‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 88 sur 631 · Tom. II, «.7, s, 9, p · texte numérisé non relu

Tom. II, «.7, s, 9, p

Cet embarras où il veut me mettre est imaginaire, et quatre articles de notre doctrine , exposés en peu de mots , le vont démontrer.

X.\X. Quatre points de noire doctrine qui est celle de Jésus-Christ et qui explique sans embarras la sainteté de l'Eglise. — 1. L'Eglise enseigne toujours hautement et visiblement la bonne doctrine sur la sainteté des mœurs : elle est envoyée pour cela par ces paroles de la promesse dont il s'agit : Enseignez -leur à garder tout ce que je vous ai commandé \ ce qui comprend toute sainteté. Elle est toujours assistée pour accomplir ce commandement; et ces paroles : Je suis avec vous (enseignants et baptisants), en sont la preuve.

9. La doctrine de la sainteté des mœurs n'est jamais sans fruit. C'est ce qui suit des mêmes paroles; et si Jésus-Christ est toujours avec ceux qui prêchent, leur prédication ne sera jamais destituée de son effet.

3. Si donc il y a dans l'Eglise des désobéissants et des rebelles, il y aura aussi des saints et des gens de bien, tant que la prédication de l'Evangile subsistera, c'est-à-dire, sans interruption et sans fin.

4. Encore que le bon exemple des pasteurs soit un excellent véhicule pour insinuer l'Evangile, Dieu n'a pas voulu attacher la marque précise de la vraie foi à la sainteté de leurs mœurs , puisqu'on ne la peut connaître , et que tel qui parait saint , n'est qu'un hypocrite; et au contraire il l'a attachée à la profession de la doctrine, qui est publique, certaine, et ne trompe pas. Je suis , dit-iP, avec vous (enseignants) : et encore plus expressément : Ils sont assis sur la chaire : ils ont la succession manifeste et légitime , ainsi qu'il a été dit : Faites donc ce qu'ils vous disent , et ne faites pos ce qu'Us font.

Où est ici l'embarras que l'on m'attribue? Comment peut-on dire que j'abandonne la sainteté des mœurs, moi qui, sur l'expresse promesse de Jésus- Christ , fais voir l'Eglise enseignant toujours une saine et sainte doctrine , une doctrine toujours féconde par la parole de l'Evangile , qui ne cessera jamais d'être en sa bouche ; une doctrine par conséquent qui produit continuellement des saints , et qui renferme tous les saints dans son unité? Telle est la doctrine de l'Eglise catholique. Quel embarras peut-on feindre dans une doctrine si clairement décidée par Jésus-Christ? Vos ministres veulent-ils dire qu'on puisse prescrire contre la règle par les mauvais exemples , ou qu'ils l'empêchent de subsister dans toute sa force? C'est une erreur manifeste, et qui tend à la subversion totale de l'Eglise. Ainsi quelque grande que soit ou puisse être la corruption qu'on imagine dans les mceurs , on ne peut pas dire qu'elle prévale , puisque la règle de la vérité suJisistera toujours en son entier.

XXXI. Paroles du ministre sur mon embarras prétendu : réponse par l'Evangile. — « M. de » Meaux, dit-on', se fait l'objection, et se parle » ainsi à lui-môme : Pourquoi vous restreignez- » vous à dire que les erreurs seront toujours exter- » minées dans l'Eglise, et que n'assurez-vous aussi » qu'il n'y aura jamais de vice? » Il est vrai; je reconnais mes paroles; mais quel embarras contien-

1. Matth., XXVIII. 20. — 2. Idem, xxiii. 2, 3. — 3. T. u,p. 572.

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SECONDE INSTRUCTION PASTORALE

iienl-elles? Le voici selon le ministre' : « Que ré- » pond à cela M. l'Evèquc? Il reconnaît la puis- » sancc de Dieu ; mais il ne laisse pas de la borner, » parce qu'il faut savoir ce que Jésus-Christ a pro- » mis; et que loin de promettre qu'il n'y aurait que » des saints dans son Eglise, il nous apprend au » contraire qu'il y aurait des scandales. » Qu'y a-t-il là, je vous prie, qui me cause le moindre embarras? N'est-il pas vrai (|ue Jèsus-Ghrist a prédit dans son Eglise les scandales que j'ai marqués? Ne voiton pas dans ses paraboles les filets remplis de poissons de toutes les sortes, bons et mauvais'^? Je borne, dil-on, la puissance de Dieu. Est-ce la borner, que de montrer par l'Evangile, en termes formels, à quoi elle se restreint elle-même? Le ministre le iiie-t-il? Il ne le fait, ni ne l'ose. Est-ce là une doctrine douteuse et embarrassante? En vérité, mes chers frères, on vous en impose trop grossièrement, quand on imagine de tels embarras.

XXXII. Question : Si Jésus-Christ a promis la sainteté dans l'Eglise. — On demande si Jésus- Christ n'a donc prorais que l'extérieur, et s'il ne promet pas en même temps les grâces intérieures et la sainteté dans son Eglise? La réponse est prompte par le discours précédent. Jésus-Christ influe et au dedans et au deliors ; il inspire la sainte parole, et il lui donne son efflcace. Quand donc il dit : Je suis avec vous, il promet également l'un et l'autre; mais il n'a besoin de parler que du ministère extérieur, parce que c'est à ce ministère qu'il a voulu que la grâce intérieure fût attachée, ainsi qu'il a daigné l'expliquer lui-môme. Il y aura donc des scandales dans le royaume de Jésus-Christ, puisqu'il l'a prédit : ces scandales n'empêcheront pas qu'il ne soit avec son Eglise, et que la vérité qu'on y prêchera toujours, n'ait son efficace, puisqu'il l'a ainsi promis. La simplicité de cette doctrine ne laisse aucun lieu aux subtilités du ministre.

X.XXIII. Comparaison que fait le ministre entre cette parole de J ésus-Christ : Il faut qu'il y ait des SCANDALES : et celle-ci de saint Paul : Il faut qu'il Y AIT DES HÉRÉSIES. — Mais voici son grand argument' : « Si Dieu a menacé son Eglise qu'il y au- » rait des scandales, le même Dieu lui impose la » triste nécessité d'y voir des hérésies : Il faut qu'il » y ait des hérésies entre vous , dit saint Paul. » Je réponds : achevez du moins le passage. Mes chers frères, il faut qu'il y ait des hérésies, afin que ceux qui sont à l'épreuve parmi vous, soient manifestés''. C'est une épreuve qui opère la manifestation des fidèles , loin de les cacher et de les rendre invisibles. Il faut qu'il naisse des hérésies dans l'Eglise; mais il faut aussi qu'elles y soient condamnées par ceux qui succéderont aux apôtres pour enseigner et pour baptiser; autrement Jésus-Christ n'est plus avec eux.

XXXIV. Abus de cette parole : Quand le Fils de l'Homme viendra, pensez-vous qu'il trouvera de la FOI SUR la terre (Luc, xviii, 8). — On a beau vous répéter cent et cent fois : Quand le Fils de l'Homme viendra , il ne trouvera plus de foi sur la terre. Car premièrement Jésus-Christ n'a point parlé de cette sorte : il a parlé en interrogeant : Pensez-vous que le Fils de l'Homme trouve de la foi? où il in-

1. T. Il, p. 573. — 2. Matth., xxiil , 47, 48. 575,576. — 4./. Cor.,xi. 19.

terroge les hommes plutôt sur ce qu'ils peuvent penser, que sur ce qui sera en effet. Et pour m'expliquer davantage , c'est de votre crû que vous dites : « Il ne parle point des scandales qui naissent » de la corruption des mœurs : il nous menace po- » sitivement que la foi s'éteindra, et qu'il n'y en » aura plus sur la terre'. »

Il s'adoucit pourtant ailleurs^; mais toujours en supposant sans raison , qu'il s'agit de la foi catholique : « S'il n'y a, dit-iP, presque plus de foi, il » faut que les hérésies aient gagné le dessus. » Quelle erreuri Car qui vous a dit qu'il ne parle point de cette foi qui transporte les montagnes; de cette foi dont il est écrit. Ta foi t'a sauvé , qui se montre par les œuvres; de cette foi qui rend le ca3ur pur, et qui justiflc le pécheur; de cette foi, en un mot, qui opère par la charité, selon qu'il est dit en un autre endroit qui regarde comme celui-ci la fin du monde ; Parce que l'iniq^iité abonde, la charité sera refroidie dans la mtiltilude''. On ne peut nier que ce ne soit là l'exposition des saints Pères 5, et on n'a aucune raison à leur opposer. Tirez maintenant votre conséquence : s'il y a peu de cette foi qui opère par la charité, si alors elle devient rare à comparaison de l'iniquité qui abondera, « il faut que les hérésies aient gagné le dessus , et » que la vérité ait été longtemps opprimée et ense- » vclie sous les triomphes de l'erreur". » Vous y ajoutez, le long temps; vous y ajoutez, la x^érité opprimée et ensevelie ; vous y ajoutez, les triomphes de l'erreur : vous chargez tout; mais prouvez du moins qu'il y ait un mot dans l'Evangile qui marque l'extinction de la saine doctrine et la victoire de l'erreur. Répondez du moins à quelle Eglise reviendront les Juifs, si l'Eglise de Jésus-Christ est ensevelie? Comment est-ce que la trompette ramassera les élus des quatre vents'', s'ils ne sont pas répandus par toute la terre , ou si le nombre en est si petit ; à qui dit-on : Levez la tête quand ces choses commenceront, parce que votre rédemption approche^? Estce à des invisibles, à des inconnus, que Dieu laissera sans Eglise, sans sociétés, sans sacrements, sans pasteurs? Il n'y aura plus de prédication, plus de Baptême, plus d'Eucharistie; et ce mystère, où, selon saint Paul , on annoncera la mort du Fils de Dieu jusqu'à ce qu'il vienne''', aura cessé avant sa venue ? Où l'Antéchrist trouvera-t-il ceux qu'il tâchera de séduire, et qu'il persécutera par toute la terre à toute outrance, si l'on ne sait où ils sont? Ne pourra-t-on plus pratiquer ce commandement de Jésus-Christ? Dites-le à l'Eglise"^, ou bien faudra-t-il le dire à une inconnue? Ne faudra-t-il plus apprendre alors , selon saint Paul , à édifier par sa bonne vie l'Eglise , qui est la colonne cl l'appui de la vérité"? ou bien cherchera-t-on à édilier une Eglise qu'on ne verra point? ou si c'est, comme personne n'en peut douter, l'Eglise visible qu'on tâchera d'édifier, et de se rendre avec le môme apôtre la bonne odeur de Jésus-Christ en tout lieu*^ ; la colonne sera-t-clle tombée? le soutien de la vérité sera-l-il à bas? Mais que deviendra l'ordonnance du

1. T. Il, p. 678. — 2. Idem, p. 620, 677, 631, etc. — 3. Ibid., p. 575. — 4. Malih., xxiv. 12. — 5. Au(]., Episl. xciii ad Vincent., n. .33, toin. v, col. 245; Hieron., bial. adv. Lucifer., cnp. 6. — 6. Pa(7.575. — 7. Mntth., xxiv. 31. — 8. Luc, xxi. 21. — 9. I. Cor., XI. 26. — 10. Matth., xviii. 17. — 11. /. Tim., ». 15. — 12. /. Cor., II. 14,25.

SUR LES PROMESSES DE JÉSUS-CHRIST A SON ÉGLISE

grand Père de famille qui veut qu'on lais!<e croître jusqu'à la moisson l'ivraie avec le bon grain ' ? Remarquez bien , jusqu'à la moisson : partout où sera ce bon grain , partout aussi l'ivraie y sera mêlée , et toujours , JMsqit'd la moisson, que Jésus-Glirist explique lui-même la fin du monde^, ils croîtront ensemble; ou il faut démentir la parabole. Vraiment vous errez grossièrement, et vous nous faites un tissu de trop de mensonges. Avouez donc à la fin que notre doctrine n'a nul embarras. L'Eglise aura toujours des saints, parce que toujours et partout on y prêchera la doctrine sainte. La marque pour connaître cette Eglise, c'est la succession des pasteurs sans interruption en remontant jusqu'aux apôtres; les vices y abonderont, comme Jésus- Christ l'a prédit : et quoi que vous puissiez dire, la merveille sera toujours, qu'ils ne la pourront éteindre ni cacher; puisque toujours elle enseignera, et que Jésus-Christ sera toujours avec elle.

XXXV. Le ministre tourne en mauvais sens notre doctrine , et ôte la gloire à Dieu. — C'est ce que le ministre ne veut pas entendre. « M. de Meaux trouve » une merveille de la Providence dans la durée de » l'Eglise, qui subsiste malgré les vices'. » Celle doctrine paraît étrange à mon adversaire, et il la' tourne en ridicule par ces paroles : « C'est en effet » quelque chose d'étonnant que Dieu aime le vice , » et qu'il le tolère : et que ce ne soit plus un obs- » tacle qui retarde les effets de sa grâce et la con- » naissance infaillible de la vérité. » Ecoutez bien, mes chers frères, ce que vous dit votre ministre, et comme il mêle le vrai et le faux pour vous embrouiller l'esprit : Dieu, dit-il, aime le vice et le tolère. Il est certain qu'il le tolère; il est faux qu'il l'aime; et on confond ces deux choses. Comment l'aime-t-il, si son Eglise, où il le tolère, ne cesse de le condamner publiquement ? Est-ce aimer le vice que de l'empêcher de nuire à la vérité? Vous nous faites dire que le vice n'est pas un obstacle qui retarde les effets de la grâce; c'est nous imputer une doctrine que personne n'enseigna jamais : mais vous ajoutez : le vice ne retarde pas la connaissance infaillible de la vérité. Si vous disiez, 7ie l'empêche pas, dans l'universalité de l'Eglise, vous auriez raison, et il n'y aurait rien dans ce discours que de glorieux à Dieu et à Jésus-Christ. Il ne faut ni ajouter ni ôter à la promesse; et soit que les opiniâtres contradictions, que les passions déréglées des hommes peuvent exciter dans l'Eglise, retardent ou non la déclaration solennelle de la vérité, Jésus- Christ n'a pas prononcé que l'enfer ne combattra pas, mais qu'il ne prévaudra pas contre l'Eglise'' : ainsi vous ne cherchez qu'à nous imposer, qu'à tout confondre ; et le faux saute aux yeux dans tout votre discours.

XXXVI. Abrégé des raisonnements sur les trois dons des apôtres. — Reprenons donc vos trois arguments : On ne prouve rien, dites-vous , contrôles églises protestantes par ces paroles : Je suis avec vous, etc., si l'on ne prouve que Jésus-Christ laisse aux successeurs des apôtres le même don des miracles, ne les fait tous infaillibles, ne les fait tous saints comme les apôtres l'étaient ; or cela n'est pas ; donc cette promesse ne prouve rien contre les

1. Atig., Ep. xcill, ad Vinc. uhi suprà ; Mallh., xill. 30. — 3. Idem, 38. — 3. T. n,p. 575. — 4. Matth., xvi. 18.

églises protestantes. Tel est leur raisonnement , comme envient de voir. Mais j'ai démontré au contraire, que sans avoir besoin que les pasteurs qui ont succédé aux apôtres soient doués comme eux du don des miracles , comme eux soient tous infaillibles, comme eux soient tous saints, on prouve très-bien que la vérité prévaudra toujours dans le ministère ecclésiastique , et par conséquent que ceux-là sont très-condamnables , qui enseignent que ce ministère peut cesser, ou qu'il peut cesser d'enseigner la vérité , ou qu'il la faut chercher en d'autres bouches qu'en celles des ministres qu'on trouve établis, qui est ce que j'avais à prouver.

XXXVII. Que la doctrine des ministres réduit à rien les promesses de Jésus-Christ. — Ainsi l'idée du ministre ne fait qu'éluder la promesse de Jésus- Christ, en réduisant sa présence à un fait vague et incertain, sur lequel on ne peut jamais être convaincu de faux. Car on réduit Jésus-Christ à être présent , par les consolations intérieures du Saint- Esprit , que tout le monde et les faux prophètes , comme les véritables, peuvent tous également promettre, sans craindre d'être démentis par un fait constant. Mais Jésus-Christ ne parle pas en l'air, à Dieu ne plaise : il adresse manifestement sa parole à ceux qui enseignent et qui administrent les sacrements. Il leur promet donc une présence proportionnée à cet état extérieur et sensible, et il ne donne pas à garant sa toute-puissance, pour ne rien faire qui paraisse aux yeux de ses lîdèles, puisqu'il y en veut affermir la foi par un manifeste et sensible accomplissement de ses divines promesses. Il en a fait pour l'intérieur, que chacun dans l'occasion peut reconnaître en soi-même : il en a fait pour l'extérieur, et celle que nous traitons est de ce nombre. Les grâces intérieures s'y trouvent aussi; puisqu'ainsi il a été dit', elles ne manquent jamais d'accompagner la saine doctrine; mais en môme temps il faut chercher dans cette promesse, comme font aussi les catholiques , un fait palpable , constant et précis , qui fasse voir Jésus-Christ toujours véritable , et nous assure de l'avenir comme du passé; c'est ce qu'il fallait pour sa gloire, et afin de manifester sa sagesse au monde.

XXXVIII. On compare l'explication des catholiques avec celle du ministre. — Quelque évidentes que soient nos raisons et nos réponses, la victoire de la vérité sera plus sensible , si , après avoir exposé plus amplement les vrais incidents des ministres sur la promesse de Jésus-Christ, nous comparons en peu de paroles notre interprétation avec la leur.

Il n'y a rien de plus simple que notre manière d'entendre cet endroit de l'Evangile. Il contient un commandement et une promesse , avec le digne fondement de l'un et de l'autre. Toute puissance m'est donnée dans le ciel et dans la terre^. Qui peut commencer par un tel discours , peut commander tout ce qu'il y a de plus didicile, peut promettre tout ce qu'il y a de plus excellent. Tel est donc le commandement : Allez , enseignez et baptisez : non les Juifs, comme Jean-Baptiste, mais toutes les nations , que je veux toutes soumettre à votre parole. La promesse de même force suit incontinent, et voilà, l'effet est aussi prompt qu'assuré, je suis

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