‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 92 sur 631 · Mnlth., XX m. I · texte numérisé non relu

Mnlth., XX m. I

SUR LES PROMESSES DE JESUS-CHRIST A SON EGLISE

et on ne lâche au contraire qu'à vous ôter la juste horreur qu'en ont tous les chrétiens. Il faut donc encore vous faire voir que votre minisire s'emporte jusqu'à dire que le schisme, même celui où la foi et la religion sont intéressées , n'erapèche pas le salut; et, ce qui jusqu'ici était inouï, qu'on peut être ensemble et saint et schismatique. Vous serez trop ennemis de vous-mêmes, si vous refusez un peu d'attention à une vérité que je vais rendre aussi claire qu'elle est importante.

Remarques sur le traité du ministre, et premièrement sur ce qu'il autorise le schisme.

LVIII. De la 7iature du schisme que le ministre autorise. — J'ai consommé mon ouvrage : la promesse de Jésus-Christ est entendue, et on a vu qu'on ne lui oppose que de manifestes chicanes. Il est temps de passer plus avant, et de découvrir dans l'écrit du ministre d'insupportables erreurs.

Je commence par ce qu'il enseigne sur le schisme, et je distingue avant toutes choses le schisme où la foi est intéressée d'avec les schismes où l'on tombe innocemment sur de purs faits; comme quand on voit par une élection partagée deux évèques dans la même Eglise , sans qu'on puisse discerner lequel des deux est bien ordonné : c'est alors une erreur de simple fait, où la foi n'est souvent point engagée , ni souvent même la charité. Quand l'esprit de dissension ne s'y trouve pas, et qu'on est trompé seulement par l'ignorance d'un fait, ce n'est pas un vrai schisme qui désunisse les cœurs, puisqu'on y voit, comme dit saint Paul', U7i seul Christ, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, avec un seul corps (de l'Eglise) et un seul esprit, el on n'est point schismatique. Mais ce que je veux remarquer dans les écrits de votre ministre, c'est qu'il enseigne positivement qu'on est ensemble et lîdèle et schismatique môme dans la foi.

LIX. Principes erronés du ministre sur l'unité des Eglises chrétiennes, et fausse peinture qu'il en fait. — Pour parvenir à celte lin, voici par où l'on vous mène, el l'on jette de loin ces faux principes- : « L'unité de l'Eglise tant vantée ne fut point le » premier objet des soins et des travaux des apo- » 1res. Ils ne travaillèrent point à la former par des » lois et des règlements qui dussent être observés j> par l'Eglise universelle jusqu'à la fin des siècles... » Chaque apôtre allant de lieu en lieu , selon que » le Saint-Esprit le poussait , ou que la Providence » lui en fournissait les moyens, enseignait la vérité » évangélique , et formait un troupeau... Chaque » Eglise particulière que les apôtres fondaient, vi- » vail sous la conduite de son pasteur, et s'assem- » Liait secrètement dans une chambre. Elle formait » sa discipline selon ses besoins el selon lacircons- » tance des lieux et des temps. Il n'y avait point » alors de symbole commun; c'est une chimère de » s'imaginer que les apôtres en ail dressé un, ou )) l'aient envoyé à toutes les Eglises... On savait en » Orient que l'Occident avait reçu le christianisme » un peu plus tard (qu'en Orient) : mais l'union de » de ces Eglises, lu plupart inconnues, el cachées » les unes aux autres, ne pouvait être ni générale, » ni publique , ni sensible. Toutes ces Eglises par-

1. Ephes., IV. 3, 4, 5, 6.-2. 2". i, l. 1, c. 4, h. 4, p. 34, 35. B. — T. IV.

» ticulières ne pouvaient être unies que par l'union » intérieure , parce qu'elles avaient la même foi et 1) la même espérance, et que Jésus-Christ était le » chef intérieur et commun à tous les chrétiens... » Les Eglises naissantes étaient précisément dans » le même étal que celles de la Réforme, à qui les » vaudois, dispersés en divers lieux, et cachés dans » leurs montagnes, n'étaient pas connus. Concluons » de là que l'union extérieure de toutes les Eglises » les unes avec les autres, ou avec le chef résidant » à Rome, n'était ni nécessaire ni possible dans les » deux primiers siècles de l'Eglise. » Le ministre parle à peu près dans le même sens en d'autres endroits ' ; mais je me contente de ce seul passage que j'ai rapporté exprès tout entier, à la réserve de ce qui pourrait regarder d'autres questions que celle où nous sommes de l'union des Eglises.

LX. Etrange doctrine , que l'union des Eglises n'est pas du premier dessein de Jésus-Christ : parole expresse du Sauceur. — S'il ne fallait que de beaux discours et des tours ingénieux pour établir la vérité, j'aurais ici tout à craindre. Mais pour peu qu'on veuille pénétrer le fond, il n'y a personne qui ne trouve étrange celle impossibilité de l'union extérieure des Eglises, et le peu d'attention qu'on donne aux apôtres, pour assembler leurs disciples dans une même communion.

Le ministre n'ose pousser cette prétendue impossibilité plus avant que les deux premiers siècles , et dès là on doit tenir pour certain, que s'il nous abandonne les siècles suivants, c'est qu'il y a trouvé l'union si clairement établie , qu'il n'a pas vu de jour à la nier.

Confessons donc avant toutes choses, du consentement du ministre, que l'union intérieure et extérieure des Eglises chrétiennes a un titre assez authentique , puisqu'il a quinze cents ans d'antiquité, el qu'il a été arrosé du sang des martyrs durant tout le troisième siècle. C'est cependant cette antiquité qu'on vous apprend à mépriser; au lieu que la raison seule vous doit apprendre non-seulement qu'une telle antiquité est digne de toute créance, mais encore que ce qu'on trouve si solidement el si universellement établi dans un siècle si voisin des apôtres, ne peut manquer de venir de plus haut.

C'est donc en vain qu'on nous veut cacher cette union des Eglises dans le second siècle. Car encore qu'il nous en reste à peine cinq ou six écrits, il y en aurait pourtant assez dans ce petit nombre pour convaincre le ministre; et si je n'avais voulu dans celte Instruction me renfermer précisément dans l'Evangile, la preuve en serait aisée. Mais pour aller à la source, comment a-t-on pu penser que l'union des Eglises n'était pas du premier dessein du Fils de Dieu, puisque c'est lui-même qui, formant le plan de son Eglise, a donné à ses apôtres , comme la marque à laquelle on reconnaîtrait ses disciples, de s'aimer les uns les autres : et encore : Mon Père, qu'ils soient un en nous, afin que le monde croie que vous m'acez envoyé^. Ainsi l'union même extérieure, et qui se ferait sentir à tout le monde, devait être une des marques du christianisme.

LXl. Preuve par saint Paul que les Eglises chré-

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