurs ne se soient corrom- » pus. 11

1. T. Il, p. 587, 568. — 2. Judic, vi. — 3. Tom ii, p. 567, etc. , 674, etc.

lis

SECONDE INSTRUCTION PASTORALE

.W'Ill. Iti'ponsr ù L'objection du miiilslre : distinction des dexi.r di/licultés : démonstration que les 137-umcsscs de la durée de la Sijna(joiiue ou de l'Eglise judaïque ne sont pas absolues comme celles de iEi/lise cliréUenne, mais seulement condit'wnnelles. — Pour procéder nellcmciit, je distingue ici deux dillicultés, l'une (lu'ou lire de la ruine de l'Eglise juduuiue, el l'aulre qu'on lire de sa corruption pealiaiit qu'elle subsislait.

Pour la ruine, il est vrai que Dieu avait dit, qu'il mettrail son nom à jamais dans le temple de Salomon; et, ce qu'il y a de plus fort, qu'il y aurait tous les jours ses yeux et son cœur : promesse qui ne parait pas de moindre étendue que celle de Jésus-Christ dont nous parlons. Voilà du moins l'argument de votre minisire dans toute sa force. Remarquez pourtant, mes chers frères, qu'il n'a osé citer ce passage entier, de peur d'y trouver sa confusion. Lisons-le donc tel qu'il est' : « Je mettrai » mon nom à jamais dans cette maison, et j'y aurai » tous les jours mes yeux et mon cœur. Si lu mar- 11 ches dans mes voies, comme a fait ton père Da- » vid , j'établirai ton Irône à jamais. Si au contraire » vous et vos enfants cessez de me suivre, el adorez » des dieux étrangers, j'arracherai Israël de la terre » que je leur ai donnée, et je rejellerai de devant » ma face le temple que j'ai consacré à mon nom; » en sorte qu'Israël sera la risée et la fable de tout » l'univers, el que ce temple sera en exemple à tous » les peuples du monde. » On vous a tu, mes chers frères , la condition expressément apposée à la promesse de la Synagogue : et vous ne voulez pas voir la différence entre cette promesse absolue , et coilà je suis acec nous tous les jours; el celle-ci, j'y serai, si cous faites bien.

XIX. Vaine demande du ministre. — Votre ministre objecte souvent : Quoi donc , ne faudra-l-il point quitter l'Eglise, si elle tombe dans l'idolâtrie el dans l'erreur? Autre illusion; puisque c'est là précisément ce qui est exclu comme impossible par cette promesse absolue : Je suis avec vous tous les jours : étant choses visiblement incompatibles, et que Jésus-Christ soit avec elle tous les jours, el qu'elle soit quelque jour livrée à l'idolâtrie et à l'erreur, avec lesquelles Jésus-Christ ne demeure pas.

XX. Par la constitution de la Synagogue el de l'Eglise , la durée de la première devait avoir fin, et celle de l'Eglise non. — Et pour parler plus à fond, sans nous jeter néanmoins dans des discussions embarrassantes , est-il possible , mes frères , que vous ne vouliez pas voir que l'Eglise judaïque ou la Synagogue, par sa condition devait tomber; au lieu qu'au contraire l'Eglise de Jésus-Christ, par sa condition, devait subsister à jamais malgré les efforts de l'enfer? La chose ne reçoit pas de difficulté. Dieu promet un Nouveau Testament : donc le premier devait vieillir et être aboli, conclut saint Paul-. Dieu promet en Jésus-Christ un nouveau sacerdoce selon l'ordre de Melchisédech ; donc il promet en même temps l'abolition de la loi; puisque, selon le même saint Paul , la loi doit passer en même temps que le sacerdoce^. Jésus-Christ a luimême prononcé , selon la prophétie de David , que

1. ///. Reg., IX. 3 el .ic/. II. Pan., 8, 9 et seq. — 3. Heb., vu. 12.

13, 16.— 2. Ueb., viii.

la pierre qui devait faire la tête du coin, devait être auparavant rejetée par les Juifs' ; d'où il devait arriver qu'il serait contraint de leur ôter la vigne, et de la donner à d'autres ouvriers^. Jésus-Christ a vu aussi dans Daniel ï abominât 'ion de la désolation dans le lieu saint : et, dit-iP, que celui qui lit, entende, afin qu'on soit attentif à ce grand mystère. Dans ce mystère était compris le meurtre du Christ par les Juifs; et après ce meurtre, ['entière dissipation de tout ce peujHe , avec l'abomination et la désolation jusqu'il la lin''. Y a-l-il donc un aveuglement pareil à celui de régler les promesses faites à l'Eglise par celles de la Synagogue , el de ne vouloir jamais reconnaître, ni mettre de différence entre celle dont Dieu se retire, et celle à qui il proteste qu'il est toujours avec elle : entre celle à qui il dit. Je suis avec vous jusqu'à la fin ; et celle dont il est écrit : La désolation jusqu à la fin demeure sur elle.

XXI. Objection du ministre sur les interruptions de l'Eglise juddique avant sa chute totale. — V'oilà une claire résolution de l'argument que l'on lire de la ruine de la Synagogue. Mais on a objecté, en second lieu , que du moins Dieu était présent dans l'Eglise judaïque tant qu'elle devait subsister , el néanmoins « que cette présence n'a pas empêché » que pendant le temps qu'elle a duré, il n'y ail eu )) des idolâtries el des abominations jusque dans le » temple; el que les prêtres et les sacrificateurs ne » se soient corrompus''. » Voilà sans doute votre argument le plus spécieux : mais ouvrez les yeux, mes chers frères, et voyez avec quelle précision nous y répondons par cette seule demande.

XXII. Réponse par une seule et courte demande : démonstralion , par la mission des prophètes , de la perpétuelle visibilité de l'Eglise judaïque avant sa réprobation. — Veul-on que l'Eglise judaïque ail été dans ces obscurcissements tellement abandonnée, que Dieu ne lui laissât aucune visibilité, en sorte qu'on la perdit de vue , el que le fidèle ne sut plus à quoi se prendre dans sa communion? C'est ce qu'il faudrait prouver, el c'est en elfel la prétention des ministres. Mais elle est directement opposée à la parole de Dieu. Il n'y a qu'à l'écouter dans Jérémie, où il dit : « Depuis le temps que je vous ai » tirés de l'Egypte jusqu'à ce jour, je n'ai cessé ') d'avertir vos pères par un témoignage public, en » me levant pendant la nuit cl dès le matin, et leur » envoyant mes serviteurs les prophètes, et ils n'ont » pas écouté^. » Dieu se compare à un maître vigilant, ou, si vous voulez, à cette femme des Proverbes, qui se relève la 7iuit sans laisser éteindre sa lampe'' , pour mettre à la main d'un chacun de ses domestiques en particulier, et par un soin manifeste, la nourriture convenable. Il répète sept à huit fois cette parole, pour l'inculquer davantage, et il prend son peuple à témoin qu'il ne leur a jamais manqué, pas même à l'extérieur; et vous voulez qu'à l'extérieur le fidèle qui cherche l'Eglise ne sache durant certains temps à quoi se prendre, non plus qu'un pilote dérouté pour qui ne luit plus l'astre qui doit conduire sa navigation.

X.XIII. Que le ininistère prophétique était perpétuel el comme ordinaire en ce temps. — Ne voyez-

l. Matlh., wi. 42. —2. Idem, -iû, -11. — 3. /*(((., xxiv. 15.— 1. /)«>!., IX. 26, 27. —5. T. 11, p. 567,56s. — 6. ./.•>•., vu. 13, 15; XI. 7; XXV. 3, 4; xxvi. 5; xxix. 19; xxxv. 14. 15. — 7. Prov., XXXI. 15, 18.

SUR LES PROMESSES DE JÉSUS-CHRIST A SON ÉGLISE

vous pas que Dieu, non content de leur avoir une fois donné la loi, se lève encore la nuit, tous les jours, et dès le matin , pour leur envoyer ses prophètes? Et ne dites pas que ce ministre des prophètes était extraordinaire , ou qu'il n'était pas continu parmi les Juifs. Car c'est démentir l'Ecriture et Dieu même qui les assure-, que depuis le temps qu'il les a retirés de l'Egypte jusqu'à ce jour', il n'a cessé de les envoyer, ni de parler à son peuple publiquement, nuit et jour; en sorte que rien n'a manqué à leur instruction; et vous voulez qu'il soit moins soigneux de l'Eglise chrétienne, après qu'il l'a assemblée par le sang de son Fils, et qu'il l'a affermie par ses promesses ? Remarquez encore que ce ministère des prophètes , bien qu'extraordinaire, était ordinaire en ce temps, et jusqu'après le retour de la captivité; puisqu'on voit partout la congrégation , le corps , la société , les habitations des prophètes et de leurs enfants, et que ceux qui les voulaient contrefaire, s'ingérant par eux-mêmes dans le ministère prophétique , étaient confondus sur l'heure par les vrais prophètes du Seigneur, comme llananias par Jérémie^.

XXIV. Passages exprès de l'Ecriture , imur démontrer que le culte et le ministère public et sacerdotal n'a jamais défailli dans l'Eglise judaïque non plus que l'autorité et la vérité de la religion , jusqu'à la ruine qui lui decait arriver. — Pour comble de conviction , il faut ajouter qu'à ce ministère extraordinaire, quoique continu des prophètes. Dieu n'a jamais cessé de joindre le ministère ordinaire du sacerdoce , établi par Moïse ; et on ne peut le nier sans démentir Ezéchiel, qui a prononcé ces paroles : « Les sacrificateurs et les lévites, en- » fants de Sadoc, qui ont gardé les cérémonies de » mon sanctuaire, pendant l'erreur des enfants » d'Israël, seront toujours devant ma face'. » Pesez ces mots, qui ont gardé et mis en pratique les cérémonies de mon sanctuaire , et ce qu'on appelle le droit lévitique et sacerdotal; et encore : « Le sanc- » tuaire sera dans la possession des enfants de » Sadoc , qui ont gardé mes cérémonies durant » l'erreur des autres lévites et des enfants d'Is- » raël^; » et vous voulez que durant ce temps le culte fût aboli"?

Remarquez que le sacerdoce d'Aaron était éternel et ne devait jamais discontinuer jusqu'à ce que fût venu le temps destiné à sa translation marquée par saint Paul, comme on a vu. Outre cette promesse générale. Dieu avait dit en particulier à Phinées, fils d'Eléazar, fils d'Aaron : Je fais avec lui et avec sa race, le pacte d'un sacerdoce éternel^. On voit bien qu'il faut toujours sous-entendre une éternité telle qu'elle pouvait convenir à une loi , qui par sa constitution devait tomber, comme la loi l'exprime elle-même. Dieu avait encore promis du temps d'Héli et de ses enfants : Je susciterai un sacrificateur, et je lui édifierai une maison fidèle; et il marchera tous les jours devant mon Christ^ ; pour marquer que le sacerdoce ne soufl'rirait point d'interruption dans tous les temps pour lesquels il était établi.

L'effet suivit la promesse : et non-seulement la race d'Aaron, où le sacerdoce était attaché, ne dê-

1. Jerem., vn. 13, 15; xi. 7; xxv. 3, 4; xxvi. 5; xxix. 19; xsxv. 14, 15. — 2. je7-em., xxviu. 15, 16, 17. — 3. Ezech., XLlv. 15. — 4. Idem, xltiii. 11. — 5. Num., xxv. 11 , 12, 13. — 6. /. Reg., II. 35.

faillit pas; mais le Saint-Esprit nous assure, que l'observance du culte public demeura dans les plus illustres des pontifes et dans la race de Sadoc, qui servait dés le temps de David et sous Salomon; et vous dites indéfiniment, que les sacriflcateurs étaient corrompus.

On ne lit en aucun endroit , que la circoncision , qui mettait les Juifs et leurs enfants sous le joug de la loi, ni les autres cérémonies du temple aient cessé. Les prophètes ne s'en plaignent pas, ni que rien leur eût manqué dans les sacrements de l'ancien peuple.

C'est dans les temps du plus grand obscurcissement, et sous Achaz môme, qu'Isaïe a prophétisé, comme le porte l'inlitulation de sa prophétie'. C'est dans un autre pareil obscurcissement, que Jérémie et Ezéchiel prophétisaient, unis aux prêtres, étant prêtres eux-mêmes. Le ministère ordinaire subsistait toujours. Les prophètes n'ont jamais fait de séparation, et au contraire ils ralliaient tous les gens de bien dans l'observance du culte public et extérieur.

Où veut-on que se prononçassent ces jugements solennels contre les rois impies, comme un Achaz, un Manassès et les autres , où l'on condamnait leur mémoire en les privant de la sépulture royale, et Manassès même malgré sa pénitence , à cause du scandale horrible qu'il avait causé. Qui, dis-je, prononçait ces jugements si soigneusement marqués dans l'Ecriture =, s'il n'y avait pas dans l'Eglise un tribunal révéré de toute la nation, où la religion prévalait après les règnes des impies?

Voilà des faits , et des faits illustres , et des faits plus éclatants que le soleil, qui font voir qu'au milieu de la défection qui semblait comme universelle, et au milieu de la violence de quelques rois, qui empêchaient autant qu'ils pouvaient le culte de Dieu , il subsistait malgré eux , et que la vérité se faisait sentir dans le ministère public. Ne dites donc pas avec votre ministre', « que l'Eglise était ré- » duite au petit nombre des fidèles, qu'on pouvait » à peine distinguer de la génération tortue et per- » verse. » Car quel veut-on qu'ait été ce sang innocent que Manassès fit regorger dans Jérusalem''? Ce sang innocent, était-ce un sang idolâtre; étaitce le sang de ceux qui se laissaient corrompre par les séductions de ce prince, ou le sang de ceux qui résistaient à ses volontés, et combattaient jusqu'à la mort pour la religion et pour le vrai culte, du nombre desquels on tient que fut Isaïe? Et quoi qu'il en soit pour ce dernier fait , n'est-il pas constant que dans le temps du plus grand obscurcissement, c'est-à-dire sous Manassès, ce n'était pas le sang d'un petit nombre de fidèles que ce prince impie répandit, puisqu'il est écrit expressément qu'il en remplit Jérusalem et qu'elle en avait jusqu'à la gorge^ ; et on vous dit qu'on ne savait plus où était l'Eglise et qu'on l'avait perdue de vue.

.\XV. Etat de l'Eglise judaïque sous Jésus-Christ d'où résulte la confirmation de toute la doctrine précédente. — Voici pourtant votre dernier retranchement : c'est d'en appeler au temps de Jésus-Christ, « où l'Eglise se voyait réduite à un petit nombre de » fidèles, qu'on ne pouvait plus distinguer qu'avec

1. Is., I. 1. — 2. II. Par., XXVIII. 27; xxxiii. 20. — 3. T. ii, ;i. 5ii8. — 4. IV. Reg., xxi. 16. — 5. Idem.

^HOONDF. IXSTRrCTKiX l'ASKUiAl,

» pemc au iiiilini ili' lu (.'■oiirration torliic cl pcr- » verse. Cela, dil-il', arriva du lemps de .Tôsus- » Clirif;t : « Ce sont les propres paroles de votre ministre. Mais l'Evangile le dément en ternies formels; et quoii|ue le moment fiit venu où l'Eglise judaïque allait ôtre réprouvée, Jésus-Christ, par l'autorité que lui donnaient tant de niiraeles, qui ne laissaient aucune excuse aux incrédules, lui conserva jusqu'au bout le caractère de sa visibilité; en sorte qu'elle ne fut jamais plus reconnaissable.

En elVel , il reconnut dans Jérusalem le siège de la religion, en rap[>elant la ville du grand Roi^. Le zèle qu'il eut pour le temple, dont il chassa les profanateurs^, démontra la sainteté de cette maison, jusqu'à la veille de sa ruine, et de l'abomination qu'il reconnaissait devoir être bientôt dans le lieu saint.

Il reconnut la vérité du sacerdoce dans la Synagogue, lorsqu'il y envoya les lépreux qu'il avait guéris : Allez, dit-il', montrez-vous aux prêtres.

Il nt porter honneur, jusqu'à la fin, à la chaire de Moïs(ï , et deux jours devant la sentence qui le condamnait à mort, il disait encore : Les docteurs de la loi et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse : (à cause qu'ils composaient le conseil ordinaire de la nation,) faites donc ce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font^ : où il fait deux choses; l'une, de déclarer cette chaire pure jusqu'alors, des erreurs courantes parmi les docteurs, qu'elle n'avait point passées en dogme : l'autre, d'établir la maxime sur laquelle roule la religion, et le remède perpétuel contre tous les schismes; que la corruption des particuliers laisse en son entier l'autorité de la chaire.

Quoique la sentence de mort qu'on prononça contre lui fut le dernier coup de la réprobation de la Synagogue, il voulut que cette sentence eût quelque chose de plus prophétique, à cause qu'elle fut prononcée par le pontife de celle année, comme le remarque saint Jean'; et au moment môme que la sentence fut prononcée, il fut fidèle à répondre au pontife qui l'interrogeait juridiquement, s'il était le Fils de Dieu'' ; tant il fut soigneux de garder toute bienséance et toute justice , et de conserver, autant qu'il se put, à la chaire qui tombait, tous les caractères de sa visibilité.

Il est vrai qu'il avait pourvu à l'éternité de son culte, et qu'il avait commencé la nouvelle Eglise visible qui devait durer à jamais, à laquelle il dit aussi liient(M après : Voilà , je suis avec vous''.

XXVI. Autre illusion du ministre , qui réduit la présence de Jésus-('hristi) l'intérieur, en laissant à part le ministère que Jésus-Christ avait exprimé. — Votre ministre continue à éluder ces paroles, en disant, » que le sort de l'Eglise peut changer comme » celui des royaumes de la terre, et qu'il suffi', que » Dieu , dont la présence est intérieure et spiri- » tuelle, donne aux persécutés des consolations et )i des sentiments de son amour qui les soutiennent » dans les alTlictions, parce qu'il suffit, pouraccom- » plir la promesse de Dieu, que son Eglise subsiste » jusqu'à la lin des siècles, et celte Eglise subsiste " dans le petit troupeau comme dans la multitude'. »

1. T. Il, p. Sfif. — 2. Maiih., V. 35. — 3. Idem, xxr. 12; Joan., M. 1.5, 16. —4. .1/a((/i., VIII. 4. —5. Idem, xxiii. 2 —6. Joan., XI. 49, 50, 51; xviii. 14. — 7. Matth , xxvi. 63 , 61. — S. Idem, xxviii. 20. — 9. T. II, p. 569.

Encore un coup, mes chers IVèi'cs , on élude la promesse; on abuse des consolations intérieures et spirituelles , pour exclure la nécessité des soutiens extérieurs de la foi , sans laquelle il n'y a point de consolation ni d'intérieur. Or il a plu à Jésus-Christ d'attacher la foi à la [)rédication et à la perpétuité du ministère visible. En l'ùlant, on vante inutilement les consolations intérieures, puisqu'on les éteint dans leur source. Ainsi il est inutile d'alléguer le petit troupeau; et l'on ne prouve rien, si l'on ne montre qu'il n'a pas besoin de tenir à la suite perpétuelle du saint ministère, mais au contraire, qu'il doit agir comme en étant détaché; ce qui n'est pas expliquer, mais abolir la |)roniesse.

X.WII. Trois dons des apôtres, qui ne passent point à leurs successeurs, sont rapportés par le ministre, pour montrer qu'il n'y a point de conséquence à tirer des uns aux autres; premier don, celui des miracles. — Le ministre lâche d'établir qu'il n'y a nulle conséquence à tirer des apôtres à leurs successeurs, en marquant trois dons dans les premiers qui ne sont point dans les autre* ; à savoir, le don des miracles, le don d'infaillibilité, et le don de sainteté. Il commence par les miracles , en parlant ainsi : « M. de Meaux veut que l'Eglise jouisse 1) jusqu'à la fin des siècles précisément des mêmes " elTets de la présence de Dieu et des mêmes privi- » léges que les apôtres : » ce qu'il réfute en cette sorte : « Dieu était avec les apôtres par une pré- » sence miraculeuse; je veux dire qu'il leur don- » nait la vertu de guérir les malades et de ressusci- ). ter les morts*. » C'est là qu'il allègue ces paroles : Ils chasseront les démons, ils guériront les malades, et le reste qu'on peut lire dans saint Marc^.

Il n'y a qu'un mot à répondre : ces paroles, et celles-ci de même sens : Guérissez les malades, ressuscitez les morts, etc.^, appartiennent aux grâces extraordinaires, qui constamment et de l'aveu du ministre môme devaient cesser. On les compare avec celles-ci : Enseignez et baptisez, qui sont du ministère ordinaire de tous les jours, et inséparable de l'Eglise, auquel aussi Jésus-Chrisl attache, en termes formels, la perpétuelle durée; n'est-ce pas vouloir tout confondre , et peut-on montrer un plus visible dessein de trouver de l'embarras où il n'y en a point?

XXVIII. Second don des apôtres : V infaillibilité à chacun en particulier. Erreur du ministre de soutenir que nous devons attribuer, et qu'en effet nous attribuons ce don à charpie pasteur. — Il n'y a pas moins d'illusion dans ces paroles : « L'onc- » tion intérieure donnée à chacun des apôtres, qui i> leur enseignait toute vérité et les rendait tous in- » faillibles, était le second eiïet de la présence de « Dieu. » Ainsi pour vérifier la promesse, « il faut » que tous les évoques, du moins ceux de l'Eglise » latine, qui ont vécu, ou qui vivront jusqu'à la fin » du monde, soient purs dans la foi et infaillibles » dans la doctrine. » Aussi nous attribue-t-il, en cent endroits de son livre'', l'erreur de faire infaillibles, comme les apôtres, tous les évoques et tous les curés. Mais la réponse est aisée; car qui ne voit qiîe, pour accomjilir la promesse faile à un corps ,

1. T. II, p. 569 ei 570. — 9. Marc, xvi. 17, 18. — 3. Matth., X 8. — 4. T. 11, p. 571 , Cl p. 553, 556, 557, 576, 6IJ4 , 609 , 610, 612,614,021,708,730, etc.

SUR LES PROMESSES HE J KSUS-nilRIST A SON KOLISE.

on n'esl pas astreint à le vérifier dans chaque particulier? C'est assez que le corps subsiste, et que la vérité prévale toujours contre un Arius, contre un Pelage , contre un Nestorius , contre tous les autres errants. Il n'est pas besoin pour cela que tous les évéques soient infaillibles.

Quand Dieu tant de fois a envoyé au combat le camp d'Israël, avec la promesse d'une victoire assurée, il ne s'ensuit pas pour cela qu'il ne dut jamais périr aucun des combattants ou des chefs , et quoiqu'il en tombât à droite et ;\ gauche, l'armée était invincible. Il en est ainsi de l'armée que Jésus- Christ a mise en bataille contre les erreurs. Il ne faut pas s'imaginer que la défection de quelquesuns, quels qu'ils soient, rende la victoire douteuse; autrement les décisions des conciles les plus universels et les plus saints seraient inutiles par la résistance d'un seul. Cinq ou sis évoques l'emporteraient à Nicée contre trois cent dix-huit évéques, avec qui tous les évéques du monde seraient constamment et publiquement en communion. C'est donc aux ministres une témérité inouïe , de venir déclarer à Jésus-Christ, que, s'il ne rend infaillible chaque pasteur, ils ne croient pas qu'il leur ait rien promis. Dieu ne rend pas impeccables tous ceux qu'il préserve du péché; et de même, sans rendre infaillibles tous ceux qu'il conserve dans la profession ouverte de la vérité , c'est assez qu'il sache les moyens de les garantir actuellement de l'erreur. Mais le ministre a trouvé beau d'attribuer cette absurdité , parlons simplement , de donner ce ridicule aux catholiques; de leur faire dire, que pour accomplir la promesse , Je suis toujours avec vous, il faut croire que tous les évéques et tous les curés sont infaillibles. C'est ce qu'il répète à chaque page du livre dont je vous expose les illusions; et ainsi plus de la moitié de ce livre tombe, dès qu'il est certain que bien éloigné de rendre infaillibles tous les pasteurs, à quoi nous n'avons jamais seulement pensé, il n'est pas même nécessaire qu'aucun particulier le soit; puisqu'on peut justifier sans tout cela la vérité de la promesse , Je suis arec vous; et qu'il suffît pour produire un si grand effet, que Dieu sache tellement se saisir des cœurs, que la saine doctrine prévale toujours dans la communion visible et perpétuelle des successeurs des apôtres.

X.XIX. Troisième don des apôtres : la sainteté; le minisire m'attribue ici un embarras où je ne suis point. — Mais voici une troisième absurdité où le ministre voudrait nous pousser, en soutenant que pour vérifier la promesse au sens que nous l'entendons, il faudrait que les successeurs des apôtres succédassent tous à leur sainteté comme à leur doctrine. « La pureté des mœurs, dit-il', était un troin sième fruit de la présence de Dieu dans les apô- » 1res. Ces saints hommes et leurs successeurs » entraînaient les peuples par la lumière de leurs )) bonnes ceuvres... Cet endroit embarrasse M. de » Meaux... M. de Meaux abandonne cette promesse » claire comme le soleil , à l'égard de la sainteté » des mœurs, si nécessaire à l'Eglise pour la ren- » dre visible ; puisque les vices déshonorent l'Eglise » de Dieu, et la rendent souverainement obscure » et même odieuse aux infidèles. » Voilà le discours de votre ministre. Mais il m'impose manifestement.

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