T. Il, p. 551. — 2. Joan., xiii. 2ô\ xvii
SECOND!-: INSTRUCTION PASTORALE
lienncs l'iaie.nl ('tahlies pour m; faire cnsembLe au dedans et au dehors qu'une seule Enlise catholique. — Mais ptuit-ôlrc que Jèsus-Clirisl no voulait pas dire que celle union s'cnlrclinl d'Eglise à Eglise , el ne la voulail établir que de particulier à particulier dans chaque Eglise chrétienne. A Dieu ne plaise : au contraire, il parait que, do toutes les Eglises, il en a voulu faire une seule Eglise, une seule épouse, qu'il a voulu à. la vérité sanctifier au dedans par la loi (lu'ellc a dans le cœur, mais qu'il a voulu en même temps purifier à l'extérieur par le ha}itème de l'eau el par la parole de la prédication. C'est ainsi que parle saint Paul '. C'est celle Eglise que des l'origine on appela catholique : ce terme fut mis d'abord dans le symbole commun des chrétiens; el sans entrer avec le ministre dans la question inutile, si les apôtres ont arrangé ce sacré symbole comme nous l'avons, il sulTit qu'on ne nie pas, el qu'on ne puisse nier que la substance et le fond n'en fût de ces hommes divins, puisque tout l'univers l'a reçu comme de leur main et sous leur nom. On a donc toujours eu une foi commune , une commune profession de la même foi, une seule et môme Eglise universelle composée en unité parfaite de toutes les Eglises particulières, où aussi on établissait la communion tant inlérieurc qu'extérieure des saints, qu'on nous donne maintenant comme impossible.
LXII. Uniformité de la discipline des Eglises dans le fond. — « Les apôtres, dit le ministre-, » n'ont point travaillé à former la discipline par » des lois qui dussent être perpétuelles el univer- » selles. » Mais sous prétexte qu'ils laissaient une sainte lilierlô dans les cérémonies indifférentes, la vouloir pousser plus avant , ou dire que ces saints hommes ne s'étudiaient pas à rendre commune la profession de foi, le fond de la discipline et la substance des sacrements, c'est ignorer les faits les plus avérés , et vouloir ôter au christianisme la gloire de cette sainte uniformité que le monde même y admirait.
L.XIII. Démonstration, par l'Ecriture, que les Eglises se regardaient les unes les autres, en sorte que leur consentement tenait lieu de règle. — Ce n'est pas une moindre erreur de dire que les Eglises étaient pour la plupart inconnues les unes au.r, autres , el s'assemblaient secrètement dans une chambre , sans se soucier de leur mutuelle communication. Car au contraire, dès l'origine les Eglises ont toutes tendu à s'unir, et à se faire mutuellement connaître. Tout est plein dans les écrits des apôtres du salut réciproque qu'elles se donnaient en la charité du Seigneur; l'Eglise de Oabylone quelle qu'elle fut, constamment bien éloignée, saluait celles de Bilhynie el du Pont, d'Asie, de Cappadoce cl deGalalic^ La gravité des Eglises ne permet pas de prendre ce salut, qu'on trouve en tant de lettres des apôtres, pour un simple compliment : c'était la marque sensible de la sainte confédération et communion des Eglises dans la créance et dans les sacrements, conformément à celte parole : SI quelqu'un rient à vous, de qneli|ue côté qu'il y arrive, et n'y apporte pas la saine doctrine , ne le recevez pas dans taire maison, el ne lui dites pas bo7ijour^;
1. Ephes., V. 21, 26. — 2. T. l 35, 36. — 3. /. P,tr — 4. ;/. Juan ,\0.
ne lui donnez pas le salut. La première Epitre de saint Jean, selon l'ancienne tradition, se trouve adressée aux Partîtes; et de l'Asie Mineure, où il demeurait, cet apôtre enseignait les peuples si éloignés des pays dont il prenait soin et do l'empire romain. Les apôtres n'écrivaient pas seulement à des Eglises particulières, mais en nom commun à toutes les tribus dispersées', et à tous ceux qui se consercaient en Dieu el en Jésus-Christ"^. Tout l'univers savait la foi, l'obéissance des Romains^; et réciproquement on savait à Rome ce que c'était que toute l' Eglise des Gentils (en nom collectif et en nombre singulier) : et qui étaient ceux à qui elle était redevable''. Qu'importe donc qu'on s'assemblât ou dans une chambre ou ailleurs, puisque l'on se communiquait, mémo des [irisons, d'où l'Evangile courail, comme dit saint PauP, sans pouvoir être lié?
Au surplus, si on eut tenu pour indifférent d'être uni ou ne l'être pas dans la doctrine une fois reçue, saint Paul n'aurait pas donné aux Romains ce précepte essentiel : Prenez garde à ceux qui causent des dissensions et des scandales parmi mus contre la doctrine que vous avez reçue, retirez-vous de leur compagnie'^. Est-ce peut-être qu'on observait ceux qui causaient des divisions contre la doctrine reçue dans les Eglises particulières, et qu'on laissait impuni le scandale qu'auraient pu causer les Eglises mêmes? Ce serait une absurdité trop insupportable.
Mais si l'autorité de l'Eglise nommée en commun était de si peu de poids sur chaque Eglise particulière , d'où vient que saint Paul prenait tant de soin de faire remarquer aux Corinthiens ce qu'il enseignait à tout l'univers; leur envoyant exprès Timoihée , pour les instruire des voies qu'il tenait partout el en toute l'Eglise'' : el encore : c'est ce que j'enseigne dans toutes les Eglises*, sur ce fondement , Dieu n'est 2Jas wi Dieu de dissension , mais de paix; comme s'il eut dit, qu'il unissait non-seulement les particuliers , mais encore toutes les Eglises entre elles; ce qui lui faisait ajouter, contre les auteurs des divisions et des scandales : Est-ce de vous qu'est sortie la parole de Dieu, ou bien êtes-vous les seuls à qui elle est parvenue'^? leur montrant, par celle doctrine, combien ils devaient déférer au commun sentiment des Eglises, et surtout de celles d'où la parole de Dieu leur était venue. Voilà ces Eglises qui ne se connaissaient pas, pour la plupart, el qui avaient si peu d'égard |iour la doctrine et les sentiments les unes des autres.
LXIV. Illusion du ministre, qui compare l'ancienne Eglise à la Réforme prétendue et aux vaudois : démonstration du contraire par mu fait constant. — Quand le ministre veut imaginer que les Eglises chrétiennes ressemblaient à la Réforme, qui, lorsqu'elle vint , ne connaissait pas les vaudois , il devait donc faire voir par quelque exemple de l'Ecriture, ou du moins de l'antiquité ecclésiastique, qu'il s'était formé des Eglises, comme la Réforme, qui ne tinssent rien de celles qui étaient auparavant, et même n'en connussent aucune de leur créance. C'est ce qu'il no montrera jamais; toutes les Eglises naissantes venaient de la lige commune des apôlres, ou de ceux que les apôtres avaient en-
1. Jac, 1. 1. — 2. Judœ, 1. - 3. /iom., I. 8; xvi. 19. — 4. Idem, 4. — 5. !f. Thess., m. 1; //. Tim., ii. 9. — 6. linm , xvi. 17.— 7. /. C'o)-., IV. 17. — 8. /dem, XIV. 33. — 9. ;6(c(., 36.
SUR LES PROMESSES DE JESUS-GHRIST A SON EGLISE
voyés, et en tiraient leurs pasteurs avec la doctrine. LXV. Saint concert entre les apôtres. — Le ministre n'aurait pas l'ail agir les pasteurs si fort indépendamment les uns des autres, et sans aucun mutuel concert , s'il avait songé que saint Paul même ne dédaigna jjas de venir à Jérusalem exprès pour visiter Pierre, de demeurer avec lui quinze jours ; et encore quatorze ans après , de conférer avec les principaux apôtres sur l'Evangile qu'il prêchait aux Gentils, pour ne point perdre le fruit de sa prédication'. Ces hommes inspirés de Dieu n'avaient pas besoin de ce secours; mais Dieu même leur révélait cette conduite, comme saint Paul le marque expressément-, aUn de donner l'exemple à leurs successeurs, et les avertir de prendre garde, dans la fondation des Eglises, à poser toujours , comme de sages architectes , le même fondement qui est Jésus-Christ , et à obsercer en même temps ce qu'ils bâtissaient dessus^.
LXVI. Que la doctrine du ministre insimie le schisme. — Cependant à la faveur de ces beaux récits, et du tour ingénieux qu'on y donne à l'état des deux premiers siècles, on insinue le schisme, ou dégoûte insensiblement les fldèles du lien de la communion des églises. Elle n'était pas, dit-on , du premier dessein, et c'est une invention du troisième siècle : quelque établie qu'on la voie depuis ce temps , c'est assez qu'elle ne soit pas de l'institution primitive, et l'on veut désaccoutumer les Eglises de faire leur règle de la foi commune.
LXVII. Que le ministre prêche ouvertement le schisme , en disant que les sept mille que Dieu sauvait dans le royaume d'Israël étaient de vrais schismaliques. — Après avoir ainsi préparé de loin la voie à ne plus craindre le schisme même dans la foi, et à tenir toute communion pour indifférente, on en vient à dire tout ouvertement, que le schisme dont nous parlons n'empêche pas le salut.
Le sentiment du ministre n'est pas obscur : les sept mille réservés de Dieu dans le royaume d'Israël, qui Jl'avaient point courbé le genou devant Baal, étaient schismatiques, séparés de l'Eglise primitive de Jérusalem, damnés par conséquent, dit votre ministre'', au jugement de messieurs les prélats; et cependant, continue-t-il, Dieu les absout.
Ces sept mille, ajoute-t-iP, « étaient l'Eglise de » Dieu , quoiqu'ils n'eussent ni étendue , ni visibi- » lité, ni union avec l'Eglise de Jérusalem, ni la » succession des prêtres. Ils ne périssaient donc » pas. »
LXVIII. Elle, Elisée et les autres prophètes d Israël étaient schismatiques, selon le ministre, et toutefois sauvés et saints. — Un abime en appelle un autre. Dieu avait là (dans le schisme d'Israël) une suite de prophètes nés et vivants dans le schisme : c'est-à-dire, comme il vient de l'expliquer, séparés de la succession des prêtres et de l'Eglise primitive de Jérusalem^. Les prophètes dont il veut parler, sont ceux qui prophétisaient en Israël avec Elle et Elisée : donc Elle et Elisée , avec tous les saints prophètes qui leur étaient unis, selon le ministre, étaient schismatiques; et cependant, poursuit-il, ces prophètes schismatiques , Elle , Elisée et les autres .
1. G'il., 1. IS; II. 2. — 2. Idem. — 3. T. Cor., m. 10 — 4. T. II, c. 7, n. 30, p. 661; //Z". Reg., xix , xx. — 5. Pœj. 003. — 6. Idem.
étaient-ils damnés à cause de leur séparation , à cause que la succession leur manquait ? Point du tout, dit-il; cela n'est rien, selon les ministres; le titre de schismatique devient beau dans leur bouche, et la nouvelle Réforme le donne aux prophètes les plus saints.
LXIX. Que le schisme des dix tribus et de Satnarie est approuvé par le ministre, et en même temps très-expressément condamné par la loi de Moise. — Tout cela est avancé pour sauver le schisme. La Réforme prend soin de le défendre. « Il y a du plai- » sir, dit le ministre', à entendre là-dessus M. de » Meaux, qui, entêté de l'unité de son Eglise et de » la succession des pasteurs, rejette les Samari- » tains, comme autant de schismatiques perdus, » parce qu'ils n'étaient pas unis à la source de la » religion, et que la succession d'Aaron leur man- » quait. »
Ainsi ce n'était pas Dieu qui avait commandé à tout son peuple et aux dix tribus, comme aux autres, de demeurer unis et soumis aux seuls prêtres de la famille d'Aaron : ce n'était pas Dieu qui avait prescrit au même peuple par la bouche de Moise de reconnaître le lieu que le Seigneur choisirait, avec expresses défenses d'offrir en tous lieux qui se pourraient présenter à la vue^ : le temple de Jérusalem n'était pas ce lieu expressément désigné de Dieu, sous David et sous Salomon, et unanimement reconnu par toutes les douze tribus ; malgré des commandements si précis de Dieu et de la loi , il n'y avait aucune obligation de s'unira la succession du sacerdoce d'Aaron ni à l'Eglise primitive de Jérusalem. Ce sont là des entêtements de M. de Meaux, et non pas des témoignages exprès de la loi de Dieu.
LXX. Que Jésus-Christ a expressément condamné le schisme de Samarie. — Mais ce qui m'étonne le plus, c'est le peu d'attention qu'on fait parmi vous à l'expresse condamnation du schisme de Samarie, prononcée par Jésus-Christ même, lorsqu'il dit aux Samaritains' : Vous adorez ce que vous ne connaissez pas, et 710US, nous adorons ce que nous connaissons; parce que le salut vient des Juifs. Il les sépare manifestement de sa compagnie, lorsqu'il dit vous et nous : il les sépare conséquemment du salul, qui ne peut être qu'avec lui; et il ne reste plus qu'à examiner s'il les condamne pour l'idolâtrie, ou seulement pour le schisme.
LXXI. On prouve contre le ministre que Samarie est condamnée par Jésus-Christ pour son schisme. — Le ministre abuse manifestement de cette parole de Jésus-Christ : Vous adorez ce que vous ne connaissez pas; « ce qui fait voir, nous dit-iP, que les » Samaritains étaient condamnés à cause de leur 1) ignorance , ou des dieux inconnus qu'ils ado- » raient; et non pas à cause du schisme, ou parce » que la succession du sacerdoce d'Aaron leurman- » quait. » C'est ainsi qu'il combat toujours en faveur du schisme, et ne veut pas que Jésus-Christ l'ait pu condamner. Mais il se trompe manifestement, quand il rejette la condamnation sur l'idolâtrie des Samaritains. C'est un fait constant et avoué, qu'il y avait plusieurs siècles que les Samaritains n'avaient plus d'idoles, et qu'attachés uniquement,
1. T. II, p. 661, 632. — 2. Deul., xii. 5, U, 13, etc. — 3. Joan.. IV 22. — 4. T. Il, ;). 064.
SECONDE INSTRUCTION PASTORALE
comme ils sont encore, à l'adoration du vrai Dieu , toute leur (luestion avec les JuiTs ne regardait que le lieu où il l'allait adorer. Sans avoir besoin d'ouvrir les histoires pour voir cette vérité, le seul Evangile nous sullit, iniisque la Samaritaine y parle au Sauveur en ces termes' : Nos pères ont adoré sur celle montagne , et vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer; 7ios pères, c'était-à-dirc, Jacob et les patriarches, n'adoraient point les idoles : ce n'était donc point les idoles que la Samaritaine voulait adorer, et la dispute ne regardait pas l'objet, mais le seul lieu de l'adoration; en un mot, toute la question entre les Juifs et les Samaritains , était k savoir si Dieu voulait qu'on le servit ou dans le temple de Jérusalem avec la Judée, ou dans celui de Garizim avec Samarie. Cela posé, il est manifeste que la condamnation de Jésus-Christ tombe précisément sur le schisme; et s'il reproche aux Samaritains de ne pas connaître Dieu, c'est comme je l'avais expliqué^, au sens où l'on dit que l'on ne connaît pas Dieu , quand on méprise ses commandements, ses promesses, la source de l'unité, le fondement de l'alliance, et le reste de môme nature que Samarie avait rejeté.
LXXII. Autres preuves par d'autres paroles de Jésus-Clirisl. — Si , comme le ministre l'insinue trop ouvertement, c'était une chose indifférente de reconnaitre ou ne reconnaître pas les prêtres, successeurs d'Aaron , et que les Samaritains fussent excusables de n'y avoir pas recours , selon l'ordonnance expresse de la loi , Jésus-Christ n'y aurait pas renvoyé avec les autres lépreux celui qui était Samaritaine J'ai rapporté ce passage dans ma première Instruction pastorale**. Le ministre y devait répondre, ou convenir, après Tertullien , que Jésus- Christ apprenait par là aux Samaritains à reconnaître le temple et les prêtres enfants d'Aaron, comme la tige du sacerdoce et la source de la religion et des sacrements.
LXXIII. Que le schisme de Jéroboam et des dix tribus a été réprouvé de Dieu, et pourquoi. — Après cela, quand on attribue non-seulement aux vrais fidèles, mais encore aux saints prophètes du Seigneur, le schisme des dix tribus, et que l'on compte pour rien de les désunir de la suite du sacerdoce et de celle du peuple de Dieu , c'est vouloir induire sur eux le péché de Jéroboam qui pécha et qui fil pécher Israël^. C'est le caractère perpétuel qui est donné à ce roi impie dans tout le livre des Rois''. Mais il faut en même temps se souvenir que c'était une partie principale du péché tant reproché à Jéroboam, d'avoir établi des prêtres qui n'étaient point enfants de Léci, ni du sang d'Aaron'', et d'avoir rejeté ceux que Dieu avait institués dans ces races consacrées. L'érection des veaux d'or de Jéroboam ne fut que la suite de celte ordonnance schismatique : iVe montez plus en Jérusalem (ni au lieu que le Seigneur a choisi), voilà tes dieux, Israël, qui t'ont tiré de la terre d'Egypte*. Ainsi la source du crime dans Jéroboam, c'est d'avoir séparé Israël d'arec le Seigneur, comme porte expressément le livre des Rois", et son plus mauvais caractère est celui de séparateur. Ce fut en haine
1. Joan., IV. 20. — 2. /. Insir., n. 17.— 3. Luc , jvii. I.'J, 14, 15. — 4. N. 17. —5. ///. Rag., xiv. 18, etc.— Q. IV. Reu , x. 31, etc. — 7. m. Reg., xii. 31 ; //. Pur., xiii. 5. — S. ///. Reu., xii. 28-9. IV. Reg., 7.yn.2\.
de l'ordonnance qui séparait le peuple de Dieu de sa tige, que non-seulement les lévites, mais encore tous ceux d'Israël qui avaient mis leur cœur à chercher Dieu', abandonnèrent le schisme auquel on veut maintenant fair(; adhérer les prophètes.
LX.XIV. Autre démonstration, par l'Ecriture, que les vrais Israélites étaient pour la religion en communion avec ceux de Juda. — Il est vrai qu'en mémoire d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, Dieu voulut laisser dans les dix tribus un grand nombre de saints prophètes qui attachèrent une partie considérable du peuple au culte du Dieu de leurs pères. Mais, après tout, ce fut à la lin pour le péché de Jéroboam qu'il livra les Israélites à leurs ennemis* : la source de tous les malheurs, marquée au livre des Rois, est toujours cette première séparation, où Jéroboam divisa le peuple et le sépara du Seigneur^. Aussi Dieu avait-il maudit l'autel schismatique dès son origine, en lui faisant annoncer sa future extermination, sous le saint roi Josias, par des projihètes envoyés exprès^ Si cependant par violence et par voies de fait les vrais Israélites avec leurs prophètes, étaient empêchés de monter elTectiveraent en Jérusalem, et d'y reconnaitre le seul sacerdoce légitime qui fût alors, ils n'en pouvaient jamais être désunis de cœur; et sans manquer de lidélitô aux rois d'Israël que Dieu avait dans la suite rendus légitimes, Elisée sut bien reconnaitre la prérogative que Dieu avait conservée aux rois de Juda, par rapport à la religion, lorsqu'il parla ainsi à Achab, roi d'Israël, qui l'interrogeait sur les volontés du Seigneur : « Qu'y a-t-il entre vous et moi, » roi d'Israël? Allez aux prophètes de votre père et » de votre mère. Vive le Seigneur! si je n'avais res- » pecté la présence de Josaphat, roi de Juda, je ne » vous aurais pas seulement regardé 5. » Josaphat de son côté, au nom seul d'Elie et d'Elisée, reconnut d'abord qu'ils étaient de véritables prophètes, et tout le monde savait que tous les saints du royaume d'Israël étaient de même religion, et dans le cœur, autant qu'ils jjouvaient, de même culte que ceux de Juda.
C'était pour établir cette vérité , qu'Elie dans ce mémorable sacrifice, où le feu du ciel descendit à sa prière pour consumer l'holocauste, en présence des dix tribus assemblées, redressa un des autels du Seigneur, et pour le construire, prit douze pierres, selon le nombre des douze tribus des enfants de Jacob, à qui le Seigneur avait dit : Israël sera ton 7iom'^ : par où il voulait montrer qu'Israël dans son origine n'était pas un nom de séparation , comme il l'était devenu depuis; mais qu'au contraire, c'était en matière de religion et de sacrifice un nom de communion : et que les douze tribus étaient faites pour adorer au même autel le Dieu de leurs pères.
Aussi le même prophète l'invoqua-t-il en cette occasion à haute voix, sous le nom de Dieu d'Abraham, d'Isaac et d'Israël'', en lui disant ; Montrez , Seigneur, que vous êtes le Dieu d'Israël, et que les douze li'ilius dont vous voulez aujourd'hui de nouveau convertir les cœurs, ne sont qu'un seul peuple à votre autel. Telle était l'union qu'Elie reconnais-
1. //. Par., XI. 13. 17. — 2. J/I. R.ij., xiv. 16. — 3. IV. Reg., XVII. 21. — 4. ///. Rer/., XIII. I, 2. ~ i. IV. Reij., m. I:î, 11. — 0. III. Reg., xviii. 30, 31, 32. — 7. Idem, 36, .37.
SUR LES PROMESSES DE JÉSUS-CHRIST A SON ÉGLISE
sait entre tous les vrais Israélites clans ce sacrifice commun.
Jonas, qui prophétisait parmi les tribus séparées dont il était, ainsi qu'on le trouve au livre des Rois', ne s'était point pour cela séparé du temple de Jérusalem, puisque, jusque dans le ventre de la baleine qui l'avait englouti, il se consolait en criant ; Seigneur, quoique rejeté de devant vos yeux, je reverrai votre saitit temple''; par où il marquait tout ensemble , et qu'il avait accoutumé de le visiter, et qu'il espérait encore d'y rendre à Dieu ses adorations.
Un autre prophète d'Israël, ce fut Osée, en prédisant aux dix tribus séparées leur heureux retour, leur annonce qu'ils reviendraient au Seigneur leur Dieu et à David leur roi^, pour les ramener par ses paroles au temps qui avait précédé le schisme de Jéroboam , et leur rappeler le souvenir de cette parole du roi Abiam : Ecoutez , Jéroboam et tout Israël : ignorez-vous que le Seigneur a donné à David le règne sur tout Israël pour jamais '' ?
LXXV. Suite de la même épreuve. — Ainsi tout vrai fidèle est frappé d'horreur, quand il entend dire que les sept mille que Dieu réservait, et que les prophètes du Seigneur qui enseignaient les dix tribus étaient schismatiques, jusqu'à celui que son zèle ardent fit enlever dans le ciel dans un chariot de feu.
Et il ne faut pas s'imaginer que la partie de l'Eglise qui se conservait dans le royaume d'Israël demeurât sans culte. Car ce n'était pas en vain que Dieu leur envoyait tant de saints prophètes avec tant de miracles éclatants pour les empêcher d'oublier la foi de Moïse. Ils en gardaient ce qu'ils pouvaient, en s'assemblant avec les prophètes au premier jour du mois et tous les jours du sabbat^, c'est-à-dire aux jours ordinaires marqués par la loi , comme il est écrit expressément au livre des Rois. Il y avait même parmi eux des autels de Dieu; et s'ils en eussent été privés. Elle n'aurait pas dit au même temps que les sept mille lui furent montrés en esprit : Seigneur, les enfants d'Israël ont abandonné votre alliance : ils ont abattu vos autels et massacré vos prophètes^. Ils persistaient donc dans l'alliance , et en avaient pour marques sensibles les prophètes , sous la conduite desquels il& servaient Dieu, et les autels qu'ils élevaient au nom du Seigneur. Ce pouvaient être des autels semblables à celui qu'érigèrent ceux de Ruben et de Gad avec la demi-tribu de Manassès', non point pour se séparer de l'autel du Seigneur, mais au contraire comme un mémorial de la part qu'ils se réservaient aux sacrifices communs. Mais enfin quels que fussent ces autels, et quel qu'ait été le culte que Dieu y établissait, selon la condition de ces temps, par le ministère extraordinaire et miraculeux des prophètes, toujours est-il bien certain que ce n'était pas l'autel de Bélhel ni les autres de Jéroboam que Dieu avait en horreur, comme on a vu.
LXXVI. Visibilité de la partie de l'Eglise judaïque qui restait en Israël. — Par conséquent cette Eglise , que Dieu réservait en Israël, se rendait visible autant qu'elle le pouvait dans une si cruelle
1. IV. Reg., XIV. 25. — 2. Jon., n. 5. — 3. Osée, ni. 4, 5. — 4. //. Par., xm. 5. — 5. IV. Reg., n. 23. — 6. ///. Reg., xix. 24.-7. Jos., XXII. 27.
persécution ; et quand elle fut réduite à se cacher tellement dans le royaume des dix tribus séjjarées , qu'Elie ne l'y voyait plus , deux raisons empêchent que cela ne nuise à tout le corps de l'Eglise : l'une, que cet état ne dura pas, comme le reste de l'histoire d'Elie et toute celle d'Elisée le fait paraître; et l'autre, qui est l'essentielle, que c'est un fait avéré dans le même temps, que l'Eglise et la religion éclataient en Judée sous Josaphat et les autres rois.
L.YXVII. Que tout ce qu'on nous objecte ne fait rien contre nous. — Ainsi on ne fait ici que vous amuser; on vous fait prendre le change, et on met la difficulté où elle n'est pas. Cette dispute sur les sept mille, qui est votre unique refuge, ne sert de rien à la question , et ne nuit en aucune sorte à la doctrine que j'ai établie touchant la promesse de l'Evangile. Les catholiques ne prétendent pas que la foi ne puisse jamais être cachée en des endroits particuliers, puisque même nous confessons qu'elle y pourrait être tout à fait éteinte. Le fondement que nous posons , c'est que la succession des pasteurs qui remontent jusqu'aux apôtres, sans que la descendance en puisse être interrompue ni niée , est incontestable; que ceux qui chercheront Dieu , verront toujours une Eglise où on le pourra trouver; une Eglise qui soit toujours le soutien et la colonne de vérité' ; une Eglise à qui l'on dira jusqu'à la fin de l'univers : Dites-le à l'Eglise, et, s'il n'écoute pas r Eglise , qu'il vous soit comme U7i Gentil et un publicain^ ; une Eglise enfin plus immuable que le roc, dont la foi toujours connue et victorieuse verra toutes les erreurs tomber à ses pieds, et contre laquelle l'enfer ne prévaudra pas. Que cette Eglise ait quelque part des membres cachés , qu'elle s'obscurcisse , qu'elle périsse même quelque part , sa perpétuelle universalité ne laissera pas de subsister : la promesse ne sera pas anéantie pour cela; et une marque que les objections qu'on vient d'entendre n'appartiennent seulement pas à la question que nous traitons, c'est qu'on peut vous accorder tout ce que vous dites sur les fidèles cachés , sans que notre doctrine ait reçu la moindre atteinte.
LXXVllI. Réflexion sur les sept mille. — Les sept mille vous servent si peu , que même vous ne sauriez vous mettre à leur place. Si la messe, ou toute autre chose que vous voudrez imaginer, est le Baal, devant lequel les sept mille n'avaient pas fléchi le genou , quand Luther ou Zwingle ou Œcolampade ou Bucer ou Calvin ont éclaté, les sept mille, qui croyaient comme eux secrètement, ont dû venir leur déclarer cette secrète créance, et leur dire : Nous étions déjà dans ces sentiments; vous n'avez fait que nous rallier, et nous donner la hardiesse de nous découvrir. Mais loin d'en trouver sept raille qui leur tinssent ce langage, nous avons pressé vos ministres d'en nommer un seul. J'en ai moi-même interpellé M. Claude, et il a dit : .M. de Meaux croit-il que tout soit écrit? Je l'ai demandé à M. Jurieu , et il a répondu : Que nous importe? J'ai mis ce fait sous les yeux de tous les lecteurs de mon troisième Avertissement contre M. Jurieu'. Sans vous obliger à recourir à ce livre, et pour renfermer dans ce seul écrit toute la force de ma preuve, in-
1. /. Tim., III. 15. — 2. Matlh., xviii. 17. — 3. ///<■ Avert., n. 30, 31, 32.
sl•:GO^'^^; instruction i'astohalk
terrogoz-vous vous -mômes , si jamais on vous a noniiiu' , non pas se])t mille hommes el un nombre considérable, mais deux ou trois hommes, mais un seul homme qui ait dùciarô aux réformateurs (ju'il n'avait jamais été d'une autre créance que de celle qu'ils leur annonçaient. Pressez de nouveau vos ministres les plus curieux, les plus savants, les plus sincères, de vous éclaicir d'un l'ait si essentiel à la décision de celte cause : si vous ne voyez clairement leur embarras; si loin de vous montrer un seul homme qui, avant Luther ou Œcolampade, ait cru comme Luther et Œcolampade, ils ne sont à la fin contraints de vous avouer de bonne foi, que Luther même et Œcolampade , Bucer el Zwingle s'étaient faits prêtres ou même religieux de bonne foi, et qu'ils avaient innové non-seulement sur les pasteurs précédents , mais encore sur eux-mêmes , je ne veux plus mériter de vous aucune créance. Ils n'avaient donc pour eux ni les visibles ni les invisibles, ni les connus ni les inconnus; el il faut que vous confessiez qu'en cela semblables à tous les hérésiarques qui furent jamais, vos auteurs, quand ils ont paru , n'ont rien trouvé sur la terre qui pensAt comme eux.
LXXIX. Le schisme de la nouvelle Réforme la contraint à défendre le schisme en général, et à tomber dans l'indifférence des religions. — Dès là donc pour justifier le schisme qu'ils avaient fait avec tous leurs prédécesseurs et avec tous les vivants, il a fallu s'intéresser pour le schisme même, et en adoucir l'horreur; par ce moyen les sept mille sont devenus schismatiques sans péril de leur salut : les saints prophètes étaient séparés de la suite du sacerdoce et de l'Eglise , sans scrupule et sans aucune diminution de leur sainteté : il a fallu faire voir qu'il n'y avait nulle nécessité que les églises fussent si unies : chaque église se doit former par elle-même : des églises on en viendra aux particuliers : nul ne doit régler sa foi sur son prochain non plus que sur les églises, pas même sur celle où l'on est. Chacun n'a à consulter que son cœur et sa conscience. Vous voyez par expérience où l'on va par ce chemin; et si la suite inévitable n'en est pas toujours la religion arbitraire ou l'indifférence des religions, sans en excepter le socinianisme ni le déisme.
Remarques sur le fait de Pascbase Uadl)ert, où le ministre tftche de inar(iuer une innovation positive.
LXXX. Inutilité des faits infinis que le ministre rapporte : il n'y a en cette matière que deux faits importants pour le salut. — Pour détourner vos oreilles d'une doctrine si simple, on vous accable de faits inutiles. Mais il n'y a que deux faits qui servent à votre salut, et ils sont constants : l'un est, que vos prétendus réformateurs ont établi vos Eglises en se séparant de la communion de ceux qui les avaient baptisés et ordonnés, et en rejetant, a l'exemple de toutes les hérésies, la doctrine de tous les pasteurs qui étaient en place lorsqu'ils ont paru' : l'autre, que l'Eglise catholique n'a jamais rien fait de semldable. Il fallait donc écarter tous les autres faits qui ne servent qu'à détourner la