‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 95 sur 631 · r. Il, 4, c. 4, II. 15, p. 598. — <i.T.u,p · texte numérisé non relu

r. Il, 4, c. 4, II. 15, p. 598. — <i.T.u,p

SUR LES PROMESSES DE JESUS-CHRIST A SON ÉGLISE

» le seul au neuvième siècle qui enseignait la pré- » sence réelle. » S'il voulait montrer ce point lixe de séparation , il devait donc dire de qui Paschase s'était séparé, qui lui avait dit anathcme, qui avait fait alors un corps à part : il n'en dit mot, parce qu'il sait bien en sa conscience qu'il n'y eut rien de semblable, et qu'au contraire Paschase avançait positivement à la face de toute l'Eglise, sans être repris par qui que ce soit, « qu'encore que quel- » ques-uns (remarquez ce mot) errassent par igno- » rance sur cette matière de la présence réelle , » néanmoins il ne s'était encore trouvé personne » qui osât ouvertement contredire ce qui était cru » et confessé par tout l'univers'. » Voilà ce qu'écrit Paschase, sans craindre d'être démenti, et en elTet il resta si bien dans la communion de toute l'Eglise, que ni sa doctrine, ni ses livres, ni sa mémoire n'ont jamais été notés d'aucune censure. Au lieu de trouver Paschase d'un côté , et comme le ministre l'avait promis , presque tout le monde de l'autre, il trouve Paschase avec tout le monde, et de l'autre, quelques-uns. Voilà ce point fixe de séparation , où le ministre avait mis son espérance. LXXXIII. Seconde et troisième tentatives du ministre également inutiles sur le même fait de Paschase Radbert. — Il y revient encore une fois , et encore une fois il ne dit rien. Avant Paschase, ditiP, la transsubstantiation était inconnue. Si elle eût été inconnue, tout le monde se serait donc élevé contre , comme on a fait contre toutes les autres nouveautés : on nommerait ou le pape ou le concile qui aurait condamné le novateur. Mais non , on ne dit rien de tout cela, et l'on n'y songe môme pas. Il est vrai que le ministre dit bien qu'on cria : Paschase au neuvième siècle « parut avec son dogme » de la présence réelle, et alors on cria fort contre » la nouveauté de sa doctrine'. » Il le dit, mais du moins rapportera-t-il ([uelque acte authentique , comme il fallait faire pour marquer ce point fixe de la séparation qu'il avait promis? Non, et voici tout ce qu'il en sait : « l'Eglise gallicane, poursuit- » il, avait toujours été dans une créance trôs-diiré- » rente de l'Eucharistie. » On attendait sur celte matière quelque décret authentique d'une Eglise si éclairée; mais le ministre tourne tout court pour nous dire en l'air : « Tout ce qu'il y avait de grands » hommes en ce temps-là, quoique divisés sur la » grâce, se réunirent pour défendre l'ancienne doc- » trine sur l'Eucharistie. » Mais que firent-ils? Tout se va réduire au seul livre de Ratramne qu'on n'ose nommer, parce que son autorité n'est pas assez grande pour montrer un consentement décisif, et que d'ailleurs on n'est pas d'accord de son sentiment, ni du sujet du livre ambigu qu'il fit par ordre de Charles le Chauve. Le ministre n'ignore pas les disputes entre les savants sur le sujet de ce livre, et dit seulement : « Charles le Chauve entra » dans cette dispute : ce fut par son ordre qu'on )> écrivit : et ceux qu'il avait chargés de cette com- » mission combattirent la présence réelle contre » Paschase*. » C'est la question que l'auteur suppose sans preuve décidée en sa faveur. « Ce qui » achève, conclut-il, de faire voir que c'était là le » parti le plus autorisé et le plus nombreux. » C'est

1. Epist.ad Frtict.,p. 1634. — 2. T, ir , /). 635, — 3. P. 641. - 4. T. II, p. 641 et 642.

tout ce qu'il a pu dire de ce point fixe de séparation qu'on lui demandait, et qu'il entreprenait de montrer; comme si un ordre d'écrire donné par un empereur, sur une matière de foi, était une approbation de ce prince , ou que cette approbation, quand elle serait véritable, fût un acte authentique de l'Eglise. Quoi qu'il en soit, le ministre n'en a pas su davantage. C'est en vain que j'entrerais dans un fait avancé en l'air et dans les autres jetés à la traverse. Il faut abréger les voies du salut, et ne pas faire dépendre votre instruction d'une critique inutile, où, quand j'aurais l'avantage qui suit toujours la bonne cause, je n'aurais fait que perdre le temps. Il suffit qu'il soit véritable que si l'on avait une fois trouvé dans le fait ce moment d'interruption , la mémoire ne s'en serait jamais ell'acée parmi les hommes; et l'Eglise catholique, ou, si l'on veut, l'Eglise romaine, porterait empreinte sur le front la date de sa nouveauté et de son schisme , au lieu qu'elle y porto le témoignage immémorial de sa perpétuelle et invariable succession.

Remarques sur le fait des Grecs.

LXXXIV. Que le ministre convient de ce qu'il y a d'essentiel dans le fait des Grecs. — La même raison m'empêche d'entrer plus avant dans ce qui regarde les Grecs. J'en ai dit assez sur ce sujet dans la précédente Instruction pastorale, et je veux seulement vous faire observer que votre ministre n'a pu ni osé le contredire.

Il a cité l'endroit de cette Instruction ', où je reproche justement aux Grecs de n'avoir jilus voulu dire comme ils faisaient dans les conciles généraux qu'ils ont tenus avec nous : Pierre a parlé par Léon'^, Pierre a parlé par Agathon : Léon 7ious présidait à Chalcédoine , comme le chef préside à ses membres : les saints canons et les lettres de N. S. P. et conserviteur Céleslin nous ont forcés à prononcer cette sentence^. C'est celle où Nestorius fut déposé à Ephèse , dans le troisième concile œcuménique, et dans l'action principale pour laquelle il était assemblé.

Le ministre a vu toutes ces paroles , même celles où le concile d'Ephèse a prononcé qu'il était contraint (à déposer l'hérétique) par les saints canons et par les lettres émanées canoniquement de la chaire de saint Pierre. Que demandons-nous davantage aux Grecs , et de quoi les accusons-nous , sinon d'avoir renoncé au sentiment où nous étions tous dans les premiers conciles généraux, que constamment nous avons tenus ensemble?

Voilà ce que je disais, ce que votre ministre a vu et cité. Ecoutez ce qu'il y répond. Lisez seulement le titre qui est à la marge, vous y trouverez ces mots : Primauté de saint Pierre reconnue, et dans le corps du discours : Les Grecs reconnaissent la primauté de saùit Pierre''.

LXXXV. Autre passage du ministre sur la primauté divine des Papes, comme successeurs de saint Pierre. — Mais peut-être qu'en reconnaissant la primauté de saint Pierre, qui ne peut venir que de Jésus-Christ, ils ne reconnaissaient pas également

1. /. Jnst. past., n. 32. Réponse, t. ii, l. 4, c. 2, n. 6. etc. — 2. Epist. Conc. Chalced. ad Léon. — 3. Conc. Ephes., Act. i. - 4, T. II, n. VI, p. 562.

SECONDE INSTRUCTION PASTORALE

qu'elle eût pass6 à ses successeurs, évèques de Rcime. Lisez encore dans le livre de voire ministre, à la marge : Sentiments des Grecs; et dans le corps ces paroles : « Que M. de Meaux n'allègue pas les » acclamations des Grecs au concile de Chalcè- » doine, en faveur de saint Pierre et de L6on le » Grand : les Grecs ne contestaient pas à saint » Pierre sa primatie, ni à l'évèiiue de Rome le pre- » mier rang dans les conciles où il était présent'. « Ne nous arrêtons pas à ce qu'il voudrait insinuer sur la présence du Pape. Il n'était présent que par ses légats ni à Ephôse ni à Chalcédoine, où le concile disait qu'il présidait comme chef aux évoques qui étaient ses membres, et qu'il était contramt par sas lettres à prononcer la sentence. Mais entin il est donc certain, de l'aveu de votre ministre, que les Grecs reconnaissaient dans le Pape une primauté venue de saint Pierre, et par conséquent d'institution divine. Si donc ils ont changé de ton , et n'ont plus voulu la reconnaître dans la suite, j'ai eu raison de leur reprocher que c'est eux qui ont innové, et qui ont laissé tomber une institution qu'ils reconnaissaient auparavant, non-seulement comme ecclésiastique, mais encore comme divine et venue de Jésus-Christ morne.

LXXXVI. Que la soumissio7i des Grecs au Pape était renfermée dans les actes des premiers conciles généraux avoués par le ministre. — Mais allons encore plus avant, et voyons à quoi le ministre veut réduire la foi des Grecs. C'est qu'en leur faisant avouer la primauté divine de samt Pierre et de ses successeurs, ils nient seulement « qu'on doive » leur être soumis ou communier avec les évèques » romains, pour être l'Eglise^; » et un peu après : 0 Ils ont toujours soutenu (les Grecs) que cette » primauté de saint Pierre n'emporte ni soumission » de la part des apôtres à saint Pierre, ni obéis- » sance de la part des évèques au Pape, et les actes » des conciles, les registres publics de l'Eglise (ce » sont ici mes paroles qu'il rapporte) en font foi^.» Il devait donc réfuter ou nier du moins ce que j'ai tiré de ces registres et de la propre sentence que le concile d'Ephèse a prononcé contre Nestorius : contraint par les sai7its canons et par les lettres de saint Célestin. Il n'a pu ni osé nier que ces paroles ne se lisent effectivement dans ces registres authentiques de l'Eglise , que les Grecs ont dressés conjointement avec nous. Il y avait donc, de l'aveu commun de l'Orient et de l'Occident unis alors, et assemblés dans un concile général, pour condamner l'hérésie de Nestorius; il y avait, dis-je, dans les lettres du Pape, quoique chose qui, joint aux canons, contraint les esprits; c'est-à-dire, manifestement quelque chose , qui a force et autorité dans les jugements de la foi que rendent les plus grands conciles; et il ne reste plus de ressource à votre ministre qu'en disant que cette contrainte canonique n'imposait ni déférence ni soumission à ceux qui la reconnaissaient.

LXXXVII. La communion avecle Pape nécessaire selon ces actes avoués. — Mais le ministre produit encore « les séparations fréquentes des deux pa- » triarches (d'Orient et d'Occident) pour prouver .) que les Grecs ne croyaient jjasque la primauté de a saint Pierre et de sa chaire fût si nécessaire qu'on

1. r. II, II. 7, p. 503. - 2. Idem, n. 6, p. 562. — 3. iV.7, iJ. 563.

» y doive communier pour être l'Eglise'; » de sorte qu'il faudrait croire, si l'on ajoutait foi à son discours, que les Grecs ne voulaient pas croire qu'il fallut, pour (?/re l'Eglise, demeurer dans un état qu'eux-mônu^s ils i-econnaissaicnt établi par Jésus- Christ, et qu'on pouvait renoncer à ses institutions : absurdité si visible qu'elle tombe par elle-même en la récitant.

LXXXVIII. ArcM considérable du mi^iistre sur les Grecs. — Il ne faut donc pas tirer avantage des séparations des Grecs, puisque s'ils se sont quelquefois séparés, ils sont aussi retournés à leur devoir, et ne se sont jamais rendus plus évidemment condamnables , que lorsqu'ils ont semblé vouloir oublier à jamais l'état où ils étaient avec nous, et changer par un fait certain et positif la doctrine perpétuelle dans laquelle leurs pères avaient été élevés jusqu'au jour de leur rupture.

Voilà où votre ministre a réduit les Grecs, et c'est sur ce fondement qu'il leur accorde sans peine « la » succession apostolique et la présence miraculeuse » de Jésus-Christ, si elle est promise aux pasteurs » qui ont pris la place des apôtres^. » A la bonne heure; ils ont donc pris la place des apôtres , et n'en ont point interrompu la succession : votre ministre le veut lui-môme ainsi. Commencez donc par avouer que cette succession leur était nécessaire, et laissez là vos Eglises à qui elle manque si visiblement.

LXXXIX. Que je n'ai rien dit sur la primauté du Pape , que le ministre n'avoue dans le fond. — Quand donc, en expliquant la promesse, Je suis avec vous, j'ai dit que saint Pierre y était compris avec la prérogative de sa primauté', le ministre ne devait pas dire que « cette lumière ne sort pas de » l'oracle ni de la promesse de Jésus-Christ , mais » de l'esprit subtil de M. de Meaux*, » puisqu'il fait lui-même convenir les Grecs de la primauté divine de saint Pierre passée à ses successeurs, et si certaine d'ailleurs , que ses plus grands adversaires ne peuvent la désavouer.

XC. Que de l'aveu de la nouvelle Réforme, les Grecs ont tort contre les Latins. — Je n'ai donc rien pris dans mon esprit, et je n'ai fait qu'expliquer l'Evangile par l'Evangile, et une vérité par une autre qui n'est pas moins assurée; et si vous le permettez, j'ajouterai , mes chers frères, ce seul mot : que des deux causes principales que les Grecs allèguent pour sauver leur rupture avec Rome, la première étant la procession du Saint-Esprit, et la seconde, la primauté de saint Pierre passée à ses successeurs; dans la première, vous êtes des nôtres par votre propre Confession de foi, puisqu'elle porte en termes formels que le Saint-Esprit procède éternellement du Père et du Lnls^ ; et pour la seconde qui regarde la primauté de saint Pierre, votre ministre vous vient d'avouer non-seulement qu'on la trouve dans les registres publics des conciles œcuméniques, mais encore que les Grecs en étaient d'accord. Il sait bien en sa conscience que je pourrais soutenir cet aveu des Grecs par cent actes aussi positifs que ceux qu'on a rapportés, mais je me suis renfermé exprès dans ceux qui sont avoués par votre ministre. Pourquoi donc en appeler sans cesse aux Grecs , si ce n'est pour vous détourner du vrai état

1. T. II, c. 2, n 7, p. ,563. — 2. Idem. — 3. I. Inst. past.,n. 32. — l. Idem, n. 5, ;;. 561. — 5. Arl. 6.

SUR LES PROMESSES DE JÉSUS-CHRIST A SON EGLISE

de la question , par des faits où il se trouve après tout, sans consulter autre chose que l'Evangile et l'aveu de votre ministre, ([ue la vérité est pour nous?

Remarques sur l'histoire de l'arianisme.

XCI. Premier aveu du ministre , que tout s'est fait sans règles et par violence sous l'empereur Constance. — J'ai réservé à la fln de cette Instruction le grand argument du ministre qu'il a répandu dans tout son livre : c'est celui qu'il tire de l'oppression de l'Eglise, sous les règnes de Constance et de Valens : « On marquait, dit-il', alors le point » fixe où une parcelle combattait contre le tout : » à quoi il ajoute : « Ce point fixe était l'année de la » mort de Constance : l'Eglise étendue et visible » changea la doctrine dont elle faisait profession le » jour précédent. » C'est-à-dire, selon le ministre, que d'arienne qu'elle était hier sous ce prince, dès le lendemain sans plus larder, elle redevint catholique; et il ne veut pas seulement songer qu'un changement si subit ne sert qu'à faire sentir qu'il ne se fit rien dans les formes ni par raison , sous ce prince, mais que l'injustice et la force ouverte y régnaient toujours.

Il est fâcheux, je l'avoue, d'avoir à repasser sur des faits si souvent éclaircis par nos docteurs; mais la charité nous y force, puisque l'aveu du ministre, et les tours qu'il donne à ces faits , vont mettre la vérité dans un si grand jour, qu'il n'y aura qu'à ouvrir les yeux pour l'apercevoir.

CXII. La persécution de Valens est alle'guée mal à propos , et ne fait rien à la succession. — D'abord donc lorsqu'il joint la persécution de Valens avec celle de Constance , il veut grossir les objets. L'Eglise fut tourmentée d'une cruelle manière , sous l'empereur Valens , arien, qui régnait en Orient, mais sans aucun péril pour la succession , puisque dans le même temps tout était paisible en Occident, sous Valentinien , son frère aîné. Et même du côté de l'Orient , les grands évèques de cet empire , un Athanase, un Basile , les Grégoire de Nazianze et de Nysse, un Eusèbe de Samosate, et tant d'autres qui sont connus, illustraient la foi par leur doctrine et par leurs soufi'rances. Les évèques catholiques chassés de leurs Eglises, ne faisaient que porter la foi du lieu de leur résidence à celui de leur exil. Le ministre dit quelquefois que l'Eglise perdait alors de son étendue et de sa visibilité''. Ce n'est rien dire. On sait ce qu'opérait la persécution : le sang des fidèles, que versaient les empereurs chrétiens, n'était pas moins fécond que celui des autres martyrs; et quoiqu'il en soit, il ne s'agit pas de savoir si l'Eglise peut devenir ou plus ou moins étendue, ni éclater davantage en un temps qu'en un autre; mais si elle peut cesser d'être étendue et visible , malgré la protection de Celui qui a promis d'être tous les jours avec elle.

XCIII. 0?i se réduit à Constance et aux faits avoués au fond par le ministre. — Laissant donc les temps de Valens, arrêtons- nous à Constance, sous qui la confusion parut plus grande; et puisqu'il faut ici établir des faits, faisons si bien que nous ne posions que ceux qui seront constants, et même avoués par le ministre.

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