Mallh., xxiï
sus-Christ ne passe pas le siècle uii les apôtres ont vécu : tout ira bien durant environ soixante ou quatre-vingts ans si l'on veut, qu'il restera en vie quelqu'un des apôtres : comme si on ne devait plus ni enseigner ni baptiser après eux, ou que Jésus- Christ n'ait eu dans sa promesse aucun égard à ces fonctions qui sont les seules qu'il exprime ! Que vous dirai-je, mes frères? Un ministre, el un ministre savant, ne songe pas que la fin du siècle est dans l'Evangile, et surtout dans celui de saint lyiattliieu, d'où est tirée la promesse que nous traitons , une phrase consacrée pour exprimer la fin du monde : la moisson est la fin du monde : consummatio sœculi, aîuvoç : coup sur coup, au verset d'après : il en sera ainsi à la fin du monde' : et encore un peu après les mêmes mots. En est-ce assez, ou lirai-je encore au chapitre XXIV du même Evangile : Maître, quel sei'a le signe de votre avénement et de la fin du monde"^? Et Jésus-Christ et ses disciples parlaient ainsi avec tout le peuple. Ainsi on trouve au même Evangile : Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde^. Toutes les Bibles traduisent de même, et les vôtres comme les nôtres indifféremment; et votre minisire a voulu me contredire , en oubliant la version qu'il avait en mains toutes les fois qu'il est monté en chaire; tant il est dur au ministre de faire durer la promesse de Jésus-Christ jusqu'à la fin de l'univers!
XL. Comment ce ministre tâche d'éluder, contre la suite du texte, ces paroles de Jésus-Christ : Les PORTES d'enfer, etc. — Le même ministre, que je nommerais volontiers, s'il n'était plus régulier de lui laisser ce soin à lui-même quand il lui plaira, a inventé une nouvelle interprétation de ces paroles : Les portes d'enfer ne prévaudront point contre l'Eglise. Les portes d'enfer, dit-il, sont, dans le cantique d'Ezéchias*, ce qu'on appelle autrement les portes de la mort : d'où il conclut que Jésus- Christ n'a d'autre dessein que de rassurer son Eglise contre la mort par la foi de la résurrection , comme si la mort était la seule ennemie que Jésus- Christ dût abattre aux pieds de l'Eglise. Mais le ministre savait le contraire; l'ennemi que l'Eglise avait à combattre, était celui que l'Eglise appelle le prince du monde : il voulait affermir l'Eglise contre les principautés et les puissances, dont saint Paul le fait triompher à la croix^. Jésus-Christ nous donne partout l'idée d'un empire opposé au sien , mais qui ne peut rien contre lui. Il ne faut qu'ouvrir l'Ecriture, pour trouver partout que la puissance publique paraissait aux portes des villes, où se tenaient les conseils et se prononçaient les jugements. Ainsi les portes d'enfer signifient naturellement toute la puissance des démons. Tout le monde l'entend ainsi , catholiques et ])rotestants indifféremment. Il ne fallait donc pas seulement affermir l'Eglise contre la mort, mais encore contre toute sorte de violence el toute sorte de séduction. C'est même principalement contre l'erreur que Jésus- Christ voulait munir son Eglise. Saint Pierre avait confessé sa divinité, tant en son nom qu'au nom de tous les apôtres*; et Jésus-Christ lui promet que l'enfer ne pourrait rien contre cette foi si hautement
1. Mallh., XIII. 39, 40. 49. — 2. rdem, xxiv. 3. — 3. [bid.. xxvill. 20. - 4. /s., xxxviM. 10. — 5. Col., ll, 15. — 6. Matlh., XVI. 16, l.S.
SUR LES PROMESSES DE JÉSUS-CHRIST A SON ÉGLISE
manil'eslée : pour cela il établit un corps où elle sera toujours annoncée aussi clairement que saint Pierre venait de le faire. Ce corps, c'est ce qu'il appelle son Eglise : Eglise toujours visible par la prédication de celte foi , à qui aussi il donne aussitôt après un ministère visible et extérieur : Tout ce que tu lieras sur la terre, sera, dit-il à saint Pierre, lie dans le ciel, et le reste que tout le monde sait. Si l'enfer prévaut contre l'Eglise, la puissance de lier et de délier tombera d'un même coup : si au contraire il n'y a aucun moment où l'Eglise qui prêche la foi succombe aux efforts de l'enfer, Pierre confessera toujours, Pierre exercera jusqu'à la fin la puissance de lier et de délier qui lui est donnée. Jésus-Christ sera donc loujoiirs arec son Eglise jusqu'à la fin du monde. Les promesses de l'Evangile se prêtent la main les unes aux autres. C'est ainsi que l'Eglise catholique les exalte et les considère dans toute leur connexion ; c'est ainsi que la nouvelle Réforme les détourne et les affaiblit. Je n'en dis pas davantage , et je laisse le reste à la réflexion de nos frères.
.\LI. Briève réflexion sur la grande simplicité de notre doctrine. — Cette doctrine des catholiques est un remède assuré contre tous les schismes, et contre toutes les hérésies futures : elle prouve invinciblement que toute secte qui ne nait pas dans la suite de la succession des apôtres, qui ne montre pas devant elle, ainsi que nous avons dit, une Eglise toujours subsistante dans la même profession de foi , sort de la chaîne, interrompt la succession , et se range au nombre de ceux dont saint Jude a dit, qu'ils se séparent eux-mêmes* ; ce qui emporte leur condamnation par leur propre bouche, comme je l'ai démontré dans la première Instruction pastorale*. Ainsi la promesse dont nous parlons, pourvu qu'on y apporte un œil simple et un cœur droit, est la fin des hérésies et des schismes. C'était un effet digne de cette préface : Toute puissance m'est donnée dans le ciel et sur la terre : et ma preuve demeure invincible, sans avoir encore ouvert un seul livre que l'Evangile, ni supposé d'autres faits que des faits constants et sensibles.
Après une exposition si simple et si claire de la promesse du Tout-Puissant, chaque protestant n'a qu'à penser en soi-même ; que dirai-je? Le sens est clair; les paroles de Jésus-Christ sont expresses; on n'a pu les éluder que par des gloses contraires manifestement au texte et à la doctrine des Ecritures : il faut donc que cette promesse ait son entière exécution. Lorsqu'on nous allègue des faits qui semblent s'y opposer, on dispute contre Jésus- Christ : c'est à nous à examiner si nous pouvons nous persuader à nous-mêmes, de bonne foi, que nous avions des pasteurs de notre créance et de notre communion , quand nous nous sommes séparés. Mais le fait même dément cette prétention. Car s'il y avait alors des pasteurs de notre créance, pourquoi a-t-il fallu en élever d'autres ou renoncer à la foi de ceux qui nous avaient baptisés? Osonsnous prétendre seulement que dans tous les siècles passés, à remonter sans interruption jusqu'aux apôtres , nous puissions nommer nos pasteurs? Mais où les trouverons-nous? Nous alléguons des témoins dispersés par-ci par-là. Mais Jésus-Christ