‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 2)Chapitre 98 sur 631 · I. T. II. p. 598. —2. Idem · texte numérisé non relu

I. T. II. p. 598. —2. Idem

SUR LES PROMESSES DE JESUS-CHRIST A SON EGLISE

l'impie Athanase, puisque tout l'wiivers , après le concile (de Tyr), le croit condamnable' ; et un peu après : tout l'univers a prononcé celte sentence, et ainsi du reste. Il s'agit donc simplement du l'ait de saint Athanase , et encore que ce fût en un certain sens attaquer la foi , que d'en condamner le grand défenseur : à ce seul titre , il y a une distance infinie entre cette alTaire et la tranquille possession des dogmes de l'arianisme?

CIII. Qu'il n'est jJas crai que tout l'uniders eût condamné saint Athanase. — Mais était-il vrai du moins, que tout l'univers eût condamné saint Athanase? Point du tout. Constance abusant des termes, et tirant tout à son avantage, veut appeler tout le monde tout ce qui cédait à ses violences : il veut compter pour tout l'univers le seul concile de Tyr, où il avait ramassé les ennemis déclarés de saint Athanase. Mais Libérius au contraire, lui demande un jugement légitime où Athanase soit ouï avec ses accusateurs; et bien éloigné de croire que tout le monde l'ait condamné , il se promet la victoire dans ce jugement. Il n'y a donc rien de plus captieux, ni visiblement de plus faux, que cette tranquille possession du dogme arien.

CIV. Objection Urée de la chute de Libérius. — Mais que dirons-nous de la chute de Libérius et de la prévarication du concile deRimini? l'Eglise conserva-t-elle sa succession, lorsqu'un pape rejeta la communion d'Athanase, communia avec les ariens, et souscrivit à une confession de foi , quelle qu'elle soit, où la foi de Nicée était supprimée.

CV. Deux faits sur Libérius : le premier, qu'il n'a cédé qu'à la violence. — Pouvez-vous croire, mes frères, que la succession de l'Eglise soit interrompue par la chute d'un seul pape , quelque affreuse qu'elle soit , quand il est certain dans le fait, que lui-môme il n'a cédé qu'à la force ouverte, et que de lui-môme aussi, il est retourné à son devoir? Voilà deux faits importants qu'il ne faut pas dissimuler , puisqu'ils lèvent entièrement la diiïiculté. Le ministre répond sur le premier, que la violence qu'il souffrit, fut légère; et tout ce qu'il en remarque, c'est qu'il ne put supporter la privation des honneurs et des délices de Rome-. Il fait un semblable reproche aux évoques de Rirnini^. Mais fallait-il taire les rigueurs d'un empereur cruel, et dont les menaces traînaient après elles, non-seulement des exils, mais encore des tourments et des morts? On sait, par le témoignage constant de saint Athanase ■* et de tous les auteurs du temps, que Constance répandit beaucoup de sang, et que ceux qui résistaient à ses volontés, sur le sujet de l'arianisme , avaient tout à craindre de sa colère , tant il était entêté de celte hérésie. Je ne le dis pas pour excuser Libérius; mais afin qu'on sache que tout acte qui est extorqué par la force ouverte, est nul de tout droit , et réclame contre lui-môme.

C\T. Le second fait sur Libérius, qui est celui de son retour à son clevoir, est omis par le ministre. — Mais si le ministre déguise le fait de la cruauté de Constance, il se tait entièrement du retour de Libérius à son devoir. Il est certain que ce pape, après un égarement de quelques mois , rentra dans ses premiers sentiments, et acheva son ponlilical ,

1. Theo.l., Tlist. ecrl., tib . il, c. 16. 3. Pag. 698. — 4. Apol. ad ConsC, etc.

■2 r. Il , )i. 696. —

qui fut long, lié de communion avec les plus saints évèques de l'Eglise , avec un saint Athanase , avec un saint Rasile, et les autres de pareil mérite et de même réputation. On sait qu'il est loué par saint Epiphane', et par saint Ambroise, qui l'appelle par deux fois le pape Libérius de sainte mémoire^, et insère dans un de ses livres avec cet éloge un sermon entier de ce pape, où il célèbre hautement l'éternité, la toute-puissance, en un mot, la divinité du Fils de Dieu, et sa parfaite égalité avec son Père. L'empereur savait si liien qu'il était rentré dans la profession publique de la foi de Nicée, qu'il ne voulut pas l'appeler au concile de Rimini, et craignit de pousser deux fois un personnage de cette autorité, et qu'il n'avait pu abattre qu'avec tant d'efforts. GVII. Le ministre a déyuisé trois faits essentiels du concile de Rimini, quoiqu' avoués dans le fond. — Le ministre n'altère pas moins le concile de Rimini. Il convient qu'il n'a été composé que des évèques d'Occident'. C'est donc d'abord un fait avoué , qu'il n'était pas œcuménique; mais il ne fallait pas oublier qu'il ne fut pas même de l'Occident tout entier, puisque l'on convient que le Pape, qui en est le chef particulier, pour ne point parler des autres évèques, n'y fut pas môme appelé "*. Le second fait avoué , c'est que le premier décret de ce concile, fut un renouvellement du concile de Nicée et de la condamnation des ariens, le ministre passe en un mot sur un fait si essentiel, mais enfin il en convient^. Il ne fallait pas oublier la vive exhortation que le concile fait à l'empereur de no plus troubler la foi de l'Eglise , ni affaiblir le concile de Nicée qui avait été assemblé par le grand Constantin, son père. Le ministre semble avoir peine à faire voir la sainte disposition du concile, tant qu'il agit naturellement et en liberté. Après vinrent les menaces et les fraudes. A la faveur des proclamations, où l'on déclarait la génération éternelle du inis de Dieu, non pas du néant, mais de son Père à qui il était coélernel, et né avant tous les siècles et tous les temps, on coula la trompeuse proposition, qu'il n'était pas créature, comme les autres créatures'^. Les évèques que l'on pressait avec violence, à la réserve d'un petit nombre, ne furent pas attentifs au venin caché sous ces paroles, dont la malignité semblait elTacée par le dogme précédent. Le ministre déguise ce fait, et semble ne vouloir pas le recevoir; mais il est constant , et nous verrons ailleurs ce qu'il en dit. Ce qu'il fallait le moins oublier, c'est que les évèques retournèrent dans leurs sièges, où , réveillés par le triomphe des hérétiques, qui se vantaient par toute la terre d'avoir enfin rangé le Fils de Dieu au nombre des créatures , en lui laissant seulement une faible distinction, ils gémirent d'avoir donné lieu par surprise et sans y penser, à ce triomphe de l'arianisme; et c'est ce que saint Jérôme voulait exprimer par cette parole célèbre : Que le monde avait gémi d'être arien : c'était-à-dire, que tout s'était fait par surprise et non de dessein. Quoi qu'il en soit, ils revinrent tous à la profession de la foi catholique qu'ils avaient déclarée d'abord, et qu'ils portaient dans le cœur. Ce changement, qui est appelé par saint Ambroise leur seconde correction'' ,

1. Epiph., Hœr. 75; Bas., Ep. 'i. — 2. Amb. de Yirg., l. m, c. 1, n. 2, 3. — 3. T. 11, p. 697, etc. — 4. Soz., l. iv, c. 17, IS; Theod., l. Il, c. 22. - 5. Pa</. 698. Mr. — 6. Hier., Dial. adv. Lucif., cap. 7. — 7. Amb., l. i, de Fid., c. 18, n. 122.

SECONDE INSTRUCTION PASTORALE

fut aussi prompt (]u'il était heureux; et ce P^re dit expressément «lu'ils révoquèrent aussitôt ce qu'ils avaient l'ait contre l'ordre, slaliin' : ce fait n'est pas contesté. Votre ministre avoue bien que les évoques revinrent manifoslement et bientôt'''; mais il passe trop légèrement sur les circonstances : il ne devait pas taire que ce fut alors une question dans l'Eglise, non pas si ces évoques étaient ariens, car tout le monde savait qu'ils ne l'étaient pas, mais si on les laisserait dans l'épiscopat, ou si en les dégradant, on les mettrait au rang des pénitents'. Mais les peuples ne voulurent point souffrir qu'on leur ôtât leurs évoques, dont ils connaissaient la foi opposée à l'arianisme , et firent pencher l'Eglise au sentiment le plus doux. Le seul Lucifer, évoque de Cagliari en Sardaigne, se sépara de l'Eglise par un zèle outré , à cause qu'elle conservait dans leurs sièges les évoques qui se repentaient de s'être laissés surprendre, et on l'accusait d'avoir renfermé toute l'Eglise dans son île. C'est tout ce que lui reprochèrent les orthodoxes par la bouche de saint Jérôme*. Mais qu'eût nui ce reproche à Lucifer, s'il était vrai que l'Eglise pût perdre sa visibilité et son étendue? On présupposa le contraire dans toute l'Eglise, lorsque l'on y condamna le schisme des lucifériens, et il n'y eut de rupture que par cet endroit. Jusqu'ici le fait est constant; et encore que le ministre en ait tu ou dissimulé les plus avantageuses circonstances, il n'en a pu nier le fond, qui consiste en ces quatre mots : D'abord naturellement les Pères de Rimini soutinrent la foi de Nicée; ils l'atTaiblirent par force et par surprise; ils s'y réunirent d'eux-mêmes peu de temps après, et l'Eglise se retrouva comme auparavant avec la môme étendue que saint Athanase a représentée. Est-ce là ce qu'on appelle une interruption de la foi ou de la succession apostolique?

CVIII. Que la succession des évêques n'a point été interrompue par le concile de Rimini , et que le ministre ne prouve rien. — Qu'a donc enlin prouvé le ministre par tout son discours et par tant de faits inutiles qu'il a encore altérés en tant de manières? qu'a-t-il, dis-je, prouvé par tous ces faits? Quoi? qu'il y a eu de grands scandales? C'était là un fait inutile; nous n'en doutons pas : nous ne prétendons affranchir l'Eglise que des maux dont Jésus-Christ a promis de la garantir, et loin de la garantir des scandales, il a prédit au contraire que jusqu'à la fui il en paraîtrait daiis son royaume^. Ce qu'il a promis d'enqjécher, c'est l'interruption dans la succession des pasteurs, puisqu'il a promis, malgré les scandales, qu'il sera toujours avec eux. Mais puisqu'on celte occasion il ne s'agit en façon quelconque de la succession, et que toute l'Eglise catholique, à la réserve des seuls lucifériens , jugea que les évoques de Rimini, trop visiblement surpris et violentés, après la déclaration de leur foi, demeureraient dans leurs places, il faut avouer que tant de longues dissertations sur ce concile ne louchent pas seulement la question que nous traitons.

En un mot, nous avouons les scandales, et nous en attendons de plus grands encore en ce dernier temps, où nous savons qu'il doit arriver que les élus

1. Amb., ep. lib. i, ep. xxt , n. 15. — 2. T. n, p. 697.— 3. Hi/tr. adv. Lucif., c. 7.— i. Hier., idem. — 5. Matth., xm. 41.

mêmes, s'il était possible , soient déçus'. Mais nous nions que tous les scandales qui pourront jamais arriver soient capables de donner atteinte à la succession des ministres des sacrements et de la parole, avec qui Jésus-Christ promet d'élre tous les jours, et aussi ne voyons-nous, dans ces faits tant exagérés sur Libérius et sur le concile de Rimini, qu'il y ait l'ombre seulement d'une interruption semblable.

CIX. Le minisire nous impute une erreur sur l'autorité des écêques introduits par violeyice et intrusion. — Les autres faits sont bien moins relevants; et le ministre en a rempli le récit de faussetés manifestes. Il prouve que tous les peuples, dont les évèques étaient hérétiques, devaient être ariens, sur ce principe général qu'il nous attribue, que les peuples sont obligés de soumettre leur foi à celle de leur écêque^. C'est nous imposer. On ne doit rien à des évoques intrus , à des évèques mis par violence en chassant les légitimes pasteurs , à des évêques dont la succession n'est pas constante, ou qui s'arrachent de l'unité par une rupture. « Il y eut, dit- » il ', des évéchés où plusieurs prélats se succédè- » rent l'un à l'autre également hérétiques. » Que veut- il conclure de là, puisque leur succession n'est qu'une continuation de la violence? Le bannissement d'un Athanase , d'un Hilaire , d'un Eusèbe de Verceil et de Samosate , d'un Paulin de Trêves, d'un Lucius de Mayence et de tant d'autres illustres exilés, ne leur ôlait pas leurs sièges, et ne donnait point d'autorité à ceux qui les usurpaient. Le peuple tenait par la foi à ses légitimes pasteurs, à quelque extrémité du monde qu'ils fussent chassés. Ainsi la succession subsistait toujours, et môme d'une manière très-éclatante. Quelle difficulté y peut-on trouver? On objecte les dix provinces d'Asie qui étaient pleines, disait saint Hilaire, de blasphémateurs^. Sans doute elles étaient pleines de ces blasphémateurs que Constance avait établis par la force, et dont le titre emportait leur condamnation. Que nuit à la succession une pareille violence?

ex. Que les marques de la violence sont certaines en ces temps. — Au reste, il ne faut point chicaner sur la violence, ni insinuer qu'on ne voit pas dans les cœurs, pour discerner ceux qui dissimulent d'avec ceux qui croient de bonne foi. La violence parait assez quand on ne change que par force, et qu'on revient à son naturel aussitôt qu'on est en sa liberté. C'est ce qui arriva du temps de Constance. Le ministre en est d'accord, et il répète par deux fois qu'on changea d'un moment à l'autre par la seule mort de l'empereur'*. On ne peut donc pas douter do l'état violent où tout était.

CXI. Objections du ministre sur la surprise faite aux catholiques réfutées par les auteurs du temps ; passages de saint Augustin, de saint Hilaire et de saint .Jérôme. — On ne veut pas croire la surprise. L'arianisme, dit-on", était trop connu pour s'y laisser tromper. Cependant le fait est constant. Dans le temps que les donatistes objectaient à l'Eglise l'obscurcissement qui arriva sous Constance : « qui ne sait, leur répondit saint Augustin', qu'en

\.Maeth., -ajiiv. 24. — 2. T.u. p. 616, 618. — 3. P. 616 — 4. T. M, p. 618, 671, 673. — 5. P. 598, 699, — 6. Idem, 699. — 7. Ep. xciii. ol. XLvm ad Vincent , n. 31 , toin. n , col. 244.

SUR LES PROMESSES DE JÉSUS-CHRIST A SON ÉGLISE

» ce temps plusieurs hommes de petit sens furent » trompés par des paroles obscures, en sorte qu'ils » croyaient que les ariens (qui affectaient de parler » comme eux) étaient aussi de même créance. »

Saint Hilaire explique plus amplement ce mystère d'iniquité, et il disait aux ariens : « Pourquoi » imposez-vous à l'empereur, aux comtes (et aux » officiers de l'empire ) et pourquoi circonvenez- 11 vous l'Eglise de Dieu par les artifices de Satan? II Que ne parlez-vous franchement? Ou avouez ou- » vertement ce que vous voulez avouer, ou niez » ouvertement ce que vous voulez nier'. «

En général, tout novateur est artificieux, et pour ùter au peuple l'idée de son innovation odieuse , il tâche de faire passer ses dogmes sous la figure et l'expression des dogmes anciens. C'est la pratique ordinaire de tous les hérétiques, qui savent si bien se cacher, que les plus fins y sont pris , et dans les innovations du seizième siècle, les équivoques de Bucer sur la présence réelle en pourraient être un exemple. Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que furent déçus les évèquesdeRimini. Il ne faut pas dire que l'arianisme était trop connu; les ariens, et entre les autres , Ursace et Valens , qui avaient fait plus d'une fois une feinte abjuration de l'arianisme, et dont le dernier la renouvela solennellement dans le concile de Rimini , étaient de si subtils dissimulateurs et si féconds en expressions trompeuses , que les évêques trop simples, « hérétiques sans le sa- » voir : Sine conscientiâ heretici, tombèrent, dit » saint Jérôme-, dans leurs nouveaux pièges : Ari- » menensibus doUs irretiti ; » et ce Père, après avoir raconté « qu'ils appelaient à témoin le corps » du Seigneur et tout ce qu'il y a de saint dans 1) l'Eglise, » qu'ils n'avaient rien soupçonné qui lut douteux dans la foi de ceux qui les avaient engagés à souscrire , les fait parler en cette sorte : « Nous » pensions que leur sens s'accordait avec leurs paro- » les : nous n'avons pu croire que dans l'Eglise de » Dieu, où régnent la bonne foi et la pure confession » de la vérité , on cachât dans le cœur autre chose » que ce qu'on avait dans la bouche : nous avons » été trompés par la trop bonne opinion que nous » avons eue des méchants : Decepit nos bona de ma- 11 lis exislimatio ; nous n'avons pu croire que des 1) ministres de Jésus-Christ s'élevassent contre lui- • même. » Voilà dans le fait ce que disaient ces évèques, et si j'ajoute un seul mot à leurs discours, le ministre peut me convaincre à l'ouverture du livre; ce que j'ose bien assurer qu'il n'entreprendra pas.

Mais, dil-W , pourquoi alléguer la violence, si c'est une alTaire de surprise? comme si l'on n'eut pas pu mêler ensemble ces deux injustes moyens, et faire servir les menaces à rendre les esprits moins attentifs à l'artifice. Quoi qu'il en soit, le fait est positif, et il n'est pas permis d'y opposer de si vaines conjectures.

CXII. Que Dieu pourvoyait à ce que la saine doctrine ne pûl être ignorée. — Mais encore, poursuit le ministre, « des évèques si aisés à surprendre » étaient-ils fort propres à assurer la foi des peu- I) pies? 1) Sans doute dans ce moment ils manquèrent à leur devoir d'une manière déplorable; mais peu de temps auparavant, et tant qu'ils furent en

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