‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 91 sur 631 · Jwlœ, 1». — i. I. Inslr. post., n · texte numérisé non relu

Jwlœ, 1». — i. I. Inslr. post., n

promettait une suite, une succession, un tous les jours , un jusqu'à la fin des siècles, etc. Pour corps d'Eglise nous alléguons les vaudois et les albigeois. Mais en laissant à part tous les faits qu'établissent les catholiques sur cette matière, c'en est un constant qu'ils avaient tous le même embarras , et ne pouvaient, non plus que nous, nommer leurs prédécesseurs. Ainsi vint un Arius, ainsi un Pelage, ainsi un Nestorius, ainsi tous les autres qui ont voulu s'établir en renonçant à la foi des siècles immédiatement précédents. Vous êtes, mes frères, dans le même cas, et la date de votre rupture comme de la leur est manifeste et ineffaçable.

XLII. Egarement du ministre, qui fait Jésus- Christ schismatique. — On a osé vous dire, mes frères, que Jésus-Christ était venu de la même sorte. Quand j'ai parlé des schismatiques et des hérétiques, qui s'étaient formés en se séparant à la fois et de leurs prédécesseurs et de tout le reste de l'Eglise, j'avais remarqué que pour les convaincre de schisme, « il n'y avait qu'à les ramener à leur I) origine : que le point de la rupture demeurerait, » pour ainsi dire , toujours sanglant : et que ce » caractère de nouveauté que toutes les sectes sé- » parées porteront éternellement sur 1^ front, sans » que cette empreinte se puisse effacer, les rendrait )> toujours reconnaissables'. » Chose étrange; on ose attribuer à Jésus-Christ même toutes ces notes flétrissantes , et si l'on en croit le ministre*, le Fils de Dieu n'avait aucun de ces trois caractères qu'on donne aujourd'hui à l'Eglise , c'est-à-dire , comme il l'avait définie dès le commencement, l'ancienneté, la durée, et l'étendue^.

XLIII. Que c'est une impiété de contester, comme le ministre , la durée , l'étendue , et surtout l'ancienneté à Jésus-Christ. — Pour la durée , sans doute il ne l'avait pas dès le premier jour, mais une éternelle durée était due à l'ouvrage qu'il commençait. On ne doit pas lui reprocher que l'étendue lui manquait dans le temps qu'il n'était encore envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël''. Il fallait d'ailleurs que ce petit grain de froment se multipliât par sa mort'. Quand on conclut après cela que l'Eglise n'a point d'autres caractères que S071 chef^ , et ainsi qu'il ne faut lui attribuer, ni durée , ni étendue , ni ancienneté, on combat directement le dessein de Dieu , qui voulait donner à ce chef des membres par toute la terre. C'est vouloir empêcher l'arbre de croître, à cause qu'il est petit dans sa racine. Tout cela est d'une visible absurdité; et l'impiété manifeste, c'est de dire que l'ancienneté manque à Jésus-Christ. C'est par où commence le ministre; et se sentant accablé par l'autorité des patriarches et des prophètes qui attendaient sa venue , il y répond en cette sorte : « Les prédictions des prophètes sur la venue du 0 Messie ne changent point l'état de la question ; » car les prophètes n'avaient point prédit que le » Messie romprait avec les sacrificateurs et avec » l'Eglise judaïque pour former une nouvelle com- » munion'. » Si l'on veut dire que Jésus-Christ ait rompu avec les prêtres de la loi, on est démenti par son Evangile; mais si l'on prétend que la ré-

1. /. Insl. past., n. 14. — 2. T. ii, c. 9, n. 1 t« 2, p. 675. — 3. T. Il, c. I, n. 2, 3, etc., p. 53S, 539, 540, elr . — 4. MtMli., x. Ij; XV. 14. — 5. Jean., xi[ . 21. — 0. 7". ir, ;;. CiTô. — 7. T. il, p. 07.'i.

SECONDE INSTRUCTION PASTORALE

probalion de la Synagogue par Jésus-Christ ne soil point aiinoiii-oc par les prophètes, que veulent donc dire tant di' passages , où tout ce qui est arrivé à la Synagogue , c'est-à-dire sa réprobation , celle de son temple , de ses sacriliccs , de son sacerdoce et de toutes ses cérémonies, est raconte et circonstancié avec une telle évidence , que l'Evangile n'a rien eu à y ajouter? Cependant on ose vous dire que les prophètes n'eu ont rien prédit : ils n'ont rien prédit de la nouvelle société où tous les Gentils devaient entrer, à l'exclusion des Juifs; le ministre sait le contraire , et ce n'est point ici une vérité qu'on doive prouver aux clirétiens. Pourquoi donc a-t-on avancé un si visible mensonge, si ce n'est qu'on veut oublier l'antiquité attribuée à Jésus-Christ par ces paroles : Il était hier et aujourcVhui , et il est aux siècles des siècles' ? C'est qu'à quelque prix que ce soit , pour excuser la Réforme , qui s'est séparée elle-même, on veut donner jusqu'au Fils de Dieu le caractère de novateur et de séparé de l'Eglise.

XLIV. Commencements de Calvin comparés par le ministre à ceux de Jésus-Christ. — Votre ministre ne s'en cache pas. Selon lui, Jésus-Christ était seul , comme Calvin le fut au commencement de son innovation : «. Je n'aime pas, dit-il-, à mettre Calvin » en parallèle avec Jésus-Christ , et ce n'est pas ma » pensée. » Que veut donc dire celte suite '? « Mais " puisque l'Eglise réformée est la même que Jésus- » Christ a établie, il nous doit être permis de dire » que la réduction d'une société à un seul homme » n'est pas sans exemple , puisque l'Eglise cbré- » tienne commence nécessairement par là. » Ainsi on veut réduire l'Eglise dans toute sa suite à l'état où elle devait être au commencement par un dessein déterminé de Dieu. Mais en cela on se trompe encore, lorsqu'on lui conteste l'antiquité sous ce prétexte. Jésus-Christ avait pour lui tous les temps qui précédaient sa venue, puisqu'il y était attendu sans l'interruption d'un seul jour, et que même quand il parut, tout le monde savait où il devait naître'. Je ne parle point des autres endroits où il est parlé de lui-même comme de l'objet de l'espérance publique. On veut cependant le regarder comme un séparé de l'Eglise, lorsque tous ceux qui attendaient le royaume de Dieu étaient unis avec lui.

On veut effacer d'un seul trait ce qu'a fait Jésus- Christ jusqu'à la lin de sa vie pour honorer l'Eglise judaïque et la chaire de Moïse. Bien éloigné de se séparer d'avec elle, ou d'en séparer ses disciples, il leur a déclaré qu'il les envoyait pour moissonner ce qui avait été semé par les prophètes'' : d'autres, dit-il ^, ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur Iracail : remarciuez ces mots; c'est le même ouvrage, la même foi, la même Eglise, dont on ne s'est séparé, qu'après que, justement réprouvée pour son inlidélitô , elle a effectivement perdu ce titre.

XLV. Etranfje doctrine du ministre sur l'antiquité de l'Eçjlise chinoise. — Pendant que l'on conteste à Jésus-(;hrisl son ancienneté , contre la foi des Ecritures et la doctrine commune do tous les chrétiens , on l'accorde à une Eglise chinoise, qu'on a érigée dès le commencement du livre sous ce titre exprès : l'Eglise des Chinois est ancienne'^.

1. fl'eft., XIII. 8.-2 T. n.p.TU. — X.Matlh. ,11, 5.-4. Joan., IV, 38. —5. Mem. — 6. T. n, c. i, n. a, p. 5W , 541.

Etrange sorte d'Eglise, sans foi, sans promesse, sans alliance, sans sacrements, sans la moindre marque de témoignage divin , où l'on ne sait ce que l'on adore, et à qui l'on sacrifie, si ce n'est au ciel ou à la terre, ou à leurs génies comme à celui des montagnes et des rivières , et qui n'est ajjrès tout qu'un amas confus d'athéisme, de ]iolilique et d'irréligion , d'idolùtric , de magie , de divination et de sortilège ; cl on prend le ton le plus grave pour établir l'antiquité comme la durée et l'étendue de cette Eglise chinoise, et même pour l'opposer à la dignité de l'Eglise chrétienne et catholique; et vous n'ouvrirez jamais les yeux, pour voir du moins qu'on vous amuse, et qu'on ne travaille qu'à vous embrouiller ce qui est clair ?

XLVI. Erreur du ministre, qui confond la visibilité de l'Eglise avec sa splendeur dans la paix. — C'est par la suite du même dessein qu'on fait semblant d'ignorer en quoi nous mettons la succession de la visibilité que Jésus-Christ a promise à son Eglise. On a voulu imaginer que nous la mettions dans la splendeur extérieure, et c'est à quoi nous n'avons jamais pensé. Prenez-y garde , mes frères , ce point est très-essentiel. Votre ministre ne cesse de dire que l'Eglise et sa succession ne peut pas être visible , « quand ses pasteurs avec les laïques » fuient d'une ville à une autre, et se dérobent à la » vue de leurs persécuteurs; quand elle fuit dans » des montagnes, qu'elle se relire , et qu'au lieu de » se montrer à tout l'univers, elle se cache dans » le sein de la terre , dans des grottes , dans des » cavernes', » où, comme le ministre le répète souvent, « on ne la peut découvrir qu'à la lueur » des flammes oi'i on la brùle^; le ministère, pour- » suit-iP, n'était pas visible, dans certaines occa- » sions, où il s'exerçait par des hommes déguisés » en soldats qui allaient à cheval créer de nouveaux » pasteurs, etc. » De cette sorte, selon lui, pour la visibilité du ministère , il fallait être habillé à l'ordinaire, et sans cela on osera dire que la succession des pasteurs avait cessé , pendant môme que l'on confesse qu'on en créait de nouveaux à la place de ceux qu'on avait perdus. Etrange imagination, de croire tellement éblouir le monde par quatre ou cinq belles phrases, qu'on ne laisse plus de place à la vérité. Néanmoins c'est un fait constant et avéré, que l'Eglise persécutée était toujours visible : elle n'en comptait pas moins ses pasteurs, dont elle savait la suite : on n'avait jamais de peine à les trouver, quand on demandait l'instruction et le baptême : jamais elle n'a été sans Eucharistie. Aussi avons-nous déjà remarqué que, par la célébration de ce sacrement , on annoncera la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne''. Pesez ces mots, jusqu'à ce qu'il vienne, qui excluent jusqu'au dernier jour toute interruption dans la célébration de ce saint mystère , et induisent par conséquent la perpétuelle succession de ses ministres légitimes. On les trouvait dans ces grottes, où l'on veut les imaginer toujours enfermés. Quand ils fuyaient d'une ville à l'autre , c'était ordinairement une occasion de prêcher la sainte parole, et d'étendre l'Evangile, comme il parait dans les Actes et dans la persécution où saint Etienne fut lapidé* : quand

1. T. Il, p. 602, 603. — 2 Idem, p. 5S8, 692, 703. — 3. Ibid., p. 003. — i. I. Cor., XI. 2, 0. — 5. Act., vni. 4.

SUR LES PROMESSES DE JESUS-CHRIST A SON ÉGLISE

les prédicateurs de l'Evangile étaient traînés devant les tribunaux, et qu'ils y portaient aux rois et aux empereurs le témoignage de Jésus-Christ , quelle imagination de croire alors l'Eglise cachée et destituée de sa visibilité . pendant que dans les liens elle annonçait la foi decant tous les prétoires', et y continuait le bon témoignage que Jésus-Christ avait rendu sous Ponre-Pilate-I

Il y a enfin un certain éclat, une certaine splendeur que l'Eglise conserve toujours par la prédication de l'Evangile, qui n'est autre chose que l'illumination, marquée par saint Paul , de la science et de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christ^; et on voudra s'imaginer que l'Eglise, qui, par sa nature, est revêtue d'un si grand éclat, puisse être cachée?

XLVII. Passages de l'Evangile contraires entre eux , selon le ministre, et la conciliation qu'il en propose. — Le ministre oppose divers passages de l'Evangile*, dont les uns nous montrent l'Eglise comme une ville bâtie sur une montagne éclatante et remarquable par sa spacieuse enceinte; et les autres nous la font voir un petit troupeau sans nombre et sans étendue, qui est aussi resserré dans la voie étroite où peu, de personnes entrent, ainsi que le Fils de Dieu le prononce. Ces passages semblent au ministre d'une manifeste contrariété, si on ne les concilie en reconnaissant le différent sort de l'Eglise, tantôt éclatante et spacieuse, tantôt petite et cachée.

XLVIII. Que ces expressions de l'Ecangile , voie ÉTROITE, PETIT TROUPEAU, ctc, ne dérogent point à l'étendue de l'Eglise. — Voilà donc cette grande contrariété tant répétée parle ministre; mais elle n'a pas la moindre apparence. Il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus^. Ceux qui entrent en foule dans l'Eglise, par la prédication et les sacrements, ne sont pas tous des élus , et beaucoup d'eux demeurent dans le nombre des appelés ; par conséquent les appelés qui sont beaucoup , et les élus qui sont peu, composent la même Eglise, visible et étendue dans ceux qui se soumettent à la parole et aux sacrements, peu nombreuse et cachée dans des élus, sur lesquels le sceau de Dieu est posé. Tout s'accorde parfaitement par ce moyen, et il ne faut plus nous objecter ni la voie étroite, ni le petit troupeau : \e petit troupeau est partout, et partout il fait partie de la grande Eglise où David a vu en esprit tous les Gentils ramassés*. Comme les élus, qui sont peu, font partie de ces appelés qui sont en grand nombre, la voie étroite des commandements et de la sévère vertu est aussi partout, et quoique peu fréquentée par la malice des hommes, elle leur est montrée dans toute la terre. Le petit nombre de ceux qui y entrent, quoique grand en soi plus ou moins, et petit seulement à comparaison de ceux qui périssent, écoutent le même Evangile que les appelés : unis avec eux par la communion extérieure, ils ne font point de rupture, et ne se séparent que de la corruption des mœurs.

Ne songeons donc pas tellement à la voie étroite, que nous oubliions le grand chemin , les voies publiques où Jérémie nous rappelle', où aboutissent

1. Phil.. I. 13. — 2. I. Tini., vi. 12, 13. — 3. //. Cor., iv. 6. — 4. T. II, ji. 602, 603, 6S0. «SI. 683, 704, etc. — 5. .Vcictli., xx. 16; XXII. 14. — 6. Ps , XXI. 26, 27, etc. — 7. Jer., vi. 16.

les anciens sentiers que nos pères ont fréquentés, et où aussi on nous commande de les suivre. Celte voie n'est jamais cachée , et l'Eglise la montre par tout l'univers à ceux qui la veulent voir.

XLIX. Fausse doctrine du ministre sur les élus, dont il fait le lien de l'Eglise, et le moyen de la faire durer. — C'est par où tombe manifestement cette doctrine de votre ministre, où après avoir présupposé avec nous que l'Eglise doit toujours durer en vertu de la promesse de Jésus-Christ, et contre nous que cette durée ne peut pas être attachée à l'infaillibilité du corps des pasteurs', avec lequel Jésus-Christ a promis d'être tous les jours, il croit sortir de tout embarras de cette sorte : « Le ré- » formé marque une voie plus naturelle, plus sim- » pie et plus facile pour la conservation de l'Eglise. » Il soutient que Dieu l'empêche de périr par le » moyen des élus, qu'il conserve dans le monde^: » comme si la difTiculté ne lui restait pas tout entière, et qu'il ne lui fallût pas encore expliquer comment et par quels moyens ordinaires et extérieurs ces élus sont eux-mêmes conservés.

Les élus, comme élus, ne se connaissent pas les uns les autres : ils ne se connaissent que dans le nombre des appelés; c'est pourquoi nous venons de voir que ces élus , qui sont cachés et en petit nombre, font toujours partie de ces appelés qui sont connus et nombreux. S'il faut qu'ils soient appelés, par quelle prédication le seront-ils? par quel ministère? sous quelle administration des sacrements? Comment croiront-ils , s'ils n'ont pas ouï? ou comment écouteront-ils , si on ne les prêche? ou qui les prêchera sans être envoyé^? Ils ne tomberont pas certainement tout formés du ciel : ils ne viendront point tout d'un coup comme gens inspirés d'euxmêmes : il faut donc qu'il y ait toujours un corps subsistant, qui jusqu'à la fin du monde les enfante par la parole dévie; et c'est avec ce corps immortel que Jésus-Christ a promis d'être tous les jours.

L. Que le ministre raisonne tout au contraire de saint Paul. — Saint Paul a décidé la question par ce beau passage de l'Epitre aux Ephésiens : « Jé- » sus-Christ nous a donné les uns pour être apô- » très, les autres pour être prophètes , les autres » pour être évangélistes, les autres pour être pas- » teurs et docteurs; pour la perfection des saints, » pour les fonctions du ministère à l'édification (et i formation) du corps de Jésus-Christ, jusqu'à ce » que nous parvenions tous à l'unité de la foi et à B celle de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état » d'un homme parfait, à la mesure de l'âge complet » de Jésus-Christ, afin que nous ne soyons plus des » enfants emportés à tout vent par la doctrine Irom- » peuse et artificieuse des hommes*. » Le ministre veut faire durer le ministère ecclésiastique et apostolique par les élus : et saint Paul au contraire attache la formation et la perfection des élus au ministère ecclésiastique et apostolique.

LI. Que le ministre oublie les paroles du texte de la promesse qu'il entreprend d'expliquer. — Le ministre s'entend-il lui-même, lorsqu'il dit « que » la promesse pour la durée de l'Eglise par les élus » est plus positive que celle de la succession des » évèques, dont Jésus-Christ n'a pas parlé? » Que

1. T. n,p. 630,631, etc. —2. P. 631 , 632 . 633 , 634 , n. 3; 659 n. 8. — 3. Rom., y.. 14. — 4. Ephes., iv. 11, 12, 13, 14.

SECONDE INSTRUCTION PASTORALE

voulaient donc dire ces mois : Allez, enseiijuez et baptisez ? Sont-ils adressés à d'autres qu'aux apôtres uiômos, et quels autres que leurs successeurs sont désignés dans la suite? Mais quel mol y a-t-il là des élus? Au lieu donc de dire qu'il est ici parlé des élus et non des pasteurs, c'est précisément le contraire qu'il fallait penser : cl il est plus clair que le jour, que pour expliquer la promesse de Jésus.- Clirisl, le ministre a commencé par en perdre de vue les propres paroles.

LU. On explique la prérogative des élus que le ministre n'a pas entendue. — Il a peu connu la prérogative des élus. Ils ne sont pas tant le moyen pour l'aire durer le ministère extérieur de l'Eglise,, que la chose même pour laquelle il est établi. C'est l'amour éternel que Dieu a pour eux qui fait subsister l'Eglise ; il n'en est pas moins véritable qu'elle les prévient toujours par son ministère : il n'est que pour les élus : quand ils seront recueillis , il cessera sur la terre; mais aussi comme Dieu ne cesse de les recueillir jusqu'à la tin des siècles, il a déclaré que la suite continuelle du saint ministère ne Unira pas plus tôt.

LUI. Dernière ressource du ministre qui mène à l'indifférence des religions. — Toute la ressource du ministre, « c'est que la même puissance infinie » de Dieu qui , selon M. de Meaux , entretient la » succession des apôtres au milieu des vices les » plus affreux,.... peut conserver les élus dans les » sociétés errantes comme (il les conserve) dans le » monde corrompu'. »

Ainsi toute religion est indifférente, et l'on trouve également les élus dans une communion, soit qu'elle erre dans la foi jusqu'à tomber dans l'idolâtrie (car c'est ce qu'on nous oppose) , soit qu'elle fasse profession de la vérité.

LIV. Erreur du minisire , qui ne teut pas voir que la foi de l'Eglise induit nécessairement l'esprit de sainteté dans sa communion. — Venons aux objections : voici la plus apparente. « On ne gagne » rien , dit le ministre'^, par l'infaillibilité (du corps » de l'Eglise)', puisque la foi sans la sanctification » ne fait point voir Dieu , et n'empêche pas la ruine » de l'Eglise. » Nous avons déjà répondu que la prédication de la vérité étant toujours accompagnée de l'efTicace du Saint-Esprit , est toujours féconde pour sanctifier le nombre des auditeurs et des pasteurs mêmes connu de Dieu '. La réponse ne pouvait pas être ni plus courte, ni plus certaine, ni plus décisive. Ma parole qui sort de ma bouche, dit le Seigneur', ne retiendra pas à moi sans fruit, mais elle aura tout l'effet pour lequel elle est envoyée. Dire donc qu'on ne gagne rien pour la sanctification par l' infaillibilité de la foi, c'est une ignorance grossière et une erreur pitoyable contraire au fondement du cliristia:)isme.

LV. Le ministre trouve la doctrine de Jésus- Christ trop miraculeuse pour être crue , et admet lui-même un prodige étonnant et faux. — Mais c'est là, répond le ministre, un miracle trop continu qu'on ne doit pas admettre. C'est ce qu'il répète à toutes les pages ^ , et c'est là un de ses grands arguments. Mais qu'il est faible! Le miracle que le ministre refuse de croire, c'est celui que

1 T. ii,i).65y. — 2. p. 632. — 3. Ci-dessus, .i.7,30,3i. — •1. /s, Liv. II. — 5. /'.iji. 630. 631, c<c.

Jésus-Christ a reconnu en disant : Faites ce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font' . Le ministre change la sentence , et il veut que les élus se conservent sous un ministère, dont il faudra dire: Ni ne croyez ce qu'ils disent, ni ne pratiquez ce qu'ils font. Lequel est le plus naturel, ou de dire que pour convertir les cœurs des élus , Dieu conserve dans le ministère la vérité de la parole qui les sanctifie , malgré les mauvaises mœurs de ceux qui l'annoncent; ou de dire, qu'en laissant éteindre à la fois dans la succession des pasteurs et la vérité et les bonnes mœurs , il ne continue pas moins à conserver les élus? Le premier plan est celui des catholiques : le second est celui des protestants. Parlons mieux : le premier est en termes formels celui de Jésus-Christ , et le second est celui que les hommes ont imaginé ; le premier, dis-je, est celui que Jésus-Christ a reconnu jusqu'à la fin dans l'Eglise judaïque , en disant : Faites ce qu'ils disent, etc., et le second est celui que les protestants envient à l'Eglise chrétienne. Uii est ici le miracle le plus incroyable , ou celui qui attache la conversion des enfants de Dieu à un certain ordre commun de la prédication de la vérité , ou celui qui supprimant la vérité dans la prédication des pasteurs, établit, contre l'apôtre et contre Jésus- Christ même, qu'elle sera entendue sans être prèchée? Souffrirez-vous , mes chers frères , qu'on vous annonce des absurdités si manifestes?

L\'I. Que la conversion des pécheurs est toujours miraculeuse en un sens , et que la doctrine catholique met l'Eglise dans un état naturel. — Après tout j'avouerai bien à votre ministre que la conversion des pécheurs , soit qu'elle se fasse par des saints, soit qu'elle se fasse par le ministère même des pasteurs ou corrompus ou scandaleux, est un miracle continuel; mais c'est un miracle qu'il faut bien admettre, si l'on ne veut être manifestement pélagien, et qu'aussi votre ministre n'oserait nier. C'est un miracle qui présuppose l'ordre naturel, et qu'on soit du moins bien enseigné; mais que l'on conserve les élus, en leur ôlant la vérité dans la prédication de leurs pasteurs , c'est un miracle que nous laissons aux protestants.

LVII. Conclusion du précédent discours, où l'on entre dans la découverte des nouvelles erreurs du ministre, principalement sur le schisme. — Ne laissez donc point soustraire à vos yeux la lumière toujours présente et toujours visible de la vérité dans la prédication successive et perpétuelle des prêtres ou des pasteurs , soit de ceux qui sont venus après Moïse , soit de ceux qui ont enseigné après les apôtres; puisque c'est le seul moyen ordinaire établi de Dieu par toutes les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament pour la sanctification des élus. Lorsqu'on tâche de vous faire perdre de vue la suite continuelle de l'Eglise de Jésus- Christ dans les successeurs des apôtres, on ne cherche qu'à vous tirer du grand chemin battu par nos pères, pour vous jeter dans les voies obliques et détournées de la séparation du schisme. Ce n'est pas ici une conséquence que je tire de la doctrine des ministres; c'est leur tlièse; c'est leur sentiment exprès. Oui, mes frères, le schisme est un crime dont on ne veut pas connaître le venin parmi vous:

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